Le bien être à l’école : pourquoi, comment, à quelles conditions ?

C’est dans le cadre du 3ème forum du printemps de l’éducation Lillois que nous avons communiqué sur cette question du bien être à l’école.

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Cette communication s’appuie des accompagnements d’équipes pédagogiques, des formations d’enseignants et de chefs d’établissements, des rencontres débats avec des associations de parents d’élèves que nous menons depuis  cinq ans. Tous sont dans l’intention de concrétiser dans le quotidien de la vie d’un établissement scolaire tant public que privé les conditions d’un mieux être et mieux vivre ensemble.

C’est quoi le bien être et pourquoi est-ce si important de le développer et de l’apprendre ?

  • Il est fait de choses simples qui s’apprécient dans l’instant.
  • Il est dans le lâcher prise.
  • Il est dans l’acceptation de la réalité.
  • Il est intérieur à soi.
  • Il se partage.
  • Il alterne avec les moments de vie plus difficiles, faits de douleur voire de souffrance.
  • Il facilite et accélère tous les apprentissages.
  • Il est à la base de l’engagement, de l’investissement, de la coopération et de l’excellence.
  • Il est d’autant plus important de le développer que nous sommes dans un contexte sociétal psycho-dépressif, voire psycho-destructeur.
  • Le bien être et le mal être se partagent, se transfèrent. Les travaux récents en neurosciences, en épigénétique et l’éclairage de la physique quantique montrent combien notre état intérieur influe sur l’ensemble de notre corps et sur nos pensées, mais aussi sur l’état intérieur de ceux qui nous environnent (cf l’intrication quantique).
  • la posture de l’adulte est déterminante dans l’apprentissage du bien être de l’enfant et du jeune.
  • Il s’apprend. En matière d’éducation, il importe d’être conscient de cette réalité et d’en tenir compte dans notre conception de l’apprentissage, dans les relations interpersonnelles et dans l’organisation de l’espace/temps.

Une priorité à l’école, penser aussi et d’abord au bien être des adultes en charge d’éducation, d’enseignement et de formation.

  • Cette question qui a envahi le domaine du travail n’est pas abordée actuellement au plan institutionnel dans le contexte éducatif. Ce qui n’est pas le cas d’autres champs professionnels qui fassent à l’augmentation des tensions et des burn-out s’approprient cette question (cf tous les travaux sur la question du bien être, de la bienveillance au travail et des risques psycho-sociaux depuis ces dernières années).
  • Nous vivons sur une illusion d’une maîtrise globale de soi par les enseignants, les éducateurs, les chefs d’établissements. Comme si tous avaient développé l’expertise de leur intériorité ou de leur conscience de soi ! Ce qui explique la non prise en compte de cette dimension dans les dispositifs de formation initiale et continue.
  • Des professions touchées par l’épuisement professionnel. En France c’est aujourd’hui près de 30% du personnel éducatif en état d’épuisement professionnel (enseignants, éducateurs, chefs d’établissements).
  • Des professions qui restent centrées sur les approches technicistes et programmatiques. Nous le percevons au travers de la dérive didacticienne dans la conception des savoirs, de la prédominance de la logique programmatique, de la dérive de l’évaluation-contrôle, du développement d’une réflexivité désincarnée sur l’action pédagogique.
  • Des propositions simples et peu coûteuses suffiraient pour y remédier : l’apprentissage de la régulation du stress professionnel dés la formation initiale, la mise en valeur des compétences acquises, la confiance dans le professionnalisme des personnes, le respect de conditions de travail décentes (cf le nombre d’élèves dans certaines classes par exemple), une simplification et une liberté accrue dans la mise en application des programmes.

Les deux piles atomiques de l’être humain, l’amour et la confiance en soi.

  • L’amour. Parler d’amour à l’école ne va pas de soi ! Et pourtant, c’est bien une des priorités de l’être humain, si ce n’est LA priorité. Il suffit d’aller lire les écrits des accompagnateurs de fin de vie ou des professionnels de la santé à ce sujet (cf les écrits de Élisabeth Kübler-Ross, Marie De Henzele, Jacques Carbonnier). Nous parlons, ici, de cet amour qui mène à l’altruisme, au don de soi, ce que les grecs ont appelé l’agapé ou amour désintéressé ! Les enseignants et les éducateurs peuvent témoigner de cet agapé tout en restant dans une dimension professionnelle. Boris Cyrulnik a publié des pages remarquables sur la résilience dont font œuvre dans le quotidien nombre d’enseignants et d’éducateurs.
  • La confiance en soi. Elle est la clef de voûte de notre engagement. Elle est à la base de tout lien humain. Dans un contexte sociétal marqué par la méfiance et parfois le cynisme,  il est d’autant plus nécessaire et prioritaire de la développer au plus tôt. Mais elle ne va pas de soi et requiert un long et périlleux apprentissage qui n’est jamais fini ! Elle passe par l’acceptation de nos peurs, la découverte de la tendresse et l’acquisition du courage. Elle nécessite d’accepter nos imperfections et de reconnaître notre propre vulnérabilité. Elle nous amène à surmonter les découragements et les hésitations.

L’état de fatigue, un empêcheur du bien vivre et du bien être.

  • L’indispensable sommeil pour les adultes comme pour les enfants. Nos modes de vie en réduisent le temps, ce qui expliquerait en partie les troubles du comportement et les difficultés attentionnelles en augmentation pour toutes les tranches d’âge.
  • Les nécessaires temps de calme et d’ennui. Nous observons une augmentation des épuisements chez des enfants de plus en plus jeunes. On parle même de « burn-out’ chez les enfants ! Ménager plusieurs temps de calme dans une journée devient une priorité éducative.
  • Penser des rythmes qui prennent en compte l’état de vigilance des adultes comme des enfants.
  • Développer les activités physiques. Comme pour le sommeil les enfants et les jeunes de notre époque contemporaine ont une baisse conséquente des temps d’activités physiques, ce qui n’est pas sans poser des problèmes au delà de l’acquisition de la motricité.
  • La télévision, un poison quand elle n’est pas régulée.  Au delà d’une heure par jour pour un enfant de trois ans, nous observons des effets négatifs sur le développement du schéma corporel. Les apprentissages de la lecture et l’écriture  sont retardées au prorata du temps passé devant la télévision ! Elle est facteur d’acquisition et d’intégration de comportements violents. Une méta-analyse des recherches faites en ce domaine et portant sur plus de 3500 études scientifiques a validé l’hypothèse que le spectacle de la violence est de fait une incitation à la violence.

Une nouvelle priorité éducative émergente : l’attention-concentration.

  • Nous constatons une perte conséquente des capacités attentionnelles chez l’être humain depuis une trentaine d’années. Le phénomène s’accélérant depuis moins de dix ans et prenant des proportions qualifiées de questionnantes pour ne pas dire inquiétantes. Des travaux scientifiques très récents indiquant comme donnée : pas plus de trois minutes d’attention soutenue sur une heure !
  • L’attention-concentration est la base de l’apprentissage et de notre engagement dans la vie. Les recherches les plus récentes sur le cerveau (neurosciences) montrent le caractère fondamental que représente notre capacité à se focaliser sur soi, sur les autres, sur le monde. C’est cette faculté ou méta-compétence qui nous permet d’accomplir toutes les autres opérations mentales : comprendre, mémoriser, réfléchir, entrer en relation avec les autres…Or ce que nous constatons aujourd’hui à l’école comme dans les autres domaines de la vie (travail, famille, sport, musique…), c’est la difficulté grandissante que rencontrent les enfants, les adolescents comme les adultes à être présents à ce qu’ils font. L’attention-concentration se transmet de moins en moins de part nos modes de vie et le déluge continuel d’informations que nous subissons (smartphone, télévision, ordinateur, tablette…). Nous sommes de plus en plus enclins à nous éparpiller, à être en sur-sollicitation mentale (multi-tâches), à devoir tout faire « vite », à être en sur-activité et à être en état de stress constant.

L’être humain est fondamentalement collaboratif et altruiste.

  • Nous avons à sortir d’un conditionnement qui a imprégné l’idée que l’homme s’inscrivait dans une logique compétitive et égoïste. Les travaux de ces trente dernières années montrent s’il en est que ce qui caractérise la vie sur terre, c’est d’abord et avant tout la coopération, l’entraide.

Des propositions concrètes, simples qui existent, qui n’entraînent pas de surcoût et qui participent à développer et à faire apprendre le bien être dans les établissements scolaires.

  • Instituer des temps de calme, de pause.
  • Développer la conscience de soi et l’intériorité (atelier philo, toutes les pratiques dites de pleine conscience : yoga, sophrologie, méditation, gestion mentale, Vittoz…..).
  • Développer l’altruisme par les activités coopératives et d’entraide. Les outils pédagogiques existent (pédagogie institutionnelle, Freinet, Montessori etc…).
  • Alterner les activités et privilégier la variété, activités scolaires dites classiques, activités artistiques, activités physiques (30mn au minimum/jour). Toutes ont leur importance.
  • Prendre en compte l’intelligence intuitive aussi appelé par Jacques Carbonnier la conscience intuitive. Elle est indispensable et première dans toutes les décisions que nous prenons. Or l’école survalorise l’intelligence analytique ou conscience analytique.
  • Apprendre à apprécier les petits moments de bonheur et de joie quand ils se présentent, les conscientiser et les partager (cf les outils de la psychologie positive).
  • Pour les adultes, être dans l’intention de la présence.

Une quadruple exigence pour les adultes en charge d’éducation, d’enseignement et de formation

  • de la cohérence,
  • de l’authenticité,
  • la conscience de sa valeur et de sa vulnérabilité,
  • le témoignage d’une posture.

Raymond Barbry le 26 avril 2016

2 réponses à “Le bien être à l’école : pourquoi, comment, à quelles conditions ?

  1. Merci à toi Raymond pour ce magnifique article
    Belle journée à toi
    Max

  2. Nous avançons Max..ces pratiques se développent. Le changement se met en place en douceur et en profondeur.

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