Chef d’établissement du 1er degré : un métier à très haut niveau de stress.

La formation, l’accompagnement des chefs d’établissement du 1er comme du 2nd degré est une de mes activités professionnelles. Je réponds tant à la demande des institutions qu’à la demande individuelle sur tout le territoire français.

J’observe et je constate actuellement une augmentation globale du niveau de stress professionnel chez les chefs d’établissement du 1er degré. Pour le plus grand nombre ce stress  atteint des niveaux extrêmement élevés. Lors des temps d’accompagnement individuel (coaching), je suis amené la plupart du temps à travailler sur les situations de tension, de conflit voire de crise qu’ils traversent, avec les effets sur leur personne, leur santé, leur environnement tant professionnel que personnel.

1. Quelques données quantitatives et qualitatives sur les échelles du stress professionnel (échelle de Légeron).

a) Niveau global du stress professionnel

L’échelle de Légeron comprend 5 niveaux allant de contexte professionnel peu stressant à contexte professionnel extrêmement stressant. Les chefs d’établissement se situe à plus de 90% dans les niveaux 4 et 5. Moins de 10% sont au niveau 3 et je n’ai pas de sujet au niveau 2 de l’échelle ! L’échantillon sur lequel je me base depuis deux ans représente plus de cent cinquante personnes réparties sur une bonne partie du territoire français (Nord-Normandie-Rhône Alpes-Sud).

Des niveaux parmi les plus élevés de stress professionnel.

Comparativement aux années antérieures (entre 2005 et 2010), le niveau de stress au travail augmente significativement et très fortement dans cette catégorie professionnelle (+30%). Faisant passer ce test depuis plus de 10 ans avec des chefs d’établissement, j’observe une augmentation forte du % de personnes aux niveaux 4 et 5 (+30%).

Ces données quantitatives confirment le vécu et le témoignage des chefs d’établissement lors des temps de rencontres individuels ou lors d’échanges dans des analyses de pratique ou des groupes de paroles, quand ces derniers sont proposés.

Les niveaux atteints par cette catégorie professionnelle dépassent nombre d’autres catégories. Même celles qui ont la réputation d’être dans des métiers reconnus comme très stressant (milieu de la santé, milieu de la justice et de la police, milieu des entreprises soumises à une compétitivité et à une concurrence forte….)

b) Les facteurs de stress professionnel.

Des facteurs stressants bien identifiés et caractéristiques de la profession. Le test de Légeron permet d’identifier au delà d’un stress professionnel global, quels sont les facteurs qui sont plus ou moins stressants. Légeron en a identifié six (changement, pression, relationnel, environnement, frustration, violence).

La pression, le relationnel et le changement sont des facteurs dominants dans cette catégorie professionnelle. A un degré moindre apparaît la frustration.

Le facteur  pression. Elle est présente dans le quotidien de ce métier où il y a à répondre à de multiples sollicitations émanant des multiples partenaires. Elle est aujourd’hui le lot de tous les métiers à responsabilité. De plus la logique managériale du type « contrôle de gestion » qui a gagné le champ de l’éducation a participé à accroître cet aspect. La logique administrative du contrôle et de l’évaluation qui a gagné le système éducatif a augmenté les charges de travail en ce domaine.

Le facteur relationnel, il est de plus en plus prégnant. Le chef d’établissement passe la majorité de son temps dans la prise en compte et la gestion des problématiques relationnelles. La gestion des tensions pour ne pas dire des conflits relationnels est son quotidien. Il est tenu d’être d’un haut niveau de compétence en ce domaine. Il ne peut pas faire l’économie de l’accueil, de l’écoute des autres : parents, enseignants….La  dynamique positive d’un établissement scolaire s’appuie pour une bonne part sur la capacité qu’à le chef d’établissement à prendre en compte la dimension humaine.

Le facteur changement. Il constitue une donnée conséquente . C’est une catégorie professionnelle au sein de l’éducation nationale qui a une approche positive et valorisante du changement. Or ce qui  posent question et génèrent de la fatigue excessive, voire de la lassitude,  ce sont les questions de fermeture de classe, de formation des nouveaux enseignants, les questions immobilières (surtout pour l’enseignement privé), la multiplicité des outils d’évaluation imposés de l’extérieur et sans logique apparente. L’élément le plus déterminant  pour ce facteur étant la non possibilité d’être en pro-action sur les changements. Ce sont des changements qui pour la plupart sont imposés de l’extérieur. Ils sont subis. Le plus souvent les chefs d’établissement n’en perçoivent pas le sens. Ils sont en position de subir des décisions prises au regard de logique différente aux leurs et à leur contexte local (logique de politique nationale, rectorale et diocésaine pour l’enseignement privé).

2. Ce que je peux déduire des données quantitatives et des échanges.

Un très haut niveau de stress professionnel ne signifie pas systématiquement de la fatigue et de l’épuisement professionnel.

La plupart des chefs d’établissement sont conscients de leur contexte professionnel. Le pessimisme ambiant n’est pas de leur fait.

Un métier passionnant, mais  combien complexe et qui peut devenir usant s’ils ne savent pas se protéger et mettre de la distance entre leur vie professionnelle et leur vie personnelle !

Les compétences liées à la connaissance de soi sont incontournables. elles sont à mettre en lien avec les compétences relationnelles. Elles viennent en appui des  compétences de base indispensable à la réussite et à la valorisation par cette fonction (organisation, travail en équipe, gestion…).

3. Quelques contenus à proposer dés la formation initiale et en amont de leur prise de fonction.

– La connaissance de soi et la régulation des états de surstress.

– Les motivations à cette évolution professionnelle.

– La gestion des conflits, la médiation.

– L’intelligence émotionnelle, le lien entre les pensées et les émotions.

– Le lâcher-prise.

– La présence à l’instant.

– L’écoute active.

4. L’indispensable accompagnement.

Dans des métiers à très haut niveau de stress, l’accompagnement est nécessaire, voire indispensable. Il n’est pas un luxe. Il se doit de répondre aux principes suivants :

– L’extériorité de l’accompagnateur (extérieur à l’institution).

– La confidentialité.

– Le non jugement.

– La liberté (l’accompagnement ne s’impose pas)

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