Et si le conflit était positif !

Compte rendu d’une journée de formation à la gestion des conflits pour des chefs d’établissement.

C’est autour de cette question que j’ai travaillé avec des chefs d’établissements du premier degré (école maternelle et primaire) qui entament leur première année à ce nouveau poste.  Les éléments qui vont suivre sont transférables et généralisables à toute personne en situation de responsabilité quelle que soit  la structure de l’organisation : un établissement scolaire, une entreprise publique ou privée, une association etc… L’entrée que je développe dans cet article est celle de la responsabilité et de l’éthique du responsable-manager dans les situations de conflit. En postulat de départ, le manager au sens premier du terme valorise, met en valeur, accompagne les collaborateurs et le personnel avec une visée de développement des compétences individuelles et collectives.

Une des caractéristiques de ce métier est la confrontation quasi quotidienne à des situations problèmes ayant trait au relationnel. Si les situations de  tension entre des personnes ne sont pas traitées prioritairement, elles prennent le plus souvent la forme de conflit aux proportions démesurées au regard de la situation de départ. Un des savoirs d’expérience « clef » dans l’exercice du métier est  lié au champ du relationnel.

Je développe une approche positive du conflit à savoir qu’il est de la dynamique de vie. Et comme pour les périodes de crise, le conflit participe à faire évoluer les situations et les personnes.

Le chef d’établissement : un médiateur. De part sa position au sein de l’établissement scolaire le chef d’établissement et en interaction et relation avec de multiples acteurs (enseignants, parents, élèves, le personnel éducatif-logistique-administratif et les acteurs extérieurs à l’établissement). Le nombre de personnes au sein d’un établissement scolaire multiplie les interrelations. Rien que sur un plan purement quantitatif, il n’est pas surprenant que les problèmes relationnelles soient en grand nombre dans un établissement scolaire.

Sans être directement impliqués dans les situations de conflit, le chef d’établissement se trouve quotidiennement en position de médiateur entre des personnes en situation de conflit.

Quelques repères en matière de compétences relationnelles à acquérir et développer pour le chef d’établissement.

– D’abord, c’est le « connais toi toi même » . La Connaissance de soi est indispensable. Sans forcément s’engager dans un travail long du type psychanalytique, il importe de prendre du temps seul ou accompagné pour identifier les différents aspects de sa personne dans la relation à soi et aux autres. Le travail sur les émotions et les ressentis physiques est incontournable. Cette connaissance profonde et intime de soi est d’une aide précieuse pour trouver dans l’instant la solution et la réponse la plus pertinente à  apporter. C’est le travail et la reconnaissance de l’intelligence intuitive.

– Etre dans une intention de cohérence et d’authenticité vis à vis de soi et dans la relation aux autres. L’authenticité fait peur à la plupart d’entre nous, car assumer qui nous sommes, c’est regarder sans complaisance son passé, sa personnalité, ses qualités et ses défauts. C’est accepter et comprendre la vérité de son histoire. C’est regarder en face ses motivations, les plus nobles, comme les moins avouables ! Si je ne fais pas ce travail intentionnellement et sans culpabiliser de ce que je découvre de moi, les évènements de la vie ne manqueront pas de m’y confronter surtout dans un métier où le quotidien me met en relation directe avec les autres. Etre vrai est une attitude globale de vie (tant professionnelle que personnelle) qui facilite la résolution de ses propres difficultés, qui permet de développer des relations saines avec les autres, qui sécurise ceux avec qui je travaille et collabore, qui permet de faire face aux situations conflictuelles, même les plus extrêmes et in fine qui favorise le développement et l’enrichissement de soi !

– Se protéger de L’état de  surstress qui guette dans ce métier aux tâches multiples. Pour la plupart des chefs d’établissement du 1er degré, il y a un cumul de tâches entre le côté chef d’établissement et le côté enseignant. Au delà d’une organisation nécessaire pour assurer au mieux les deux métiers en simultanéité, il importe de savoir se centrer sur chaque tâche l’une après l’autre et de ne pas se laisser dépasser par le mental et les pensées négatives.

– Savoir se protéger de la pression exercée par les niveaux hiérarchiques et institutionnelles.  IEN de circonscription, direction diocésaine et tutelle (pour l’enseignement catholique),  rectorat, voire collectivité territoriale exercent, le plus souvent non intentionnellement, une pression constante.  Les systèmes de contrôle et d’évaluation mis en place ces dernières années à tous les niveaux hiérarchiques (de la circonscription à l’échelon national) ont augmenté la charge de travail administratif et la pression temporel. Il y a  un emballement à ce niveau qui éloigne souvent le chef d’établissement de ce qui lui paraît être son coeur de métier, à savoir : animer des équipes, accompagner la mise en oeuvre des projets, accompagner les parents démunis, travailler en réseau avec les partenaires de l’école  sur des projets pédagogiques partagés, et en plus faire classe !  Nombreux sont ceux qui vivent cette situation avec frustration, ce qui génère à la longue démotivation, lassitude.

– Savoir se protéger, c’est savoir et oser dire non à des demandes peu cohérentes au regard des priorités pédagogiques. C’est identifier les priorités et non l’urgence. Cela peut être même de résister, en toute connaissance de cause, lorsque les demandes sont dénuées de sens ou impossible à réaliser.

– Mais c’est aussi et surtout savoir prendre du temps pour soi qualitativement. C’est oser s’octroyer du temps pour soi sans culpabilité. C’est faire la part des choses entre les différents temps de vie, le professionnel, le personnel, l’associatif.

– L’acceptation des autres tels qu’ils sont et non pas tels que je voudrais qu’ils soient. Les personnes sont ce qu’elles sont ! Je n’ai aucun pouvoir sur les décisions et les choix de l’autre, même en position hiérarchique. Au même titre que l’autre n’a aucun pouvoir sur moi, sur mes pensées. C’est une illusion de croire que l’on peut changer l’autre. C’est toujours l’autre qui décide en dernier ressort.

– L’appropriation d’un cadre éthique et d’une posture. La colère impulsive n’est pas de mise dans une relation qui se veut saine et authentique, qui plus dans une institution, l’école, qui a mission d’éducation ! A ce titre le chef d’établissement a valeur d’exemple.  Une colère se gère et si cela fait défaut, il importe d’apprendre à la contrôler, à défaut de l’évacuer complètement. Si lors d’une situation relationnelle « tendue » la personne sent monter en elle la colère, il est impératif de prendre du recul et de surseoir autant que faire se peut à l’échange. Il en est de même face à une personne en colère, si cette dernière ne se réduit pas, il ne sert à rien de poursuivre l’échange. Il est préférable de prendre du recul, de remettre l’échange à une date ultérieure. Il est prouvé que cette pause réduit pratiquement à zéro la situation de blocage. En proie à la colère, prendre soin de soi consiste à mobiliser son énergie psychique pour atténuer la violence intérieure qui cherche à s’extérioriser. Il importe de la canaliser dans une forme plus constructive tel que : faire du sport, prendre l’air, méditer, appeler un ami de confiance, etc…L’idée étant de se trouver un moyen personnalisé de se calmer. L’intention première en tant que responsable étant d’éviter de blesser soi et l’autre « symboliquement »

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