Les effets des rythmes scolaires sur l’attention et la concentration.

C’est de cette question que nous avons débattue avec des parents d’élèves et des enseignants de collège. Les réponses existent, la chronobiologie, la psychologie de l’attention ont depuis plus de trente ans décrit ce que seraient une journée, une semaine et une année scolaire idéales. Mais  les mises en oeuvre sont toujours délicates parce qu’elles ont des conséquences bien au delà de l’école, notamment sur l’organisation de notre société, par exemple, le tourisme et les loisirs,  la vie de famille, l’organisation du travail des parents, le temps de travail des enseignants. Comme dans un système, en changeant un seul élément, c’est tout le système qui est modifié, voire bouleversé ! Faut il alors rester sans innover, et se plaindre ? Est-il possible d’agir sur le rythme scolaire dans un cadre réaliste ? Comment enseignants et parents peuvent collaborer pour que l’enfant et l’adolescent vivent mieux leur scolarité, s’engagent dans les tâches scolaires avec motivation, soient moins fatigués et mieux à même d’être attentifs et concentrés ?

Nos échanges se sont articulés autour de quatre axes principaux : une société marquée par la vitesse, la question des différents temps de vie de l’enfant et de l’adolescent (l’école, la famille, les activités extrascolaire etc…), la caractéristique de l’école française quant aux exigences visées, les rythmes et les manières de vivre qui favorisent l’attention, la concentration et la présence à ce qui est.

1. Le contexte d’une société qui est marquée par la vitesse. Je reprends ici le point de vue de Cyril Frei (journaliste essayiste).  » Notre époque est folle de vitesse et elle ne supporte plus d’être freinée dans sa course contre le temps, c’est à dire contre elle-même. Le plus léger retard d’un train à grande vitesse indigne ses usagers qui le vivent comme une atteinte à leur intégrité physique. » Il s’agit de se faire un allié du temps et non pas se battre contre. Nous observons qu’il devient alors élastique qu’il se dilate au lieu de se compresser.  Quand les choses vont trop vite, nous ne sommes plus sur de rien, même pas de soi-même. Les rythmes et exigences en matière de performances imposées à tous les niveaux de notre système de société dite « moderne » , de l’école au monde du travail, mettent les organismes humains à rude épreuve dans cette accélération universelle. L’homme contemporain qui se veut « branché » passe le plus clair de son temps en apnée ! Il a oublié son rythme naturel. Il se recroqueville sur ses défenses. Il est en tension. Il ne sait même plus respirer. Il ne prend plus le temps de se poser, de réfléchir. Il fait tout vite. Il est « shooté » à la vitesse ! Il n’est point étonnant d’observer autour de soi, des personnes perpétuellement fatiguées, une augmentation des « burn-out », une augmentation de toutes les pathologies directement ou indirectement liées aux états de fatigue chronique ou de surstress, une augmentation des conduites de dépendance, des états dépressifs qui s’inscrivent dans la durée… Et quand cela ne va plus, que la personne n’a pas su ou pu entendre les messages envoyés par le corps, une maladie, une dépression ou un choc émotionnel vont imposer un temps de pause et de repos forcés. Ces derniers peuvent être salvateurs,  à la condition de les reconnaître comme tels, de les accepter comme temps de latence nécessaire à la reconnaissance de ce qu’est notre rythme naturel.

2. Le rythme dans les différents temps de vie d’un enfant et d’un adolescent. L’enfant et l’adolescent sont des personnes qui ne vivent pas qu’à l’école ! A quoi servirait-il de changer les rythmes scolaires si les changements ne touchaient pas l’organisation du temps et le rythme de leur vie à la maison ? La maison ne doit pas être un « remake » de la journée passée à l’école ! Il y a une spécificité de la vie de famille. Il y a des apprentissages spécifiques à l’école…il y en a d’autres à la maison. Ce qui ne signifie pas de ne pas porter un intérêt sur la vie scolaire.

l’école est le lieu des apprentissages scolaires, mais pas n’importe comment. Elle doit et devrait  proposer aux jeunes les savoirs qui doivent lui permettre de mieux comprendre le monde, de mieux se comprendre lui-même, de comprendre les autres dans toutes leurs différences, d’identifier son potentiel, de faire naître un projet d’engagement dans la société, de développer son esprit critique…Parfois nous sommes encore loin de ces louables intentions !

La Famille (quelle qu’en soit sa structure : classique, recomposée, monoparentale) a pour vocation première de faire découvrir et faire vivre ce qu’est l’Amour. Volontairement je mets un A majuscule. Ce n’est pas l’amour sentimentale telle qu’il est véhiculé à notre époque et qui génère dépendance affective, voire jeu de manipulation ordinaire ! J’entends ici l’Amour au sens de don de soi. Notre époque a peut être  oublié que l’être humain a besoin de donner et recevoir de l’Amour dans l’acceptation entière de ce qu’est l’autre. Nous sommes des êtres d’émotions. Ces dernières sont premières dans notre dynamique de vie. C’est parce que j’ai conscience de mes émotions que je sais qui je suis et comment je me sens dans l’instant.  Cet amour tel qu’il est décrit ici est exigeant. Il refuse et traque les jeux de manipulation. Il vise à être dans l’authenticité de ce que je suis en tant que parent et être humain ! Chaque jour il est à exprimer simplement, par des regards, des appréciations, des temps de pause où l’écoute de l’autre est au centre des intentions.  C’est une présence que j’ai à l’autre. Cette présence est parfois marquée par le silence. C’est aussi par Amour qu’un ou des parents vont savoir dire un « non » ferme à une demande non acceptable d’un enfant.

Cela ne signifie pas que les parents ont à se désintéresser de ce qui se vit à l’école ! Ils ont à porter un regard différent sur l’école.

Le monde associatif  a aussi son importance pour l’enfant et l’adolescent. Quelle que soit la ou les activitées pratiquées (sport, musique, arts plastiques, théâtre, scoutisme, collection…), il importe que le jeune y rencontre d’autres jeunes et d’autres adultes qui partagent souvent le même centre d’intérêt, la même passion. Ce sont des lieux qui favorisent l’émergence de projets, qui structurent le jeune par les cadres posés (régles etc…), qui mettent en valeur les potentialités d’un jeune. Le piège dans le rapport au temps, c’est la course aux activités ! Il me semble nécessaire de se méfier de cette frénésie à vouloir proposer une multitude d’activités à des enfants et des adolescents de peur qu’ils ne s’ennuient. L’ennui est nécessaire à la rêverie et à l’imagination !

Sur cette question du rythme, il importe de mettre de l’alternance dans les intensités de nos différents temps de vie. Il y aura du vite et du lent. Il ne s’agit pas de vivre au ralenti, en état de léthargie, ni de vivre tout le temps le « pied au plancher » en faisant tout vite : manger, décider, parler, faire du sport etc…Il importe de savoir articuler avec intelligence, en étant à l’écoute de son corps, les différents temps.

3. Une école française très exigeante ! Nous ne nous le disons pas assez, mais nous sommes dans un des systèmes éducatifs parmi les plus exigeants au monde en matière d’acquisitions de savoirs. Nous ne le changerons pas du jour au lendemain. C’est lié à l’histoire de notre pays, du primat de la raison dans notre approche philosophique de l’être humain,  du choix politique quant à l’école creusée de la nation. Une école qui survalorise quoi que l’on en dise les savoirs liés à l’abstraction. De ce fait pour des enfants ou des adolescents qui rencontrent quelques difficultés dans les disciplines à forte valeur ajoutée dans le système (mathématiques, lettres, langues etc…), la charge de travail à fournir pour réussir peut être lourde et contraignante. Ce qui pose la question du temps de travail scolaire à faire en dehors de l’école.  Il n’y a pas d’égalité entre les enfants en ce domaine, les écarts peuvent être très conséquents au sein d’un même groupe d’élèves. Nous avons  une réelle réflexion à avoir entre parents et enseignants. Les charges imposées peuvent  être parfois excessives pour certains élèves !

4. Quels sont les rythmes qui vont favoriser l’attention, la concentration, l’investissement ?  La question des rythmes n’a de sens que si, in fine, les enfants et les adolescents sont moins fatigués, plus présents à l’école et plus heureux dans le temps passé à l’école.

La question de la fatigue est sans doute première. Une personne fatiguée ne peut donner le meilleur d’elle même. Elle ne peut rester concentrée longtemps sur une tâche. D’où l’importance des principes de base qu’il est bon de ne pas lâcher : le sommeil et sa durée suffisante, l’équilibre alimentaire, la nécessité de  savoir s’arrêter ou du moins de lever le pied quand la fatigue commence à s’installer durablement (la personne se lève fatiguée plusieurs jours de suite). Il s’agit d’apprendre à écouter son corps. Les premiers signaux d’alerte sont toujours envoyés par le corps.

La question des rituels qui structurent le temps. Ils rassurent. Ils font partie des cadres qui participent à construire l’enfant ou l’adolescent. Les repas peuvent en faire partie. Ils se doivent d’être des moments de calme, de pause, d’écoute. En conséquence il est bon d’éviter la présence de la télévision, des téléphones portables et les débats houleux dans ces moments de partage. 

La question de la centration sur une tâche. Effectuer plusieurs choses en même temps participe à accélérer constamment le rythme et à créer  à la longue un état de surstress. Il peut être bon d’apprendre à se centrer temporairement sur une seule tâche et de faire abstraction du reste, par exemple, aller courir sans  baladeur et sans téléphone. Il s’agit d’être pleinement dans la course et dans les sensations qui me viennent du corps.

La question de l’anticipation de l’emploi du temps. Certes il y a l’emploi du temps scolaire, mais il est bon d’apprendre à l’enfant comme à l’adolescent à intégrer l’ensemble des activités de la semaine, à s’organiser, à gérer son temps. Cela peut éviter les moments de surcharge accompagnés de la sensation « je n’y arriverai pas », « je me sens débordé ».

La question des choix et de la décision. Tout ne peut pas être réalisé. Tout ne peut pas être fait. Tout ne peut pas être obtenu. Comment j’apprends à définir des priorités ? Cela dépasse la question des rythmes..mais elle est au coeur de nos projets de vie. C’est l’apprentissage du discernement.

La question des temps de silence et de calme intérieur. Ils sont nécessaires et indispensables à tout être humain. C’est ce qui fait le plus défaut à l’homme moderne occidental : cette capacité à faire retour sur soi sans jugement, à écouter son corps, ses sensations, l’observation de ses pensées, l’appréciation d’un beau paysage, d’un bon met etc…

En conclusion : la question du rythme scolaire n’est pas seulement qu’une question de durée de cours, de volume d’heures par jour ou par semaine, voire de découpage de temps de vacances. C’est plutôt, de mon point de vue, comment nous articulons des temps de calme, de pause avec des temps  intenses voire très intenses dans le cadre d’une durée déterminée. Cette question dépasse largement le cadre scolaire et interpelle tous les adultes en charge d’éducation, parents, enseignants, éducateurs associatifs etc…In fine et si nous adultes, nous tâchions de mettre en oeuvre pour nous mêmes ces principes ?

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