Témoignages au sujet du mal être et la souffrance professionnels dans les métiers de l’éducation

Un grand merci à toutes celles et tous ceux qui depuis plusieurs années me remontent et me partagent leur vécu professionnel et pour faire suite à l’article précédent – Le mal être et la souffrance professionnels dans les métiers de l’éducation –  en voici une synthèse reçue de plusieurs enseignants-es et responsables institutionnels (formation, chef d’établissement) du 1er degré (classes maternelles et primaires). Toutes et tous sont reconnus comme « expert ». Elles et ils ont l’expérience professionnelle, plus de 1o ans de carrière, évaluation institutionnelle (inspection) excellente, reconnaissance par les pairs, certains interviennent dans la formation initiale ou continue des enseignants et des chefs d’établissement du 1er degré.

Résultat de recherche d'images pour "épuisement professionnel enseignant"

La perte du sens traversent tous les témoignages ! Voilà quelques phrases qui m’ont été communiquées…

« Quitter un navire dans lequel je ne me retrouve absolument plus ! ».

« A quoi sert-on » ?

« Qu’est ce qui reste de notre engagement » ?

« On devient des administratifs. Ce que nous devons formuler, présenter (les écrits) devient chronophage et nous éloigne du cœur de métier ».

« Mais qu’est ce qui se passe ! On nous demande l’impossible, soit nous ne comprenons pas les attendus, soit les orientations qui nous sont donnés sont totalement impossible à atteindre ».

« Nous n’avons pas les moyens de former sur les fondamentaux du métier les enseignants stagiaires. C’est de la folie..nous en envoyons une partie au « casse pipe ». Et en plus nous le savons ! C’est complétement fou » !

La question des effectifs de classe et de l’accueil de tous est prégnante, plus qu’avant, voici plus précisément ce témoignage éloquent d’une enseignante pro-inclusion !

« Trente élèves dans des locaux peu adaptés à ces jeunes d’aujourd’hui qui bougent..Accueillir les enfants porteurs de handicap..L’inclusion c’est bien..mais avec trente élèves dans une classe c’est de la maltraitance pour l’enfant, pour les autres et pour l’enseignante. Dans ma classe, j’en ai six qui ont un projet personnalisé..deux qui vont partir en SEGPA, un qui part en ULIS, et à côté de ça j’ai dix garçons qui passent leur vie et qui ne vivent que pour le fameux « fortnite ». Ils ne parlent que de cela ! Leur niveau d’attention 0 ! des passages à l’acte violent récurrents et parfois extrêmes. Pour moi ce n’est pas possible d’enseigner dans ces conditions. Je me retrouve complétement dans cette frustration de ne plus pouvoir travailler normalement, de ne pas pouvoir m’occuper aussi des autres élèves. La frustration de ne pas pouvoir faire ce qu’il faut pour ceux qui ont un PAP. Je suis exclusivement concentré sur le groupe pour canaliser des enfants qui partent en « live ». A cela s’ajoute des parents qui ne comprennent pas, parce que si l’enfant a un PAP, l’enseignant se doit d’y répondre et ils ont raison..mais on ne peut pas !

Le bruit facteur de fatigue et de stress quotidien.

« Cela fait bientôt quinze ans que j’enseigne et j’avoue que le bruit est pour moi de plus en plus difficile à supporter. Chaque soir, je rentre épuisé, vidé..et cependant j’aime mon métier, je me sens bien avec les élèves. Mais le niveau sonore monte d’année en année. Cet avis mes collègues le partagent et il n’est pas lié qu’à notre école ».

Comment lâcher-prise avec la pression du système, des parents ?

« Alors oui apprendre à lâcher prise, donner des priorités..mais en même temps en enlevant cette pression..ça nous retombe dessus. Dans le cadre du suivi des élèves en PAP, j’aurais du appeler des organismes, faire plein de choses pour ces enfants qui ont des PAP..mais je n’ai pas encore fait ! et j’ai les parents sur le dos. C’est logique et c’est normal ».

 » Des parents viennent me voir et me reprochent de ne pas suivre les programmes ! Ils sont plusieurs et comparent avec l’autre école du village. Le message est direct – Vous êtes incompétente. Nous signalons à vos responsables (IA). J’explique que chaque école, chaque classe adaptent les programmes à ses caractéristiques et aux enfants et que le cadre du programme est bien respecté de mon côté. Ce qui est confirmé par la CE (Directrice) et l’IEN du secteur. L’échange est impossible et se termine par un – Nous signalons à vos responsables (IA). Faut-il rappeler que ce qui était proposé dans l’autre école était pour le coup hors des programmes ! C’est la première fois en plus de vingt ans de carrière que cette situation arrive et je suis dans cet établissement depuis plus de dix ans. »

Une évaluation des enseignants perçue encore comme un jugement et non comme un accompagnement, une aide.

« J’ai la chance d’avoir un super chef d’établissement qui m’a dit de mon côté, tu laisses tomber les APC, tu passes assez d’heures dans le relationnel avec les parents, à monter des projets pour les enfants en difficulté et en même temps, ce chef je lui tire mon chapeau..ll se fait inspecter à la rentrée. Et lui aussi il trouve complétement injuste de devoir passer par là. Il perçoit cette inspection comme un jugement…comme quoi il est bon à remplir les ordres..On vient le « fliquer »….Il se retrouve en position d’enfant..et ça ce n’est pas normal. Cette façon que le système a de nous évaluer qui reste perçu comme du jugement..On devrait avoir un accompagnement et non un jugement.

Et la médecine du travail pour nous..Elle est où ?

« Prendre soin de soi..et en même temps quand va-t-on chez le médecin aujourd’hui ? Il faut que ce soit forcément le mercredi….actuellement sur notre secteur d’une grande métropole pour avoir un rendez vos chez un médecin sur des mercredis après 17h00, c’est trois semaines d’attente !  Comment tu fais pour prendre soin de toi ? Quand tu appelles chez l’ophtalmo et que ce dernier te dit, rendez vous dans 6 mois un mardi ! Si un mercredi, pas avant 9 mois ! Comment on fait ? »

« Et d’ailleurs elle est où la médecine du travail dans l’enseignement ? ».

Une formation initiale et continue inadaptée (témoignages de responsables de formation).

 » Nous savons bien que la formation initiale que nous proposons n’est pas pertinente… Nous faisons semblant et au mieux avec les budgets que nous avons ! Alors que nous devrions témoigner dans nos pratiques des pédagogies actives, nous ne le pouvons pas faute de moyens. On se retrouve à les présenter en cours frontal en amphi. Nous sommes le contre exemple de ce qu’il faudrait faire ! »

« Il n’y a plus d’analyse des pratiques ou si peu. Dans les années 1990-2000, nous pouvions en proposer régulièrement en groupe réduit, aujourd’hui je ne le propose qu’exceptionnellement ! ».

« L’écart entre le réel des classes et ce que nous proposons comme contenus de formation initiale est trop décalé. Nous devrions pouvoir augmenter les temps de formation à la dynamique des groupes aux comportements psycho-sociaux. Sauf qu’avec une seule véritable année de formation professionnelle, comment tout caser ? C’est comme si on nous demandait de former un chirurgien expert en un an ! Parce qu’enseigner par exemple en REP, nécessite de l’expertise ++ ».

« Un exemple concret, la formation en didactique de l’EPS pour les professeurs des écoles…dans les années 1990-2000, près d’une centaine d’heures de formation sur les deux années de Formation Initiale avec de fait de la pratique. Aujourd’hui rien ou presque et que de la préparation à l’épreuve oral du concours, autant dire que de la théorie! Question, comment peut on avoir des professeurs des écoles qui proposent l’EPS avec si peu de compétences développées ??? »

 » Une bonne partie des stages de Formation Continue ne correspondent pas ou plus aux réels besoins identifiés par les enseignants. Les propositions sont le plus souvent descendantes soit IEN pour le public, soit DD pour le privé sous contrat. Et en plus dans certains secteurs l’enseignant n’est pas mis sur les thèmes qu’il a choisi au préalable. Ce sont les IEN, les DD qui décident et réorientent les choix ! L’enseignant n’est pas considéré comme un professionnel responsable, c’est grave ! »

Une maltraitance institutionnelle

« Pour moi aujourd’hui, l’éducation c’est de la maltraitance. Maltraitance des enfants, maltraitance des enseignants, maltraitance des CE..et en même temps c’est la société qui va mal ».

Information de dernière minute : Le ministère vient de sortir des données comparatives entre les différents pays dits développés. Elles montrent explicitement la charge de travail excessive et le manque de considération pour les enseignants français du 1er degré (maternelle et primaire):

– Ils sont sont parmi les moins rémunérés (en dessous de la moyenne).

– Ils travaillent bien plus que la moyenne face à élèves, 990 heures/ années en France pour 853 heures/année en moyenne.

– Ils ont un nombre d’élèves plus conséquent dans leurs classes. La France est parmi les pays où le nombre d’élèves par classe est le plus élevé !

– Ils passent plus de temps  pour leur travail en dehors du temps face à élèves (correction, réunions etc…).

Raymond Barbry, le 07/11/2019

 

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s