Effets dans la durée d’une formation à la pleine attention dans un collège des hauts de France.

Depuis que je forme et accompagne des équipes pédagogiques (écoles, collèges, lycées) à développer les pratiques de pleine attention (pleine présence, méditation de pleine conscience), je peux mesurer les effets de ces pratiques à la fois sur le personnel enseignant et éducatif ainsi que sur les élèves. Quoi de mieux qu’un accompagnement dans la durée pour observer à l’interne de l’établissement les évolutions. C’est le témoignage du collège Hergé à Gondecourt (Hauts de France) que je vous présente ici.

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Rappel de l’historique

Sur l’année scolaire, 2017/2018, à l’initiative de l’infirmière du collège Sylvie Cabre associée à la CPE Sophie Higelin , j’ai réalisé une formation aux pratiques de pleine attention pour les enseignants et le personnel du collège. La participation à cette formation se faisait sur la base du volontariat sur des fins de journée ou de semaine (vendredi). C’est ainsi que sur l’année scolaire, neuf temps de rencontre de deux heures ont été réalisés pour une quinzaine de personnes. La formation avaient un double objectif, à la fois à destination des adultes pour leur communiquer des outils leur permettant d’apprendre à réguler leur niveau de stress professionnel et ensuite développer ces pratiques auprès des élèves soit dans le cadre des cours soit sous la forme d’ateliers sur des temps hors cours.

Sur l’année 2018/2019, deux temps de rencontre ont été réalisés pour faire le point avec les enseignants qui exploitent dans le cadre pédagogique des temps de pleine attention. Il en sera de même pour cette année 2019/2020 où nous avons prévu trois temps de rencontre.

1er point / un projet d’équipe inscrit dans la durée : pour un collège « ZEN ». Cette initiative se place dans le cadre d’un projet validé par la Direction, Madame Caroline Bertolloti (Principale sur les années 2017-2018-2019), Monsieur Laurent Francqueville (Principal à cette rentrée scolaire 2019-2020), Madame Fatiha Cherifi (Principale adjointe)  et piloté par Mesdames Sylvie Cabre (infirmière) et Sophie Higelin (CPE).

2ème point / Un engagement volontaire des participants et la liberté dans l’initiative des pratiques. La participation à la formation et les temps de rencontre d’accompagnement restent à caractère strictement volontaire. Il en est de même pour l’engagement dans des pratiques auprès des élèves, choix des classes, temporalité des temps de pratique de pleine attention. Nous avons laissé le choix de l’initiative aux enseignants qui sont les seuls juges et compétents pour identifier ce qui est le plus pertinent pour les classes dont ils ont la responsabilité.

3ème point / Des initiatives multiples. Au bout deux ans, nous faisons le constat que sans imposer une quelconque pratique ou méthode, les pratiques de pleine attention se sont institutionnalisées dans le collège sous des formes variées et adaptées aux caractéristiques des élèves (âge, motivation etc…) et aux compétences de l’enseignant. C’est ainsi que de manière régulière et formelle dans le cadre des cours en fonction des disciplines d’enseignement et dans des temps d’ateliers spécifiques, les pratiques suivantes sont identifiées :

  • Cohérence cardiaque.
  • Temps de silence court.
  • Temps de silence avec support musical.
  • Exercices de conscience respiratoire.
  • Exercices de conscience corporelle.
  • Relaxation dynamique.
  • Visualisation mentale.
  • Régulation émotionnelle.
  • Atelier de relaxation dans le cadre de l’association sportive sur temps de la pause méridienne.

De manière informelle, les enseignants font l’observation que naturellement lorsque le besoin se fait sentir, ils n’hésitent pas à placer des temps courts de pleine attention (de quelques secondes à une minute) afin de remettre les groupes classe en état de vigilance.

Il ressort des témoignages des enseignants, une confiance dans l’exploitation de ces pratiques qui initialement n’étaient pas dans leur domaine de compétence. Prendre l’initiative de proposer des temps courts de pleine attention dans le cadre de leur enseignement est devenu partie intégrante de leur pratique professionnelle.

4ème / Un pilotage à l’interne par l’infirmière scolaire. C’est certainement l’un des déterminants de la réussite de ce projet. La présence de Madame Cabre a facilité l’intégration des pratiques de pleine attention. Elle est une ressource pour les collègues enseignants et éducateurs. Sa disponibilité et ses compétences ont permis d’une part de rassurer les collègues et d’autre part de les accompagner dans l’exploitation et la proposition de situations à proposer aux élèves.

5ème / Un accompagnement dans la durée. Nous savons qu’en matière d’acquisition de nouvelles compétences professionnelles, le temps de formation seul reste insuffisant pour l’appropriation de nouvelles pratiques. Ces dernières demandent du temps. Ce temps est bien souvent long et indispensable à l’intégration. C’est cet aspect que nous avons intégré dés la mise en place du dispositif que nous avons conjointement élaboré, l’intervenant (Raymond Barbry-AGEPS) et les porteurs du projet à l’interne (la Principale, l’infirmière, la CPE). Le suivi sous forme de rencontres d’accompagnement avec l’intervenant extérieur a été pensé dés le début.  C’est donc un double accompagnement qui a été mis en place :

  • A l’interne via les pilotes du projet (infirmière et cpe)
  • A l’externe via deux à trois rencontres par an avec le formateur.

5ème / Des effets constatés sur les capacités attentionnelles en cours. Dans ce collège comme dans toutes les écoles, collèges, lycées qui s’engagent dans cette démarche de mettre en place régulièrement des temps de pleine attention (peu importe la méthode du reste : méditation de pleine conscience, sophrologie, gestion mentale, relaxation, cohérence cardiaque…), nous faisons les observations suivantes :

  • amélioration des capacités attentionnelles,
  • des cours qui se déroulent avec plus de calme (moins de bruit),
  • des élèves qui réclament ces temps de pleine attention,
  • les quelques élèves dans les classes qui n’adhèrent pas systématiquement aux temps de pleine attention proposés en début et fin de cours, ne perturbent pas le reste de la classe.

Ces observations ont été validées par la pilote du projet qui fait une évaluation régulière sous forme de questionnaires et d’entretiens avec les élèves et les enseignants engagés.

En conclusion, cette formation-accompagnement montre s’il en est qu’il se passe dans le cadre de l’Éducation Nationale des changements pour un mieux être des adultes et des jeunes. L’expérience du collège de Gondecourt vient en complément de celles que nous avons déjà présentées par ailleurs. En cette période terne et triste pour les acteurs éducatifs français suite au drame de Pantin. Il importe de faire remonter aux responsables politiques et institutionnelles en charge de l’École qu’il n’est pas besoin de faire de « Grandes Réformes » qui s’enchaînent au gré des changements de ministres et de politiques. Mais d’abord de faire confiance aux acteurs au cœur des établissements (enseignants, personnel éducatif, personnel de direction) et de leur donner les moyens d’agir !

Raymond Barbry, le 7 octobre 2019.

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