Etre attentif, concentré, c’est être dans la présence et dans l’intention.

La question de l’attention et de la concentration est une question récurrente, tant à l’école, qu’à l’université ou dans les lieux de formation. Il en est de même dans le cadre des compétitions sportives et même dans le monde du travail. Il n’est pas rare d’entendre les enseignants, les formateurs, les entraîneurs, les dirigeants de se plaindre du manque d’attention et de concentration des élèves, athlètes, collaborateurs dont ils ont la responsabilité. Aussi souvent entendons nous des injonctions du genre : « Mais fais donc attention ! « ,  « Concentre toi « , « tu ne fais pas attention « ,  » je vous l’avais pourtant expliqué ! « , « calme toi et fais attention » etc…Des injonctions qui le plus souvent n’amènent pas de changement probant dans le comportement ou la posture de celui vers qui elles sont destinées. Et ce même si le jeune, voire l’adulte, (élève, athlète etc…) fait des efforts pour être attentif !

 Les causes sont le plus souvent liées à l’état de pression excessive mise sur les sujets, les enfants, préadolescents et adolescents à l’école, les jeunes à l’université ou dans les parcours de formation, l’athlète dans les clubs sportifs et la plupart des acteurs dans le monde du travail.

Les difficultés d’attention et de concentration associées aux difficultés de mémorisation sont les raisons premières des difficultés d’apprentissage. Les causes de ces difficultés d’attention et de concentration sont multiples, instabilité émotionnelle, peur de l’échec, état de surstress, désintérêt pour les contenus proposés, tâches trop simples ou trop difficiles, incapacité à trouver du sens etc…L’effet en est que celui qui apprend ou doit réaliser une tâche complexe, qu’il soit jeune, pré-adolescent, adolescent ou adulte n’est pas dans une disponibilité à être simplement présent à ce qu’il fait. L’esprit est en perpétuel mouvement, les pensées s’entrechoquent et bouillonnent, le surstress s’installe, la panique l’envahit.

 Mais c’est quoi au juste l’attention et la concentration ?

Etre attentif, c’est accueillir ce qui se produit en étant pleinement présent à la situation vécue sans crispation. C’est être présent à ce qui est en le considérant tel qu’il est, et sans vouloir le transformer, le juger. C’est un profond retournement de nos habitudes et des injonctions émises dans les différents lieux de formation et d’enseignement où les consignes en matière d’attention véhiculent la nécessité de faire preuve d’effort, de volonté crispée et de tension. Un peu comme si c’était en nous tendant que nous allions réussir !

Etre concentré, c’est focaliser l’esprit sur un point particulier. La concentration se fonde essentiellement sur le sujet ou l’objet. Elle se développe en appui sur notre centration à une cause, à une tâche ou à une activité. Une concentration juste dénouée d’angoisse et de peurs favorise l’émergence de l’état de « flow » aussi appelé « flux ». Les sportifs appellent cela « être dans la zone » ou ce qui était appelé avant « l’état de grâce ». L’aptitude à se concentrer apporte vitalité et clarté à n’importe quelle activité, que ce soit des pratiques sportives, une tâche scolaire, la résolution d’un problème professionnel, l’activité sexuelle, la préparation culinaire etc…Elle est essentielle lors de situations complexes, tels que jouer de la musique, danser, gravir un sommet de montagne, animer une réunion, faire classe, rédiger des contrats juridiques ou concevoir de complexes accords commerciaux.

Se concentrer, et y rester, sur une tâche complexe est une compétence transversale de haut niveau à faire acquérir lors de la scolarité obligatoire ou à l’issue de tout parcours de formation. Il importe d’aiguiser la concentration et d’apprendre aux élèves et étudiants à être pleinement centrés et absorbés par le sujet de leur concentration et ce quel qu’en soit le support : un exercice de mathématiques, la lecture d’un texte, un tir au panier (basket), la flamme d’une bougie, la respiration. Quand le sujet se concentre sa conscience prend pleinement la dimension de l’objet. Si le joueur de basket est concentré sur le panier au moment du tir, il est à la fois, lui, le ballon et le panier. Il fait abstraction du reste au moment du tir. Il est pleinement dans le mouvement du jeu.

 Comment développer la concentration ?

En complément de mon expérience (d’enseignant-formateur, d’entraîneur, de sportif de haut niveau) et de ma pratique personnelle, je me réfère aux travaux de Jeanne Siaud-Facchin, de john Kabat Zinn, de Thich Nhat Hanh, de Ian Jackson, de Christophe André, Mathieu Ricard et de bien d’autres qui nous font part de leurs pratiques et de leur enseignement en matière d’éducation et de formation à la pleine conscience.

 La concentration se développe par la répétition. Pour nos esprits modernes et occidentaux conditionnés à être distrait, ce n’est pas chose facile que d’apprendre à se concentrer. La concentration n’est pas innée, elle s’acquière par apprentissage. Michael Jordan (basketteur illustre) en avait fait un de ses points forts. Le cycliste suisse Fabien Cancelara quand il est en épreuve de contre la montre est pleinement et totalement dans son effort.

Pour nos esprits modernes sursollicités, il s’agit d’apprendre à faire un « lessivage intérieur ». Cela signifie d’apprendre à se défaire de la tension, du conflit, de la distraction, de la peine et de l’anxiété..chose peu évidente en soi dans un contexte sociétal plutôt névrosé ! Il suffit de faire l’expérience de maintenir votre concentration pendant 10 minutes, sur votre respiration ou sur une image inspirante (paysage etc..). Vous observerez qu’au bout d’une minute votre attention s’est égarée plusieurs fois. Que plus vous avancez dans le temps et plus de distractions seront présentes, puis votre corps va s’agiter ou devenir douloureux et in fine si au bout des 10minutes vous avez été pleinement présents pas plus de 10% du temps à l’objet de votre concentration, c’est en soi remarquable ! Du reste on estime aujourd’hui qu’un élève qui est dans l’intention de se concentrer sur son cours de 50 minutes est vraiment présent pendant un maximum de 10 minutes ! Je pense qu’en réalité nous sommes plus proche des 5 minutes.

 Apprendre à se dégager des tensions par les exercices de pleine conscience. Où comment pratiquer le lessivage intérieur ?

La tension psychique, l’agitation, les souvenirs, les peurs, les angoisses interrompent la concentration. Le « lessivage intérieur » consiste à se libérer de chacune des distractions jusqu’à ce que l’esprit se pose, soit apaisé. Nous observons par l’entraînement à la pleine conscience, qu’à mesure que nous nous dégageons de façon répétée des tensions et des pensées négatives, que le corps et l’esprit sont plus clairs. Ce processus ne se réalise pas en quelques heures. C’est un vrai apprentissage (c’est une transformation) qui nécessite du temps et de la patience et qui se compte en mois, voire année. Ce processus requiert de la répétition. Mickael Jordan a effectué des milliers de tirs au panier dans toutes les positions imaginables. Fabien Cancellara ne compte plus les milliers de kilomètres effectués en se centrant sur le relâchement, l’efficacité du geste de pédalage et la respiration dans l’effort. Un musicien ne compte plus les heures où il fait ses gammes.

 Les progrès en matière de concentration ne s’observe pas en luttant contre les distractions et les conflits intérieurs, mais en les reconnaissant consciemment, en les acceptant sans attachement et en s’en détournant jusqu’à ce qu’ils perdent de leur nuisance sur nous. Plus nous voulons les chasser de notre esprit et plus ils persistent en s’y accrochant jusqu’à devenir des pensées obsédantes.

 Quoi faire pour accroître attention et concentration ?

C’est l’éducation à l’éveil des sens. Prendre le temps de regarder, de sentir, de percevoir, de goûter, d’écouter, de toucher sans jugement en accueillant les ressentis, les émotions procurés par la vue d’un paysage, d’une fleur, le chant des oiseaux etc…C’est prendre ce temps là avec nos enfants ou avec les élèves dés l’école maternelle. Mais c’est aussi prendre le temps de manger et non pas d’engloutir les aliments. De ressentir sur les papilles les saveurs qui se dégagent.

 C’est l’éducation à l’ennui qui est la base de la connaissance de soi. Un enfant qui s’ennuie (mais il en est de même pour l’adulte) apprend à être avec lui-même. C’est un moment de rien, mais oh combien fondamental et essentiel à notre équilibre d’être humain. Un moment où l’on attend rien de nous, où nous n’avons pas de compte à rendre. Juste être avec soi. Cette proposition est à l’inverse des injonctions émises par notre modèle actuelle de société qui met en exergue, la vitesse, l’empilement et l’enchaînement des actions, l’activisme, la performance pour la performance, le remplissage du moindre temps libre. Il faut faire plutôt qu’être ! Etre dans le rien nous donne du pouvoir sur notre vie. Le temps se dilate. Des enfants éveillés à cette conscience du rien sauront être face à eux-mêmes sans angoisse. Ils ne s’obligeront plus à bouger pour bouger. Ils sauront prendre le temps de se poser entre deux tâches. Ils sauront aussi dire non à des demandes impossibles à réaliser.

 C’est l’éducation à l’attention, à une chose à la fois. C’est-à-dire être pleinement présent à ce que j’observe, ce que je fais. Cela signifie de se protéger du zapping qui règne dans notre quotidien. Je passe de la télécommande télé à l’ordinateur et en même temps je suis en train de téléphoner via le portable. Les enfants comme les adultes sont conditionnés au modèle du multitâche. Ce modèle épuise à la longue et ne permet pas le développement d’une attention juste. Il importe d’apprendre à s’en détacher. A s’octroyer des pauses pour être pleinement sur une tâche. A éteindre le téléphone quand je suis en rendez vous. A ne pas allumer la télévision au moment des repas etc…

 C’est l’éducation à la pleine conscience par l’approche de la méditation, de la contemplation. Cela peut se faire dés le plus jeune âge. Des expériences sont menées à l’heure actuelle, même dans notre pays pourtant réfractaire à cette approche encore connotée religieusement et philosophiquement. Mais des travaux et des écrits récents (voir Christophe André et Jeanne Siaud Facchin) sont en train de faire bouger nos représentations en la matière. Les effets sont bien identifiés sur l’attention, la présence et le calme qui gagnent les classes qui bénéficient de ces programmes. Jeanne Siaud Facchin dans son dernier ouvrage en explicite bien les effets.

 Les pratiques de pleine conscience : nouvelle mode ou vrai changement dans la manière d’aborder la vie. Cette question commence à toucher différents milieux, la santé, l’éducation, la psychologie. Des écrits, des colloques lui sont consacrés. Des résultats (en appui sur les démarches scientifiques, ) sont publiés et mettent tous en avant les effets positifs sur la personne et sur les transformations observées sur le cerveau. Elle est une des réponses, sous sa forme actuelle et laïque, à la dérive de notre monde en ce début de XXI ème siécle. Il devient nécessaire, sinon urgent de nous reconnecter à la vie, au sens et à nos valeurs humanistes.

 

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