Témoignage d’une expérimentation de pleine conscience en classe primaire en Belgique

Voir ce reportage sur la RTBF d’une action menée par Sophie Raynal. Une preuve que les pratiques de pleine conscience ont bien leur place dans le contexte éducatif actuel.

http://www.rtbf.be/info/societe/detail_enfants-stresses-la-pleine-conscience-a-l-ecole-comme-solution?id=9260192

Contenu de l’article écrit par Aurélie Didier.

Les enfants sont de plus en plus stressés. Pour les psychologues, le burn-out ne concerne plus seulement les adultes, mais aussi désormais les enfants. Très jeunes, beaucoup d’entre eux ont des objectifs de performance comparables à ceux des adultes, sont sous pression pour avoir un beau bulletin et ont un rythme de vie trop rapide. Difficile de chiffrer l’ampleur du problème, mais les spécialistes s’accordent pour dire que le phénomène va grandissant. Face à cela, il y a diverses solutions, dont le recours aux médicaments. Mais cette dernière solution a ses limites, et beaucoup de parents cherchent d’autres voies.

Parmi les alternatives, il y a la pleine conscience. La formatrice Sophie Raynal propose des séances dans des écoles. Elle applique aux enfants un cursus mis en place par le professeur de médecine américain Jon Kabat-Zinn. Il s’agit d’une formation en huit séances, données une fois par semaine pendant deux mois. Sophie Raynal travaille dans plusieurs écoles et affirme qu’elle obtient des résultats très positifs à court et à long terme. Dès lors, pour comprendre comment les enfants peuvent évoluer avec la pleine conscience, une de nos équipes de tournage a suivi une de ces formations pendant deux mois. Elle a été donnée en octobre et en novembre 2015 à l’école Sainte-Lutgarde à Lasne.

Le premier jour de formation

Il est 10 heures, Sophie Raynal accueille une classe de 5° primaire dans une salle de l’école de Lasne. La formatrice avait précédemment déposé des petits coussins en rond au sol pour chacun. Les enfants s’assoient et dès le départ, la formatrice installe avec eux une ambiance apaisante. Les enfants reviennent de la cours de récréation, ils sont encore sur le qui-vive, en pleine activité.  » Alors on inspire, on ferme les yeux. »  Un « ding » retentit, et  « on va apprendre à écouter son corps… Un peu bizarre hein d’écouter son corps ! Le corps ne parle pas vraiment mais il envoie des petits messages, des petits signes « . Les enfants commencent à comprendre ce qu’est la méditation en pleine conscience : « vivre l’instant présent ».

Cette formatrice affirme qu’elle pourra les aider à vivre de manière plus épanouie, à mieux réussir leurs contrôles et à réduire leur stress. Ces enfants connaissent la signification du stress alors qu’ils sont encore très jeunes. Une des élèves affirme qu’elle sent son corps quand elle est inquiète : « Quand je stresse fort, je le sens dans mon ventre « .

Le cursus de pleine conscience de Jon Kabat Zinn est validé scientifiquement. Plusieurs études ont démontré ses effets positifs sur le cerveau. Sophie Raynal continue la séance, les enfants sont désormais allongés, les yeux fermés. « Tu pourras apprendre à mieux le connaitre, à mieux sentir quand il est fatigué, quand il a besoin de repos ». Les enfants sont invités à sentir toutes les parties de leur corps, qu’elles soient tendues, détendues ou encore douloureuses. Ce qui est important, selon Sophie Raynal, c’est de sentir et d’accepter ce qui se passe dans l’instant présent. En cela, la pleine conscience se distingue largement de la simple relaxation.

Le retour en classe

Parmi les élèves, Amélie Cattoor, 9 ans, qui se demande si la pleine conscience peut réellement l’aider à être plus apaisée en classe, mais aussi dans sa vie personnelle.  » Moi quand je serai stressée, est-ce que je serai moins stressée ? « 

Elle et d’autres élèves sont parfois tendus. Certains ont des difficultés à se concentrer, font des crise de colère. Chacun a son problème. Alors l’institutrice Catherine Devezeaux va désormais appliquer tous les jours en classe des exercices proposés par la formatrice.

Il y a par exemple l’exercice de la tirette :  » On va tous imaginer qu’on a devant notre ventre une tirette. Donc votre main va soit fermer, soit ouvrir la tirette « . Les élèves font semblant d’ouvrir et fermer la tirette, ce qui les aide mentalement à commencer l’exercice d’inspiration et d’expiration. Dans la classe, c’est le silence, ou presque : on entend simplement une vingtaine d’enfants respirer profondément.

Le retour à la maison

Amélie a l’air d’apprécier les exercices. De retour chez elle, elle a bien l’intention de les partager avec le reste de la famille. Son frère Simon est trisomique. Elle se dit que cela peut l’aider lui aussi à gérer ses émotions. Elle tente de l’initier à l’exercice de la tirette :  » Quand tu es stressé, ou que tu es fâché, tu peux respirer. Quand tu ouvres la tirette, tu inspires, quand tu fermes la tirette, tu relâches…Pff… OK ?  » Simon se prête au jeu. Sa mère, Rossana Tricoli, lui demande son avis après l’exercice :  » Tu te sens comment ? Tu te sens bien ou tu te sens énervé ? « . Simon :  » Je me sens bien ! Merci Amélie ! « 

Mais Amélie fait aussi de la nage synchronisée. Aujourd’hui, elle stresse déjà pour une épreuve importante qui aura lieu dans plus d’un mois.

Un mois plus tard

Nous la retrouvons donc pour ce moment crucial, une compétition nationale à Zwevegen en Flandre-Occidentale. L’équipe a du se lever tôt, se préparer. Les filles répètent jusqu’au dernier moment.

Entre-temps, Amélie a suivi plusieurs séances de pleine conscience à l’école et le fait découvrir à son équipe. Avant le début de la compétition, toutes les filles prennent quelques minutes pour méditer dans les vestiaires de la piscine sous le regard étonné de quelques personnes. Mais difficile pour la coach de résister à faire les dernières retouches alors que les nageuses méditent.

Puis c’est le grand moment, il faut tout donner en quelques secondes pour le show et la compétition. A la sortie de la piscine, Amélie est contente :  » Au départ, j’étais super stressée ! Puis quand j’ai été dans l’eau, je me suis calmée, et j’ai commencé. « 

Cette fois, l’équipe d’Amélie n’a pas emporté de médaille, mais elle est heureuse d’avoir pu vivre sa compétition plus sereinement que d’habitude.

Après deux mois de formation

Après deux mois, la classe de 5° primaire de Sainte-Lutgarde arrive à la fin de la formation. Les élèves ont appris à décoder leurs émotions, à se centrer sur l’instant présent sans ruminer sur le passé ou sans angoisser sur le futur.

En classe, l’institutrice voit clairement la différence :  » Si on fait de la pleine conscience avant un contrôle, la moyenne générale du test peut augmenter de 2 points sur 20. Cela centre les enfants qui ont des difficultés à se concentrer. Par exemple, j’ai un enfant qui a de gros troubles de l’attention, et il réclame la pleine conscience, y compris chez sa logopède. « 

Ce n’est pas tout. Les élèves ont appris à être bienveillants avec eux-mêmes et avec les autres. Désormais il y a une boite à mercis dans la classe, rédigés par les enfants. L’institutrice les lit un à un :  » Merci à Flavie de m’avoir consolée « .

Les élèves sont tous d’accord, ils continueront à faire de la pleine conscience tous les jours. Avec l’institutrice, ils ont d’ailleurs décidé de s’aménager un coin méditation dans la classe.

 

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