Les pratiques de méditation de pleine conscience dans la classe, pour quelles raisons, pour quels effets, à quelles conditions et surtout comment ?

Une première dans le cadre de la formation d’enseignants du 1er degré : une journée spécifiquement consacrée aux pratiques de pleine conscience dans le contexte scolaire. Cette journée a eu lieu en février à Lille.

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C’est en partenariat avec l’IFP Nord-Pas-De-Calais et Formiris que cette journée d’information s’est déroulé pour présenter aux enseignants les pratiques de pleine conscience.

Cette journée a permis à des enseignants et des chefs d’établissement intéressés par l’exploitation pédagogique des pratiques de pleine conscience de recevoir un éclairage, d’entendre des témoignages, d’être mis en situation et de réfléchir aux conditions de mises en œuvre de ces pratiques dans le cadre de l’enseignement.

Les points abordés durant cette journée :

1. les pratiques de pleine conscience, c’est quoi ? Ce sont des pratiques qui visent à développer la présence attentive. Elles permettent de mobiliser l’attention d’une façon soutenue dans le présent et sans jugement. Elles s’appuient sur des méthodes issues du yoga, de la méditation de pleine conscience, de la sophrologie, de la respiration en pleine conscience de Tich Nhat Hanh, voire de la relaxation et de la gestion mentale. Actuellement il est fait souvent référence à la mindfulness ou méditation de pleine conscience. En effet, cette dernière approche mise en valeur via les travaux de Jon Kabat Zinn, Christophe André et bien d’autres, a pu être validée scientifiquement via les neurosciences. Nous mêmes, nous nous inspirons de cette approche qui obtient des résultats pertinents sur les troubles de l’attention-concentration, sur la régulation des états de surstress, sur le développement de la métacognition, sur le développement de l’empathie, de la compassion.

Il existe deux aspects aux pratiques de pleine conscience : l’aspect formel et l’aspect informel. L’aspect formel consiste à consacrer chaque jour des temps de pratique bien déterminés sous forme guidée (enseignant ou cd). Nous proposons pour notre part, des temps courts de trois à cinq minutes à répéter de trois à cinq fois dans la journée de classe. L’aspect informel qui imprègne tous les aspects de la vie qu’il s’agit de vivre en pleine présence, par exemple, quand je marche, fais un footing, mange, conduis etc….

2. Les bienfaits d’une pratique régulière validés au plan scientifique qui justifient l’exploitation pédagogique de ces pratiques pour faciliter les apprentissages (ressources mind and life).

– Épaissirait une région centrale du cerveau qui entraîne une meilleure résistance physique.

– Modifierait durablement le fonctionnement du cerveau et plus particulièrement la zone impliquée dans la peur, le stress et l’anxiété.

– Aurait pour effet d’augmenter la matière grise dans la partie gauche de l’hippocampe qui intervient dans le mécanisme de la mémoire.

– Développerait les compétences sociales et émotionnelles, avec notamment une diminution des situations de violence.

– Développerait les capacités d’attention-concentration.

– Développerait l’état de bien être global.

Il y a bien d’autres effets positifs sur la santé globale qui ne sont pas sans conséquence sur l’engagement dans les apprentissages.

L’INSERM de Bordeaux vient d’entamer une recherche avec plus de deux cents enfants.

3. les pratiques de pleine conscience et les approches pédagogiques. Des méthodes pédagogiques s’inspirent de longue date de la pleine conscience, alors que le concept de « mindfulness ou pleine conscience » n’apparaissait pas encore. C’est le cas de deux pédagogues pourtant parfois décriés par manque de rigueur scientifique, Antoine De La Garanderie et Roger Vittoz. Or les recherches actuelles en neurosciences, en psychologie cognitive leur donnent totalement raison ! Ils avaient l’intuition des créateurs en avance sur leur époque. Par exemple, la gestion mentale avec l’exploitation des temps d’évocation et la systématisation des temps de silence courts dans chaque heure de classe participe au développement de la pleine conscience. Il en est de même pour la méthode Vittoz avec des exercices spécifiques pour développer l’attention-concentration en impliquant le corps et les ressentis émotionnels.

Au plan institutionnel les pratiques de pleine conscience s’intègrent dans la problématique de la réforme des rythmes et du temps scolaire. Mettre en place des temps de pleine conscience dans le temps scolaire participe à mettre du calme dans la journée de classe. C’est, du reste, par cette entrée des rythmes scolaires que les établissements privés sous contrat de la région Languedoc-Roussillon ont abordé la question de l’attention-concentration par les pratiques de pleine conscience.

3. l’émergence en France dans le système éducatif des pratiques de pleine conscience depuis quatre ans. A cette occasion nous avons pu présenter ce que nous réalisons depuis quatre ans en matière de formation d’enseignants et d’accompagnement d’équipe d’établisement qui se sont engagé en tant que précurseur dans cette approche pédagogique des pratiques de pleine conscience. En complément ont été données des informations concernant l’approche de Eline Snel (calme et attentive comme une grenouille), de Jeanne Siaud Facchin (cogito), de l’association Happy-attention, de Clarisse Gardet et d’autres parmi les pionniers en France.

4. Comment et à quelles conditions proposer des temps d’apprentissage à la pleine conscience ? Dans une approche pédagogique des pratiques de pleine conscience en contexte scolaire, il est souhaitable de proposer des temps courts qui peuvent se répéter dans la journée. L’expérience des enseignants qui se sont engagé depuis trois ans, montre que placer deux à trois temps courts dans chaque journée est possible. Au bout de deux semaines les enfants sont en demande et réclament ces temps. Certains enseignants proposent des temps très courts de 20-30 secondes à une minute lorsque la vigilance baisse ou que la tension monte dans le groupe classe. Certains enseignants, avant une évaluation, proposent deux à trois minutes de centration sur la respiration, comme le pratiquent les sportifs juste avant une compétition. Une mise en situation qui se systématise et qui croise à la fois, la gestion mentale et la psychologie positive, l’évocation en fin de journée des « kiffs » ou petits moments de bonheur de la journée qui vient de s’écouler.

L’enseignant doit éprouver le besoin de proposer ces temps spécifiques. Il se doit d’être formé à la présentation de ces pratiques en contexte scolaire. Il ne s’agit d’être expert (avoir plusieurs semaines de formation) pour proposer dans le cadre pédagogique, mais une formation où sont exploités et proposés les outils ainsi qu’une réflexion sur les effets ressentis est indispensable. C’est d’abord un apprentissage par expérience et analyse de cette dernière.

5. Comment présenter et collaborer avec les parents. Actuellement les pratiques de pleine conscience n’apparaissent pas dans les programmes scolaires en France, et de ce fait ne peuvent être raccrochées à aucun enseignement explicite. Cependant, elles facilitent l’engagement dans les apprentissages, elles permettent le développement de la métacognition. Elles sont transdisciplinaires et peuvent se justifier dans le cadre du temps scolaire.

Une information auprès des parents s’avère nécessaire et indispensable, d’autant que ces derniers peuvent être relais de cet apprentissage de l’attention-concentration. Les livres d’Eline Snel (calme et attentive comme une grenouille) de Jeanne Siaud Facchin (Tout est là, juste là) peuvent être conseillés. Dans les établissements que j’accompagne, certains enseignants communiquent aux parents la liste des situations proposées en classe.

Le besoin de dépasser le stade de l’information et d’engager une démarche de formation. Exploiter les pratiques de pleine conscience ne s’improvise pas. Il importe pour les enseignants qui souhaitent développer cette approche dans le contexte scolaire d’engager une formation qui leur permettra : de vivre des temps de pleine conscience pour eux-mêmes, d’en mesurer les effets, de vivre l’expérience des situations qui peuvent être présentés aux enfants dans le temps de classe.

Pour l’année scolaire 2015-2016, nous proposons avec les mêmes partenaires dans la région Nord/Pas-De-Calais deux jours de formation sur les pratiques de pleine conscience, ainsi que deux jours plus spécifiques à l’attention-concentration avec un niveau 1 et un niveau 2 pour ceux et celles qui ont déjà bénéficié des deux premières journées. Il existe aussi d’autres  dispositifs de formation en France, tels que ceux proposés par Jeanne Siaud Facchin (association cogito) , Brigitte Gamby-Cerf (Être et accueillir) en région parisienne , et l’association Mind with Heart de Vincyane et David Rycroft.

Article réalisé par Raymond Barbry, le 30 mars 2015.

7 réponses à “Les pratiques de méditation de pleine conscience dans la classe, pour quelles raisons, pour quels effets, à quelles conditions et surtout comment ?

  1. Pingback: Les pratiques de méditation de pleine co...

    • Elle vient de ce site. C’est moi même qui depuis trois ans propose des formations sur l’attention-concentration, sur le régulation du surstress et depuis cette année une journée d’information sur les pratiques de pleine conscience en contexte éducatif.
      Les revues Kaizen Regard Boudhiste, INREES ont fait échos de ce que je propose.

      Au plaisir d’échanger avec vous sur cette question.

  2. Pingback: Les pratiques de méditation de pleine conscience dans la classe, pour quelles raisons, pour quels effets, à quelles conditions et surtout comment ? | Raymond Barbry | Nathalie MORAND – Coaching & Formations – Grenoble, Chambéry, Annecy&

  3. enfin !!!! puisse tout cela ne faire que commencer et se répandre comme une traînée de poudre …il y a urgence d’une prise de conscience individuelle et collective …œuvrer pour le « bon » en soi est servir la terre entière…la méditation est la voie…Namasté !

  4. Bonjour, mais où peut on donc se former ??????? et à quel coût??????s’il vous plait …………..

    • Vous pouvez trouver des formations, elles commencent à se développer.
      Pour ma part, en ce qui concerne la formation des enseignants j’interviens via des instituts de formation avec lesquelles j’ai des conventions, c’est le cas pour l’IFP de Montpellier et celui de Lille. Ce sont des centres de formation pour les enseignants de l’enseignement privé sous contrat d’association avec l’état. Dans ce cas, le coût de la formation est imputé sur les budgets de formation continue, et cela ne coûte rien à l’enseignant. Dans d’autres situations, ce sont les établissements qui financent eux mêmes sur leur fond propre.
      Pour ce qui est de l’enseignement public, je sais qu’il y a ici et là des expérimentations sur financement de formation continue. Cela ne s’ébruite pas pour le moment, car c’est à caractère expérimental. L’an dernier j’ai été contacté par un lycée professionnel de la région parisienne. La formation était financée par les fonds de formation continue du rectorat.
      Je ne propose pas pour le moment de formation hors cadre institutionnel, parce que ce que je propose est relayé au plan institutionnel (même si cela ne s’ébruite pas de trop) au regard des demandes des enseignants des deux régions concernés.

      Je sais que Jeanne Siaud Facchin propose une formation spécifique. Brigitte Gamby-Cerf (région parisienne) fait de même. Si dans votre environnement vous avez une personne qui propose un cycle de formation type MBSR, vous pouvez vous y approcher et ensuite adapter les situations aux élèves.

      Vous n’êtes pas la première à me faire cette demande. Si vous ne pouvez pas avoir de relais institutionnel et si vous pouvez trouver une dizaine de personnes volontaires je peux venir faire une formation de deux jours.

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