« Aider mon enfant à se sentir bien à l’école », rencontre-débat avec des parents d’élèves d’une école primaire.

C’est de cette question que nous avons débattue cette semaine avec des parents d’élèves d’une école maternelle et primaire. Elle rejoint un des points précédents déjà abordé avec des parents d’élèves de lycéens, « Etre heureux au lycée ».

Voici en résumé les points forts de nos échanges :

Etre heureux…qu’est ce que cela signifie ? Etre heureux est chose simple et compliqué à la fois. Simple, parce que le bonheur se construit sur la conscience, que l’on soit enfant ou adulte, à vivre des instants heureux. Compliqué, parce que savoir saisir ces moments de joie ne va pas de soi et que cette conscience de vivre ces instants de joie est  liée à l’histoire personnelle de chacun, qui mêle à la fois le capital génétique, l’éducation reçue et les effets qu’ont sur le psychisme les différents événements traversés au cours de notre vie. Ce qui signifie que chacun se construit sa réalité et qu’un même événement sera perçu à l’aune de l’état dans lequel le sujet se trouve au moment de cet événement. Prenons l’exemple d’un coucher de soleil : celui ci sera apprécié en fonction de l’état intérieur de la personne. Si en le regardant, des pensées sombres, négatives arrivent, on ne peut apprécier et être heureux à cet instant. Si par contre l’attention reste sur des sensations qu’apporte ce coucher de soleil, telles que la beauté, la lumière, le reflet, le bien être, le calme, la sérénité… et que l’on prend du temps pour les observer, les ressentir, les reconnaître, les apprécier, on est alors en train de se construire un moment heureux, de bonheur. En résumé, je dirai qu’apprendre à être heureux, c’est être dans l’intention de vivre les moments tels qu’ils arrivent, de savoir les apprécier, de les savourer. C’est ce qui est appelé l’état de « lâcher-prise » qui n’est pas le « laisser-faire »,  mais la présence pleine et entière à ce qui est.

En tant que parents qu’est ce que je peux faire pour éduquer au bonheur, et peut-on éduquer au bonheur ? Première remarque et rappel nécessaire, à vouloir être à la recherche du bonheur…j’ai de grandes chances de passer à côté ! Le bonheur c’est vivre les instants et profiter pleinement des moments de joie, de satisfaction, de plaisir, de réussite qui m’arrivent. Deuxième remarque, en tant que parent, nous souhaitons le bonheur pour nos enfants, nous voulons les voir heureux, joyeux. Les voir tristes, malheureux ne nous rend pas particulièrement heureux ! Voir les personnes, que j’aime, heureuses me rend moi même heureux…Un effet de contagion existe dans les deux sens, celui d’un état de bonheur  et à l’inverse celui d’un état de tristesse. Autrement dit, si mon souhait de parent est de voir la joie et le bonheur sur le visage de mes enfants, il faudrait que moi même,  je sois capable de montrer les moments de bonheur, de joie, de plaisir qui m’arrivent, que j’exprime mes sentiments, que je mette des mots sur les émotions que je ressens. Je fais l’hypothèse que, tout comme l’apprentissage du langage, l’apprentissage du bonheur se fait par imprégnation. Si l’enfant vit dans un milieu où les moments de joie, de plaisir, de réussites sont exprimés, il s’imprégnera de ces moments partagés.

Qu’en est-il à l’école ? Il en est de même. Il existe bien un effet enseignant qui est au delà des compétences techniques liées à la pédagogie. Un enseignant qui est bien en lui, qui est bien dans l’établissement et sa classe, va faire partager aux élèves ce ressenti. Les enfants sont des êtres sensibles qui perçoivent finement ce que l’adulte ressent au fond de lui. Un enseignant heureux posera du calme et de la sérénité dans la classe, tout comme un parent heureux mettra de l’apaisement dans les moments de tension inhérent à toute vie de famille.  Une phrase d’Einstein est éclairante en ce domaine : « nos pensées construisent notre monde ».

Que faire dans les moments de difficultés et de souffrances qui émaillent les vies de chacun, adulte comme enfant ? La souffrance est inhérente à la vie. Nous avons tous à passer par ces moments délicats que nous fuyons, mais qui immanquablement nous arrivent ! Et c’est parce que nous passons par ces moments difficiles que nous apprenons à nous connaître, à identifier nos ressources et à devenir nous même un sujet unique. Et même si nous n’avons pas de « grands malheurs » nous avons à traverser des crises identitaires qui nous permettent de devenir des adultes.  Ces périodes de crises sont bien identifiées et nos enfants seront amenés à les traverser, et c’est à nous parents de les accompagner. C’est à cette condition qu’ils pourront devenir des adultes autonomes et responsables.  En tant que parent, nous avons à accepter cet état de fait,  tout comme nous y sommes passés !  Mais que faire pour que la traversée soit constructive pour l’enfant ? Voici quelques principes : accepter la situation, maintenir le dialogue et l’écoute, maintenir le cadre éducatif posé (le cadre est ce qui structure l’enfant), rester adulte, accepter mes limites (à savoir que je ne peux pas décider pour l’autre), s’y besoin se faire aider par un professionnel de l’écoute ou de la santé,  reconnaître qu’une crise a un début et une fin.

Quelques principes clefs pour arriver en forme à l’école et permettre à l’enfant de mettre du sens à ce qu’il y fait. Tout d’abord il importe d’être en forme physique ! Un sujet fatigué ne peut pas être attentif. Il a des difficultés pour réfléchir. Il est long dans la réalisation des tâches. Aussi, pour l’enfant le sommeil est l’élément clef de la récupération.  Ensuite, prendre du temps en qualité de présence pour s’intéresser sur ce que fait l’enfant à l’école , en lui laissant la possibilité de s’exprimer, sur ce qu’il y fait, ce qu’il y vit. L’école est un lieu où se font des apprentissages, mais pour l’enfant c’est aussi et avant tout un lieu où il apprend à vivre avec les autres, où il apprend la vie en société. Et pour finir, il importe de valoriser l’enfant dans ses réalisations. Cela ne signifie pas d’être dans l’exagération des compliments, mais de savoir donner par des mots, par des regards de la valeur à ce qu’il fait. C’est ainsi que se développe l’estime de soi et la confiance en soi.

Que faire quand mon enfant ne se sent pas bien à l’école et quand y aller devient pour lui une souffrance ? Cet état est révélateur d’un symptôme qu’il importe d’aller creuser s’il perdure dans le temps. Il s’agit d’aller identifier les causes qui sont souvent multiples. Encore une fois, le dialogue, l’écoute, l’observation vont être les clefs de la compréhension de la situation. La rencontre avec les partenaires de l’école est nécessaire et indispensable afin d’éclairer au mieux la situation. Il y a ce que l’enfant dit, ce que le parent perçoit et comprend de la situation et il y a ce que les enseignants, éducateurs et chef d’établissement peuvent dire et observer. C’est en croisant toutes ces informations que nous sommes mieux à même d’identifier la problématique spécifique de l’enfant. Si besoin, il ne faut pas hésiter à consulter un professionnel. Il est le plus souvent difficile pour un parent de rester détaché dans ce genre de situations. Les peurs et les angoisses vont le plus souvent induire la réflexion.

Parents, enseignants : une coopération nécessaire dans le respect des missions de chacun. Nous avons tout à gagner à mettre en place dans les écoles une coopération respectueuse des missions des uns et des autres. Ce qui est attendu d’un parent, c’est qu’il donne de l’Amour a son enfant. Nous ne le dirons jamais assez, mais c’est l’Amour qui est aussi l’élément fondamental d’une vie d’Homme et de Femme. C’est l’Amour que nous donnent nos parents ou ceux qui nous élèvent qui va conditionner notre façon d’être et d’aimer pour le restant de notre vie. Sans Amour pas de vie humaine possible ! Mais qu’est ce que l’Amour ? Ce n’est certainement pas ce que nous appelons la dépendance affective, l’envie de posséder l’autre et de faire en sorte que l’Autre soit à moi. Qu’il devienne ce que je veux qu’il devienne ! Qu’il réponde à mes besoins quand je le décide… nous pourrions continuer la liste. L’Amour est d’abord et avant tout de l’ordre du don, de l’expansion et de la dilatation.Et même dans des moments de vie difficile, l’Amour reste présent. Ce que, en tant que parent,  je peux faire de mieux, c’est d’être le témoin de cet Amour. Cela peut se décréter, mais cela se vit d’abord dans le quotidien et par la présence dans l’instant à l’autre. C’est ainsi que l’enfant, puis l’adolescent va pouvoir se construire un projet de vie. Certes un enseignant peut aimer les élèves, mais il n’a pas à se substituer aux parents en ce domaine. Ce qui est attendu d’un enseignant, au delà des apprentissages scolaires fondamentaux, c’est de permettre aux enfants de révéler leurs potentialités, de les aider à exploiter au mieux leurs ressources. Et là nous voyons bien qu’il y a complémentarité entre ce que donnent les parents et ce que donnent et permettent les enseignants et tout  éducateur que l’enfant va rencontrer sur sa route : entraîneur sportif,  professeur de musique, etc….

Ce qui de mon point de vue doit être le fil conducteur de tout éducateur, c’est l’espoir que j’ai en l’enfant.  Il a en lui un potentiel extraordinaire…à nous parents, enseignants et éducateurs d’en permettre son développement. Ceci est d’autant plus nécessaire que nous vivons une époque où règne dans l’ambiance sociétale plutôt le dénigrement, le désespoir et le doute en l’avenir. L’avenir sera ce que nos pensées et nos actes en feront. En ce sens, la crise actuelle est aussi une chance !

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