Archives de Catégorie: souffrance au travail

Les effets de l’hyper-connexion au travail : burn-out, déficit d’attention…

Cyril Couffe est docteur en psychologie cognitive, spécialiste de l’attention. En novembre 2016, il a soutenu sa thèse: « l’impact des conditions de travail sur les capacités attentionnelles des salariés ». Chercheur associé à la Chaire « Talents de la transformation digitale » à Grenoble École de management, il est également membre du comité scientifique de My Mental Training Pro, qui propose un éventail de solutions innovantes afin d’éviter la surchauffe mentale et gagner en bien-être et créativité au travail.

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« Notre cognition n’a pas évolué depuis plusieurs milliers d’années et le travail dans sa forme actuelle ne répond plus au fonctionnement inné de notre cerveau. Notre cerveau traite une information à la fois, à la façon d’un goulet d’étranglement. Donc si je lui en présente trois à la fois, il va les traiter une par une, nécessitant un délai dans le traitement de chacune des informations. Or, en cette ère du digital, ce ne sont plus trois infos que l’on présente à notre cerveau, mais quinze potentielles, ce qui pose le problème de leurs traitements: est-ce que je les traite une par une? Quelle priorité je donne à celle que je traite en ce moment?

Les sources d’informations erratiques au travail ce sont les mails, le téléphone portable, Internet, les collègues… On a même depuis quelques temps les messageries instantanées professionnelles, des Skype d’entreprise. Ce sont tous ces médias qui peuvent nous apporter de l’information, pertinente ou non, et qui nous forcent à prendre des décisions au fur et à mesure de leur arrivée. Le digital et l’ouverture des espaces de travail ont multiplié les informations disponibles. On baigne dans l’information tout le temps et notre cerveau n’est plus capable de traiter et de décider de ce qu’il doit faire, ni de garder un fil conducteur dans ces tâches.

Le temps passé à résoudre les interruptions fait perdre 28% de productivité. Je suis sur une tâche, quelqu’un vient me solliciter pour faire autre chose, va me demander de switcher d’un état mental à un autre, et une fois cette tâche terminée il va bien falloir que je retourne à ce que je faisais avant. Mais quand je décide d’y retourner il faut que je réactive mon état mental et c’est cette phase de réactivation qui prend du temps. D’ailleurs, 41% des tâches interrompues ne sont même pas reprises tout de suite, et certaines ne le sont pas le jour même. On voit bien comment ces événements externes peuvent décider de votre emploi du temps à votre place.

« Ça devient impossible de gérer l’importance des informations »

Le monde du travail évolue et on travaille de plus en plus en mode projet: un salarié n’est plus responsable d’une seule tâche, mais est associé à un ou plusieurs projets sur lesquels il va devoir composer en terme d’urgence et de production. En entreprise, jusqu’à 5 projets peuvent se télescoper les uns les autres tout en étant complètement concurrents en terme d’importance et d’urgence. Pour certains postes clés – chef de projet ou de manager de proximité par exemple – ça devient impossible de gérer l’importance des informations.

Mes études montrent que les managers  ont de plus en plus de mal à gérer la pression des informations au travail. Le manager est perçu comme le chef, celui qui surveille et met la pression, mais dans mon échantillon de 200 personnes, c’était souvent ceux qui avaient le plus de mal, parce que ce sont eux qui sont sollicités avec des informations ou des demandes souvent urgentes avec un potentiel stratégique.

La conséquence, c’est qu’ils perdent leur capacité de concentration naturelle et vont perdre leur potentiel maximum. Ils vont devenir de moins en moins capables de gérer les mêmes situations.

Plus longtemps ils restent sur poste, dans un espace toxique en terme d’informations, plus leurs capacités se nécrosent et diminuent. D’où la nécessité de faire des séminaires en extérieur, de prendre des vacances, de faire de vrais coupures – ce que l’on appelle le droit à la déconnexion. L’infobésité a créé des troubles marqués chez certaines personnes.

Pour la totalité de l’article :

http://rmc.bfmtv.com/emission/comment-l-hyperconnexion-au-travail-nous-rend-finalement-beaucoup-moins-productif-1169379.html

Raymond Barbry le 6/06/2017

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Pleine attention, stress et surstress – Journée de formation pour les infirmières scolaires de l’académie de Lille

L’AGEPS-Raymond Barbry va animer une journée académique de formation à destination des infirmières scolaires de l’Académie de Lille.

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C’est à l’initiative du SNIES UNSA et de sa secrétaire académique, Nathalie Scol, que cette journée a été mise en place.

le JEUDI 11 MAI 2017
à la Bourse du Travail 
Boulevard de l’usine
59000 Lille
de 9h00 à 17h00
PROGRAMME :
matin :             La place des pratiques de pleine attention en contexte scolaire.
                        En quoi l’infirmière de l’EN est -elle porteuse de projet, collaboration avec les équipes pédagogiques.
 A cette occasion nous présenterons l’action de formation et d’accompagnement que nous menons depuis deux ans auprès du collège Saint Exupéry d’Hellemmes. Nous l’aborderons sous l’aspect du travail collaboratif entre l’intervenant et l’infirmière scolaire. Dans l’analyse des effets observés quant au développement des pratiques de pleine attention dans ce collège, il en ressort que la dynamique collaborative a été un élément déterminant de la réussite de l’action de formation. C’est cette dynamique qui a été relayée et amplifiée avec les autres partenaires – cpe, principal adjoint, enseignants, section football….
          
Après Midi :      Stress et surstress professionnel.
                        Définitions, clarification. Tests et échanges/débats.
 Dans l’Éducation Nationale comme dans de nombreux lieux du travail tant publics que privés, le syndrome d’épuisement professionnel (burn-out) est en augmentation constante et questionnante. De par sa position dans les établissements scolaires, l’infirmière scolaire est confrontée directement et quotidiennement à cette réalité qui touchent tant les adultes (enseignants, cpe, chef d’établissement et adjoint, éducateurs, personnel d’entretien et administratif) que les élèves. Cette situation n’est pas sans impacter le propre état de stress professionnel de l’infirmière ! L’objet de l’après midi consistera à clarifier les notions de stress (bon stress) et mauvais stress (sur-stress), d’identifier son niveau personnel de stress professionnel et d’en mesurer les facteurs les plus déterminants. Puis de dépasser le simple constat et d’envisager des pistes concrètes de régulation de son propre niveau de stress professionnel et de celui plus global de l’établissement scolaire et des autres acteurs.
Pour les modalités d’inscription se rendre sur le site de SNIES-UNSA
Raymond Barbry le 7 avril 2017.

L’épuisement professionnel et la surexploitation des outils numériques

Nous connaissons de mieux en mieux les effets d’une surexposition et d’une surexploitation des outils numériques (ephone, portable, tablette etc…) dans le cadre du travail…les données de toutes les recherches faites ces dernières années dans le monde en arrivent au même constat, une augmentation de l’épuisement professionnel avec pour conséquence de plus en plus de burn-out dus au contexte professionnel !

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Les jeunes générations (moins de 30 ans) sont plus touchées que les plus âgées. 40% de cette génération serait dépendante de ces outils et serait en état d’épuisement professionnel dés l’âge de 30 ans !  Il n’y a pas eu d’adaptation de l’homme (cerveau, psychisme…) à ces outils. Les effets sur les personnes et les organisations sont importantes et ne sont pas sans conséquences :

  • Perte des capacités attentionnelles.
  • Perte de l’efficience et des compétences professionnelles.
  • Procrastination.
  • Rupture des relations interpersonnelles (les personnes ne se parlent plus).
  • Confusion entre les différents temps de vie. Le professionnel et le personnel se chevauchent.
  • Augmentation des problèmes de santé (accident cardio-vasculaire, dépression, conduites de dépendance etc….) et des arrêts de maladie.

De plus en plus d’organisations professionnelles (entreprises publiques ou privées) réagissent à ce constat et prennent  des dispositions pour informer, protéger et si besoin former (on parle de re-éduquer) leur personnel, ce sont par exemple :

  • Des réunions sans utilisation des ephones !
  • Le non envoi de messages (mail, sms etc..) par les dirigeants durant les périodes de repos ou sur les week-ends.
  • Des temps de pause où la priorité est l’échange entre les personnes (on laisse le portable, l’ephone dans le bureau).
  • Un vrai temps d’arrêt à la pause méridienne.
  • Des propositions pour apprendre à développer la pleine conscience (yoga, méditation, sophrologie etc…)

La posture des dirigeants et responsables est déterminante. Ils se doivent d’être les témoins d’une exploitation intelligente de ces outils !

Le bonheur au travail, utopie ou priorité ?

Le mal-être au travail prend des proportions alarmantes : épuisement professionnel, sur-stress, licenciement abusif, sur-contrôle hiérarchique, harcèlement, absentéisme, non reconnaissance……

 
Adaptation d’un article de l’INREES

Aujourd’hui, le travail tient une place dominante dans nos vies, en particulier dans nos sociétés occidentales : 8 heures par jour, 5 jours sur 7, pendant une quarantaine d’années, c’est en moyenne le temps que nous allouons à notre activité professionnelle durant notre vie. Sans compter notre formation qui découle du métier que nous visons : très jeunes, nous avons donc le travail en ligne de mire.Il est donc logique que tout ce qui l’entoure, des conditions de travail aux tâches qui nous incombent, en passant par la qualité de nos relations avec nos collègues, compte pour beaucoup dans notre « bien-être » général. Alors, comment être heureux au travail ?

De plus en plus de monde aujourd’hui ressent un réel mal-être dans le cadre du travail. D’après Vineet Nayar, ancien président d’un géant de l’informatique en Inde, le principal problème est la structure hiérarchique dominante en entreprise, et le fait qu’« aujourd’hui, on demande de plus en plus de performance aux salariés, mais les structures de travail n’ont pas évolué depuis la création des premières grandes entreprises avec leur système très hiérarchique ». Ils semblerait que ces points soient clés : ainsi, dans un article du Figaro Economie de novembre 2012 au titre évocateur, Bureauphobie : les raisons du mal-être au travail, une psychologue du travail souligne que le surmenage, l’environnement inadapté, et le manque de reconnaissance sont les causes les plus récurrentes de ce malaise. Vineet Nayar soulève d’ailleurs une autre raison, qui interpelle : « l’erreur est de croire que les gens ne travaillent que pour l’argent. 70% du bonheur ne vient pas de l’argent… »
Le travail, la cause de problème santé chronique (stress et anxiété) pour un actif sur deux.

Le monde du travail moderne aurait-il tout faux ? En tout cas, les chiffres sont parlants : selon les résultats d’une enquête de l’INSEE réalisée en 2007, 68 % des actifs déclarent connaître un ou plusieurs problèmes de santé chronique (principalement le stress et l’anxiété), et un actif sur deux estime que ce problème est causé ou aggravé par le travail. D’après le professeur Isaac Getz, en France et en Allemagne le pourcentage de salariés qui va au travail avec le sourire est de 11%, alors que les employés dits « désengagés » sont de 61% en France et 58% en Allemagne. Pouvant aller de la simple démotivation au burn-out, voire pire, l’impact physique et psychologique du mal-être au travail commence à être pris au sérieux. Personne n’oubliera la terrible vague de suicides qui a déferlé sur France Télécom en 2008 et 2009.

Un défi managérial : libérer l’organisation du travail

Comment changer la donne ? La réflexion sur une approche alternative de l’organisation de travail, plus respectueuse et valorisante de l’être humain, n’est en réalité pas nouvelle. Dès la 2e moitié du 20e siècle, certains chefs d’entreprise éclairés ont innové et entrepris des restructurations de fond inédites. Ces directeurs l’avaient compris : les êtres humains ont besoin qu’on leur fasse confiance et qu’on leur accorde des responsabilités, qu’on les valorise dans leurs compétences et leur potentiel, et que là réside la clef de leur motivation, de leur bonheur, et par là de la réussite économique de la société. Ils ont tout remis à plat, bouleversé les règles du jeu et… ça a marché ! Aujourd’hui, leurs employés sont plus heureux, fiers de la confiance qu’on leur accorde et de leurs nouvelles compétences, et les entreprises connaissent une meilleure réussite économique.

Trouver des réponses au mal être grandissant.

La réflexion se poursuit aujourd’hui et, au vu du mal-être globalement grandissant en entreprise, prend même de la vitesse. De nouveaux acteurs émergent, telles que les sociétés de « coaching », qui invitent les entreprises à mener une réflexion autour de l’environnement professionnel, des relations humaines sur le lieu de travail, et des problématiques liées au stress individuel ; et proposent des activités originales de détente et de gestion des émotions tels que des ateliers zen ou de l’art thérapie. D’autres, tels que la Fabrique Spinoza, un think-tank économique et politique multi-partisan dont la mission est de redonner au bonheur sa place au cœur de notre société, proposent des réflexions collectives associant chefs d’entreprises, des syndicats et des employés, telles que les Journées internationales du bonheur au travail organisées avec Les Productions Campagne Première et la Gaité Lyrique à Paris mi février 2015. L’association international de manager et de leader PWN a, en juin 2014, organisé une journée en partenariat avec l’ESCP Paris-Europe sur cette thématique du mieux être au travail. A cette occasion nous avons pu présenter l’approche dite du « mindful management ».

Une priorité, transformer soi-même sa réalité.

Cependant, si des réflexions et mesures pour faire évoluer l’environnement et l’organisation du travail aident certainement à améliorer le bien-être dans le cadre professionnel, ne pouvons-nous pas nous-mêmes contribuer à notre propre bonheur au travail ?

Toutes les grandes traditions spirituelles du monde s’accordent à le dire : notre vision et notre ressenti de la réalité que nous vivons sont colorés par l’état de notre esprit. Ainsi, ces traditions proposent des outils, tels que la méditation, le yoga, le tai chi, pour nous aider à stabiliser notre esprit, à le rendre plus sage, nous permettant une meilleure clarté sur notre vie et sur les conditions profondes de notre bonheur. Nous transformer nous-mêmes, ne serait-ce pas là une autre clé fondamentale à notre propre bien-être, dans notre travail et dans notre vie en général ?

Article réalisé le 12 mars 2015.

La folie au travail, rencontre-débat suite à la projection du film « De bon matin ».

C’est dans le cadre de la 5ème édition du festival du film du diocèse de Lille sur le thème « A la folie » qu’a été projeté au Colisée de Marcq en Baroeul le film de Jean Marc Moutout « De bon matin ». La projection a été suivie d’un débat sur la question de la folie dans le monde du travail et des conséquences pour les personnes et les organisations.

C’est en tant que professionnel dans l’accompagnement des personnes et des équipes en situation de sur-stress, voire d’épuisement professionnel (burn-out) que « l’AGEPS-Raymond Barbry », en collaboration avec les « Semaines Sociales du Nord-Pas-De-Calais » et le « Centre du Hautmont », a apporté son expertise sur cette question du mal être au travail et du burn-out.

Voici en résumé les questions et les thèmes abordés et débattus avec la cinquantaine de participants.

– La maltraitance au travail existe dans tous les milieux professionnels (privé, public, associatif, religieux…). Ce sont des faits divers dramatiques qui font prendre conscience de ce qui se passe réellement sur la face cachée des organisations. C’est l’intérêt du film de Jean Marc Moutout qui s’est appuyé sur un fait réel. Nous ne sommes pas dans de la fiction, mais dans une réalité du monde du travail actuel. Cette folie se développe dans certains modes de management et d’organisation où l’humain n’est pas ou n’est plus une donnée prioritaire. Or nous savons que ce qui fait la dynamique positive d’une organisation, c’est sa capacité à s’appuyer et à valoriser les ressources des hommes et des femmes qui la composent. Toutes les recherches contemporaines sur l’efficacité au travail montrent que plus l’intention de prendre en compte le bien être des salariés est une priorité du management et plus l’organisation est efficiente, plus cette dernière gagne en intelligence collective, plus les acteurs gagnent en compétences. Les travaux récents (quinze dernières années) en psychologie positive appliquée au monde du travail le confirment.

– Le harcèlement moral dans le travail est une réalité qui s’amplifie en contexte de crise. Comment s’en protéger ? Comment échapper aux manipulateurs ? Il est très difficile de faire reconnaître une situation de harcèlement moral. Il passe totalement inaperçu pour l’extérieur et reste le plus souvent impuni. De plus, ce qui caractérise le harceleur est l’intelligence dont il fait preuve et la difficulté à prouver par des faits concrets cette situation. Les harceleurs sont de véritables sangsues qui se nourrissent du fluide énergétique mental et émotionnel de leur proie. La victime est prise dans un piège psychologique. Elle va s’y enfermer progressivement. Elle en vient à douter, à être dans la peur et la culpabilité. C’est alors le cercle vicieux qui mène à l’aliénation. La victime a l’impression de tourner en rond dans le problème à en devenir « fou ». Il est illusoire de penser changer le comportement d’un manipulateur par le raisonnement et l’empathie.

Voici quelques réponses pour se protéger d’un harceleur : Etre le moins possible en sa présence, en rester sur des échanges strictement professionnels. Si les responsables de l’organisation n’agissent pas par des décisions visant à protéger la victime et à mettre fin au harcèlement, en dernier recourt c’est une action en justice qui peut amener un changement de la situation en imposant à l’employeur de prendre les mesures nécessaires pour protéger les personnes et sanctionner si nécessaire. Il faut reconnaître que malgré les textes de loi en vigueur sur cette question, la procédure judiciaire est toujours longue et délicate. Pour aller plus loin sur cette question voir le livre de Christel Petitcollin « échapper aux manipulateurs ».

– La montée de l’individualisme et des logiques compétitives à outrance ont mis à mal les solidarités dans le monde du travail. Le film montre bien cet aspect des dynamiques relationnelles en déliquescence. Il est d’autant plus nécessaire de développer cette dimension de la solidarité dans les contextes professionnels. Concrètement, cela consiste à développer le dialogue social, à dépasser les conflits idéologiques, à proposer des temps de débat et de confrontation, à favoriser l’entraide dans les tâches professionnelles au sein de l’organisation, à avoir conscience des missions et des responsabilités de chacun, à avoir des dirigeants qui montrent explicitement par leur comportement ces valeurs partagées.

– La question de la formation des managers et des responsables. Au delà des compétences techniques nécessaires et indispensables. Ce sont les compétences relationnelles qui caractérisent la qualité et l’efficience d’un manager. Manager, c’est d’abord et avant tout permettre aux collaborateurs de donner le meilleur d’eux-mêmes. Cela implique de la part du responsable une posture portée sur l’empathie, la compassion et l’altruisme (voir les interventions de Mathieu Ricard au forum de Davos et de Thich Nhat Hanh chez Google). Cette posture s’acquiert par un travail sur soi. Prendre des responsabilités en matière de management implique de s’y engager.

Une méta-qualité ou méta-compétence se dégage, la conscience de soi. Lorsqu’un dirigeant en est pourvu plus de quatre vingt dix pour cent des collaborateurs et subordonnés décrivent le climat comme positif, quand il n’en est pas pourvu le pourcentage chute à moins de vingt pour cent !

– Former à la conscience de soi et à la connaissance de soi devient une priorité. Elle permet l’exploitation optimale des compétences techniques. L’homme contemporain soumis à un déluge continuel d’informations s’éparpille. Les recherches récentes en neurosciences prouvent l’aspect fondamental que présente notre capacité à être présent, à être attentif à ce qui est (à soi, aux autres, au monde…) pour mener une vie meilleure. C’est cette faculté, sous estimée à l’heure actuelle,  qui nous permet d’accomplir au mieux les autres opérations mentales : comprendre, mémoriser, apprendre, entrer en relation avec les autres…Ce n’est pas par hasard si un peu partout dans le monde émergent et se développent les pratiques dites de « pleine conscience »méditation, yoga, sophrologie. Elles gagnent toutes les sphères : santé, travail, éducatif, social, carcéral, sport…  Elles permettent une reconnexion à ce qui est fondamental, notre intériorité. Toutes les études sur ces pratiques arrivent à la même conclusion : quand on pratique la pleine conscience nous nous sentons mieux personnellement, mais nous devenons aussi plus altruistes. Il est intéressant de noter que méditer, contempler, nous rendent plus ouvert sur le monde. Il existe un lien à la spiritualité puisque une vie spirituelle, c’est justement nous reconnecter à nous mêmes, aux autres et au monde.

– Ecouter son intuition. Le plus souvent notre intuition ne nous ment pas. Elle nous donne la bonne information au bon moment. Du reste, c’est par intuition que nous prenons nos décisions dans les grands moments de notre vie, le rationnel vient alors en appui pour valider ou invalider le ressenti intuitif. Mais comment faire la différence entre une intuition « vraie » et un désir ? C’est là que repose toute notre difficulté. De plus en état de surtsress, de tension forte, de crise, d’épuisement, nous captons moins les informations communiquées par notre intuition. Or cette intelligence intuitive s’entretient, se développe. Elle délivre les messages (informations) le plus souvent par les ressentis corporels, par les rêves, par les flashs mentaux, par les synchronicités (lien non causal entre deux événements).

– Savoir dire non et oser être soi, c’est être en authenticité avec ses valeurs et ses choix face à des demandes impossibles tels que : délais trop courts, multi-tâches, injonctions paradoxales (double contrainte)… Le fait est que nous n’avons pas appris être à l’écoute de ce qui se passe en nous, à identifier nos besoins. Nous avons appris à dissimuler ce qui se passe en nous afin d’acheter aussi la reconnaissance, l’acceptation des autres ou un confort apparent plutôt d’être ce que nous sommes. Nous avons appris à être complaisant, à porter un masque, à jouer un rôle. Nous avons pris l’habitude de dissimuler ce qui se passe en nous. Nous nous sommes coupé de nous mêmes pour être avec les autres. C’est ainsi que naît la violence. La non écoute de soi mène tôt au tard à la non écoute des autres. Le non respect de soi mène au non respect des autres.

– Comment anticiper et prévenir l’épuisement professionnel ? C’est la question de la prévention qui est ici posée. C’est en amont qu’il s’agit d’agir. Voici quelques pistes qui permettent de signaler le passage du stress au surstress professionnel. Les premiers messages sont toujours donnés par le corps. Encore faut il savoir en être à l’écoute, de distinguer parmi les différents signaux ceux qui indiquent le passage vers l’épuisement. Voici quelques indicateurs qui sont caractéristique du passage d’un état de stress normal à  l’état de surstress : problème de sommeil, problème alimentaire, tension intérieure constante, nervosité excessive, augmentation des conduites addictives, irritabilité, baisse des défenses immunitaires etc…Si nous ne savons pas ou ne voulons pas être à l’écoute de ces premiers signes, d’autres viendront et ils seront de plus en plus « forts ».

– La question de l’équilibre des différents temps de vie. Une des caractéristiques de l’épuisement professionnel est le surinvestissement dans le travail. Un échec, une non reconnaissance, une situation de crise peuvent avoir des effets dévastateurs sur la personne qui a sur-investi le domaine de sa vie professionnelle. Il s’agit d’apprendre, voire de réapprendre à être présent à chaque temps de vie. Il y a le temps de la vie au travail, puis celui de la vie sociale et celui de la vie personnelle. L’important n’est pas la quantité mais la qualité du temps passé. C’est à dire la présence pleine et entière à ce que je vis. Dans un monde marqué par les cultes de la technique, de la rentabilité et de la performance, n’oublions pas nos nourritures affectives et nos nourritures spirituelles. Elles sont à la base de notre développement et de notre dynamique de vie.

– Le lien, ne pas être seul. Dans des phases de vie délicate comme celles vécues par l’acteur principal dans le film, la présence des proches s’avèrent un appui indéniable. Une présence et une acceptation à ce qui est sans jugement des proches facilitent cette traversée de la crise. C’est une présence en lâcher prise. Ce sont le plus souvent les peurs et la non acceptation de la situation qui empêchent les proches d’être dans cette présence aidante.

– L’accompagnement, une nécessité. L’aide de professionnels de l’accompagnement (coach, psychothérapeute, médecins…) n’est pas un luxe lors d’une situations de crise comme celle traversée par l’acteur principal. Cet accompagnement ne s’impose pas. Il se propose.

 En conclusion, c’est la question du non sens qui est le fil conducteur de ce film. Cette perte de sens nous la retrouvons tout au long du film à différents niveaux : dans les finalités et les missions assignées au travail, dans les relations professionnelles, dans les relations personnelles, dans les choix de vie. C’est ce qui conduit au drame. Ce dont a fondamentalement besoin l’être humain, c’est d’un compas intérieur, lequel, dans la réalité quotidienne, est déterminant pour les décisions concrètes. Or ce qui caractérise l’être humain, c’est la recherche du sens. Le fait d’avoir un but et un sens à la vie est fondamental. C’est ce qui permet de traverser des situations dramatiques. C’est ce que décrit précisément V.E Frankl (psychiatre autrichien – concepteur de la logothérapie) au travers de son expérience des camps de concentration. Il présente les trois voies qui permettent de donner un sens à l’existence. La voie de l’accomplissement, c’est à dire la réalisation de sa mission ou la création d’une oeuvre ; la voie de l’amour, qui mène à l’établissement de liens significatifs et favorise le contact avec la nature et l’art ; et la voie de la transcendance, qui incite l’individu à adopter une attitude positive face à la mort et aux souffrances inévitables.

Article réalisé par Raymond Barbry, mai 2014.

Le burn-out, la folie et la souffrance au travail…débat à partir du film « De bon matin ».

C’est dans le cadre du festival du film « A la folie » du 5 au 27 mai 2014 que sera diffusé le lundi 19 mai à 20h30 au Colisée de Marc-en-Baroeul le film de Jean Marc Moutout  » De bon matin ».

Jean Pierre Darroussin joue le rôle de Paul Wertret.

Résumé du film : Un matin comme les autres, Paul Wertret, cinquante ans, quitte son petit pavillon de banlieue pour se rendre à son travail. A 8 heures précises, il pénètre dans la Banque Internationale de Commerce et de Financement, où il est chargé d’affaires. Avec un calme extraordinaire, il sort un revolver de sa poche et abat deux de ses supérieurs avant de gagner son bureau. Là, l’arme à la main, il attend et se souvient peu à peu des circonstances qui l’ont mené à cet acte d’une violence inouïe. Ainsi, remontent à sa mémoire sa relation tumultueuse avec sa femme, engagée dans différentes actions humanitaires, et ses rapports tendus avec son fils, étudiant en droit. Lui reviennent aussi le climat délétère qui règne à sa banque depuis les premiers soubresauts de la crise mondiale, l’incompréhension de son nouveau patron, qui l’a rétrogradé, les visites forcées chez le psychologue de l’entreprise, les médicaments progressivement mêlés à l’alcool, etc. L’issue pouvait-elle être mieux annoncée?

Le film sera suivi d’un débat animé par l’AGEPS-Raymond Barbry  à la demande du bureau régional des semaines sociales du Nord / Pas-De-Calais.