Les rythmes scolaires et la pratique de la pleine conscience.

C’est autour de la question des rythmes scolaires que je suis intervenu sur la région de Perpignan (France) auprès d’enseignants, de chefs d’établissement et de responsables institutionnels de l’enseignement du 1er degré (maternelle et primaire).

Cette question fait débat à l’heure actuelle en France. Les premières expériences de la semaine de quatre jours et demi sont très critiquées. Au delà des polémiques, ce qui retient notre attention est le fait que les enfants comme les enseignants se disent plus fatigués. Les parents, pour une bonne part, confirment cette impression.

Quelles pourraient être les raisons de cette fatigue accrue alors que cette réforme des rythmes a pour objectif premier de permettre aux enfants comme aux adultes d’être plus disponibles dans le temps de classe, d’être moins fatigués et moins pressés par le temps ?

Un problème de société majeure qui dépasse la question des rythmes scolaires, la vitesse. Tout va de plus en plus vite et l’on peut se demander jusqu’où cette accélération générale va nous mener. La quantité de plus en plus grande d’informations que nous recevons (les enfants, les jeunes comme les adultes) nous pollue autant qu’elle nous instruit. Comment protéger les enfants du rythme de vie trépidant que notre société impose ? Comment desserrer l’étau du manque de temps et mettre de la vie, de l’apaisement, du calme dans le temps de classe et dans tous les entre-deux qui émaillent une journée normale de vie d’un enfant ?

Mettre de l’alternance dans les intensités des différents temps de vie de l’enfant, à l’école, à la maison, lors des activités culturelles et sportives. Il s’agit de sortir du vite fait partout : se lever,  manger, se déplacer, apprendre, passer d’un exercice à l’autre, d’une activité à l’autre. Le tout fait en « apnée » sans possibilité de pauses, d’entre-deux récupérateur ! C’est le temps vécu à des rythmes différents qui va permettre le maintien d’une présence et d’un intérêt  aux activités proposées.

Faire de l’école un lieu de vie où la joie est présente. L’école est à l’image de notre société basée sur le sérieux, la rentabilité, la logique compétitive et de performance. Ce modèle épuise les enfants et les adultes en charge de leur éducation. De plus, l’école souffre du mal français, le pessimisme ambiant. Un journaliste du Monde remarquait cet été que les français, même en vacances, riaient moins que les autres peuples occidentaux ! En cette époque il est urgent de retrouver les vertus du sourire et du rire. Partout où il y a de la joie, il y a de la création (H.Bergson).

Rappel de principes de base. Une personne fatiguée (enfant comme adulte) ne peut pas donner le meilleur d’elle même. Elle ne peut rester concentrée longtemps sur une tâche. Or le temps de sommeil et l’équilibre alimentaire sont la base même de la récupération. Un travail de collaboration avec les parents s’avère nécessaire en ce domaine.

Il suffit parfois de petits riens pour obtenir de grands effets. Voici quelques pistes à explorer pour repenser le temps scolaire :

– Poser les rituels qui structurent le temps. Ils font partie des cadres qui rassurent.

– Apprendre à se centrer sur une tâche. Effectuer plusieurs choses en même temps participe à augmenter l’état de stress et ses effets sur la fatigue. Il importe de faire acquérir l’attention/concentration sur une tâche et de faire abstraction du reste.

– Multiplier des temps de pause courts dans une journée. Il suffit de moins d’une minute pour réduire, voire supprimer un état intérieur de tension. Trois minutes trois fois par jour suffisent à remettre le calme intérieur.

La pleine conscience à l’école : Une proposition concrète et réaliste. Les expériences menées dans d’autres pays montrent s’il en est l’efficience de cette pratique tant pour les apprentissages, que pour les relations interpersonnelles (le vivre ensemble). Les travaux d’Eline Snel dans les écoles primaires aux Pays-Bas nous montrent une voie que nous pourrions explorer en France. Les programmes d’éducation à la compassion et à l’altruisme qui viennent en appui de cette approche renforcent la qualité du vivre ensemble. Tout cela pour un coût bien moindre que la réforme actuelle des rythmes scolaires dans notre pays ! Les enseignants et les établissements que j’accompagne dans cette démarche me confirment le bien fondé de ces deux approches.

Au delà de n’importe quelle réforme, s’interroger sur les rythmes de l’enfant nécessite avant tout de s’interroger sur nos rythmes d’adulte. C’est parce qu’ils vont vivre avec des adultes capables de vivre pleinement dans le présent et d’être dans la présence à l’autre que les enfants vont apprendre à vivre et à agir sur leurs différents temps de vie.

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