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Formation à l’écoute active des référents-décrochage scolaire du secteur Arras / Saint Pol

Le réseau « Perseval-persévérance scolaire » de l’académie de Lille en charge du dossier « décrocheurs » a retenu l’AGEPS-Raymond Barbry pour monter et mener une action de formation à l’écoute active à destination des « référents-décrochages » qui sont des enseignants et des Conseillers pédagogiques d’éducation dont la mission est d’accompagner les jeunes de collèges et de lycées en situation de décrochage scolaire et de le prévenir par un accompagnement des élèves à risque. Cette action de formation a été rendue possible grâce à l’apport de fonds européens.

Ce sont deux groupes d’une vingtaine de personnes chacun venant des établissements du secteur arrageois (Arras, saint Pol, Avesnes, Bapaume …..). Cette action de formation qui vient de débuter ce mois de janvier va se poursuivre jusqu’en fin mars.

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Pourquoi une formation à l’écoute active ?

Dans le rapport de l’Inspection Générale (Anne Arman) sur le décrochage scolaire il est mis en avant le besoin d’une « véritable » écoute. Dans le cadre d’entretiens d’écoute active menés auprès de jeunes scolarisés au lycée de la deuxième chance, ces derniers ont remonté que « c’est la première fois qu’on nous écoute ».

Les professionnels de l’accompagnement exploitent cette forme d’entretien mis en exergue par C.Rogers depuis plus de cinquante ans. Dans de nombreux milieux professionnels proposer ce type d’entretien est un incontournable pour aider et permettre à l’autre (le patient, l’accompagné etc.. ) de se comprendre, de comprendre la situation, de dédramatiser, de mettre du sens, d’identifier ses ressources, de se remettre en dynamique, d’accepter la réalité de la situation etc…

De plus et compte tenu du contexte spécifique de cette formation à destination d’enseignants, de conseillers pédagogiques d’éducation en charge du suivi d’élèves en mal avec le système scolaire, l’entretien d’écoute active est l’un des outils les plus pertinents pour recréer du lien, pour favoriser les prises de conscience, pour instiller les bases de la confiance en soi et en l’autre, dans le but de faire émerger chez le jeune des ressources et potentialités qui sont enfouies et dont il n’a plus conscience.

L’écoute active et les principes de base de cette formation :

D’abord, une posture qui se caractérise par les points suivants :

  • La pleine présence à l’instant. Il s’agit pour l’écoutant d’être dans la présence pleine et entière à l’autre. Il n’y a que ce moment de l’entretien qui a de l’importance à cet instant. Cela nécessite de la part de l’écoutant de maîtriser son « mental » pour ne pas se projeter dans le futur ou de ressasser le passé. C’est un moment de pleine attention à soi et à l’autre. C’est parce que je suis en tant qu’accompagnant dans cette disposition que je suis de fait dans l’empathie, la bienveillance et l’authenticité. C’est très facile à comprendre intellectuellement mais « bougrement » difficile à  réaliser. Mais ça s’apprend par un entraînement quotidien !
  • Se mettre dans un lieu approprié où il n’y aura pas de dérangement (téléphone, télévision, bruit, passage etc…). Ce lieu se doit d’être agréable et le cadre de la rencontre se doit d’être différent de toutes les autres rencontres (entretien de recadrage, etc…).
  • De ne pas anticiper sur les pensées de l’autre (l’écouté)..de laisser l’autre exister tel qu’il est, et non pas tel que je voudrais qu’il soit.
  • De laisser aller l’entretien là où il doit aller et d’abandonner les stratégies d’anticipation et de contrôle. Il n’y a pas d’objectif à atteindre, si ce n’est que de laisser et permettre à l’autre (l’écouté) de s’exprimer tel qu’il est à cet instant. C’est certainement dans le milieu éducatif français, le défi majeur. Culturellement nous sommes conditionnés à tout penser, tout organiser, tout contrôler et tout objectiver (cf, les programmes, la didactique des disciplines avec les contenus à organiser dans le temps, les planifications, les programmations, etc..). Or l’entretien d’écoute active est à l’opposé de cette intention de programmation et d’objectivation. Il s’agit de placer un temps de rencontre qui est structuré par le laisser faire et le laisser être, sans autre intention.

Ensuite de la patience.

  • Accompagner des jeunes en risque de décrochage ou en décrochage implique à tous les niveaux du système éducatif, de mettre comme valeur première la PATIENCE ! Or c’est ce que nous manquons le plus dans le contexte de notre époque qui réclame des changements rapides..comme si un être humain, qui plus est, un jeune pouvait se transformer parce que nous proposons de nouveaux dispositifs. Quelle illusion et quelle erreur de penser que des dispositifs vont régler en quelques mois des problèmes de fond qui dépassent le plus souvent l’école parce qu’inscrits au plus profond de l’histoire de vie du jeune. Tout professionnel de l’accompagnement sait combien les changements peuvent être longs, émaillés d’avancées, de reculs, de chutes, de ruptures et de ces moments de grâce où la résilience provoque l’évolution . C’est pour l’accompagnateur la confiance en soi et en l’autre, même dans les moments les plus délicats et compliqués, qui est déterminante.

Laisser faire le temps, une priorité même dans le sport de haut niveau.. Ces deux dessins montrent bien s’il en est que l’évolution d’une personne ne se fait jamais linéairement. Il importe que l’accompagnateur ait bien en tête cette réalité de la « vraie vie » et que sa présence à côté de l’accompagné est d’autant plus nécessaire que ce dernier est dans un de ces moments délicats qu’immanquablement il doit traverser !

  • L’acceptation que je n’ai aucune prise sur l’autre ! Une autre illusion à abandonner. Je peux créer les conditions qui vont faire que l’autre va s’engager, décider de se mobiliser, de se motiver..mais je ne peux pas décider pour lui ! C’est toujours l’autre qui en dernier ressort décide, consciemment ou inconsciemment, de se mettre en mouvement.

Puis de la collaboration. Qui accompagne doit être accompagné. C’est le principe de base de toute action d’aide.

  • La rencontre avec des pairs facilite le partage d’expériences et permet la mutualisation des compétences. L’isolement, la solitude sont les deux pièges à éviter pour un accompagnateur quel que soit son domaine professionnel (santé, psychothérapie, éducatif, social, justice..).
  • La supervision  par un « expert » de l’accompagnement facilite la mise à distance, permet la relecture et la compréhension de situations non élucidées et participe à construire du sens à l’engagement. Il en va de l’efficacité du dispositif et de la santé des personnes qui s’engagent dans de tels dispositifs de suivi.
  • La partage avec les collègues non engagés dans le dispositif et avec les Chefs d’établissement (Principaux) et les Adjoints est à penser et à structurer. Il est illusoire de penser pouvoir « raccrocher » un jeune si tous les maillons du système ne collaborent pas. Cela pose la question de comment partager, échanger et communiquer entre professionnels sur cette question du décrochage ?

Enfin de la persévérance et de la confiance. Certainement le point prioritaire. C’est parce que l’accompagnateur incarne ces deux intentions qu’il va les concrétiser dans la relation qu’il construit au jour le jour avec le jeune en rupture. Elles ne s’objectivent qu’indirectement. Elles se perçoivent et s’incarnent lorsque l’accompagnateur est en cohérence entre sa posture physique, son état émotionnel et la conscience de son état intérieur.

Raymond Barbry le 21 janvier 2017.