Rencontre débat à Lille sur la pleine conscience à l’école.

l’AGEPS / Raymond Barbry a présenté son expérience et a animé cette rencontre à laquelle participaient une vingtaine de personnes venant de divers horizons, des enseignants du 1er et du 2nd degré, un chef d’établissement, des parents, des responsables d’association.

Cette rencontre s’inscrit dans le cadre du « printemps de l’éducation »  à l’initiative du groupe de  la région Nord/Pas-De-Calais. Nous avons été accueillis pour cette occasion dans les locaux  de la Maison de l’économie solidaire de Lille.

1er temps : présentation de ce qu’est la pleine conscience. Après avoir caractérisé ce qu’étaient les pratiques de pleine conscience, nous avons présenté un historique relatant les travaux et les expérimentations dans les domaines de la santé, du monde du travail, du sport et de l’éducation. Nous avons spécifié les différentes pratiques :

– les formelles qui sont des temps de pratique où on prend la posture assise ou la posture allongée ou la marche lente dans une intention de s’ouvrir à la pleine conscience,

– les informelles qui sont les temps de notre vie où nous sommes dans l’intention d’être présent à ce qui est dans l’instant. Tout moment de vie peut ainsi être vécu en pleine conscience.

2ème temps : Les effets des pratiques de pleine conscience. A cette occasion nous avons fait un rappel des observations relatées par les différentes recherches menées de par le monde depuis plus de vingt ans. Effets sur le stress, sur la santé, sur l’attention-concentration, sur les relations interpersonnelles, sur la plasticité cérébrale….Pour plus de détails,  Voir le lien ci dessous.

https://agepsraymondbarbry.wordpress.com/2013/03/16/limpact-de-la-pleine-conscience-sur-les-enfants-et-les-adolescents/

3ème temps : Témoignages de pratiques de pleine conscience avec des enfants et des adolescents dans le cadre scolaire. Ont été rappelées les différentes expérimentations faites dans les pays étrangers, ainsi que celles d’enseignants et d’équipes pédagogiques  que nous accompagnons en France  depuis plus de deux ans et le témoignage de Céline Lamart enseignante qui a mené le protocole complet MBSR avec ses élèves en bénéficiant des compétences de Emmanuel Faure (instructeur MBSR).

4ème temps : Echanges et débats avec les participants. C’est ainsi que nous avons abordé les points suivants :  le pourquoi de l’émergence des pratiques de pleine conscience actuellement, l’intérêt et les limites des pratiques de pleine conscience dans le contexte scolaire, les points de vigilance et le cadre pour aborder ces pratiques dans la culture française. Voici en quelques phrases le résumé de ces échanges.

– Le sens de ces pratiques dans notre contexte sociétal : Ce n’est pas un hasard si les pratiques de pleine conscience émergent en cette période. Elles répondent à un besoin de reconquête de l’être qui traverse tous les champs de notre société. Au delà de l’effet de mode dont il faut être conscient, c’est à une manière d’être au monde différente que souhaite une bonne part de nos contemporains. Les pratiques de pleine conscience participent au rééquilibrage de l’être, au développement de relations plus authentiques, à l’engagement de la personne dans la présence. L’instant présent est devenu une dimension cachée de notre humanité. Nous devons réapprendre cette présence à soi et aux autres. Nous devons apprendre à prendre conscience de notre corps, le plus souvent nous en sommes coupés. Nous sommes en général dans notre tête, dans nos pensées et on ne se soucie plus beaucoup de notre corps, si ce n’est que quand il souffre. En général on se focalise sur ce qui ne va pas et sur notre désir d’être heureux. Nos pensées nous ramènent au passé ou nous projettent dans le futur et il ne reste plus d’espace pour le moment présent. En revanche, quand nous sommes dans la pleine conscience du moment présent, nous pouvons habiter, vivre et incarner notre vie. Nous ne passons plus à côté. Pratiquer la méditation de la pleine conscience ne signifie pas faire le vide en soi et se relaxer. Nous sommes des humains, heureusement nous avons des pensées. C’est la manière dont nous nous attachons ou pas à nos pensées, à nos perceptions, à nos sensations et ce que nous en faisons qui va déterminer la qualité de notre présence à l’instant. L’esprit se ballade est tant mieux. La pratique consiste à revenir sans cesse, au moment présent. C’est un véritable entraînement. Par ces pratiques nous apprenons à revenir à nous mêmes de manière intime et authentique.

– L’intérêt de ces pratiques dans le contexte scolaire : Il est évident que les enfants et les adolescents peuvent en retirer du bénéfice. Le fait d’apprendre à être dans la présence à soi dans l’instant participe à développer les capacités d’attention et de concentration. C’est dans cette posture d’être dans l’instant que nous captons le plus grand nombre d’informations. Pratiquer des exercices de pleine conscience participe à prendre conscience de son corps, de ses émotions et de ses pensées. A l’adolescence, âge des modifications importantes du corps, les pratiques de pleine conscience permettent en se regardant et en se ressentant soi même, de trouver son propre sens à la vie.

Les compétences méta-cognitive se trouvent aussi renforcées. C’est à dire la capacité à se questionner, à interroger, à se regarder faire et à faire des liens entre les différents champs de connaissances. A ce titre, en France,  le pédagogue Antoine De Lagaranderie qui parlait de gestion mentale a été un précurseur. Certes il ne parlait pas de pleine conscience, mais les procédures qu’il proposait en était, par exemple : proposer trois fois trois minutes de silence par heure de cours, identifier son mode de fonctionnement mental etc… En matière de méta-cognition, nous apprenons par la pleine conscience aussi les compétences de base que sont : voir que l’esprit n’est pas là où on veut qu’il soit, détacher l’esprit de là où on ne veut pas qu’il soit, placer l’esprit là où on veut qu’il soit et maintenir l’esprit là où on veut qu’il soit.

Quelles que soient les âges, toutes les expériences relatent qu’au delà des effets sur chaque sujet, c’est aussi la dynamique du groupe qui en  bénéficie dans le sens d’un vivre mieux ensemble. Le groupe devient plus collaboratif et plus participatif.

– Les limites de ces pratiques dans le contexte scolaire : L’erreur serait de croire que ces pratiques sont LA solution qui va régler tous les problèmes d’apprentissage et de dynamique de groupe dans les classes. Elles participent à créer les conditions d’un mieux apprendre et d’un mieux vivre ensemble. Tous les sujets n’en retirent pas le bénéfice escompté. Les travaux de recherche effectués dans le domaine de la santé estime à 80% les taux de réussite des programmes de pleine conscience. C’est déjà en soi remarquable ! D’après les recherches menés dans le contexte éducatif (pour le moment, pas encore dans notre pays), il en serait de même.

L’intention et la formation de l’enseignant en ce domaine sont déterminantes. Ce n’est pas qu’une  technique à appliquer. L’enseignant doit être convaincu du bien fondé de la pratique de pleine conscience, comme pour toute pratique pédagogique du reste. Nul besoin d’être un expert en MBSR ou d’avoir pratiqué soi-même des milliers d’heures de méditation de pleine conscience formelle. Mais avoir un vécu pratique est indispensable. Tout comme se former sur les conditions de la pratique avec les élèves est incontournable. On ne transfère pas des pratiques d’adultes telles quelles à des enfants et des adolescents dans un milieu qui a son cadre spécifique, l’école.

Les temps de pratiques se proposent. Ils ne s’imposent pas. Cela paraît évident, mais encore faut-il le rappeler. Un élève peut très bien pendant les trois minutes que dure un exercice, rester assis sans entrer dans la situation de pleine conscience.

Pour notre part, voici ce que nous proposons dans le cadre d’une formation spécifique à l’attention-concentration pour des enseignants des écoles maternelles et primaires. C’est un volume de douze heures sur deux journées où sont proposés des temps de pratique à exploiter avec les enfants. Sur ces douze heures la répartition est à peu prés la suivante :  1/3 de pratique effective, 1/3 d’échange-débat en appui sur l’analyse réflexive des temps de pratique vécus et transfert des situations dans les classes et 1/3 d’apports sur le sens, les effets, les appuis scientifiques, les témoignages. La mise en place de cette formation dont bénéficient cette année quatre vingt enseignants de la région Nord/Pas-De-Calais a été possible via une collaboration entre l’AGEPS-Raymond Barbry, l’IFP et Formiris Nord-Pas-De-Calais.

– Les points de vigilance et le cadre dans la culture française : Culturellement, la France est frileuse sur ces pratiques qui restent initialement du domaine de la vie privée. De plus notre conception mécaniste de l’être humain, certes qui évolue, mais qui reste bien ancrée dans des représentations matérialistes  et cartésiennes, ne facilite pas la compréhension du sens de ces pratiques. Aussi il importe d’être humble dans l’approche, de proposer et non d’imposer, d’expliciter auprès des parents, des enseignants et des responsables institutionnels le sens des pratiques de pleine conscience et ce qu’elles peuvent apporter de bénéfique aux enfants et aux adolescents ainsi qu’à leurs éducateurs (parents, enseignants).

Nous ne voyons pas ce qui pourrait empêcher le développement de ces pratiques dans le temps scolaire compte tenu qu’elles permettent aux enfants et aux adolescents de se révéler.

10 réponses à “Rencontre débat à Lille sur la pleine conscience à l’école.

  1. Merci pour ce post « inspirant » qui laisse augurer de belles évolutions en termes de pédagogie et de gestion de classe. Reste à chacun d’en prendre… pleinement conscience !

    • Oui, Christian et toute la question est bien là.
      J’observe que culturellement c’est un peu compliqué d’aborder cette question notamment au niveau institutionnel. Mais sur le terrain, les enseignants sont demandeurs et c’est là l’essentiel.
      Je constate que cette question est plus aisée dans les pays anglo-saxons. C’est que je perçois au travers des échanges, des lectures, des comptes rendus de recherche faits dans ces pays. Qu’en penses tu, toi qui connaît bien de l’intérieur la culture anglo-saxonne ?

  2. J’ai fait suivre à mon chef d’établissement… Il a répondu « merci »… Kif du jour? Un bon début…!!🙂

    • Merci..c’est au niveau des CE que le débat doit être aussi posé. C’est lui qui est responsable du plan de formation de l’établissement. C’est une réflexion et un engagement qui implique l’établissement. Pour info, je suis en train de travailler avec un CE (proviseur) d’un LP public de la région parisienne pour former l’ensemble de l’équipe pédagogique dés la rentrée 2014-2015….Cela bouge de plus en plus sur cette question en France..Et cela vient de la base (les profs et les CE).

  3. Pingback: Rencontre débat à Lille sur la p...

  4. Bonjour,

    Méditant depuis quelques mois à titre personnel et voyant les effets bénéfiques à très court terme avec seulement quelques minutes de méditation de pleine conscience par jour, l’idée m’est venue il y a quelques jours de transmettre cela à mes élèves. Je suis enseignant en Lycée professionnel en région bordelaise et je vois tous les jours des élèves qui pourraient avoir besoin de cette pratique. Je veux vraiment soumettre un projet au lycée mais je ne sais pas sous quelle forme (1 seule de mes classes au début? proposer la méditation aux élèves sur la base du volontariat? aux récréations? à chaque début de cours? en fin de journée?). Une formation est-elle nécessaire? J’aimerais beaucoup avoir le témoignage de professeurs ayant mis ce type de pratiques en place.

    merci

    • Bonjour,

      Voici les réponses et les pistes de réflexion à votre questionnement.
      Il est possible de proposer les pratiques de méditation de pleine conscience dans le cadre scolaire, sous certaine réserve toutefois. Le mot méditation fait encore peur dans notre pays. Il n’en est pas de même chez nos voisins anglo-saxons et germain. C’est une réalité française avec laquelle nous devons faire. Pour ma part, je suis entré par la question de l’attention/concentration et de la régulation des niveaux de stress. De plus au plan pédagogique, nous disposons de deux auteurs et chercheurs qui sans le dire exploiter des temps de pleine conscience dans leur approche. je pense ici à Antoine De Lagaranderie qui dans l’approche de la gestion mentale proposait des temps de silence bref. Et René Vittoz qui propiose toute une série d’exercices pour développer l’attention/concentration qui sont des mises en pratique de pleine conscience. Ces deux auteurs ont été décriés. Il leur a été reproché leur approche non scientifique ! il est cocasse de remarquer que les recherches actuelles en neurosciences leur donnent raison. C’est un argument qui peut être mis en avant (voir les travaux sur la neuroplasticité).

      J’ai formé cette année plus de quatre vingt enseignants du 1er degré sur cette approche des pratiques de pleine conscience à l’école. C’est un totale de 12 heures de formation. Une bonne partie pratique systématiquement. Certains ne se sentent pas encore prêt à le mettre en pratique. Une des conditions de l’efficience est la posture de l’enseignant. Il doit avoir une pratique personnelle. Il ne peut s’y lancer et le proposer aux élèves s’il n’a pas de vécu. ce serait contre productif. Pour le 1er degré, c’est assez aisé de mettre en pratique parce que l’enseignant est tout le temps avec les élèves. C’est plus délicat pour le second degré..puisque vous n’avez les élèves que de temps en temps. Si besoin, je peux vous mettre en contact avec des enseignants du 1er degré.
      Je connais quelques expériences en lycée. Elles ont pris la forme d’atelier proposés aux élèves volontaires et hors temps de cours. C’est une approche intelligente qui permet de proposer sans imposer.

      Il se peut que l’année prochaine je forme toute l’équipe pédagogique (les volontaires) d’un lycée professionnel sur l’Ile de France. Nous sommes en négociation avec le rectorat. Il y une volonté du proviseur de faire cette formation..mais au plan institutionnel, ce n’est pas encore acquis. Cela prendrait la forme de deux journées espacées d’une semaine, puis quatre demi-journée dans l’année..soit un total de quatre journées.

      • Bonjour, enseignante en région parisienne, dans une segpa et pratiquant la méditation depuis 4 ans, à titre personnel, j’entame un master « Métiers de l’Enseignement de l’Education et de la Formation » (validation d’acquis). Je souhaiterai faire le mémoire sur l’articulation méditation et apprentissage. Pour l’instant c’est assez vague, je n’ai pas vraiment de problématique mais une grande curiosité sur ce sujet. J’aimerais échanger avec vous sur les travaux de recherche qui sont faits à ce propos, et notamment sur les recherches en neuro-sciences (si vous aviez une bibliographie…) .De plus, je souhaiterai proposer à notre établissement des ateliers pour les élèves et une formation pour les enseignants qui souhaiteraient s’investir.
        Vous parlez d’un lycée pro de région parisienne, la formation a-t-elle été acceptée par l’institution et serait-il possible d’avoir un contact pour échanger avec l’équipe. Merci

      • Je vais vous faire une réponse détaillée sur votre boîte mail.

      • Comme convenu, voici quelques pistes pour vous engager votre recherche.

        Sur le blog vous trouverez un article qui donne une adresse d’un centre universitaire en Angleterre.

        https://agepsraymondbarbry.wordpress.com/2013/03/16/limpact-de-la-pleine-conscience-sur-les-enfants-et-les-adolescents/

        En ce qui concerne le lycée professionnel, il s’agit du lycée Kandiski à Neuilly. Vous pouvez contacter le proviseur de ma part.

        Bien cordialement, et suis intéressé par ce que vous faites.

        Raymond Barbry / AGEPS

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