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Réouverture des écoles….Faire temporairement son deuil de la pédagogie ?

Dans cet article il n’est pas question de porter un jugement sur le bien fondé de la réouverture des établissements scolaires. Je laisse à chacune et chacun se faire son opinion sur cet aspect. D’autant que sur ce sujet, nous observons dans le monde des réponses très différentes en fonction de la culture, de la doctrine sanitaire et des priorités politiques avouées et cachées du pays. De plus en France, et plus particulièrement pour les écoles maternelles et primaires, un nombre conséquent de maires s’opposent actuellement à la réouverture des écoles le 11 mai, les conditions sanitaires imposées au plan gouvernemental ne pouvant être assurées dans les établissements. Il en est ainsi dans les Hauts de France où plusieurs dizaines de communes ont pris cette position.

Je me permets simplement de dire, que la réouverture des établissements scolaires en septembre eut été la plus simple des réponses. Était elle pertinente ? Je n’en sais rien, et seul l’avenir nous le dira.

https://photos.lci.fr/images/613/344/la-premiere-ministre-danoise-en-discussion-avec-les-eleves-pour-la-reouverture-de-leur-ecole-a-copenhague-le-15-avril-29d96b-0@1x.jpeg

A mon sens, une question prioritaire doit guider les acteurs éducatifs de l’école :  comment dans le quotidien de la classe,  ne pas en rajouter quant à l’état d’angoisse persistant qui règne dans le pays au sujet de cette épidémie ? Autrement dit, comment faire en sorte que cette dernière période de l’année scolaire, à nulle autre pareille, se passe au mieux pour tout le monde, adultes, enfants, pré-ado, ado et jeunes (si toutefois les lycées ré-ouvrent) ?

De quelques principes à avoir en tête pour guider

1/ Ce qui est premier en ce contexte si particulier, ce sont deux priorités qui doivent être le fil conducteur de toutes les décisions et actions  qui en découleront :

  • Le souci de la santé de tous, élèves comme adultes. Par santé nous entendons la dimension holistique (globale) de l’être humain dans les aspects bio-psycho-socio. La santé n’est pas qu’une question de « bonne » santé physique et d’absence de maladie. Elle implique un équilibre et une dynamique entre le corps, les pensées (l’esprit) et les affects (émotions). Nous savons aujourd’hui et cela nous est confirmé maintenant par les recherches scientifiques que tout est en interaction en continue dans notre corps. Notre état émotionnel influe directement sur nos défenses immunitaires. Nos pensées agissent directement sur notre état émotionnel. Toutes les cellules de notre corps communiquent entre elles en temps réel !
  • Le maintien et le renforcement du lien social. L’être humain quelle que soit son âge est un être social. Il se développe et se construit par l’interaction avec l’autre. La dimension socio-affective est des plus déterminante dans les premières années de notre vie (cf l’enfant sauvage au 19ème siècle, les enfants isolés de Roumanie etc…). Nous ne sommes pas faits pour vivre dans l’isolement total. Même celles et ceux qui décident de vivre en retrait de la société de leur époque le font en collectif (monastère, ashram…) ou ne s’isole que temporairement (ermitage) pour mieux revenir au contact des autres.  Ce lien aux autres est indispensable quelle que soit notre âge. Il suffit de voir ce qui s’est passé dans les EHPAD en France ces dernières semaines où le confinement imposé a eu pour effet d’augmenter le nombre de personnes touchées par le « syndrome du glissement ».

De fait, les apprentissages purement scolaires, les programmes passent au second plan. Ils ne sont aucunement prioritaires en cette période ! Un des bons côtés de cette crise aura été de mettre en exergue que la vie c’est l’incertitude, qu’elle ne se contrôle pas et qu’un tout petit virus peut bloquer le monde ! Nous en vivons tous l’expérience actuellement. Une belle leçon d’humilité que la terre nous a envoyée en quelques sorte !

2/ La question de la peur est aussi première et n’est pas à éluder !

La peur est normale. Elle est une de nos émotions de base. Nous en connaissons les effets tant au plan physique que psychique. Le fait est que depuis maintenant deux mois, elle est là installée dans la durée, alimentée par des médias qui en jouent pour augmenter leur audience, par des orientations  politiques et de santé publique (cf les moyens, masques, tests) qui ne rassurent pas et augmentent le doute et la perte de confiance dans les dirigeants (cf les sondages européens en ce domaine).

Il suffit d’observer actuellement les comportements d’une bonne partie des personnes dans les lieux autorisées pour la percevoir au travers des postures, des regards. Elle est là présente continuellement, usante et épuisante parce que non acceptée, non régulée.

Alors comment faire avec ? Comment vivre avec cette peur ? Comment en réduire ses effets néfastes pour notre santé et celle des élèves ? Comment ne pas la communiquer inutilement ?

  • D’abord, une peur s’accepte. C’est la première des choses à faire. Je reconnais que j’ai peur…Je reconnais que l’autre a peur. Cette acceptation en réduit l’impact émotionnel et les effets sur notre corps et notre santé. Nous savons que vivre dans un état de peur constant, épuise l’organisme, l’affaiblit. C’est comme laisser une  porte ouverte à nombre de pathologies physiques comme mentales.
  • Ensuite, une peur se dit, se déclare. Nous avons un conditionnement culturel et éducatif à déjouer à ce sujet. Dire, déclarer voire expliciter sa peur en réduit l’impact émotionnel négatif. On se sent mieux une fois que nous avons pu dire ce que cette peur faisait en nous.
  • Puis, une peur se relativise. Dans la plupart des situations nous augmentons par notre mental (nos pensées et nos ruminations) nos peurs. Il y a ce que nous pensons qui pourrait nous arriver…Il y a ce qui pourrait nous arriver…..et il y a ce qui nous arrive vraiment. Mais arriver à cet état nécessite de prendre le temps de la distance, de la compréhension et de la mise en sens sur ce qui nous arrive.
  • Enfin, agir sur ce qui est en mon pouvoir, autrement dit, sur quoi ai je prise ? L’acceptation de la situation, de l’incertitude, du non contrôle est une première phase. Vouloir agir sur ce dont je n’ai aucune prise est contre productif, épuisant et va augmenter les peurs et les effets néfastes sur la santé. L’action et l’engagement sont déterminants. Le collectif et sa cohérence prennent toute leur dimension dans cette période de déconfinement. L’action peut être dans le contexte de la réouverture des écoles, la réorganisation des espaces, l’adaptation du temps, les modalités de déplacement etc… Mais ce peut être aussi l’opposition, le refus, la désobéissance, voire le combat si besoin, quand les seules portes de sortie sont de ce registre. Henri Laborit (médecin chirurgien et neurobiologiste, mort en 1995) a travaillé cette question tout au long de sa vie de chercheur. Il en a fait un film qui explique bien ces phénomènes (Mon oncle d’Amérique), voir aussi son ouvrage « Éloge de la fuite ».
  • Ne pas communiquer son stress aux enfants, mais témoigner de calme et de tranquillité intérieurs. Nous savons que tout est en interaction que tout est relié (cf les travaux en physique de l’information, en biologie quantique, en épigénétique…). L’état émotionnel de l’adulte comme celui des enfants vont interagir. Ça signifie que je suis impacté par tout ce qui se passe autour de moi, mais que moi j’interagis avec mon environnement ! De la joie ça se communique, mais de la peur aussi ! Le problème est que si le stress devient répétitif, il ne peut plus être géré par le système de défense de notre corps qui est conçu pour ne traiter que l’urgence en priorité. Dés lors que le stress environnemental et celui du à notre mental (nos pensées qui amènent : peur, angoisse, honte, culpabilité) sont permanents, cela active une sur-augmentation des hormones du stress. Il devient alors impossible de se relâcher. Et c’est la porte ouverte à l’épuisement, au burn-out, à la  dépression. La seule réponse possible pour éviter cette tension constante : être dans des conditions de sécurité sanitaire dans la classe et l’établissement (extériorité), en tant qu’adulte être en état de calme intérieur (intériorité) dans les temps passés en contact avec les enfants. Ce dernier point nécessite une connaissance et conscience de soi très développées et travaillées.

3. Faire le deuil temporaire des méthodes pédagogiques facilitant les inter-relations.

Et bien oui..temporairement, et je pense plus particulièrement aux classes maternelles et primaires, il ne sera plus possible de pratiquer toutes les approches interactives et coopératives qui sont de mises ces dernières décennies. Les conditions sanitaires strictes et notamment la distanciation physique en interdisent l’exploitation.

Les enseignantes et enseignants des classes maternelles ainsi que les atsem (personne qui seconde l’enseignant sur le plan matériel et éducatif ) savent combien cette distanciation sera des plus difficiles à faire respecter qui plus est dans notre culture pédagogique française (surtout en maternelles). Et nous ne savons pas aujourd’hui comment les enfants vont réagir à ce cadre très stricte imposé qui va à l’opposé des habitudes et des routines pédagogiques. Il faut s’attendre de ce côté et dans les premières semaines à un état de fatigue conséquent des enfants et des adultes ! Un tel changement est des plus coûteux en matière d’énergie psychique et de force vitale. C’est du reste en grande partie pour cette raison que les pays qui ne ré-ouvrent pas les écoles maternelles et primaires ont pris cette décision ; parce que c’est tout simplement très difficile, voire impossible d’appliquer les normes sanitaires de  distanciation.

4. Retour au behaviourisme, au conditionnement, dans sa forme basique et parfois caricaturalle.

Les vidéos, les images qui nous montrent ce qui est pratiqué dans certaines cultures effraient une bonne partie des enseignants !

Il ne s’agit pas de rejeter en bloc cette forme d’apprentissage qui dans certains contextes a toute sa pertinence. Il y a des situations pédagogiques qui pour des raisons de sécurité vont imposer l’apprentissage par conditionnement. On ne pratique pas l’essai-erreur, le socio-constructivisme quand les conditions de sécurité objectives ne peuvent être assurées.

Mais la forme caricaturalle qui nous est montrée par certains médias inquiètent, et à juste raison, nombre d’éducateurs !

Le cadre sécuritaire imposé par les normes sanitaires induit l’exploitation de cette forme d’apprentissage qui va être chronophage dans sa première phase. C’est à dire de trois à quatre semaines, le temps nécessaire à l’acquisition des nouvelles routines de distanciation par le collectif.

5. Qu’en est-il de la responsabilité des enseignants, des personnels, des chefs d’établissement ?

Cette question est actuellement débattue entre les différents partenaires. La démarche descendante à la jacobine française est toujours de mise, à savoir que l’état (le ministère de l’EN) a posé un cadre sanitaire avant toute négociation avec les partenaires. Or le contexte de judiciarisation qui gagne aussi notre pays n’est pas sans inquiéter à juste raison les acteurs éducatifs. Qui serait responsable en cas de « closter » partant d’une école ?

A ce sujet, le média « médiapart » a posé la question à un avocat pénaliste, voir cet article très explicite : Profs, directeurs, AED, AESH, agents, responsabilité pénale en jeu.

https://blogs.mediapart.fr/liligaby/blog/010520/profs-directeurs-aed-aesh-agentsresponsabilite-penale-en-jeu?fbclid=IwAR0BFc1kGd0FiK7AJlyYIB6lhZ1ym0b8_8sgLhJZnOI73UDnbwi–A6Pczc

En conclusion, voici ce que nous dit Laurent Hazan : « Il m’apparait que la seule protection contre d’éventuelles poursuites est de rester serein, de respecter strictement les obligations sanitaires et de sécurité et surtout, en cas de difficultés ou d’insuffisance des mesures mises en place pour garantir la sécurité des élèves, d’alerter immédiatement la hiérarchie et, en dernier recours, de suspendre les cours. L’important est que les enseignants soient toujours capables de justifier leurs décisions au regard de l’intérêt supérieur des élèves. »

6. Faire confiance aux enseignants, aux personnels, aux chefs d’établissement.

Et si nous faisions confiance aux acteurs eux-mêmes ? Si le temps leur était laissé de réfléchir, d’imaginer comment reprendre et refaire classe en toute sécurité objective et subjective ? Comment faire en sorte que l’école reste ce lieu où les adultes et les enfants s’y sentent bien ?

Les mieux placés pour imaginer cette reprise se sont quand même celles et ceux qui pratiquent ce lieu !

Raymond Barbry le 3 mai 2020.

Paroles de collégiens en période de confinement et d’accompagnement pédagogique

C’est une expérience particulièrement intéressante que Mesdames Christelle Ringeval et Annie Poirrier,  les deux Conseillères Principales d’Education du collège Henri Wallon à Méricourt dans les Hauts de France, ont réalisé dans le cadre de la continuité pédagogique.

Un nouveau principal au collège - Site de Méricourt

Continuité et accompagnement pédagogique

Ce qui est remarquable dans ce témoignage, c’est l’option de l’accompagnement qui est intégré à la continuité. Le choix des mots n’est pas neutre, en effet dans continuité il y a l’idée de continuer à avancer et dans l’accompagnement celle d’être à « côté de ». L’un n’exclut pas l’autre.

Cette démarche éducative vise plus particulièrement à amener les jeunes à se questionner, à percevoir les effets de cet événement particulier qui impacte nos vies à tous. Il est aussi question de susciter le questionnement, la réflexion et l’introspection sur l’expérientiel de chacun.

Voici ce qui a été demandé aux collégiens

par

Mesdames Ringeval et Poirrier

« Durant cette période, vos habitudes de vie ont changé… les mesures de confinement nous amènent à organiser et occuper nos journées autrement… mais cette « parenthèse » nous amène également à réfléchir sur nos modes de vie, sur la personne que nous sommes, sur la personne que nous souhaiterions être, sur le sens de notre vie ou sur le sens que nous voudrions donner à notre existence….

Peut être avez-vous déjà pris conscience de certaines choses? Peut être avez-vous découvert ou redécouvert certaines choses? Peut être vous êtes-vous rendu compte que certaines choses étaient plus essentielles et importantes que d’autres?

Nous vous proposons de nous faire partager vos « prises de conscience ». »

Voici l’essentiel de  ce qui est remonté en matière d’écrits par les collègiens.

J’ai repris tel que le document synthétique réalisé par les deux CPE.  Certains collégiens ont remonté sous forme de dessin, de BD qui n’apparaissent pas dans ce résumé de l’expérience.

« Mes amis me manquent, le terril pour aller rider me manque, je n’aime pas du tout le télétravail. »

 » La liberté, le partage et la solidarité sont très importants ».

« L’école me manque énormément, surtout me camarades de classe à qui je porte beaucoup d’affection. Mais surtout parce que l’on comprend mieux les cours en présence des professeurs. »

« J’ai appris beaucoup de choses avec mon père : le bricolage, la cuisine, la mécanique…Comme cela plus tard je pourrai être indépendante et tout faire moi-même. Je pense à mon avenir. J’apprends… »

« Je fais du sport tous les jours, mais je préfère aller en cours. C’est plus facile pour les leçons. »

« Je me rends compte que dans mon ancien quotidien (avant le confinement), je passais à côté de ceux que je ne peux plus voir et des activités que je ne peux plus faire aujourd’hui ».

« J’aime trop mes amies. L’école est un rituel ».

« L’avis des autres ne m’importe plus. Le principal, c’est que je me plaise ».

 » Malgré le stress et la peur d’attraper le covid-19, mes parents et moi continuons à rire et vivre ».

 » Ceux qui sont seuls durant le confinement doivent se sentir isolés et tristes. Heureusement, internet permet de communiquer, avec eux et cela les aide à aller mieux ».

 » L’école est importante. L’école à la maison c’est très difficile sans les sans les professeurs. »

 » Mes vrais potes sont ceux qui continuent à prendre de mes nouvelles. »

 » Je peux vraiment prendre le temps de faire mes devoirs en prenant soin des détails ».

« Il faut faire attention ».

« Le codid-19 st une maladie grave qui infecte tout le monde et qui est transmissible…et cela me fait peur ».

« Il est important d’être solidaire »

« C’est nul qu’il n’y ait plus d’école car on y apprend beaucoup de choses ».

« Sortir me manque ».

« L’école me manque énormément. J’ai toujours aimé l’école, mais là, la routine habituelle et mes activités sportives me manquent. C’est une partie de moi qui s’est envolée ».

 » J’ai changé ma façon de vivre ».

« Le virus est vraiment dangereux. Il faut rester à la maison. Certaines personnes ne respectent pas le confinement alors que d’autres personnes meurent ».

« Cela fait du bien de se lever plus tard de temps en temps ».

« La liberté me manque ».

« Avant le confinement je n’avais pas réagi que j’avais plein d’activités extra-scolaires. Aujourd’hui j’essaie de m’occuper comme je peux : je cuisine, je passe du temps avec ma famille, je dessine ».

« Respecter les règles sanitaires est très important pour nous, pour nos proches et pour les autres ».

« Je vis bien le confinement, mais je pense beaucoup aux autres, et je suis bouleversée à l’idée de perdre un proche ».

« J’arrive à être autonome ».

« Il est important de faire attention à soi et à ses proches et de ne pas sortir. »

« Je me soucie de la santé de mes grands parents. J’ai gagné en autonomie pour faire mes devoirs. J’ai développé le sens de l’entraide en participant aux tâches ménagères ».

« Je sais m’occuper quand même sans sortir, mais c’est important pour moi de voir d’autres personnes ».

 » C’est grave ce qu’il se passe actuellement. C’est très dangereux et contagieux. Il y a beaucoup de morts ».

 » Les professeurs sont hyper-utiles. je vais essayer d’être plus sympa à l’école et de mieux travailler ».

« On ne peut pas sortir et aller au collège  travailler avec les professeurs ».

« Je n’ai pas beaucoup de temps pour profiter de ma famille car je fais mes devoirs. cela me prend une bonne partie de la journée ».

 » L’école est importante. Je suis perdue sans les professeurs. Je préfère aller à l’école plutôt que de rester à la maison. Après les devoirs, je m’ennuie ».

« J’organise mes journées autrement : j’alterne temps de travaux scolaires, activités sportives avec ma sœur et mes parents dans le jardin, puis un moment en famille en fin de journée : un film ou un jeu de société. »

« Je peux devenir la personne que je souhaiterais être si je travaille dur et que je fournis les efforts pour parvenir au résultat voulu. Avant le confinement je me concentrai peut être un peu trop sur le collège et je n’avais pas trop de temps pour mes loisirs et ma famille. Mais j’ai finalement compris qu’avec une bonne organisation tout est possible. »

« Ma famille est très importante et cela me manque de les serrer dans mes bras (Amour et famille). J’ai envie de partager tous les devoirs sur snap avec tous les élèves de ma classe, même si avec certains nous n’étions pas amis. Ils me manquent tous (partage). »

A la lecture nous percevons bien à la fois les points de convergence et les différences dans la manière de vivre cette phase de confinement. Lors de la réouverture des établissements, il sera nécessaire et indispensable de prendre un temps pour permettre les expressions des uns et des autres.  ll y aura là aussi comme d’autres domaines de nos vies, un après cette crise qui imposera des changements.

Raymond Barbry le 10 avril 2020

STOP, la continuité (acharnement) pédagogique…des drames arrivent !

Combien de drames faudra-t-il comme celui de Douai, pour comprendre !

Ci jointe l’information…

INFO ACTU17. C’est le petit frère de la victime qui a fait la terrible découverte ce mardi peu après 15 heures. Un adolescent âgé de 13 ans s’était pendu dans sa chambre, au domicile familial. L’alerte a été donnée mais les secours n’ont rien pu faire pour sauver le jeune garçon qui a été déclaré mort sur place selon une source policière.

Le médecin légiste qui a examiné le corps du jeune défunt a délivré un certificat de décès sans obstacle médico-judiciaire. En d’autres termes, la piste du suicide par pendaison a été confirmée.

Une enquête a été ouverte afin de déterminer dans quelles circonstances cet adolescent, qui était scolarisé en 5ème, a mis fin à ses jours. Ses parents, sous le choc, ont expliqué aux policiers qu’il avait été submergé par la masse de travail scolaire à la maison, depuis le début des mesures de confinement.

Quand on vous dit STOP ! On se calme..une seule priorité la santé psychique des enfants, des ados et de nos jeunes…
Le contexte est lourd et pesant. Personnellement tous les jours je reçois des témoignages de parents, de jeunes, de profs qui n’en peuvent plus !

On arrête la CONTINUITÉ pédagogique et on fait du SUIVI, de l’ACCOMPAGNEMENT…

Et de grâce..Mais on s’en fout des programmes !!!

La santé des enfants, des adolescents et des jeunes est la priorité des priorités !

 

Après une semaine de confinement, intérêt, heurt et malheur de l’enseignement à distance.

Pour faire suite aux deux articles précédents (plus de 10 000 vues en quatre jours !)  et aux multiples témoignages que j’ai reçus, cet article vise à faire le point sur comment se vit l’enseignement à distance dans cette phase de confinement qui n’en est qu’à ces débuts.
EAD - Enseignement à distance à l'université de Bourgogne
Voilà bientôt une semaine que nous sommes en confinement, que les établissements scolaires sont fermés et qu’avec beaucoup d’engagement, de bonne volonté la majorité des équipes éducatives ont expérimenté, innové, essuyé les plâtres, mis à mal les systèmes ENT des établissements (pas adaptés à une telle demande), créés des groupes collaboratifs avec leurs propres outils et les supports en accès libre et gratuit, échangé par mail etc… Certaines pratiques sont tout bonnement géniales, d’autres se sont révélées catastrophiques. Dans ce qui va suivre je m’appuie sur les témoignages qui m’ont été remontés. En conséquence ce qui est annoncé par la suite n’a pas la rigueur scientifique d’une recherche ou d’une enquête faite dans le respect des cadres scientifiques.
Les aspects positifs de cette semaine
Un engagement et investissement massif des enseignants. Je prends pour exemple cette CPE d’un collège de REP qui dés lundi m’annonçait que tous les enseignants avaient investi l’enseignement à distance, jusqu’aux professeurs d’EPS qui envoient des programmes d’entretien physique pour lutter contre l’oisiveté et la sédentarité.
Des parents qui prennent conscience de l’engagement des équipes éducatives et de leur capacité à réagir à cette situation par  la mise en place concrète d’un processus de co-éducation. Des enseignants qui vont jusqu’à expliquer aux parents les démarches à mettre en place pour favoriser les apprentissages. Ci joint l’exemple d’un document envoyé par une enseignante de maternelle aux parents en cette fin de semaine :
La classe maternelle à la maison
Chers parents,
Vous ne pourrez pas remplacer les 6 heures de classe, on est bien d’accord, tout simplement parce que vous n’avez pas le matériel, pas les autres enfants, pas les programmes en tête… C’est donc normal. No stress !
Si vous suivez le petit « programme » que vous avez et recevez chaque jour, cela va permettre à votre enfant de garder un lien avec l’école et surtout de maintenir ses acquis. Ce que je vous fais parvenir, est réalisé pour le contexte maison.
Mais pas de panique, on reste connecté !
De votre côté, faites moi un retour, pour savoir comment ça évolue chez vous, vous pouvez aussi m’envoyer des photos…
Quelques point à garder en tête :
• 10 mn par domaine (fiche/jeu) réparties comme vous le pouvez en fonction de votre organisation familiale
• Dédié un «espace école» dans la maison et dans la mesure du possible. Ça peut être la table basse du salon, une petite table dans sa chambre… juste un espace dans lequel vous pourrez vous installer avec lui pour faire le « travail d’école ».
Soyez patient, accompagnez votre enfant sans pression, même si ce qu’il fait n’est pas parfait, tolérer les imperfections.
• Les erreurs sont des tremplins ! Donc éviter les « non, non, tu t’es trompé » et remplacez par « alors attend, on va faire ensemble » ou bien « je vais te montrer » ou encore « je ne suis pas sûre que ce soit ça, on va vérifier ensemble».
• Autonomisez au maximum vos enfants et vous développerez des compétences essentielles : faites les participer aux tâches (mettre la table, s’habiller tout seul…), arrêtez vous quand vous voulez faire à leur place, laissez les faire seuls. Exemple : votre enfant vous demande d’ouvrir son stylo. Ne vous précipitez pas pour l’ouvrir à sa place. Laissez le forcer pendant quelques petites minutes. Si vraiment il ne réussit pas, montrer lui et refaite lui faire… pour qu’il réussisse la prochaine fois. Quelle fierté pour lui de réussir tout seul !
Encouragez votre enfant, valorisez ses actions, ses intentions, ses productions.
Sachez aussi que le cœur de notre métier est de s’adapter au niveau des enfants donc à l’issue de cette crise sanitaire, on s’adaptera.
Portez vous tous bien, prenez soin de vous… de gros bisous à vos loulous… A très bientôt Mme…
Des parents qui se rendent compte qu’enseigner est un vrai métier qui ne s’improvise pas. Il n’aura fallu qu’une seule journée à la plupart pour s’en rendre compte. Nous avons une multitude de témoignages tant sur les réseaux sociaux que dans nos environnements proches et, notamment : « Mais comment vous faites avec 25 à 30 élèves dans la classe ! »
Des enfants, des adolescents, des jeunes qui disent clairement que l’école leur manque. Que l’enseignement à distance c’est bien, mais que la présence physique de l’enseignant est aussi déterminante pour leur permettre d’apprendre !
Des enfants, des adolescents, des jeunes qui sont moins fatigués, qui dorment plus et mieux. Un bémol toutefois pour celles et ceux qui restent rivés sur les réseaux sociaux et les jeux en ligne durant la nuit !
Un rythme de vie qui cadre les journées et impose des horaires nécessaires à la santé globale. Voici un exemple d’emploi du temps envoyé par un entraîneur sportif à des athlètes lycéens et étudiants :
« Voici ce que pourrait être le cadre global de vos journées. Ce n’est qu’un exemple. Vous adaptez au mieux « 

Lever entre 7h30 et 8h30 / Pas plus tard !

5mn de cohérence cardiaque ou méditation (se centrer sur sa respiration au lever)

Marche ou course lente (20mn) autour de chez soi (500M en ville – 2kms en campagne).

Petit déjeuner 8h30-9h00

Travail scolaire 9h30-11h30

Entraînement 1 – 11h30-12h30 (PPG/gainage/etirement)

Douche

Déjeuner de 13h00 à 14h00.

Micro-sieste 15mn ou relaxation ou méditation.

Travail scolaire 14h30 à 16h30

Détente-culture 16h30 à 17h30.

Entraînement 2 – 17h30 à 18h30 (cardio)

Douche/relaxation 18h30-19h30

Repas du soir 19h30-20h30

Détente-culture ou Travail scolaire 20h30-22h30/23h00

Coucher 22h30-23h00

– Un travail collaboratif qui se met en place avec de fait, un tutorat pédagogique (aide entre pairs).  Le confinement impose l’isolement physique en réaction : le besoin d’échange s’accroît. Les tâches scolaires deviennent un bon média pour maintenir le lien.
Des enseignants qui se révèlent compétents dans le suivi et l’accompagnement.  Il est remarquable de noter que lorsque nous laissons de l’autonomie aux acteurs, ces derniers trouvent des réponses pertinentes. C’est ce que la plupart des enseignants réalisent. Plusieurs chefs d’établissement (public comme privé) m’ont remonté la capacité d’adaptation et d’innovation de leur équipe. Sur la toile nous trouvons des vidéos, des outils qui sont partagés et qui montrent la qualité professionnelle qui se dégage.
Les heurts et malheurs de cet enseignement à distance.
Une illusion du ministère qui n’a pas mesuré les limites techniques de cette généralisation de l’enseignement à distance. Les ENT ne pouvaient accueillir en même temps autant de connexion. Les systèmes ont planté. De ce fait nombre d’enseignants sont passés par le systèmes, groupe facebook, WhatsApp et autres…
Des enseignants, des chefs d’établissement jusqu’à un rectorat qui ont eu des demandes démesurées quant à la mise en place et le suivi.
Voici quatre exemples :
Exemple 1 / Un rectorat qui a été jusqu’à demander aux enseignants de rencontrer les parents directement (sur des zones commerciales) pour communiquer le travail !
Exemple 2/ Témoignage d’une Maman quant à la surcharge de travail imposé par l’enseignement à distance :
 » Mes enfants sont assaillis de boulot de la part des professeurs qui sont en télétravail !!!
Avec menace de sanction si le travail n’est pas rendu en temps et en heure ou encore des trucs donnés à 18h à rendre pour le lendemain !!!
Je gère mon entreprise de la maison avec tous les doutes sur l’avenir… Je suis mère célibataire…
Je ne suis clairement pas à la hauteur de ce qui m’est demandé par le corps enseignant pour aider mes enfants… je sais qu’ils veulent bien faire . Mais please pas de sanction !!! Et l’éducation nationale doit nous laisser intégrer !!! Digérer !
La situation est anxiogène … Les enfants ont besoin d’intégrer émotionnellement ce qu’il se passe. Et cela passe par un moment de pause et de silence
Alors PLEASE… Lâchez nous la grappe..Mettons notre cerveau en pause !!!!!! je crois que c’est le moment où jamais !!!!
Non ?!!!!Au moins une semaine ???? Est ce trop demandé ? »
Exemple 3/ Un transfert de la temporalité de l’école à celle de la maison sans adaptation au contexte. C’est ainsi que nous avons observé cette semaine : Des élèves obligés de se connecter toute la journée sur les mêmes horaires que ceux des emplois du temps habituels !
Des travaux démesurés en charge temporelle. Ce sont ces élèves d’une classe de collège qui au minimum doivent passer 4h00/jour sur les mathématiques.
Exemple 4/ Une incapacité dans les familles de pouvoir travailler dans de bonnes conditions par manque d’espace et de support informatique (nombre d’ordinateurs ou tablettes). Comment faire dans une famille quand les enfants doivent se connecter en même temps ?
Augmentation de la fracture numérique ! L’enseignement à distance est tout simplement impossible pour certains élèves, parce qu’ils ne disposent pas tous d’outils numériques à la maison. Nous observons de ce fait une in-équité de l’enseignement. Faut-il rappeler que toutes les familles ne disposent pas d’internet à la maison en France. Si plus de 90% des français ont un smartphone avec accession à internet, cela n’est pas suffisant pour du télé enseignement.
Rappel de quelques fondamentaux.
L’enseignement à distance seul est une ineptie pédagogique. Nous savons que les méthodes les plus pertinentes sont celles qui croisent le présentiel au distanciel. Toutes les méta-analyses depuis bientôt dix ans le montrent !
Il n’est pas possible d’être plus de 3h00/jour en état d’apprentissage sur de nouvelles notions. C’est tout simplement IMPOSSIBLE. Ceux qui l’imposent, n’ont qu’à essayer..et ils verront qu’au bout d’une heure, ça explose !
Pas d’évaluation sur des notions nouvelles sans un temps de présentiel minimum. Et pas d’évaluation-notation ou certification durant cette période de confinement.
Il est inacceptable, incohérent, non pertinent de demander aux parents de se transformer en enseignant. Ils ne sont pas là pour ça. Leur mission est autre. Et surtout, ils ne sont pas formés à cela. Je ne vous dis pas les dégâts sur certains apprentissages fondamentaux. Mettre en place des situations d’apprentissage ne s’inventent pas ! Personnellement en tant qu’ancien prof d’EPS, il nous a bien fallu quatre années de formation initiale pour maîtriser un peu ce qu’était une situation d’apprentissage !
Il est inégalitaire et anti-constitutionnel d’imposer l’enseignement de nouvelles notions dans les programmes hors de l’école ! C’est de la responsabilité de l’école dans notre République.
Nous avons à accepter cette période d’incertitude…C’est la vie…Ce n’est pas parce que nos enfants, nos ados, nos jeunes n’auront pas classe durant quelques semaines, voire quelques mois, que c’est un DRAME. C’est justement l’occasion de revenir et de réapprendre des fondamentaux :
– S’ennuyer,
– Rêver,
– Lire,
– Faire de l’activité physique quotidienne,
– Apprendre à vivre dans le silence,
– Apprendre la solitude,
– Apprendre l’intériorité,
– Dormir normalement….
Quand aux examens, brevet, bac, si besoin, ils seront décalés. Les sujets seront adaptés au contexte particulier que nous vivons !
L’Angleterre vient d’annuler tous les examens de fin d’année scolaire. L’obtention des certifications se faisant sur le contrôle continu.
Raymond Barbry le 22 mars 2020.

Message à tous les lycéens, collégiens de France et à leurs parents

Profitez pleinement de ce mois et demi qui vient.
C’est une chance que vous avez. C’est rare, alors profitez en !
La dernière fois  c’est arrivé en 1968 (fin mai et juin).
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Je suis très sérieux dans ce qui va suivre, je m’appuie sur les travaux de E. BLACKBURN (Prix Nobel de médecine pour ses travaux sur l’épigénétique)
Vous allez pouvoir pendant un mois et demi tous les jours :

Bien dormir. Nul besoin de vous réveiller à 5h30 au 6h00 du matin pour être à 8h00-8h30 au lycée ou au collège.

Faire chaque jour au moins 30mn d’activité physique. Si vous en faisiez trois fois/jour 30mn ce serait TOP pour votre santé et vos neurones ! Allez marcher, courir, faire du vélo, faire des étirements, du gainage….

 – Faire de la cuisine..faire de bons petits plats simples et dépourvus des « cochonneries » habituelles des fast-food ou des plats tout préparés…

Apprendre à vous ennuyer !!! Si vous lisez bien. S’ennuyer, c’est très bon pour la santé, pour l’imagination et la créativité.

Apprendre à méditer et développer votre vie intérieure. Nous savons  que ces pratiques sont très bonnes pour notre santé, le développement de notre empathie et de la solidarité.  Nous en  avons les preuves par les sciences (depuis une trentaine d’années) et par  l’expérience (depuis plus de 2600 ans).  Nous savons par exemple que 3x5mn par jour suffisent. Nous disposons d’une multitude d’outils aujourd’hui (sophrologie, pleine attention, méditation de pleine conscience, méthode Vittoz, euthonie, relaxation dynamique, cohérence cardiaque, contemplation…)

Faire plusieurs fois par jour, disons trois fois par jour de 1h00 à 1h30 de travail intellectuel (plate forme numérique de l’EN, de vos lycées et collèges).

Lire..Lire..Lire des livres, des BD…Feuilleter, tourner les pages…

Prendre du temps pour rêver et être dans le calme et le silence qui sont des déterminant de notre bien être et de notre santé.

Aller sur les réseaux sociaux de temps en temps pour maintenir du lien dans cette phase d’isolement physique obligée. Un lien de solidarité, d’amitié et d’amour…

Et si c’est possible, dans le respect des conditions sanitaires, vous rencontrer.

 
Faites de cet événement qui met une rupture dans nos habitudes et routines sociales, une chance pour vivre pleinement.
Raymond Barbry le 14 mars 2020

Éduquer, enseigner dans un contexte de mutation sociétale (conférence de la journée du 12 février à Amiens).

Ce sont plus d’une centaine d’enseignants du cycle 2 des écoles primaires du département de la somme qui ont participé à cette journée du 12 février organisée à l’instigation de Martine Dargent (chargé de mission) et l’équipe de la DD  d’Amiens. Le contenu de cette journée a été élaboré conjointement par Maud Agasse de l’Ifp de Lille et Raymond Barbry-AGEPS.

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Une conférence de Raymond Barbry en matinée qui a été introduite et conclue par deux temps de sophrologie menés par Christelle Ringeval (CPE et sophrologue).

Cette conférence avait pour but de poser la problématique actuelle, les enjeux et défis posés à l’éducation dans cette période particulière de transition sociétale voire civilisationnelle. Voici en résumé les points qui ont été abordés :

1. Nous sommes dans une phase transitionnelle comme nous en rencontrons tous les 500 à 600 ans. L’histoire de l’humanité nous a montré que ces phases de transition ont une durée de 50 à 60 ans. Le début de celle que nous vivons aurait débuté au moment du 1er choc pétrolier (vers 1970). Une telle phase génère des tensions, des crises, de la peur et de l’angoisse sur l’incertitude du monde à venir. Mais c’est aussi une chance, car ce sont dans ces phases qu’émergent les réponses aux différents  problèmes posés à l’humanité.

2. De quel côté allons nous basculer ? Vers le sapiens-demens ou le sapiens-sapiens, comme Edgar Morin nous l’a présenté et que je reprends enrichi des travaux de philosophes, de scientifiques, de chercheurs, de théologiens, de politiques.

  • De quelques repères qui caractériseraient une époque marquée par le « démens » et qui mettraient en danger notre humanité à moyen, voire à court terme : le matérialisme – le transhumanisme –  la compétition exacerbée et le culte de la performance –  le néo-libéralisme non régulé et le capitalisme cognitif – le culte du patriarcat (le côté masculin reste dominant) – l’exploitation et l’épuisement des ressources de la terre –  l’exploitation de l’être humain (ubérisation, esclavagisme moderne) augmentation de la pauvreté et de la précarité, l’écart grandissant entre les plus riches et le reste de la population – la robotisation et développement de l’IA non régulés –  la peur et la non acceptation de notre finitude ou la peur de la mort considérée comme une fin….
  • De quelques repères qui caractériseraient une époque marquée par le côté « sapiens » et qui favoriseraient la poursuite de la vie sur notre planète dans des conditions acceptables pour ses habitants : le post-matérialisme (la vie est plus que de la matière) – le lien entre science et spiritualité – l’économie participatif, la coopération, l’entraide et le partage s’imposent – la conscience est plus que l’émanation du cerveau (on parle de conscience extra-neuronale) – le matriarcat prend sa place et l’équilibre féminin, masculin prend racine – la terre « Gaïa » est un organisme vivant – le panpsychisme, le transpersonnel et l’ecopsychologie deviennent des cadres de référence pour comprendre la vie – la vie, c’est le lien, l’interaction, tout est relié – le vide et l’invisible be sont pas  rien, il sont remplis d’informations – la mort n’est pas une fin, mais un passage….

3. En cette période de mutation, nous sommes interpellés sur toutes les dimensions de notre humanité : les valeurs, le religieux, l’économie, le politique, la science. Ces changements en cours touchent aux aspects les plus profonds de nos vies, la relation homme-femme, le sacré, la vérité, le statut de la raison et de la science, mais aussi de la conscience du temps, de l’espace et du bonheur. C’est bien notre manière de vivre « moderne » qui est en crise. Notre manière de penser trop analytique, mentale et rationnelle ne satisfait plus. Il est normal de sentir cette angoisse car ce sont les plaques tectoniques qui bougent !

  • Effets et conséquences de cette mutation sociétale sur l’éducation.  A quel monde préparons nous, les enfants, les adolescents, les jeunes ? Ce sont eux qui auront à trouver dans les années qui viennent des solutions qui n’existent pas encore et que nous ne pouvons pas encore imaginer. Il s’agit de leur apprendre à penser et agir « out of the box » (On ne résoud pas des problèmes avec des solutions qui ont créé ces problèmes).

4. Un état des lieux actuels en éducation dans les pays reconnus comme modernes et ayant comme modèle de référence le monde occidental.

  • Au cours des 15 dernières années, les chercheurs nous ont donné des statistiques de plus en plus alarmantes sur une augmentation aiguë et constante de la maladie mentale infantile qui atteint aujourd’hui des proportions épidémiques.
  • Voici quelques données chiffrées : Un enfant sur cinq a des problèmes de santé mentale –  Augmentation de 43 % du TDAH (des difficultés d’attention et de concentration, des symptômes d’hyperactivité et d’hyper kinésie, état d’hyperactivité particulièrement diagnostiqué chez les enfants et des problèmes de gestion de l’impulsivité – Une augmentation de 37 % de la dépression chez les ados – Une augmentation de 200 % du taux de suicide chez les enfants âgés de 10 à 14 ans (400% aux EU).
  • Mais aussi : Une perte des qualités physiques et motrices (de 15 à 25% en quinze ans) – Perte des capacités attentionnelles. Le temps moyen de concentration soutenu chutant à 9 secondes ces dernières années, alors qu’il était de 3mn il y a une vingtaine d’années, 45 secondes il y un peu plus de cinq ans  – La diminution du temps de sommeil avec les conséquences sur l’état de fatigue générale, la croissance et la mémorisation – Le temps chronophage passé devant les écrans (> de 7h00 en moyenne en France)- La sur-stimulation et la perte drastique des temps de silence (ennui, calme…) – Une alimentation surchargée en sucre.

5. État des lieux concernant les enseignants aujourd’hui en France et plus particulièrement pour le 1er degré.

  • Augmentation de l’épuisement professionnel dans tous les métiers de l’éducation. Pour le 1er degré, une estimation en fonction des contextes et des niveaux de responsabilité donne des % oscillant entre 13 et 20% (MGEN, MEN). Faut-il rappeler qu’à partir de 8% d’épuisement professionnel dans une organisation il est estimé que cette dernière met en danger les personnes !
  • Au sujet du stress professionnel et plus particulièrement du sur-stress qui mène à l’épuisement professionnel dans la durée, je fais le constat suivant depuis plus de quinze ans. J’observe une augmentation constante du niveau de stress professionnel. Sur l’échelle de Légeron qui comporte 5 niveaux de stress professionnel, le pourcentage d’enseignants  qui atteignent les niveaux les plus élevés (4 et 5) ne fait que croître. Aujourd’hui ce sont plus de 60% des personnes travaillant en milieu éducatif 1er degré qui atteignent ces niveaux.
  • Mais aussi, l’augmentation des démissions – l’augmentation des dépressions et des suicides – Une généralisation de la perte de sens.
  • Cependant, les enseignants français s’investissent beaucoup et sont reconnus comme de très bons professionnels. C’est ainsi que les derniers données de l’OCDE montrent que les professeurs des écoles français sont celles et ceux qui travaillent le plus face à élèves >de 900 heures/an (tâches visibles), qu’ils ont les classes les plus chargées en nombre d’élèves (avec les EU et l’Irlande), qu’ils sont celles et ceux qui ont le plus de temps de travail en tâches dites non visibles (réunion, préparation, correction, accompagnement des enfants etc…). 80% des enseignants font au mieux et plus que ce qu’ils peuvent. C’est une des professions qui a, avec le milieu de la santé, une très haute conscience professionnelle (parmi les plus élevées).

6. Que faire ? Nous sommes face à trois réponses possibles :

  • Se plaindre et augmenter l’état de mal être professionnel et personnel.
  • Laisser faire et laisser aller…le fameux « A quoi bon..tout est foutu ! » ou  » Après moi le déluge » !
  • Agir et construire des réponses adaptées au contexte local (ressources, contraintes).  C’est à dire, d’abord se faire confiance à soi et aux autres (équipes). Si nécessaire entrer en résistance  et s’opposer aux injonctions institutionnelles et politiques parfois dépourvues de sens et non réalistes.

7. Propositions pour agir, éduquer au sapiens-sapiens et répondre aux besoins fondamentaux de développement de l’être humain.

Les propositions qui viennent n’ont rien de révolutionnaires. Elles sont déjà ici et là mises en pratiques dans de plus en plus d’écoles et de classes. Elle ont pour la plupart étaient découvertes il y a de cela bien longtemps et font partie de ce que nous appelons la panoplie des outils dites des « pédagogies nouvelles » (plus d’un siècle pour certaines !). Il s’agit de les adapter au contexte de notre époque.

SURTOUT et AVANT TOUT

Le monde n’a plus besoin de battants, de gens qui réussissent, il a besoin de rêveurs, de personnes capables de reconstruire et de prendre soin d’eux-mêmes, des autres et de l’environnement… et surtout, surtout, on a tous besoin aujourd’hui, plus que jamais, de gens heureux.

Un professeur heureux peut changer le monde ! (Thich Nhat Hanh et Katherine Weare)

  • Proposition 1 / Apprendre le bien être. Nous reprenons ici une des idées fondamentales de la psychologie humaniste et transpersonnelle (Rogers, Maslow, Grof…), relayée par la psychologie positive et mise en valeur par cette phrase de Mathieu Ricard : Le bonheur n’est pas quelque chose qui nous arrive, mais une compétence que nous développons. L’état de bien être s’apprend et se transfère. La psychologie humaniste et positive nous offre une multitude d’outils qui peuvent être exploités en classe.
  • Proposition 2 / Développer l’attention-concentration en en faisant une priorité transversale et quotidienne. Il existe de multiples outils à ce sujet (méthode Vittoz, les pratiques de pleine attention ou méditation, le yoga, la sophrologie, la gestion mentale, la métacognition), mais aussi et surtout toutes les activités mettant le corps en action (activités physiques, le chant, la danse, la musique, le dessin, les arts plastiques, les jeux coopératifs etc…).
  • Proposition 3 / Placer des temps de repos et de calme, plus particulièrement après la pause méridienne. Aussi appeler les « micro-siestes ». Elles sont nécessaires et indispensables d’autant que les enfants dorment moins actuellement.
  • Proposition 4 / Placer des temps de lecture systématique quotidiennement. Les effets de ces temps de lecture personnelle sont maintenant connus au delà de l’acquisition de la lecture. C’est par ce bais que se développent aussi l’imagination, la créativité.
  • Proposition 5 / Remettre les temps d’activités physiques quotidiennes en priorité (motricité globale, motricité fine…). L’activité physique ce n’est forcément le temps d’EPS ou des activités sportives. Ce sont toutes ces activités pédagogiques qui mettent le corps en mouvement.
  • Proposition 6 / Poser dans la journée des temps de silence qui se répètent régulièrement. Antoine De Lagaranderie donnait comme repère 3 fois 1mn de silence par heure de classe, soit 18mn pour une jurnée de classe.
  • Proposition 7 / Exploiter pédagogiquement les outils du numérique en fonction de l’âge des enfants. Il ne s’agit pas de rejeter ces outils, mais de les adapter au contexte et aux besoins éducatifs (voir la règle de maîtrisons les écrans : 3ans-6ans-9ans-12ans).
  • Proposition 8 / Apprendre les enfants à se confronter à la difficulté et à l’effort. Il n’y a pas d’apprentissage sans la prise en compte de cette vérité de base valable pour tous les champs de notre vie !
  • Proposition 9 / Apprendre à débattre, à écouter, à clarifier ses pensées. Nous disposons de nombre d’outils en ce domaine, je pense plus particulièrement aux ateliers « philo » dés la grande section maternelle.
  • Proposition 10 / Apprendre par le jeu et la coopération. Jouer pour un enfant c’est sérieux et impliquant. Une somme d’acquisitions se réalisent par ce biais. Réhabiliter tous ces jeux est pédagogiquement nécessaire d’autant que dans le contexte familial leur temps consacré s’est considérablement réduit. La surexposition aux outils numériques en étant la cause première.
  • Proposition 11 / Développer l’empathie, la compassion et la bienveillance dés l’entrée dans la scolarité. Elle s’apprennent, se développent, se renforcent au quotidien par les activités coopératives, par  les jeux de rôles et le théâtre, la communication non violente et les activités quotidiennes d’une vie de classe. Nombre d’enseignants le font intuitivement.

En conclusion deux points :

L’être humain a des capacités extraordinaires le plus souvent inexploitées voire ignorées par le sujet lui même. Il est de notre responsabilité d’enseignant, d’éducateur d’en permettre l’émergence, tout en sachant que c’est toujours à l’autre qu’appartiendra la décision de l’engagement. Mes expériences professionnelles d’enseignant, de formateur, d’entraîneur, de coachs m’ont monté qu’il suffisait souvent de peu de choses pour les faire émerger et les rendre conscientes chez l’autre. Mais, je n’ai aucune prise sur la décision de l’autre. Il restera toujours une part de mystère, et c’est tant mieux ainsi.

Face à la morosité ambiante, agir. Chacun à son niveau, dans la classe, dans l’école et avec son réseau recréer les trois liens nourriciers de la vie humaine :

Le lien à soi (intériorité)
Le lien avec les autres (fraternité-coopération)
Le lien avec l’environnement (nature)

Raymond Barbry, le 17 février 2020.

Une tragédie silencieuse ! État des lieux de l’éducation des enfants, avis de Luis Rojas Marcos, psychiatre espagnol.

Article traduit en français de Luis Rojas Marcos psychiatre espagnol reconnu au plan international comme l’un des spécialistes de la résilience.

Il est bon d’avoir ce type de rappel !

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Une tragédie silencieuse

Il y a une tragédie silencieuse qui se développe dans nos maisons, et concerne nos plus précieux bijoux : nos enfants. Nos enfants sont dans un état émotionnel dévastateur !
Au cours des 15 dernières années, les chercheurs nous ont donné des statistiques de plus en plus alarmantes sur une augmentation aiguë et constante de la maladie mentale infantile qui atteint aujourd’hui des proportions épidémiques
Les statistiques ne mentent pas :
• Un enfant sur cinq a des problèmes de santé mentale
• On a remarqué une augmentation de 43 % du TDAH (en anglais : Attention-Deficit Hyperactivity Disorder, ADHD) (trouble psychique neuro développemental caractérisé par trois types de symptômes pouvant se manifester seuls ou combinés : des difficultés d’attention et de concentration, des symptômes d’hyperactivité et d’hyper kinésie (état d’hyperactivité particulièrement diagnostiqué chez les enfants) et des problèmes de gestion de l’impulsivité
• On a remarqué une augmentation de 37 % de la dépression chez les ados
• On a observé une augmentation de 200 % du taux de suicide chez les enfants âgés de 10 à 14 ans.

Les enfants d’aujourd’hui sont sur-stimulés et on leur offre-trop d’objets matériels, mais ils sont privés des fondamentaux d’une enfance saine, comme :

• Parents émotionnellement disponibles
• Limites clairement définies
• Responsabilité
• Nutrition équilibrée et temps de sommeil suffisants
• Activité physique en général mais surtout en plein air
• Jeu créatif, interaction sociale, possibilité de jeu non structuré et temps pour l’ennui.

Au lieu de cela, ces dernières années, nous leur avons apporté :

• des parents distraits numériquement
• des parents laxistes qui laissent les enfants « gouverner le monde » et qui ne fixent pas les règles
• le tout faire sans le mériter
• un sommeil inadéquat et une nutrition déséquilibrée
• un mode de vie sédentaire
• une stimulation sans fin, baby-sitter technologique, satisfaction instantanée et absence de moments d’ennui

Que faire ?
Si nous voulons que nos enfants soient des individus heureux et en bonne santé, nous devons nous réveiller et retourner aux bases. C’est encore possible ! De nombreuses familles voient des améliorations immédiates après des semaines de mise en œuvre des recommandations suivantes :

• Définissez les limites et n’oubliez pas que vous êtes le capitaine du navire. Vos enfants se sentent plus en sécurité en sachant que vous avez le contrôle de la barre.
• Offrez aux enfants un mode de vie équilibré rempli de ce dont les enfants ont besoin, pas seulement de ce qu’ils veulent. N’ayez pas peur de dire « non » à vos enfants si ce qu’ils veulent n’est pas ce dont ils ont besoin.
• Fournissez des aliments nutritifs et limitez la nourriture poubelle.
• Passez du temps chaque semaine en plein air en faisant des activités telles que le vélo, la marche, la pêche, l’observation des oiseaux et des insectes
• Profitez d’un dîner familial quotidien sans téléphone ou technologie qui les distrait.
• Jouez à des jeux de société en famille ou, si les enfants sont très petits pour des jeux de société, laissez-vous emporter par vos envies et faites-les participer
• Impliquez vos enfants aux tâches ménagères à la maison selon leur âge (plier leurs vêtements, ranger leurs vêtements, ranger les courses, mettre la table, donner à manger au chien etc.
• Mettez en œuvre une routine de sommeil cohérente pour s’assurer que vos enfants dorment assez. Les horaires seront encore plus importants pour les petits en âge scolaire.
• Enseignez-leur la responsabilité et l’indépendance. Ne les protégez pas contre la frustration et les erreurs. Se tromper les aidera à développer la résilience et ils apprendront à surmonter les défis de la vie,
• Ne chargez pas trop le sac à dos de vos enfants, ne leur portez pas, ne leur rappelez pas ce qu’ils ont oublié, ne leur épluchez pas les bananes, ni les oranges s’ils peuvent le faire eux-mêmes (4-5 ans).

Donnez-leur des moments d’ennui puisque l’ennui est le moment où la créativité se réveille.
• N’utilisez pas la technologie comme un remède contre l’ennui, ne pas l’offrir à la première seconde d’inactivité.
• Évitez l’utilisation de la technologie pendant les repas, les trajets en voiture, les repas au restaurant, dans les centres commerciaux. Utilisez ces moments comme une opportunité pour les sociabiliser et entraînez ainsi leurs cerveaux à fonctionner quand ils seront en mode : « ennui »
• Aidez-les à créer un « pot de l’ennui » avec des idées d’activités pour quand ils s’ennuient.
• Il est émotionnellement important de se connecter avec les enfants, leur enseigner l’ouverture d’esprit :
• Éteignez les téléphones portables la nuit lorsque les enfants vont se coucher pour éviter la distraction numérique.
• Devenez un régulateur ou un entraîneur émotionnel de vos enfants. Il faut reconnaître et gérer ses frustrations et sa colère.
• Apprenez-les à dire bonjour, à ne pas rester inactif, à dire s’il vous plaît et merci, à reconnaître leurs erreurs et s’excuser, soyez leur modèle de toutes ces valeurs.
• Connectez-vous émotionnellement : sourires, câlins, bisous, chatouilles, lecture, danse, sauts, jouez avec eux.

Article écrit par Dr. Luis Rojas Marcos, psychiatre.

Raymond Barbry, le 19 novembre 2019.

La dérive du modèle « gestionnaire » dans le monde du travail

Voir cet excellent interview de Christophe Dejours au sujet de la souffrance au travail et de son évolution dans ces dernières décennies (depuis 1980)…

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Psychiatre et psychanalyste, Christophe Dejours est professeur au Conservatoire national des arts et métiers (CNAM, Paris), titulaire de la chaire Psychanalyse-Santé-Travail et directeur de recherche à l’Université Paris V. Auteur d’une œuvre abondante sur le monde du travail et les pathologies associées, il dénonce l’avènement des « gestionnaires » dans les années 1980, qui a, dit-il, eu des effets catastrophiques sur la qualité du travail et les pathologies qui en découlent. « En entreprise, si l’exigence de performance devient insoutenable, le risque d’effondrement collectif existe », prévient-il.

Une nouvelle forme d’organisation du travail apparaît dans les années 1980, celle des gestionnaires. Jusque-là, l’organisation du travail était l’apanage des gens du métier. Les directeurs d’hôpitaux, par exemple, étaient médecins.

Mais ils ont été remplacés par des gestionnaires qui ne connaissent rien des métiers. Ils réduisent le travail à un ensemble de tâches purement quantifiables et dont la performance est chiffrable. À travers ces dispositifs, ils ont instauré ce que le juriste Alain Supiot appelle la « gouvernance par les nombres« . Celle-ci détruit tout ce qui était vital au travailleur: les règles et valeurs propres de son métier. Cette méthode gestionnaire détruit aussi volontairement toute coopération. Ce qui a pour conséquence une dégradation de la qualité et de l’efficacité.

Ces gestionnaires ont inventé des techniques nuisibles pour la santé psychique. C’est le cas de l’évaluation individualisée des performances qui introduit la compétition entre les travailleurs et détruit la solidarité. C’est le cas aussi de la précarisation de l’emploi: partout des contrats durables sont remplacés par des CDD et l’intérim. Cette précarité qui augmente développe aussi un sentiment de précarisation chez ceux qui ont une position stable: ils comprennent qu’ils sont menacés eux aussi.

Et donc ce « tournant gestionnaire » comme vous dites génère de nouvelles pathologies?

Oui, les impacts psychopathologiques sont colossaux, jusqu’au suicide sur le lieu de travail. Ca n’existait pas avant. Il y en a même dans le secteur public, y compris à l’Inspection du Travail! Ils existent partout dans le monde et sont en croissance mais ils font l’objet d’une conspiration du silence.

Le suicide représente le stade ultime de la souffrance au travail mais les pathologies liées au travail sont devenues très nombreuses et variées…

De fait. On assiste à l’explosion des pathologies de surcharge. En France, plus de 500. 000 personnes sont indemnisées pour troubles musculo-squelettiques. Mais il y a aussi le burn-out; ou encore le karôshi, « la mort subite par surcharge de travail« . Il s’agit d’une hémorragie cérébrale chez des gens qui n’ont aucun facteur de risque. Ils meurent à 35-45 ans, sur le lieu de travail, le plus souvent par rupture d’anévrisme ou accident vasculaire cérébral. C’est fréquent.

Parallèlement, le dopage s’est considérablement développé. Cocaïne et amphétamines sont utilisées dans de très nombreux métiers, y compris chez les avocats d’affaire, les banquiers, les cadres. Beaucoup ne peuvent tenir qu’en se dopant. Sur les chaînes de montage, des ouvriers sniffent devant tout le monde pour tenir les cadences. Et personne ne dit rien.

article complet sur : https://www.lecho.be/opinions/carte-blanche/la-domination-au-travail-est-beaucoup-plus-dure-qu-avant/10060958.html

Raymond Barbry le 4 mai 2019

Danger, sédentarité !

Article inspiré par la revue de l’INREES n°42 « Le corps » et plus particulièrement l’article de Carine Anselme : Corps- Accord perdu.

 » Notre société occidentale contemporaine a tendance à privilégier le mental au détriment du corps, souvent relégué au second plan. Parfois tabou et réprimé, le corps est également menacé par la sédentarité de la vie moderne… ».

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Quelques chiffres qui nous viennent notamment de l’Onaps (observatoire national de l’activité physique et de la sédentarité). Plus de la moitié des hommes et 60% femmes ne pratiquent jamais d’activité physique de plus de dix minutes par jour ! Or nous sommes faits pour bouger, marcher, courir…et pas pour rester assis. Cet institut et bien d’autres dans le monde montrent combien le lien entre sédentarité, mal être et espérance de vie est avéré. La sédentarité dépasse même les effets négatifs sur la santé du tabac ! Elle est considérée comme la quatrième cause de mortalité dans le monde. Il y a une adéquation entre temps passé assis dans la journée et espérance de vie.

Notre modèle de société et d’éducation a oublié que nous étions faits pour ne pas rester en place. la modernisation de notre monde et la manière dont nous vivons sont les causes premières. Aujourd’hui en moyenne nous parcourons 2,4km par jour alors que nos ancêtres en parcouraient allégrement 16 kms.

Quelle pratique privilégiée ?

Plutôt que s’engager dans des pratiques intensives (du type : cross-fit, step etc..) qui nous vantent des transformations dans l’immédiateté et dans le tout, tout de suite, il est préférable de privilégier des pratiques qui prennent le temps de l’adaptation et de la  transformation du corps et de l’esprit ! Progressivité, patience et régularité sont les maîtres mots.

Un principe clef que nous retrouvons du reste dans les pratiques d’entraînement au plus haut niveau :  pratiquer tous les jours entre vingt minutes et une heure. L’idéal, une pratique physique quotidienne de 20 à 60mn.

Mais qu’est ce que pratiquer une activité physique quotidienne ? Est-ce aller au stade, à la salle de gym ?

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Plutôt que de faire un footing dominical voire en sus quelques compétitions de trail dans l’année, il est préférable quotidiennement d’avoir une activité physique (même légère, 20mn) comme par exemple :

– Monter des escaliers,

– Marcher,

– Se lever régulièrement toutes les trente minutes,

– Se maintenir debout quelques minutes, plusieurs fois par jour.

Ce qui n’exclue pas de temps à autre de sortir de sa « zone de confort » dans des activités plus intenses.

Souplesse corporelle et souplesse mentale vont de pair. Être assis en permanence pendant des heures fait perdre de la connexion au corps et donc de l’efficience mentale.

 

Raymond Barbry, le 2/04/2019

La joie et le rire au travail, des déterminants d’une authentique équipe !

La joie et le rire partagés au travail sont des indicateurs très pertinents de ce qu’est une « véritable » équipe. Bien entendu cela ne se décrète pas ! Cela se construit au quotidien et dans le temps. C’est la posture du dirigeant (manager) qui va favoriser le développement de cette joie et tout ce que cela implique dans le quotidien, rires, temps de partage, entraide….Les collaborateurs vont alors pouvoir s’autoriser à provoquer et partager ces temps de rire, de joie.

L’image contient peut-être : océan et texte

J’emprunte ici en partie les mots de Frédéric Lenoir : Existe-t-il une expérience plus désirable que la joie ? Plus intense et plus profonde que le plaisir, plus concrète que le bonheur, la joie est la manifestation de notre puissance vitale. la joie ne se décrète pas, mais nous pouvons l’apprivoiser, la cultiver et la provoquer. Cette joie dont parle F.Lenoir est aux antipodes du bonheur factice proposé par notre époque marquée par une culture narcissique et consumériste. C’est une joie marquée par la sagesse qui assume les peines et les souffrances de notre existence humaine. Cette joie est une sagesse fondée sur la puissance du désir et sur un consentement à la vie, à toute la vie. Cette joie n’est autre que la joie de vivre.

Est ce encore possible aujourd’hui dans le monde du travail de générer cette joie de vivre ? L’expérience d’accompagnement d’équipe depuis plus de vingt ans m’a montré combien les dirigeants avaient un rôle déterminant dans son émergence. En voici les trois principes de base qui vont faciliter dans les équipes l’émergence de cette joie de vivre,

  • Témoigner d’attitudes telles que l’attention et la présence, la confiance et l’ouverture, la gratuité, la bienveillance et l’exigence, la gratitude, la persévérance dans l’effort et le lâcher prise.
  • Être soi même. C’est à dire avoir entamé un chemin de libération intérieur qui permet d’être de plus en plus, soi même.
  • S’accorder aux autres et au monde.

Ces principes nécessitent des dirigeants qui ont comme intentionnalité première le  partage, la valorisation humaine, l’exigence, la simplicité, l’humilité, et  la sagesse.

Peut on former les dirigeants à la sagesse ? La sagesse reste un objectif difficile à atteindre et elle ne se décrète pas d’un coup de baguette magique et peu d’êtres humains y parviennent pleinement !  Elle se caractérise par la conscience à distinguer ce qui dépend de nous et ce qui ne dépend pas de nous. Ce qui dépend de nous, nous pouvons le changer. C’est dans l’acceptation de ce que nous ne pouvons pas changer qu’est la sagesse. La parabole du chien tiré par un chariot est éclairante à ce titre : Si le chien résiste et refuse de suivre le chariot, il sera malgré tout tiré de force et arrivera épuisé et blessé à destination. S’il ne se débat pas, il suivra le mouvement du chariot et parcourra le même trajet en ayant beaucoup moins souffert. Autant accueillir l’inéluctable, plutôt que de refuser et de lutter contre. Cet idéal de sagesse tel que définit par les Anciens (plus particulièrement, les Stoïciens) est l’autonomie (autarkeia), c’est à dire la liberté intérieure qui ne fait plus dépendre le bonheur ou notre malheur de circonstances extérieures. C’est ainsi que nous apprenons à nous réjouir de ce qui advient, l’agréable comme le désagréable. Le sage prend tout. le bonheur qu’il recherche est un état qui se veut le plus global et le plus durable possible. Il sait qu’il abrite en lui cette source du bonheur.

Raymond Barbry le 20 décembre 2018