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Une collaboration école-association de parents sur l’attention-concentration et le bien être à l’école.

 

C’est dans le cadre d’une formation-accompagnement de longue date (début de l’accompagnement 2011) de l’équipe pédagogique et du personnel éducatif de l’école maternelle et primaire Saint Charles de Saint martin-les-Boulogne (Pas-De-Calais-France), que j’ai réalisé le mardi 18 octobre une rencontre à la demande de l’association des parents d’élèves et du conseil d’établissement. Cette rencontre qui a pris la forme d’une conférence-atelier avait deux objectifs prioritaires :

  • expliciter l’axe prioritaire du projet d’école – attention-concentration et bien être,
  • donner des outils simples, pratiques et concrets aux parents pour développer l’attention-concentration dans leur quotidien familial.

Voici en résumé les grands points abordés lors de cette soirée où étaient présentes plus de 120 personnes et toute l’équipe pédagogique (une quinzaine d’enseignants).

 

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Développer l’attention concentration, des enfants, des jeunes….et des adultes, une priorité éducative !

L’attention est la capacité d’être dans la présence à l’instant tel qu’il se présente…la concentration est la focalisation intentionnelle sur un élément de ce présent. Être attentif et concentré c’est être capable de se maintenir intentionnellement dans le présent et se mettre à distance des pensées qui nous renvoient dans le passé ou nous projettent dans le futur.

Pourquoi apprendre et développer cette métacompétence (l’attention-concentration) à l’école..mais aussi dans le sport, la musique, le travail et la vie personnelle ? Nous observons une baisse conséquente des capacités attentionnelles chez l’être humain et plus particulièrement ces dernières années. Quelques données chiffrées qui interpellent quant à la réduction de nos capacités attentionnelles

 

  • Durée totale d’attention sur 60mn : Il y a trente ans elle était de 20mn, il y quinze ans :15mn, en 2015 : 3mn.
  • Durée de concentration soutenue sur une tâche donnée, début des années 2000 : 3mn, en 2012 : 1mn15 sec, en 2016 : 45 secondes.

 

Les causes essentielles de cette baisse exponentielle de nos capacités attentionnelles sont maintenant bien identifiées.

  • La sur-sollicitation informationnelle. Nous vivons dans un monde qui sans arrêt nous « bombarde » d’informations via les différents médias (télé, réseaux sociaux, smartphone etc….). Nous sommes dans un environnement hyperconnecté.
  • Un mental en ébullition constante..Nous avons de moins de moins de temps de « rien »..Nous sommes tout le temps en activité mentale, ce qui épuise nos capacités de vigilance et génère des états d’épuisement..Une des raisons de l’augmentation des « burn-out » chez les adultes est en partie lié à cet aspect. Nous observons à l’heure actuelle des enfants de 5 ans en état de « burn-out ». Une enquête récente de l’OCDE montre combien les élèves français sont parmi les plus en état de stress et d’épuisement psychique !
  • Un modèle de vie compétitif survalorisé et marqué par une obsession à l’évaluation. Nous avons mis en exergue la logique compétitive. Elle imprègne tous les niveaux de la société. Il y des injonctions à être dans le toujours « plus », d’efficacité, de rendement, de performance, de mesure et de contrôle etc…Nos enfant ont baigné dans ce modèle sociétal occidental qui épuise et rend moins efficient l’apprentissage. Or pour apprendre il faut en priorité, patience, acceptation des tâtonnements et des erreurs.
  • Un contexte social de plus en plus anxiogène. Les événements qui marquent notre pays et l’Europe depuis quelques années ne sont pas sans conséquence sur nos états psychiques. Nous vivons dans un monde de peur alimenté par les médias et par certains politiques. Nos enfants sont des éponges, nous ne les protégeons pas assez de cet environnement médiatique qui pollue les esprits. Il ne s’agit pas de minimiser les événements sociétaux actuels (enchaînement de crises en tout genre, emploi, conflits armés, attentats, immigration, montée des xénophobies, violence, épuisement des ressources de la planète, changement climatique…) mais il ne sert en rien de les surestimer et d’en surexposer les enfants.
  • Une perte du temps d’activité  physique ! Plusieurs études très récentes en France et dans d’autres pays occidentaux montrent combien l’activité physique est déterminante pour notre santé, mais aussi pour notre attention-concentration. Les enfants qui ont au moins 30mn d’activités  physiques par jour, obtiennent de meilleurs résultats au test d’attention-concentration ! Par activité physique il faut entendre tous les temps de motricité, et tous les jeux extérieurs qui mettent en mouvement le corps ! En outre, avant que l’enfant ne sache lire, les seuls jeux possibles sont sensori-moteurs et basés sur la stéréotypie motrice
  • Un temps chronophage passé devant des écrans en tout genre ! Télévision (4h00/jour en moyenne pour un enfant français !), utilisation non raisonnée des ordinateurs, tablettes et smartphone, temps passé sur les réseaux sociaux. Il peut être bon de se rappeler la loi des 3, 6, 9, 12. Pas d’écran avant 3 ans, ou tout au moins les éviter le plus possible. Parce que de nombreux travaux montrent que l’enfant de moins de trois ans ne gagne rien à la fréquentation des écrans. Pas de console de jeu portable avant 6 ans. Aussitôt que les jeux numériques sont introduits dans la vie de l’enfant, ils accaparent toute son attention, et cela se fait évidemment aux dépens de ses autres activités. Pas d’Internet avant 9 ans, et Internet accompagné jusqu’à l’entrée en collège. L’accompagnement des parents sur Internet n’est pas seulement destiné à éviter que l’enfant y soit confronté à des images difficilement supportables. Il doit lui permettre d’intégrer trois règles essentielles : tout ce que l’on y met peut tomber dans le domaine public, tout ce que l’on y met y restera éternellement, et tout ce que l’on y trouve est sujet à caution parce qu’il est impossible de savoir si c’est vrai ou si c’est faux. Internet seul à partir de 12 ans, avec prudence. Là encore, un accompagnement des parents est nécessaire. Il faut définir avec l’enfant des règles d’usage, convenir d’horaires prédéfinis de navigation, mettre en place un contrôle parental…
  • Mais aussi, la qualité de notre alimentation et du sommeil. Ce que nous mangeons n’est pas sans effet sur toutes les capacités de notre corps. Il est prouvé qu’une alimentation trop riche en sucre altère les capacités de vigilance. Une augmentation des perturbateurs endocriniens dans notre alimentation ne serait pas sans effet sur nos comportements et nos capacités de vigilance (augmentation de la suractivité et de l’hyperactivité notamment). Nous constatons une baisse conséquente du temps de sommeil chez les enfants. A la question posée à des spécialistes du cerveau (neurologue), quel est l’élément déterminant pour avoir un « cerveau » en forme ?  Leur réponse unanime : bien dormir en qualité et quantité (l’aspect quantitatif est dépendant de chaque personne).

Comment améliorer nos capacités attentionnelles ?

  • Des fondamentaux et du bons sens qu’il est toujours bon de rappeler ! Une qualité et quantité de sommeil suffisantes (cf point précédent)….une alternance des temps de repos, d’activités physiques, d’activités intellectuelles, et de temps d’ennui. Il importe de susciter et de provoquer des temps de rien, voire d’ennui. Ils sont nécessaires au développement de notre bien être et de notre imagination….Une régulation du temps passé devant les écrans….La reconnaissance des temps de fatigue.Il ne sert à rien d’exiger de l’engagement, de l’attention et de la performance quand le sujet est fatigué, qui plus est un enfant.
  • La connaissance des moments propices de vigilance accrue dans la journée, la semaine et l’année. Nous savons quels sont ces temps qu’il est judicieux d’exploiter…dans le cadre de la journée, le matin entre 9h00 et 11h00 et dans l’après-midi entre 15h00 et 17h00-18h00…dans le cadre de la semaine, le début et la fin de semaine sont marqués par une vigilance réduite le lundi et une fatigue conséquente le vendredi…les saisons rythment notre état de « forme » et de vigilance, lors des changements de saison et en automne et hiver nous sommes plus fatigables et moins vigilants, le déficit de lumière en serait la cause essentielle.

Mais aussi, proposer des temps courts de pratique de pleine attention aussi appelé pleine présence, voire pleine conscience. Ces pratiques se développent  exponentiellement dans nos sociétés occidentales. Elles touchent tous les domaines, la santé, le travail, le social, la justice, le sport, l’école. Au delà d’un effet de mode indéniable, elles n’en sont pas moins une des réponses aux dérives qu’a engendré notre mode de vie moderne (suractivité, surconsommation, surmédiatisation, perte du sens, déficit de l’intériorité et de la conscience de soi etc…). Dans le contexte de l’école elles ont pleinement leur place aujourd’hui pour apprendre aux enfants à réguler eux-mêmes leurs capacités attentionnelles, à muscler leur mental et à apprendre à observer et orienter leurs pensées. Cette capacité est à la base de l’apprentissage, sans attention-concentration suffisante, l’apprentissage est tout simplement impossible. De plus en plus de pays proposent des temps spécifiques d’apprentissage à la pleine attention. La France s’y met peu à peu. Pour ma part, cela fait cinq ans que je forme des enseignants à cette pratique. C’est ce que j’ai fait avec l’ensemble de l’équipe pédagogique de l’école Saint Charles et avec plus de 800 enseignants répartis sur tout le territoire français depuis cinq ans.

  • Quelles sont ces pratiques de pleine attention qui peuvent être exploitées en contexte éducatif ?  Elles sont connues de longue date, nous y trouvons : le yoga, la méthode Vittoz, la méditation de pleine conscience adaptée aux enfants, la sophrologie, la gestion mentale, les temps d’intériorité et de calme, les temps d’écoute en silence….
  • Comment les exploiter dans notre quotidien ? Il suffit de 3mn de pratique par jour pour commencer à développer notre attention-concentration. Il importe de comprendre que c’est par un entraînement quotidien et répétitif que cette dernière va se développer. C’est en faisant que l’on apprend !  Ce peut être, par exemple, lors d’un temps formel qui est posé avant le coucher à la maison ou au retour de récréation à l’école. Mais aussi à tout moment, où percevant la perte de vigilance, nous arrêtons notre activité pour faire du calme en soi en se centrant sur sa respiration par exemple.
  • L’intérêt pédagogique de ces pratiques est bien reconnu et validé. Nous observons, au delà de l’amélioration des capacités attentionnelles, un gain de calme dans les classes, une diminution du niveau de stress et d’angoisse, une qualité du vivre ensemble et de la coopération et un apprentissage plus efficient. Nous avons de plus en plus de recherches et d’expériences qui valident les effets des pratiques de pleine attention auprès des enfants, des adolescents et des jeunes.

Mise en situation proposée aux parents. Après avoir présenté l’outil que j’ai élaboré et amélioré depuis six ans avec l’aide et la participation des enseignants formés à cette approche ; j’ai proposé, en guise de découverte, plusieurs situations qui peuvent être exploitées à la maison comme dans la classe. C’est ainsi que les parents ont effectué des exercices :

    • d’attention à sa respiration,
    • d’attention aux sons,
    • d’attention au corps,
    • d’attention aux pensées.

L’outil que je propose s’appuie sur cinq approches complémentaires : la gestion mentale, la méditation adaptée aux enfants, la métacognition, la visualisation mentale, le  breathplay (respiration du yoga adapté à l’effort). Il est bâti en huit étapes qui s’inscrivent dans une complexité croissante. en voici la présentation :

  • Étape 1 : Attention à la respiration.
  • Étape 2 : Attention aux sons, aux silences et au goût.
  • Étape 3 : Attention aux sensations du corps.
  • Étape 4 : Attention à la respiration tout en marchant, tout en courant…
  • Étape 5 : Attention aux émotions.
  • Étape 6 : Attention aux pensées.
  • Étape 7 : Faire le calme en soi et se mettre en projet.
  • Étape 8 : Remplacer une pensée obsédante (par exemple, peur d’échouer) par une pensée positive.

Cette approche prend son sens à compter de l’âge de 6-7 ans. Pour les âges précédents (de 3 à 5/6 ans), l’éveil des sens, l’activité motrice, les activités artistiques, suffisent amplement à développer l’attention-concentration.

Raymond Barbry le 2/11/2016

 

 

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