Comment aider mon enfant à être heureux à l’école ?

Ce qui se dégage d’une rencontre-débat avec des parents d’élèves et des enseignants d’un ensemble scolaire (école-collège).

D’abord être heureux tout simplement, quel que soit le lieu ! Etre heureux, c’est vivre pleinement les moments tels qu’ils sont. Il y a un piège à vouloir être à la recherche constante du bonheur. Est-ce que cette quête et cette volonté incessante d’être heureux ne nous mènerait elle pas à une recrudescence du stress, de l’anxiété voire de la dépression? In fine à vouloir être trop heureux ne deviendrait on pas malheureux ? Le bonheur comme état de grâce permanent, n’existe pas.

Le bonheur et être heureux ne se résument pas à se sentir bien. La quête du bonheur et du bien être se traduisent le plus souvent par une quête plutôt malheureuse ! Pour atteindre les états émotionnels qui rendent heureux, il n’est pas rare d’adopter des comportements qui produisent l’effet contraire et dont les résultats font que les personnes se sentent malheureuse.

Et si être heureux avait à voir avec le sens. C’est-à-dire être dans l’intention de vivre une existence riche et pleine de sens. Eduquer les enfants et les élèves au bonheur ne serait il pas alors les préparer à vivre des moments de vie riche et d’engagement dans l’instant présent. Au plan éducatif il s’agit de leur faire prendre conscience des émotions vécues, sans s’y accrocher, lors des moments de satisfaction, de réussite, de plaisir, de joie tels qu’ils sont et tels qu’ils arrivent. Et si la vie procure des émotions agréables, elle n’est pas exempte d’émotions désagréables. Pour vivre pleinement, il importe de vivre toute la gamme des émotions, les agréables comme les désagréables.

La souffrance fait partie intégrante de la vie. C’est la réalité et nul ne peut y échapper. En tant qu’êtres humains, nous pouvons tous être atteints d’incapacité, être atteints d’une maladie incurable et en mourir. Tôt ou tard, nous perdrons les relations qui nous sont chères, à la suite d’un rejet, d’une séparation ou d’un décès. Nous devons tous faire face à des crises, à des déceptions et à des échecs. Nous sommes ainsi tous confrontés à des émotions douloureuses.

Je ne peux pas décider du bonheur de l’autre ! La question du bonheur est très personnelle En tant que parent, nous voulons le bonheur de nos enfants. Nous n’aimons pas les voir malheureux au point de vouloir leur faire éviter les situations porteuses d’émotions désagréables. Il est illusoire de pouvoir agir sur le bonheur d’une autre personne. Je peux agir sur les conditions qui vont faire que l’autre peut éprouver des moments heureux. En fin de compte, c’est toujours l’autre qui vit et ressent les émotions. Dans le cas où les pensées de l’autre restent tournées vers le passé d’un événement porteur d’émotions désagréables ou sur les peurs d’un événement à venir, il ne pourra se rendre présent à ce qui se passe dans l’instant et vivre les émotions agréables.

L’importance pour les enfants, les jeunes d’être en contact avec des adultes qui sont des témoins des moments heureux qu’ils vivent. En matière d’éducation la neutralité n’existe pas. C’est une illusion de croire à la neutralité des émotions. Dans toute relation humaine, c’est la personne dans toutes ses dimensions qui est présente par le corps, la pensée et les émotions.

Dans le contexte d’une société en mal être qui est en recherche de sens, en questionnement sur ses valeurs et sur son devenir, il est d’autant plus nécessaire d’être en matière d’éducation des témoins de ce que se sont les moments de joie, de satisfaction, de réussite et d’émerveillement. Concrètement et sans naïveté ou niaiserie, il ‘agit de mettre en oeuvre la politique du verre à moitié plein, plutôt que celle du verre à moitié vide. C’est aussi, savoir expliciter et verbaliser tous ces moments souvent simples qui sont de vrais et authentiques moments de bonheur, tels que : une promenade en forêt, un moment passé ensemble, une musique écoutée, une activité physique partagée, un service rendu, une tâche bien réalisée etc…

Vers un partenariat où règne l’authenticité entre parents et enseignants. Nous ne le répéterons jamais assez, mais parents et enseignants veulent pour la plupart, pour ne pas dire tous, la réussite et le bonheur de l’enfant ou du jeune. Je fais abstraction des cas où l’adulte (parent comme enseignant) instaure un jeu de manipulation vis-à-vis de l’enfant ou de jeune. Les conditions d’un dialogue fructueux sont certes simples dans leur aspect théorique, mais parfois oh combien difficile dans le réel d’une relation sur fond de désaccord, de conflit, de non compréhension.

C’est la question de l’intention et de la posture qui est à considérer. Concrètement il s’agit de se mettre en posture d’écoute mutuelle et donc d’ouverture à la pensée de l’autre, d’identifier les points d’accords et de désaccords, d’accepter de reconnaître que l’autre peut aussi avoir raison dans sa manière d’analyser la situation, d’envisager des solutions du style « gagnant-gagnant » plutôt que « gagnant-perdant ». C’est savoir dire sans agressivité et sans développer la culpabilité chez l’autre parfois des choses désagréables à attendre. C’est savoir reconnaître que notre point de vue est peut être erroné. C’est savoir être soi même à la place qui est la sienne.

Si l’authenticité n’est pas présente, si les jeux de manipulation se mettent en place, alors que l’on soit parent ou enseignant, il importe de stopper le dialogue et de le remettre à un autre moment où les esprits se seront apaisés !

Que faire de nos projections d’adultes à l’égard de l’enfant ou de l’élève ? Nous avons une fâcheuse tendance (inconsciente) à penser que l’autre est comme nous même et que l’on peut appliquer les mêmes règles qu’à nous-mêmes et que de ce fait nous prenons le droit de l’amender. Les projections sont loin d’être anodines. Les projections des parents, mais aussi des enseignants, sur les enfants et les adolescents exercent une forte influence sur ces derniers encore malléables au plan de la structure psychique.

La projection est une situation qui se retrouve souvent dans la vie quotidienne. Par exemple, un parent qui n’a pas suffisamment investi sa propre scolarité (peu importe les raisons), va investir sur ses enfants et exiger de leur part un engagement au-delà de la mesure. Les enfants devant obtenir de très bons résultats scolaires, fournir un travail supplémentaire en dehors du temps scolaire, réussir des orientations de haut niveau académique ; afin de satisfaire de manière inconsciente les exigences des ou du parent. Ce même phénomène se produit dans nombre de situations de la vie, c’est le parent qui projette une carrière sportive de haut niveau pour son enfant dés le plus jeune âge. Il suffit d’aller observer les parents et les entraîneurs au bord des lieux où se pratiquent les compétitions sportives des jeunes pour voir au travers du comportement des adultes les projections in vivo. Idem pour la musique et autres activités etc…

Les projections ne sont pas que négatives. C’est l’enseignant, l’éducateur, l’entraîneur, mais aussi le parent qui par le biais d’une appréciation aimante et valorisante vont amener l’enfant ou l’adolescent à lui-même. C’est en valorisant l’élève, en encourageant et en poussant le jeune athlète, que nous pouvons provoquer chez l’autre (enfant ou adolescent) un épanouissement de sa nature véritable et de ses talents. Dans ce cas, la projection fait l’office d’une passerelle qui permet à l’autre de venir ou revenir à lui-même.

Ce n’est pas parce qu’un enfant ou un jeune est en décalage à l’école qu’il ne réussira pas sa vie. Dans le cadre de l’école, on peut estimer à près de 10% le nombre d’enfants et de jeunes qui se sentent différents, déconnectés, d’une autre planète. Un Chef d’établissement d’une école maternelle et primaire avec qui j’échangeais récemment me proposait plutôt le chiffre de 20% (de trois à cinq élèves par classe). Ces enfants et jeunes trouvent difficilement leur place. Ils ont le sentiment d’un zapping constant (surtout en collège et lycée où s’empilent les unes après les autres les heures de cours). Ils ont des difficultés à s’approprier les savoirs scolaires dont ils ne perçoivent pas le sens. Ils ont le sentiment que tout va trop vite et qu’on ne leur laisse pas le temps de comprendre. Ils n’arrivent pas à se concentrer et à être attentif. Ils se sentent présent-absent.

Les parents et les enseignants se sentent démunis. Ils n’ont pas de réponse tangible à apporter. Si ce n’est d’attendre que les années à subir la scolarité se terminent et qu’une voie d’orientation se dégage et permette au jeune de donner enfin du sens à ce qu’il entreprend. Mais rien n’est moins sur en ce domaine.

Les aider à approfondir ce sentiment de décalage et de malaise peut leur permettre de découvrir ce qui fait leur spécificité, leurs dons, leurs talents et leur richesse intérieure. C’est ainsi qu’ils pourront arriver à être heureux d’être eux-mêmes, à s’accepter et à trouver leur place.

Mettre de la joie et de l’humain dans les écoles devrait être une intention prioritaire du système éducatif. Au-delà des objectifs généraux, de l’école qui sont bien identifiés – apprendre à vivre ensemble, apprendre à apprendre, s’approprier les savoirs fondamentaux qui vont permettre de comprendre le monde et de pouvoir en être acteur – une intention première des responsables éducatifs devrait être de faire des établissements scolaires des lieux de vie au sens positif du terme. L’école se doit d’être un endroit où l’enfant se sent en sécurité, où il peut être reconnu pour ce qu’il est dans sa singularité, où l’espace/temps est organisé pour qu’il puisse y vivre aussi des moments de joie, de bonheur partagés, et où les adultes (enseignants, éducateurs, personnel) sont à même de témoigner de tels moments quand ils se présentent.

2 réponses à “Comment aider mon enfant à être heureux à l’école ?

  1. GILLE - BRYGIER nicole

    Comme j’apprécie ce que je viens de lire.
    Je suis actuellement en formation en CNV, et je comprends d’autant mieux vos propos.
    Mon projet est, justement, de pratiquer la CNV avec mes collègues enseignants, lorsque je reprendrai mon travail à la rentrée 2012.
    METTRE DE LA JOIE ET DE L’HUMAIN DANS LES ECOLES DEVRAIT ETRE UNE INTENTION PRIORITAIRE DU SYSTEME EDUCATIF…..
    Cette phrase me réjouit énormement et pour ma part, j’en ai toujours fait une priorité,
    Merci à vous de me permettre de m’appuyer sur votre site pour répandre ces intentions positives et authentiques à un grand nombre de personnes.

    • Merci de votre commenatire. C’est en agissant au niveau local que nous ferons évoluer les pratiques professionnelles. C’est de mon point de vue de la responsabilité des enseignants, des chefs d’établissement, des directeurs, proviseurs et autres responsables d’établissement, d’avoir cette finalité en intention première. Cela nécessite d’adopter la posture adéquate et d’incarner cette joie. C’est parce que les adultes vivent dans leur quotidien professionnel cette intention que cela imprégnera les classes. Il ne faut pas attendre des changements venant de l’institution qui cherche à maintenir le statu quo dans le système.

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