Quelle formation pour les enseignants ?

L’AGEPS a été invitée à donner son avis sur la formation des enseignants français dans le cadre des assises territoriales de l’enseignement supérieure et de la recherche.

C’est ce samedi que s’est déroulé à l’Université d’Artois (site d’Arras) la concertation sur l’avenir de l’enseignement supérieur français. Les représentants des universités étaient réunis pendant deux jours pour faire remonter des propositions concrètes portant sur trois axes :

– Agir pour la réussite de tous les étudiants.

– Donner une nouvelle ambition pour la recherche.

– Contribuer à la définition du nouveau paysage de l’enseignement supérieur et de la recherche.

C’est à la demande d’une Université de la région que j’ai été amené à communiquer sur la question de quelle formation pour les enseignants ? Cette question étant directement liée aux annonces récentes faites par le Président de la République et le Ministre de l’Education.  Voici ce que je propose en matière de formation initiale des enseignants français.

En introduction, l’ensemble des participants à cet atelier reconnaisse qu’il est nécessaire, voire indispensable de changer ce qui a été mis en oeuvre ces dernières années. Ce n’est pas la masterisation qui est à remettre en question, mais le dispositif de formation qui ne prend pas suffisamment en compte les savoirs d’expérience (aspect professionnel du métier).

Les propositions de l’AGEPS à la contribution : Il n’y a pas de hiérarchie dans  les propositions. Elles seraient à mettre en oeuvre conjointement dés le début de la formation initiale dans les futurs « Ecole Nationale Supérieure de l’Enseignement et de l’Education ».

– Une formation spécifique de haut niveau, quels que soient les niveaux d’enseignement de la ou des disciplines enseignées, il est nécessaire qu’un enseignant ait acquis des connaissances de base de haut niveau dans le domaine spécifique où il intervient. Voici deux exemples dans deux domaines d’intervention différents : un enseignant d’EPS doit avoir une culture et pratique sportive conséquente et des connaissances dans les sciences attenantes à la discipline d’enseignement et de sa didactique (physiologie de l’effort, psycho-socio du sport, psycho-pédagogie, histoire du sport, anatomie et physiologie etc…) ; un enseignant en classes maternelles doit avoir des connaissances sur la psychologie et le développement de l’enfant, sur la didactique spécifique à l’école maternelle (langage, motricité fine et globale, déchiffrage etc…). L’enseignant doit être un expert dans les domaines disciplinaires où il intervient qu’il soit monovalent ou polyvalent.

– Une formation au développement des compétences relationnelles. Je défends l’idée que le métier d’enseignant est d’abord un métier de relation. Les compétences didactiques et les savoirs savants ne servent à rien si la compétence pédagogique est absente ou fait défaut. Il s’agit donc de développer l’aspect clinique de la formation (voir le site de Jacques Nimier qui développe cette idée – pédagopsy dans les liens avec ce blog). Apprendre à se connaître dans toutes les dimensions y compris l’émotionnel et le corporel est indispensable. C’est par cette approche que l’enseignant peut agir avec pertinence dans les relations interpersonnelles (dynamique des groupes,situation de conflit, état de surstress…).

– Une formation qui ouvre au domaine interdisciplinaire, voire transdisciplinaire. Cela signifie de développer des rencontres entre les différents niveaux d’enseignement dés la formation initiale, de faire réfléchir les étudiants sur des projets transversaux, comme il l’est demandé aux élèves des lycées dans les Travaux Personnalisés Encadrés. C’est l’ouverture à la complexité et à l’épistémologie. Les propositions faites en ce domaine par Edgar Morin (les sept savoirs fondamentaux) et  Basarad Nicholescu (la transdisciplinarité) proposent des pistes concrètes. Encore faut il se les approprier en s’y confrontant dés la formation initiale.

– Une formation qui intègre les savoirs d’expérience. La pédagogie, la didactique ne s’apprennent pas dans les livres,dans les polycopiés ou sur internet !  Les savoirs théoriques peuvent servir d’appui pour analyser la pratique. C’est par la confrontation au réel de ce que sont un groupe classe, des groupes d’élèves et un élève en accompagnement individualisé, que les savoirs professionnels se construisent. Les stages prennent tout leur sens pour permettre à l’étudiant-professeur de conscientiser ses savoirs d’expérience. C’est dans l’action pédagogique que se réalise une situation d’enseignement-apprentissage. Les préparations, les programmations ne sont que des supports à la réalisation.

– Une formation qui ouvre aux aspects psychologique, sociologique et culturel de ce que sont les enfants, les pré-ado, les ados et les jeunes adultes dans notre société contemporaine. Les élèves ne sont pas des sujets épistémiques. Ce sont des personnes avec toutes leurs dimensions.

– Une formation à l’éthique s’impose, comme dans tous les métiers de l’humain. Le travail sur l’authenticité à soi et envers les autres ne peut être absent et laisser au bon vouloir de chacun. La question de la posture est à poser dès l’entrée en formation. Si les aspects techniques s’acquièrent relativement vite, il n’en est pas de même dans ce domaine qui questionne la personne parfois au plus profond ! (cf article sur la posture de l’enseignant sur ce même blog).

Pour une majorité  des participants à l’atelier, il y a consensus autour de ces propositions. Ce sont les questions de leur mise en oeuvre qui sont pleinement posées. car il s’agit pour le coup d’une révolution copernicienne dans la formation initiale des enseignants en France. Il y aura à définir le partage des responsabilités entre université, centre de formation, rectorat, établissement. Quels moyens seront mis à la disposition des futurs ENSE ? Quand se positionnera le concours de recrutement et pour quelles épreuves ? Quand commencera la formation dans les ENSE, à L2, L3 ou M1 ? Comment se fera le recrutement dans les ENSE ?

En conclusion : Ces propositions s’appuient sur des expériences qui ont été mises en oeuvre dans des niches novatrices pour leur époque, je pense, par exemple à la pré-pro de l’Ecole De Professeurs de La catho de Lille. Les mettre en oeuvre au plan du pays nécessitera une vraie volonté politique.

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