Autour de la motivation scolaire : la confiance en soi, le développement de la conscience, les peurs face à l’échec scolaire.

 C’est autour des ces trois points que se sont centrés nos échanges sur la question de la motivation lors d’une rencontre-débat avec des parents d’élèves.

Premier levier : développer La confiance en soi de l’enfant, du jeune…mais aussi de l’adulte (l’enseignant, le parent….)

Ce concept de confiance en soi est lié à la représentation que l’on a de soi. La personne en perte ou manque de confiance en soi a l’impression de ne pas être la personne qu’elle devrait être. Il y a une comparaison entre le vécu de l’expérience et l’image idéale que l’on se fait de soi. Moins une personne a confiance en elle et plus elle fait de choses qui mettent à mal l’image qu’elle a d’elle même : ce sont des phrases du genre : « je suis nul». « Je n’y arriverai jamais ». « C’est perdu d’avance…je n’ai même pas besoin d’essayer » « Personne ne m’aime » etc….!

Une autre caractéristique du manque de confiance en soi est d’aborder le monde avec des jugements de valeur. Il y a les bons et les nuls, les beaux et les laids, les forts et les faibles, les intelligents et les bêtes. Cette approche du monde conduit à se situer soi-même dans l’un des camps. Or le monde ne se répartit pas en blanc ou noir. Ce qui caractérise la vie ce sont les nuances avec toute la palette des gris. De plus ce qui sera qualifié de beau pour l’un, sera laid pour un autre, une autre culture, une autre époque. Si par exemple, aujourd’hui j’ai une bonne note à un devoir en maths, cela signifie-t-il que je suis un bon élève ? Et si demain j’ai une mauvaise note en histoire géographie, suis-je un mauvais élève ?

Voir le monde ainsi conduit à se mettre des étiquettes qui induisent l’impasse. Une étiquette est une image que je me colle et qui risque de m’enfermer et de me figer dans une représentation de soi rigide. Le manque de confiance en soi serait lié à une vision linéaire de soi, à une approche dichotomique des choses et sans nuances. Alors que la réalité d’un être humain est bien plus complexe et faite de nuances.

 Quelques clefs pour retrouver les bases d’une confiance en soi qui permet d’agir en donnant le meilleur de soi. En France, nous sommes les champions du pessimisme, et nous atteignons actuellement des records (65% des français se disent pessimistes pour leur avenir !) Un peu comme si culturellement nous avions besoin d’être mal ! De ne pas avoir le moral ! De ne pas croire en l’avenir ! De ne pas croire en soi ! Bref d’être malheureux !

La confiance en soi se construit dés l’enfance. Les parents, les enseignants et les adultes en charge d’éducation (entraîneur etc…) ont un rôle « clef » dans l’élaboration pas à pas de la confiance en soi de l’enfant. Mais c’est aussi le résultat d’une intention de la personne (enfant, adolescent, jeune, adulte). En tant que parent, enseignant, je ne peux rien si l’autre n’a pas l’intention d’aller de l’avant, d’oser, de sortir de la spirale de l’échec…mais il est toujours possible de faire grandir et se développer cette confiance en soi chaque jour et à tout âge. Voici quelques pistes :

–         Apprendre à relativiser et à reconnaître ce qui dans notre vie est positif. C’est la politique du verre à moitié plein ! Les parents et les enseignants ont à apprendre aux enfants et aux jeunes à relativiser les situations. Ce n’est pas parce que cela ne va pas maintenant, que cela a été et ira toujours mal !

–         Apprendre à prendre du recul sans sombrer dans le jem’en-foutisme. Derrière la peur de l’avenir se cache la nostalgie du passé (le fameux, c’était mieux avant !). le futur nous l’ignorons. Le passé n’est plus, le futur n’est pas encore. Seul existe le présent. C’est parce que je vis pleinement le présent que je développe la connaissance de soi, la confiance en soi. L’approche boudhiste est exemplaire en ce domaine.

–         Identifier ce sur quoi, je peux agir. Il ne dépend pas de moi de modifier le fonctionnement du système éducatif. Par contre, en tant que parent, j’ai la possibilité d’agir au sein des associations locales. Dans l’hypothèse d’une école qui ne convient pas à mon enfant, j’ai la possibilité de le changer d’établissement.

–         Aller rechercher dans ses souvenirs des défis relevés. Nous avons la mémoire courte ! Lors des moments difficiles, nous avons déjà dans notre histoire été confrontés à des situations délicates que nous avons surmontées d’une manière ou d’une autre. Il peut être bon d’apprendre à nos enfants à aller se souvenir des défis relevés et prendre conscience qu’ils ont les ressources en eux.

–         Apprendre à se recentrer. Il s’agit de revenir à l’essentiel. Tout actuellement dans la vie nous amène à l’éparpillement. Nous faisons plusieurs choses en même temps ! Nous perdons le calme intérieur. Nous avons une conception dissocié de notre être : l’intellect, les affects et le corps. En tant qu’adulte nous avons à proposer des temps de calme, de pause aux enfants et aux adolescents..cela revient à la formation au développement de la conscience de soi.

–         Se relier aux autres. Il s’agit d’entrer dans une logique d’ouverture et de coopération. C’est passé d’une logique de domination à une logique de coopération. A l’école il s’agit d’apprendre avec les autres, par les autres et pour les autres…et non pas contre les autres.

 Deuxième levier : le développement de la conscience de soi ou l’éveil des sens.

Ce qui participe au développement d’un enfant, d’un jeune et d’un adulte, c’est la capacité qu’il a à s’interroger, à sa questionner, à mettre des mots, à réfléchir sur les événements qu’il traverse. Cela signifie de se mettre à l’écoute de ses sensations, de ses ressentis, de ses émotions sans se porter de jugement de valeur. L’enfant l’apprendra d’autant mieux qu’il vivra avec des adultes capables d’être des témoins de cette authenticité d’être. Mais comment dans le quotidien de la vie à la maison et à l’école éveiller le développement de la conscience ? C’est l’acquisition de la maturité. De la capacité pour l’enfant à devenir un adulte autonome qui accède à l’authenticité, à la liberté de penser et d’être pour agir et entrer en relation avec les autres.

 Voici quelques pistes éducatives.

–         Mettre des mots sur les émotions, sur le vécu des situations sans porter de jugement.

–         Echanger, débattre sans volonté de convaincre.

–         Mettre des temps où règne le calme, le silence.

–         Prendre le temps d’apprécier des petits moments simples et se le dire.

–         S’imposer des temps en ne se centrant que sur une tâche difficile posant un défi mais réalisable.

–         Induire des temps d’ennui propice à l’imagination.

–         Se couper temporairement des flux d’informations.

–         Prendre des temps de pratiques physiques sans esprit de compétition.

–         Vivre pleinement l’instant présent.

–         Synchroniser le corps, les émotions et l’esprit.

 Troisième levier : la prise de distance face à la peur de l’échec.

Refuser l’échec, c’est d’une certaine manière ne pas accepter la réalité de la vie. Cette réalité étant qu’il y a et aura toujours des épreuves petites ou grandes En matière éducative nous avons à changer notre regard et à penser autrement les situations d’échec. Elles sont nécessaires et constructives !

 Les peurs et les angoisses sont envahissantes, bloquantes et n’aident en rien le développement de la confiance en soi. Nous vivons une époque délicate en ce domaine. C’est un peu comme si toute la société était névrosée ! Pour survivre face aux différentes peurs (la perte d’emploi, le rejet, le ridicule, ne pas être à la hauteur, la déchéance financière, la solitude, la maladie….), nous devons absolument développer de nouvelles compétences chaque jour plus exigeantes et impossible à tenir, voire à atteindre. Etre beau, être fort, être rapide, être cultivé, parler plusieurs langues, être ouvert et sympa avec tout le monde, être au fait des nouveautés etc…Conséquences, des parents et des enseignants mettent une pression excessive et démesurée sur les enfants et les jeunes. Il faut faire toujours plus ! Il n’est pas rare d’entendre à la maison et à l’école des phrases du style : « si tu n’as pas une grande école, tu auras un boulot médiocre et une vie terne », « si tu ne fais pas une mention, ton bac ne vaut rien » etc…

L’anxiété de notre société est en lien avec une tendance à envisager, à anticiper les catastrophes. En fait les peurs sont le refus que les choses se produisent et la non acceptation de réalités possibles. Derrière les peurs se cache la volonté de tout maîtriser.

La peur est donc le refus que les choses soient autrement que ce que j’ai décidé, c’est-à-dire cette crispation à l’idée que le non désiré se produise et une tentative de tout mettre en œuvre pour cela n’arrive pas. C’est une manière de refuser la contrariété. De refuser la frustration. De refuser le mouvement de la vie.

La réalité est que nous ne pouvons maîtriser l’intégralité de notre vie et de notre destin. Beaucoup de choses nous échappent malgré nos efforts. Si nous nous bloquons, tendons à trop vouloir, nous nous heurtons à la réalité existentielle de notre condition humaine. On va passer de frustration en frustration en se coupant de la beauté de la vie…et nous ne percevons même plus les bons moments que nous traversons.

 Apprendre la frustration. C’est une nécessité éducative d’apprendre à supporter les contraintes, les limites et d’éduquer à l’épreuve. Tout ne peut et ne doit être facile, rapide et disponible immédiatement. Attendre est un problème à dépasser et à accepter. L’incapacité à l’acceptation de la frustration génère une augmentation de l’agressivité verbale, des violences et pour les enfants de la difficulté à s’impliquer dans les tâches scolaires.

 L’échec une nécessité ! L’échec est nécessaire, c’est parce que la personne rencontre l’échec qu’elle va pouvoir évoluer. Pour un parent, un enseignant et un éducateur, la question à se poser quand un jeune est en situation d’échec : Comment se servir de cette situation pour permettre à la personne d’évoluer, de dépasser cette situation, de comprendre les causes, de s’engager dans une démarche de changement et d’évolution ?

Il s’agit de développer une approche positive de l’échec. C’est-à-dire une approche qui fait sortir la personne d’un état émotionnel négatif se traduisant par les sentiments suivants : mésestime de soi, perte de confiance en soi, culpabilité, sentiment de nullité etc… Mais comment amener la personne à porter un regard positif sur ce qui, à priori, relève du négatif !

Cela revient à la question de comment intégrer l’échec dans une pédagogie de la réussite ? Nous sommes pédagogiquement dans la prise en compte de l’erreur. C’est parce que je prends conscience de mes erreurs que je vais progresser. Il s’agit d’amener la personne à sortir du blocage émotionnel. Tant qu’une personne reste en blocage émotionnel, il ne peut y avoir de questionnement possible, de remise en question, et donc d’engagement dans une démarche d’apprentissage.

 

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