Qu’est ce que la réussite scolaire ?

 Rencontre-débat avec des parents d’élèves d’un ensemble scolaire (école-collège)

 Pour des  parents et des éducateurs le désir le plus cher est de voir l’enfant inscrire sa vie dans une logique de réussite. Mais que signifie réussir sa scolarité ? Est-ce être le premier ? Est-ce être reconnu dans la classe ? Est-ce avoir la possibilité de faire des grandes études qui vont permettre d’avoir un statut social reconnu ? Est-ce avoir un équilibre entre vie à l’école, vie à la maison et l’engagement dans une activité qui passionne le jeune ?

La réponse à cette question est très liée à l’idée que les parents, les enseignants et les enfants se font de la réussite. Ce qui est réussite pour l’un ne le sera pas pour l’autre !

 De mon point de vue, dans une visée humaniste et personnaliste (développement de l’humain et de la personne dans toutes ses dimensions), Qu’est ce que la réussite scolaire ?

Il y aura réussite scolaire si en premier lieu l’enfant ou le jeune se sent bien à l’école. C’est aussi simple que cela ! C’est-à-dire qu’au-delà des performances scolaires qui ne sont qu’un aspect de la réussite scolaire, ce qui importe en premier c’est que l’enfant ou le jeune soit heureux à l’école. Non pas un bonheur constant, ce bonheur là est illusoire. Il n’existe pas et vouloir en être à la recherche va rendre malheureux ! Plus simplement et concrètement, dans le quotidien d’une journée de classe, c’est éprouver des moments de joie, de satisfaction, de plaisir qui peuvent prendre la forme suivante : le contentement de retrouver les copains et copines le matin, le moment de complicité passé pendant le temps de la récréation, le sourire que l’enseignant a adressé à la classe ou à l’élève en particulier, la satisfaction d’avoir compris une notion incompréhensible jusque là, mais aussi, le temps de rêverie pendant l’heure de classe qui n’intéressait pas l’enfant ! Ce sont tous ces petits moments qui importent, parce que c’est en appui sur ce vécu au quotidien que se construit le désir d’être, d’apprendre, d’entrer en relation, bref le désir de vivre ! Ces moments agréables se partagent avec d’autres qui le sont moins, voire beaucoup moins. Ce qui importe en matière éducative, c’est de rendre conscient les moments de joie et de bonheur vécus.

Vous remarquerez que pour le moment je ne fais pas référence aux notes, aux performances scolaires, voire aux compétitions larvées pour savoir qui sera le meilleur ! Tout simplement parce que je ne crois pas que c’est cette dimension de la scolarité qui va construire l’enfant ou le jeune ! Comme pour certains sportifs qui sont « poussés » pour être les meilleurs dans les catégories « jeunes », il y des enfants qui sont « poussés » dans leur scolarité pour avoir toujours plus de meilleurs résultats. C’est une illusion de croire que c’est ce qui va faire d’eux des adultes qui seront bien  en eux, dans les relations avec les autres, dans leurs engagements professionnels et associatifs. La valeur humaine ne se mesure pas à la performance, quelle soit scolaire, sportive ou économique. Elle s’identifie par le degré d’authenticité et de cohérence de la personne.

 L’école, un contexte spécifique?

L’école est un espace/temps qui a ses particularités. En intégrer les codes, les règles va faciliter pour le jeune son engagement, son investissement et donc sa réussite.

A l’école, il y a des cadres éducatifs de posés, tout comme à la maison du reste. Qu’est ce que le cadre ? C’est ce qui va permettre le vivre ensemble. C’est ce qui va faire prendre conscience à l’enfant et au jeune qu’il n’est pas le centre du monde. Sans cadre éducatif, il ne peut pas y avoir d’éducation. Le cadre va frustrer l’enfant ou le jeune. Cela signifie que pour se construire, l’enfant et le jeune ont besoin de se confronter aux cadres. Ils ont besoin de rencontrer la frustration ! Ils ont besoin d’avoir avec eux des adultes (les enseignants à l’école…les parents à la maison) qui vont poser des « non ». Cette confrontation sera vécue de manière spécifique pour chaque enfant ou jeune au regard de sa personnalité.

 Les spécificités de l’école françaises. Il est bon de se rappeler que notre système éducatif a un haut niveau d’exigence en matière de quantités de savoirs à intégrer ! Le développement de la pensée rationnelle est mis en exergue comparativement aux intelligences intuitives, sensibles, pratiques. Par exemple dans l’analyse des textes littéraires, il est développé une approche techniciste, voire intellectualiste, qui met à distance le sensible, le ressenti, le plaisir de la lecture. Dans l’élaboration d’œuvre en arts plastiques il est demandé dès le collège, aux enfants de problématiser. Or toutes ces opérations mentales sont du haut niveau intellectuel et nécessitent attention et concentration optimales en appui sur une prédominance de la partie analytique du cerveau. Les enfants qui fonctionnent plutôt sur le mode du global ont quelques difficultés pour répondre aux exigences.

 Quoi faire en tant que parent pour aider à la réussite d’un enfant, d’un jeune ?

La famille, quelle qu’en soit sa structure, classique, monoparentale, recomposée, a pour mission de faire vivre dans le quotidien deux dimensions « clef » à la réussite d’une vie. J’insiste sur ce point, parce que de mon point de vue, ils sont prioritaires dans le développement d’une personne, et il se travaille tout au long de la vie : le don de l’amour et la confiance en soi.

Sans amour que serions nous ? C’est le fondement de notre humanité. Mais de quel amour s’agit-il ? C’est l’amour authentique dans le respect de l’autre, de son identité. C’est cet amour qui fait grandir, qui fait que l’autre va donner le meilleur de lui-même. Ce n’est certainement pas l’amour qui rend dépendant affectivement, qui annihile l’autre à mon besoin et qui finalement fait de l’autre l’objet de mes désirs, et qui in fine, ne permet pas à l’autre (ici l’enfant) de devenir lui-même et de s’autonomiser.

Sans un minimum de confiance en soi, comment est-il possible de s’engager, d’oser prendre des risques, d’oser aller vers l’inconnu, d’accepter de vivre sans tout contrôler et à l’école de s’engager dans les apprentissages ? Tout comme l’amour, le développement de la confiance en soi est un travail au quotidien qui se niche dans les interstices de la vie. Le rôle des parents, mais aussi de tout éducateur est de viser intentionnellement le développement de la confiance en soi chez les enfants et les jeunes. Les enseignants ont en ce domaine un rôle clef. Mais comment la développer ?

Tout d’abord, tout comme la motivation, je ne peux pas décréter de la confiance en soi chez l’autre. Je peux aider l’enfant ou le jeune à pointer les réussites, les joies, les satisfactions. Mais je n’ai aucune prise sur le ressenti qu’il en a ! Concrètement, et quand nous sommes avec un enfant qui est en doute, il importe de simplement pointer les réussites. Et il y en a dans le quotidien d’un enfant. Il ne s’agit pas d’être démagogue et de dire que tout va bien dans le meilleur des mondes. Mais nous devons nous méfier de notre tendance humaine et naturelle (et française qui plus est !) qui consiste plutôt à dire ce qui ne va pas ! Je vous encourage à aller lire le livre de Thierry Janssen : le défi positif. Il montre combien il importe dans le contexte de notre époque actuelle, marqué par une augmentation d’une névrose collective, d’aller voir le positif des situations plutôt que le négatif. C’est la politique du verre à moitié plein plutôt que le verre à moitié vide.

 Comment tendre vers la cohérence éducative à la maison et à l’école ?

De manière provocante, je dirai, « enseignants et parents, même combat » ! Pour le bien de l’enfant et du jeune, nous avons tout à gagner à collaborer, à coopérer dans le respect des uns et des autres. Voici quelques principes sur lesquels il est aisé d’être en cohérence.

–         La question des temps de sommeil et de repos. Ils sont nécessaires, indispensables au bien être et au développement de l’enfant, du jeune…mais aussi de l’adulte. C’est pendant le sommeil que se fait la mémorisation. Une personne fatiguée (enfant comme adulte), ne peut pas s’investir, s’engager, être attentif, être présente à soi, aux autres et à ce qu’elle fait.

–         La question de la peur et de l’angoisse. La peur et l’angoisse traduisent des émotions négatives qui bloquent la personne. Une personne (enfant comme adulte) en état de peur ou d’angoisse ne peut être en calme intérieur et donc ne peut pas apprendre et être présente à la situation. C’est une grande illusion de croire qu’en jouant sur les peurs nous allons amener le changement chez les autres. Un exemple au plan politique, toutes les dictatures (une dictature exploite la peur pour maintenir son pouvoir) s’effondrent. En matière éducative, en temps que parent et enseignant, il importe d’être conscient des peurs que j’ai quant au devenir d’un enfant (ce sont le plus souvent des projections sur un futur qui n’existe pas encore). En effet, les peurs se sentent, se perçoivent. Or si je suis dans la peur, l’enfant va percevoir cette peur, cette angoisse. Mais alors que faire avec nos peurs et celles des enfants ? tout d’abord, les accepter, les reconnaître et ainsi prendre conscience, qu’elles arrivent, qu’elles passent et s’en vont. Dans l’hypothèse où elles perdurent obsessionnellement et empêchent de vivre pleinement le moment présent, il peut être bon de se faire accompagner par un professionnel.

–         La question des temps de calme. Ils sont d’autant plus nécessaires que nous vivons une époque où tout va vite trop vie !, Où il est demandé aux personnes d’être multi-tâches (faire plusieurs choses en même temps). Or pour être attentif, concentré et tout simplement présent à ce que je fais, je dois être en calme intérieur, je dois être en mode mono tâche. Le « bruit » des pensées (le mental), des informations multiples doit se réduire autant que faire se peut. Il est urgent d’apprendre aux enfants à se poser, à écouter une musique, à regarder un paysage, à ne rien faire pendant quelques minutes, à se mettre à l’écoute des sensations qui viennent du corps, à sentir le vent sur la peau, à mettre des mots sur les ressentis émotionnels.

–         La question des désaccords entre l’école et la famille. En cas de situation de désaccord, d’incompréhension, voire tension entre l’école et la famille, adopter un comportement adulte. C’est-à-dire pouvoir (enseignant comme parent) aller s’expliquer dans le respect des personnes et des responsabilités de chacun. Concrètement, c’est s’interdire tous les jugements de valeur, et reconnaître que l’autre avait de bonnes raisons de faire ce qu’il a fait (même si tout ne se vaut pas !). Enseignants comme parents veulent la réussite de l’enfant. En dehors des cas que j’appellerai les pathologies relationnelles (névroses fortes voire psychoses), parents et enseignants ont les mêmes intentions : la réussite de l’enfant et du jeune. Il s’agit de mettre en complémentarité et non en opposition les regards et analyses portés. Ce que je propose ici n’est pas irréaliste. C’est une question d’intention et de posture.

 Comment accompagner les choix d’orientation et le discernement dans l’élaboration du projet de vie ?

Nous avons des efforts à faire en ce domaine. Il est illusoire de demander à la plupart des jeunes de 15-16 ans de se projeter professionnellement. Ils en sont tout simplement incapable, et heureusement parce qu’ils ont à mettre leur énergie ailleurs. Ils sont en pleine phase de construction psychique, physique, affective, intellectuelle vers l’état adulte. Ils sont en recherche, en tâtonnement. Ils ont besoin de cette phase de latence. C’est un fantasme de l’adulte que de croire que les jeunes ont une idée sur ce qu’ils veulent faire plus tard…et s’ils en ont, elle change très vite !!!

Mais alors que faire ? Que l’on soit parent, enseignant, en matière d’orientation notre mission et d’amener peu à peu le jeune à identifier et à conscientiser

–         quels sont les domaines où il excelle,

–         dans quel type d’actions, lieux, contextes il se sent bien, heureux, épanoui…

–         dans quel type d’actions, lieux, contextes il se sent mal, non reconnu, non compétent…

–         ce qu’il aime et ce qu’il n’aime pas de manière globale.

–         Ce qui le passionne,

–         Ce qui l’énerve, l’agace…

 Puis de définir bien avant les champs professionnels, qu’est ce que serait pour lui une vie d’adulte où il serait bien ? Quelle part pour le travail, quelle part pour la vie affective et émotionnelle, quelle part pour une vie de couple et de famille, quelle part pour lui dans les autres temps (pratique d’une passion : sport, musique, etc…) ?

 En conclusion, permettons le rêve et l’imagination. Une vie d’adulte réussie c’est aussi une vie qui a pris appui sur les rêves à l’époque de l’enfance et de l’adolescence. Notre époque qui tend à tout rationaliser, quantifier,  en oublie la nécéssité des temps de  rêverie et d’imagination. Parent, enseignant ont à résister à cette logique et à mettre de l’humain dans le quotidien de la vie de famille et à l’école.

Une réponse à “Qu’est ce que la réussite scolaire ?

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