La posture de l’enseignant

Pour répondre aux missions qui sont les leurs dans le contexte de notre société, et s’épanouir dans l’exercice du métier il est attendu des enseignants un haut niveau de compétences dans des registres qui dépassent de loin la simple transmission des savoirs et toutes les compétences techniques en didactique et en pédagogie.

C’est bien d’une posture dont il est question et non de compétences. La posture s’incarne. Elle implique le sujet dans toutes les dimensions : le corps, les émotions et la pensée. Son vecteur principal est le corps ! Une posture se voit, se perçoit, se sent. C’est ce qui « transpire » de la personne. Elle passe par le ton et les intonations de la voix, les attitudes du corps, le regard, la manière de se déplacer. C’est du reste ce que les élèves perçoivent en premier. C’est parce qu’il y a cohérence entre ces trois dimensions de l’être que les compétences techniques professionnelles vont pouvoir se développer, se renforcer.

La posture traduit la cohérence de la personne entre le penser, le dire et le faire. Chaque personne  est porteur d’incohérence. La posture éthique de l’enseignant l’incite à être conscient des propres écarts entre son dire et son faire sans culpabilité. C’est par exemple la capacité à reconnaître ses erreurs, ce qui n’est pas preuve de faiblesse mais une attitude révélatrice de maturité. Se reconnaître responsable de ses erreurs, c’est se donner les moyens de les dépasser et de trouver de nouvelles possibilités pour éviter que cela recommence

Un enseignant est d’abord et avant tout, un adulte mature. Il est autonome, responsable et conscient. Les élèves ont besoin de rencontrer des adultes qui tiennent « debout ». C’est par la rencontre, voire la confrontation avec des adultes matures que le jeune se construit. De plus, prendre des responsabilités, c’est conquérir de la liberté. Celle-ci ne se donne pas au départ. Elle se gagne.

L’acceptation des situations de conflit dans l’intention d’envisager des solutions de règlement gagnant/gagnant ou de sortie de crise, que ce soit avec les élèves, les collègues, les parents, voire la hiérarchie (directeur, chef d’établissement, proviseur, inspecteur etc….). C’est par exemple l’attitude qui consiste à être conscient des interprétations, des projections, des jeux de pouvoir et d’influence qui se jouent dans la situation. C’est l’intention de ne pas porter de jugement de valeur, de s’en tenir au fait, de clarifier les malentendus.

La mise en œuvre et le respect de cadres légaux. L’exercice du métier est défini par des textes de loi qui sont indispensables. Sans cadre légal, c’est tout le système qui deviendrait « fou » et les acteurs avec ! L’enseignant est garant de ce cadre qui structure les relations entre les différents acteurs dans la classe et dans l’établissement.

Une acceptation de ce que sont les autres tels qu’ils sont et non pas comme nous le souhaiterions. Il y a à intégrer l’idée que je n’ai aucun pouvoir sur l’autre. Je ne peux pas décider du changement pour l’autre. Je peux créer les conditions qui peuvent permettre à l’autre de bouger, mais je n’ai pas de pouvoir de décision.  C’est une éthique de la relation basée sur l’acceptation et le respect de l’autre. C’est parce que je me respecte que je peux respecter l’autre. C’est parce que je respecte l’autre que l’autre me respectera.

Une capacité à dénoncer l’insoutenable, le non acceptable au regard d’une éthique héritée des valeurs de l’humanisme.

Une connaissance de soi, de ses valeurs, de ses points forts, de ses compétences, de ses limites, de ses peurs, de ses angoisses et points de fragilité.

Une intention de mettre du lien dans l’espace relationnel. La relation c’est cet espace entre deux personnes ou entre une personne et un groupe dans le cadre de la classe. C’est parce que le cadre relationnel est porteur de sécurité, de respect partagé que l’enseignement se fera mieux.

Le courage d’être soi. Il s’agit pour chaque enseignant de trouver son propre modèle d’enseignement et de ne pas  se référer à un modèle extérieur idéal qui n’existe pas !  Le mode d’enseignement doit être au plus près de la personnalité spontanée. Être le créateur de son style d’enseignement est le moyen de susciter un esprit d’engagement autour de soi. Un enseignant qui réussit est un enseignant qui « colle » à sa personnalité profonde.

Or force est de constater que tout ce pan de la formation est quasiment inexistant sur les aspects que nous venons d’évoquer. Les dimensions cliniques du métier ont à ce jour quasiment disparu de la formation initiale et en formation continue les propositions faites ne permettent pas de toucher nombre d’enseignants.

L’homme agit d’abord en fonction de ce qu’il ressent, il raisonne après.
Parce que la formation des enseignants est une formation essentiellement, voire quasiment de type rationnel, ceux-ci abordent les aspects humains de l’enseignement avec la même logique et, découvrent que les élèves ne fonctionnent pas selon ce système rationnel, ils se sentent parfois décontenancés.
Si, face à des questions techniques d’ordre didactiques et pédagogiques, la rationalité est indispensable pour avancer, en ce qui concerne la communication, les relations humaines c’est l’irrationnel, l’instinctif et l’affectif qui sont présents.
Ce qui fera la différence entre une bonne et une mauvaise décision dans l’acte pédagogique, ce sera l’énergie mise en jeu, l’engagement affectif et instinctif. Ainsi, prendre une bonne décision c’est bien sûr raisonner mais aussi sentir, être à l’écoute de ce que le corps manifeste face au choix. Et si, entre le corps, le cœur et la raison il y a accord, alors il existe plus de chances de voir ce choix être la marque de la réussite.

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