Confinement, continuité pédagogique…le meilleur côtoie le pire !

Nous voici à la troisième semaine de confinement et la mise en place de la continuité pédagogique par l’EN pour tous les établissements scolaires de France.

Covid-19 : heurs et malheurs de la continuité pédagogique à la ...

La phase de tâtonnement logique et non surprenante des deux premières semaines s’estompe. Faut-il rappeler qu’elle était attendue au delà des discours optimistes et engagés du ministère. En effet, comment être opérationnel et efficient de suite alors qu’aucune expérimentation à petite comme à grande échelle n’avait été réalisée ? A la fin de cette troisième semaine et par l’engagement, l’investissement de tous les acteurs du système éducatif (public comme privé sous contrat), cette continuité prend forme pour s’installer dans une durée non encore définie. D’ailleurs le pourrait-on, compte tenu de l’évolution de la pandémie en France, Europe et  dans le monde  ?

Une décision importante vient d’être prise (examens en contrôle continu).

Elle va permettre aux enseignants comme aux élèves de se mettre en projet et c’est une première pour notre pays, le brevet examen de fin de collège et le baccalauréat examen de fin de lycée vont être validés sur la base du contrôle continu. il n’y aura pas de ce fait d’épreuves terminales. Nous rejoignons ainsi ce que certains de nos voisins ont décidé précédemment.

Le risque réel d’une augmentation du décrochage.

Malgré l’engagement et l’investissement de tous les personnels des établissements, des élèves restent non joignables, sont perdus et en état de décrochage d’avec l’école, le plus souvent pour des raisons techniques liés aux connexions avec les réseaux ou un manque de matériel tels qu’imprimante, voire ordinateur, mais aussi pour quelques uns par une intention délibérée de ne pas répondre et d’autres un contexte psycho-social qui ne facilite guère l’enseignement à distance.

La clarification des objectifs par le ministère de l’EN, relayé à son niveau par le SGEC ont posé un cadre qui clarifie les objectifs de la continuité pédagogique.

Un enjeu essentiel : maintenir un contact avec la totalité des élèves pour éviter le décrochage, assurer une activité pédagogique, un lien avec les apprentissages dans le but de faciliter le retour en classe après la crise.

Un principe de base : il ne s’agit pas de reproduire l’emploi du temps des élèves à l’identique, l’enseignement en distanciel les mobilisant de manière autre que les cours en présentiel.

Et donc : Pas d’évaluation sommative / Pas d’avancée sur les programmes  / Entretien des acquis / Priorité maintenir le lien avec les élèves (accompagnement).
Ces orientations sont partagées dans la plupart des pays qui sont entrés en confinement et qui ont mis en place la continuité pédagogique.

Des initiatives pédagogiques émergent de partout et se partagent.  Les enseignants font montre pour la grande majorité d’un engagement sans faille. Nous en avons fait écho dans les articles précédents et elles se multiplient. Je tiens à vous donner ici un exemple concret à l’initiative des CPE d’un collège (Méricourt) qui ont fait parvenir à tous les élèves du collège ce message :

« Chers élèves,

Nous espérons que vous vous portez bien et que vous êtes en bonne santé, ainsi que vos proches.

Nos vies sont actuellement bouleversées par cette crise sanitaire que nous traversons toutes et tous, et par les mesures de confinement qui sont mises en œuvre pour freiner la progression du Covid-19, et ainsi éviter la contagion du plus grand nombre.

Durant cette période, vos habitudes de vie ont changé… les mesures de confinement nous amènent à organiser et occuper nos journées autrement… mais cette « parenthèse » nous amène également à réfléchir sur nos modes de vie, sur la personne que nous sommes, sur la personne que nous souhaiterions être, sur le sens de notre vie ou sur le sens que nous voudrions donner à notre existence….

Peut être avez-vous déjà pris conscience de certaines choses? Peut être avez-vous découvert ou redécouvert certaines choses? Peut être vous êtes-vous rendu compte que certaines choses étaient plus essentielles et importantes que d’autres?

Nous vous proposons de nous faire partager vos « prises de conscience ».

Vous pouvez le faire de plusieurs manières…

– en répondant librement au sondage mis en ligne sur pronote « onglet sondage » dans communication

–  en produisant une réalisation de votre choix: dessin, poème, chanson, vidéo, etc…

Nous vous remercions par avance pour votre participation et attendons avec impatience vos retours!!

Portez-vous bien…Christelle Ringeval et Annie Poirrier, vos Conseillères Principales d’Education »

Cette démarche éducative vise plus particulièrement à amener les jeunes à se questionner, à percevoir les effets de cet événement particulier qui impacte nos vies à tous. Il n’est aucunement question de contenus, de programmes, de pointage sur les temps de télé-enseignement.

La prise de conscience du confinement et de ses effets sur les personnes (bio-psycho-socio) est prioritaire et nécessaire.

Un confinement total tel qu’il est pratiqué en France est une mise en demeure de rester chez soi, et pour les élèves cela signifie :

  • perte de la liberté
  • interdiction de rencontrer d’autres personnes en dehors vivant sous le même toit (perte des liens amicaux et sociaux directs)
  • Réduction des sorties (1 seule par jour pour activité physique dans un environnement très proche (< de 1 kilomètre)
  • Promiscuité qui peut s’avérer pesante
  • Perte des repères temporels

Nous commençons à mesurer les effets psycho-sociaux de cette situation au bout de trois semaines. Les services de santé et de psychiatrie connaissent bien les conséquences de ce confinement imposé dans cette période de pandémie anxiogène. D’autant que les enfants, les ados et les jeunes peuvent être plus sensibles que les adultes. Cet aspect se doit d’être pris en compte dans le cadre de l’enseignement à distance avec des effets ne facilitant pas les apprentissages scolaires. Certains et certaines élèves ont la « tête » ailleurs et peuvent être dans l’incapacité de s’engager dans les tâches scolaires qui prennent peu de sens en cette période. Il faudra dans les semaines qui viennent être d’autant plus vigilant sur cet aspect. Il y aura une augmentation des problématiques psychiques tels que, sur-stress,  angoisse, stress, perte de confiance, augmentation des peurs, perte de sens, isolement…De plus certains élèves sont et vont être confrontés à la mort de proches.

Cette bienveillance dans la démarche des CPE du collège de Méricourt prend en compte cet aspect. Et dans de nombreux établissements, c’est le cas. Mais il n’en est pas partout de même.

Une continuité anti-pédagogique, déstructurante et décalée du contexte sévit aussi !

Elle s’inscrit dans la durée mettant les élèves en surcharge cognitive par la pression de la note sur les travaux imposés, le contrôle de présence (connexion), l’avancée sur les programmes. Anti pédagogique parce que ne prenant pas en compte les principes de l’enseignement à distance et du contexte due à cette période de confinement.

Voici l’exemple d’un lycée qui impose le cadre d’une journée de cours « classique » – Cours en visio de 8h00 à 13h00 et de 14h00 à 17h00 / 5 jours sur 7…
– Plus le soir..après des cours, travail perso..travail à rendre.
– Plus travaux notés.
– Plus pointage de la présence.

Dans ce cadre imposé, il y a peu de prise en compte du contexte psycho-sociologique actuel (La crise sanitaire qui impacte tout un chacun). Nous constatons une non connaissance de ce qu’est réellement l’enseignement à distance et de ses principes de base. Ça ne répond pas au canon du distanciel qui laisse de l’autonomie à l’apprenant dans son organisation et son cheminement ! Faut-il rappeler qu’au delà de 3h00 de télé enseignement dans la journée, il est pratiquement impossible d’être efficace ! Il y a aussi une non reconnaissance du besoin de mouvement de l’être humain et plus particulièrement du jeune en contexte de confinement !

Mais aussi, cette Maman, par ailleurs enseignante qui décrit son vécu sur ces trois semaines de continuité pédagogique. Je reprends tel que le message.

Message d’une maman qui est aussi prof

« Salut les collègues.
Maman d’une fille en troisième, très bonne élève, et je suis prof d’anglais en lycée. Il y a trois profs chez moi je lance un appel.
J’ai un message urgent à faire passer.
Arrêtez de submerger les enfants de devoirs à rendre en tout genre, maths, histoire, français, espagnol, anglais musique, sport etc…
Pensez aux enfants déjà angoissés ,malades ou dont les parents commencent à tomber malade….
Sans parler des ancêtres qu’on ne peut plus aller voir car trop loin mais isolés…
Les enfants angoissent de plus en plus.
On a un long confinement devant nous. Y a pas le feu!!!

Envoyons des exercices d’entraînement et des leçons à lire et au compte goutte. En petites quantités ! Les réseaux marchent mal, les imprimantes ne marchent pas bien , voire on n’en a pas, et faire travailler des enfants 6 heures par jour sur des écrans est insupportable. Les yeux brûlent. La fatigue les gagne.

Arrêtez, les notes on s’en fout. On verra ça quand les écoles rouvriront. Des enfants n’ont accès à rien, de toutes façons il faudra bien tout reprendre ensemble. Quelques semaines ne vont pas ruiner tout l’intellect et l’avenir des enfants. Ça se rattrapera plus tard.
Laissez les enfants faire ce qu’ils peuvent. Ils sont très angoissés et plus les familles sont touchées, et pire c’est pour eux.
Tout le monde oublie la psychologie!!!!
Les service de l’EN ne vont pas fliquer la France entière !!!
Les inspecteurs ne vont pas regarder un million et demi de profs un par un.
Le stress des cours s’ajoute au virus et aux problèmes de réseau !!!!!
Calmons nous!!!!
Calmez vous!!!
Calmez les enfants.
Sinon on court à d’autres catastrophes.
En plus du virus.

La pandémie crée nombre d’injustices que nous n’avons pas vu venir.

Serait-il possible de ne pas les approfondir ? De ne pas creuser davantage le fossé qui sépare déjà les nantis des autres ? Nous gagnerions à tous nous interroger pour faire face à nos incohérences, pour permettre à nos enfants, ados et jeunes d’apprendre autrement.

Ensuite, sommes-nous prêts, individuellement, collectivement, à renoncer aux antiennes de « l’ancien monde » ?

Pas sûr ! Exemple : la compétition. Sinon comment expliquer que certains enseignants noient leurs élèves de travail à la maison pendant ce confinement au nom de la sacro-sainte « réussite scolaire et sociale » ?

Le système scolaire est assis sur l’esprit de compétition. Et une catégorie de parents y adhère. Or, le changement de paradigme passe aussi par une bascule de la compétition vers la coopération. Ou, dit autrement, par l’accent mis aussi sur l’apprentissage des savoir-être.  Mais aussi apprendre, par, pour et avec les autres et non pas contre les autres.

Raymond Barbry, le 04/04/2020.

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