Archives de Tag: Bienveillance

La bienveillance…Oui, mais encore, au delà des discours !

De partout le terme de bienveillance est employé et ce dans tous les champs de la société : management bienveillant, éducation bienveillante, école bienveillante, enseignant bienveillant, personnel de santé bienveillant, accompagnement bienveillant, famille bienveillante, parent bienveillant, église bienveillante, politique bienveillant etc…

Résultat de recherche d'images pour "bienveillance"

Le trop est l’ennemi du bien, ne ditons pas ! A vouloir trop en parler n’obtenons nous pas l’effet inverse ? L’employer et l’entendre pourraient en devenir même agaçant ! Un emploi excessif vide le mot de son sens.

Mais pourquoi en parlons nous autant actuellement ? Pourquoi cette injonction à la bienveillance? Pourquoi sommes tant en demande et attente de bienveillance?

J’émets une hypothèse issue de mes observations, lectures, rencontres et actions de formation et d’accompagnement : Si nous en parlons autant, c’est parce qu’elle fait défaut dans notre époque qui est marquée par un déficit de bienveillance dans les différents domaine de vie. La bienveillance ne se déclare pas, elle se vit et se partage, c’est une manière d’être. Quand nous sommes dans un environnement bienveillant, il n’est nul besoin d’en parler, puisque nous le vivons !

Je constate aussi que lorsqu’un interlocuteur emploie ce mot en excès, résonne en moi, « Cette personne est elle bienveillante ? elle parle, parle..mais qu’en est il dans la réalité, au delà du dire, dans les postures, dans les relations avec les autres ? ». L’expérience, tant dans le domaine professionnel que personnel, m’a montré que celles et ceux qui étaient auteur de bienveillance n’en parlaient pratiquement jamais ! Elles ou ils étaient.

La bienveillance est d’abord une valeur humaine..et peut être LA valeur humaine première. Étymologiquement, être bienveillant, c’est vouloir le bien. Cette valeur se traduit en acte par notre regard, notre posture, nos gestes, nos comportements envers nous mêmes et les autres, notre manière de parler, notre manière d’écouter. Elle s’incarne dans un contexte donné. Cette intention première de vouloir le bien se concrétise vers soi, puis vers les autres et vers l’environnement. C’est par la conscience de cette intention que nous allons adopter naturellement une manière d’être bienveillante.

Nous sommes naturellement bienveillants. Spontanément, l’être humain l’est de fait. Nous sommes de nature bienveillante ! Les études récentes montrent s’il en est que le tout jeune enfant (en âge de se mouvoir, 8-10 mois), quels que soient sa culture, son pays d’origine, sa famille, son histoire est dans l’aide et la coopération. Cela renforce la thèse rousseauiste de l’homme naturellement « bon ». Prendre soin des autres, du groupe, s’unir est gage de développement et d’évolution. Au delà de l’être humain cette thèse est de plus en partagée dans tous les domaines du vivant (animaux, plantes…).

Tenir un tel discours fait encore (un peu moins, toutefois !) passé pour un doux rêveur, un tendre naïf, dans la plupart des cas ou même un fieffé « imbécile » dans des milieux où les valeurs guerrières, compétitives et individualistes sont premières.

Un société de fait non bienveillante ! Notre société hyper-moderne a mis en exergue et à valoriser des valeurs assez éloignées de la bienveillance et à générer un cortège de peurs. C’est ainsi que l’esprit de compétition individualiste s’est imposé. La coopération qui est le fondement du vivre ensemble et du développement d’une société a peu à peu disparu. La concurrence, la logique du gagnant/perdant, du dominant/dominé, du toujours plus, de la recherche du pouvoir prédominent. Pour effet, notre époque a généré le développement de multiples peurs : de l’autre, du différent, de l’exclusion, de la perte, de l’abandon, du manque, de la solitude, et finalement la peur de soi ! Nos esprits sont envahis de ces peurs. Se laisser gagner par ces peurs issues d’un inconscient collectif sociétal, nous mène à vivre constamment dans la comparaison, l’opposition et le repli sur soi.

La bienveillance c’est la sécurité psychologique. Les psychologues du développement, mais aussi toutes celles et ceux qui travaillent et étudient cet aspect,  montre bien que ce qui me permet d’être efficient, en réussite, d’apprendre, d’évoluer, ce n’est pas la compétition mais la sécurité psychologique. C’est ce qui me permet d’être en confiance en soi et dans l’autre. C’est ce qui me permet de sortir de la « zone de confort » (C’est ce que je constate quotidiennement avec des athlètes que j’entraîne, c’est bien la coopération, l’entraide, le soutien, la partage qui permet à chacun de tirer le meilleur de soi).

La Bienveillance c’est la confiance. C’est celle qui permet à l’autre d’oser prendre des risques, de se confronter aux difficultés, d’accepter les faux pas, les erreurs et les dépasser. C’est cette posture qui est attendue d’un enseignant, d’un parent, d’un dirigeant, d’un entraîneur. C’est ainsi que se développe la confiance indispensable à l’engagement.

La bienveillance c’est l’exigence. La bienveillance c’est le contraire du laisser-faire, du laisser aller, de la naïveté. Pas de bienveillance sans cadre, sans règle, sans interdit ! Ils sont indispensables pour faire émerger les frustrations et les émotions et échanger à partir de ces ressentis. c’est ainsi que se construit l’autre.

Une exigence de la relation qui nécessite de ne pas s’oublier, s’abandonner, s’effacer, être soi. Ce n’est pas la soumission à l’autre et à ses désirs !

Pour le bien de l’évolution de notre société, il importe de mettre en priorité cette valeur en acte, de l’incarner.

Raymond Barbry, le 07-02-2019

La bienveillance, la coopération dans l’équipe, dans la classe et dans l’établissement

Ci joint un résumé d’une intervention réalisée auprès d’une équipe pédagogique d’un regroupement d’écoles maternelles et primaires de Lambersart (Haut de France).

Résultat de recherche d'images pour "bienveillance"

Vous avez dit, bienveillance : « Porter sur autrui un regard aimant, compréhensif, sans jugement, en souhaitant qu’il se sente bien, et en y veillant »

Vous avez dit coopération : « Action de participer à une œuvre commune »

Les idées prioritaires développées et apportées.

1. D’abord la bienveillance envers soi.  En effet, comment être bienveillant envers les autres, si je ne peux me l’appliquer ! Cette bienveillance envers soi, se développe, s’acquiert et s’entretient par toutes les pratiques qui visent  au développement de notre intériorité et participent à la pleine attention, la pleine présence et la pleine conscience à soi.

2. La bienveillance comme le bien être, s’apprend.  Il y a à avoir une intention et une volonté à être dans la bienveillance. Il en est de même pour le bien être et le bonheur. Je peux de moi même décider d’apprécier toutes ces choses simples qui m’arrivent et qui me procurent des moments de joie, et ce malgré les moments désagréables qui ne manquent pas d’arriver !

3. Identifier, reconnaître et accepter ses qualités et forces. Cet aspect est d’autant plus déterminant que la plupart des enseignants n’ont pas été formés et éduqués à identifier leurs qualités. Ils ont appris en formation initiale, à prioritairement identifier ce qui n’allait pas dans leurs actions, ceci dans l’intention d’améliorer l’acte d’enseigner. Mais comment peut-on donner le meilleur de soi, si nous sommes dans l’incapacité d’identifier nos forces et qualités ?

4. Éloge de la fragilité. Nos fragilités ne sont pas des handicaps mais des forces. Cette idée peut paraître paradoxale à bien des égards dans un contexte sociétal qui fait la chasse à la fragilité, à la faiblesse, aux imperfections. Il y a une injonction dans notre époque hyper-moderne à la perfection, au parfait, au contrôle, à la maîtrise ! Mais justement ce qui nous rend authentiquement humain, c’est tout le contraire. Alors, oui, la conscience, l’acceptation, la reconnaissance de nos fragilités témoignent de notre richesse !

5. Les découvertes en sciences de ces trente dernières années, montrent que travailler, s’entraîner à la bienveillance modifient notre santé, notre cerveau. De plus en plus de découvertes dans les sciences de pointe  (sciences cognitives et de l’esprit, neurosciences, épigénétique, physique quantique, biologie, psychologie, collapsologie….)  confirment les intuitions des grands penseurs (philosophes, mystiques, spirituels, scientifiques…). Être dans une intention de conscience et de présence  à soi, aux autres et à l’environnement favorisent le mieux être biologique, psychologique, social, environnemental !

6. La coopération caractéristique du vivant. Peut être l’une des ruptures fondamentales quant à la compréhension du vivant sur notre planète. Nous avons été au plan culturel et éducatif conditionnés à l’idée que la compétition était la caractéristique de la vie. Les espèces se développant et se maintenant parce qu’entrant en compétition entre elles. Nous avons érigé  cette idée en principe de base de notre compréhension du monde et en avons fait un des fondamentaux de l’éducation. Or, nous avons aujourd’hui que cette idée est à nuancer voire est erronée !  La collaboration est aussi un principe du vivant au sein d’une espèce et même entre espèces.

7. La bienveillance est exigence ! La bienveillance (comme la gentillesse) en éducation est souvent associée dans la plupart des représentations au laisser-faire et au laxisme. Or, in fine, c’est tout le contraire en contexte éducatif. C’est justement parce que l’adulte est dans la bienveillance vis à vis de l’enfant et du jeune, qu’il va poser des cadres éducatifs structurants, voire frustrants !

Et si la bienveillance à soi, aux autres et à l’environnement devenait une des priorités éducatives de notre époque !

 

Raymond Barbry, le 20 septembre 2019