Le harcèlement scolaire : quelles réponses éducatives ?

C’est à la demande de l’association des parents d’élèves du Pas-De-Calais (Apel 62) que nous sommes intervenus à Arras, sur la question du harcèlement scolaire.

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Voici en résumé les points qui ont été abordés lors de cette rencontre/échange avec des représentants du bureau de l’APEL 62.

1er point. Le harcèlement scolaire, un indicateur pertinent du contexte sociétal. Les enfants, les adolescents et les jeunes sont des caisses de résonance. Tout comme le harcèlement au travail, qui est un révélateur des modes de relation entre adultes, le harcèlement scolaire est un révélateur sociétal qui interpelle la qualité des dynamiques relationnelles.

2ème point. Un contexte sociétal « pyscho-dépressif » voire « psycho-destructeur ». Ce contexte est générateur d’angoisse, de peur et de sur-stress, avec comme difficulté majeure l’incapacité  à mettre en exergue ce qui va « bien ». Il y a un conditionnement à insister sur le négatif, à mettre en avant ce qui ne va pas, à être dans la plainte et dans le déni du positif, du beau, des réussites. Parmi les effets négatifs de cette manière d’appréhender le monde, nous identifions :

  • Une montée de l’égocentrisme (survalorisation du moi),
  • Une obsession de l’apparence, du paraître,
  • Une expansion de l’individualisme et du narcissisme
  • Le repli sur soi, chacun pour soi, la défense des intérêts individuels
  • Le passage de l’enfant roi vers l’enfant « tyran » se traduisant par une intolérance à la frustration. C’est le « je veux tout…tout de suite ».
  • La dérive de l’hyper-connectivité via les réseaux sociaux. Il ne s’agit pas de remettre en question l’intérêt et tous les avantages du numérique. C’est l’excès et la survalorisation de ces outils qui sont ici pointés.
  • La dérive violente des médias. Or nous savons aujourd’hui  que plus nous sommes en contact avec des images qui montrent la violence sous toutes ses formes et plus cela induit des comportements violents et une baisse de l’empathie. A l’inverse, plus je visualise des reportages, des émissions, des films, des jeux portant sur la compassion et plus je génère des comportements altruistes !

3ème point. L’être humain est fondamentalement collaboratif, altruiste et porté à la compassion. L’idée véhiculée depuis Darwin, à savoir, que ce qui caractériserait la vie sur terre, c’est le combat pour la survie et la compétition est de plus en plus remise en question aujourd’hui ! Le principe premier qui guide la vie, des plantes et à tous les êtres vivants, c’est la coopération avant tout ! Il n’y aurait guère que chez une minorité d’êtres humains et quelques mammifères que serait identifié un penchant pour le combat, la compétition et la destruction de l’autre (de l’ordre de 1 à 2%).

4ème point. Le harcèlement à l’école a toujours existé, mais il est actuellement en augmentation. D’après la cellule de veille d’Eric De Barbieux, il touche 10% de la population scolaire et 5% des élèves souffrent de harcèlement sévère. Autre donnée intéressante, en 2014, 15% des élèves de collège ne se sentaient pas en sécurité (sécurité subjective).

5ème point. Les indicateurs du harcèlement, ils sont de l’ordre de trois :

  • Violence physique et ou morale,
  • Répétitivité,
  • Isolement de la victime

6ème point. Le harcèlement c’est le rejet de la différence et la stigmatisation sur :

  • L’apparence physique,
  • le sexe
  • l’orientation sexuelle
  • le handicap physique
  • les troubles de la communication
  • l’appartenance à un groupe social ou culturel
  • les centres d’intérêt différents

7ème point. Il se traduit par,

  • Harcèlement physique : coups, bousculades, bagarres, vols et rackets, dégradations matérielles, violence à caractère sexuel, obligation de participation à des jeux dangereux.
  • Harcèlement moral, plus discret et plus difficile à identifier : insultes, gestes déplacées, remarques à connotation sexuelle, chantage émotionnel.
  • Cyber-harcèlement (en augmentation exponentielle). Lancement de rumeur, usurpation d’identité, création de page facebook, mise en ligne de photos et/ou de vidéos dévalorisantes.

8ème point.  Nous avons remarqué qu’il se développait dans les lieux où le climat scolaire est dégradé que ce soit entre jeunes, entre jeunes et adultes, mais aussi entre adultes. De plus la non identification par les adultes des situations de harcèlement participe à son développement. Il n’y a rien de pire que le déni et le laisser faire.

9ème point. Les effets du harcèlement sur le harcelè et sur le harceleur.

  • Sur le harcelé, il est constaté : des troubles de l’anxiété, un état dépressif, chute des performances scolaires, perte de concentration, troubles alimentaires, repli sur soi, tendances suicidaires, comportements violents en réaction (seule réponse possible à ses yeux), troubles de la socialisation, voire troubles psychiques graves.
  • Sur le harceleur : perte de l’empathie, construction d’un rapport hypertrophié à la violence, répétition de conduite de harcèlement, développement de la perversité-narcissique, marginalisation, échec scolaire, décrochage scolaire, délinquance.

10ème point. Développer les compétences relationnelles du harcelé. Les harceleurs ne s’en prennent pas à n’importe qui. Ils exploitent et profitent de la fragilité de l’autre. Nous avons constaté que le harcelé avait un défaut de confiance en soi qui se traduisait dans sa posture. En faisant un travail sur les émotions, sur la posture physique (corps, voix, regard) et sur l’identification des qualités de la personne nous participons à développer cette confiance en soi qui va transparaître physiquement. C’est ce non verbale signe de confiance en soi qui est transmis aux autres.

11ème point. Un défi éducatif, une nécessité et une priorité : l’éducation à l’altruisme, à la compassion, au vivre ensemble et au bien être à l’école. Nous défendons l’idée d’une réponse éducative globale à l’école en complément de la prise en charge des situations individuelles. Des connaissances scientifiques et des expérimentations pédagogiques mettent en avant le bien fondé et les effets sur les personnes du développement de la coopération et de l’intériorité dans le cadre de l’école. Ils existent dans l’arsenal pédagogique une quantité d’outils et de dispositifs qui vont favoriser le vivre ensemble et le bien être. Voici quelques exemples concrets de dispositifs ou d’actions menées dans des établissements que nous avons accompagnés depuis plusieurs années sur cette question du bien être et du vivre ensemble.

  • Des emplois du temps intégrant des temps de pause.
  • Des temps spécifiques et réguliers pour des pratiques de pleine conscience (gestion mentale, mindfulness, yoga, sophrologie….)
  • La pédagogie positive et l’exploitation des « kiffs ».
  • Apprentissage des dynamiques émotionnelles.
  • La communication non violente, la régulation des situations de conflit.
  • Des semaines à thème.
  • Des rencontres avec des témoins.
  • Les ateliers philo.
  • L’explicitation et l’application des cadres : code de vie, règlement,   (rapport à la loi)
  • Le tutorat pédagogique (adulte en accompagnement d’un jeune).
  • Le monitorat (jeune accompagnant un jeune)
  • L’expérience « Racines », rencontre avec des bébés et des personnes âgées dans les classes.
  • Les projets « nature ». Il a été observé que les enfants, jeunes et adultes passant du temps dans la nature sont moins violents, plus altruistes.
  • Les rencontres et le partage avec des animaux.

Il suffit de peu de choses pour changer un climat de classe. Pour avoir aidé des établissements sur cette problématique, nous avons constaté que le simple fait de mettre quelques temps de calme guidés ou non guidés plusieurs fois par jour associé à une exploitation des « kiffs » (petits moments de bonheur) en fin de journée transformaient des ambiances de classe.

En guise de conclusion. Dans le contexte sociétal actuel, ce dont les enfants et les jeunes ont besoin c’est la rencontre avec des adultes cohérents, authentiques. Cela ne passe pas par le discours, mais par le faire et la manière d’être. C’est bien de la posture dont il est ici question.

Article réalisé par Raymond Barbry, le 8 octobre 2015

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