Des élèments explicatifs au haut niveau de stress des enseignants.

Pour faire suite aux deux articles précédents traitant des hauts niveaux de stress professionnel constatés chez les enseignants, il me semble nécessaire de définir les caractéristiques générales de ce métier et d’en pointer les spécificités et les paradoxes.  Je m’appuie sur mes propres observations issues de mon expérience de responsable de formation pendant près de quinze ans et sur des publications faites en ce domaine.

1. Un métier où les compétences relationnelles sont indispensables. Cependant,  ce domaine de compétences n’est pas systématiquement développé dans le cadre des formations initiales et continues. Les problématiques de formation portant sur la connaissance de soi, des autres restent minorées. Or, dans l’action pédagogique, et au delà des contenus à transmettre et des compétences à développer ou à faire acquérir aux élèves, ce sont bien des tâches liées à la dynamique d’un groupe, à la gestion des tensions et des conflits qui prédominent. A cela il faut prendre en compte les dynamiques relationnelles entre adultes au sein des équipes et avec les différents partenaires.

2 Un métier où il faut agir dans l’urgence et décider dans l’incertitude. Un enseignant est amené en moyenne par tranche de 50mn à prendre plus de 100 micro-décisons (cf.Perrenoud qui en a comptabilisées 120/50mn). Etre en situation de faire classe ou de faire « cours » implique une attention de tous les instants. Les sollicitations sont constantes et le plus souvent imprévisibles. Un temps d’enseignement ne se déroule jamais comme prévu..et si c’est le cas, l’enseignant peut se poser les questions : Ai-je été présent à ce qui se passait ? Ai-je pris en compte les élèves ? Paradoxalement, en situation d’enseignement, il s’agit de prendre de la distance avec ce qui a été prévu et préparé, et l’adapter avec le réel du temps de classe. Une des caractéristiques de l’expertise étant justement cette aptitude à la gestion de l’imprévu, à l’innovation en temps réel.

2. Un métier où la solitude est de mise et où il devient indispensable de travailler en équipe. C’est le seul métier où la personne se trouve seule autant de temps avec en charge un grand groupe. Les enseignants du 1er degré passent plus de 24h00/semaine avec le groupe classe (sans compter les temps d’aide individualisée, de surveillance : récréation, cantine…). Ceux du 2nd degré sont face à élèves entre 15h00 et 20h00/semaine (en fonction de leur statut et de leur discipline). Autre élément et non des moindres, les élèves n’ont pas choisi d’être là. Leur degré de motivation est de ce fait très variable. Il faut des trésors d’imagination et de grandes qualités pédagogiques et didactiques pour impliquer des adolescents qui ne trouvent pas de sens général à ce qu’ils font au collège ou au lycée. Hormis les temps de concertation dans le 1er degré, les temps de travail en équipe ne sont pas pris en compte, et sont laissés au bon vouloir des uns et des autres. Il n’y a pas de temps de supervision comme cela peut exister dans d’autres professions travaillant avec l’humain (métiers du social, de la santé…).

3. Une image sociale plutôt dégradée. Si dans certains pays être enseignant est valorisé (cf les pays nordiques) socialement, ce n’est plus le cas dans notre pays et ce bien que différentes enquêtes montrent que les français apprécient et reconnaissent le travail des enseignants.  L’heure est plutôt en ce domaine à la sinistrose..et ce qui est véhiculé dans les salles des professeurs, c’est plutôt : « nous ne sommes pas reconnus pour ce que nous faisons » ; « nous ne sommes pas payés au regard de nos responsabilités, de nos niveaux d’études » etc…L’enseignant est un cadre non reconnu en tant que tel !

4. Un sentiment de culpabilité prégnant face à l’échec de l’élève, qui est vécu parfois comme un échec personnel par l’enseignant. L’échec scolaire est une situation complexe avec des causes le plus souvent multi-factorielles. Dans tous les métiers dits de l’humain, l’échec est inhérant. Tout comme un médecin doit faire avec la mort, l’enseignant est parfois impuissant devant l’échec de l’élève, notamment quand ce dernier se transforme en révolte, voire en décrochage scolaire.  Il n’est pas souhaitable d’imposer l’obligation de résultat.

5. Une hiérarchie vécue la plupart du temps comme pesante et éloignée des situations problématiques rencontrées sur le terrain. Cet élément ressort lors des entretiens individuels et des temps de groupes de paroles. Les difficultés que rencontrent les enseignants dans l’exercice de leur profession ne semblent pas être explicitement reconnues par les différents niveaux hiérarchiques. Un fossé est en train de se creuser. Dans certaines situations les tensions sont fortes avec des refus d’appliquer, par exemple, les nouveaux programmes.

Pour conclure je reprends ce que disait un Inspecteur  lors de la conférence de rentrée des jeunes professeurs nouvellement recrutés (IUFM) : « ayez de l’estime, de la considération pour les collègues avec lesquels vous allez travailler. Vous en savez certainement plus qu’eux en matière de savoirs universitaires, mais ce n’est pas de cela dont vous aurez besoin dés demain, c’est de savoirs d’action difficilement verbalisables ! Vos collègues les possèdent. Observez les ! Identifiez les postures ! Appréciez leurs compétences, elles sont insuffisamment mises en valeur. La plupart d’entre eux font au mieux de ce qu’il est humainement possible de faire dans des contextes le plus souvent difficiles ».

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