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Effets d’une formation à l’écoute active pour les référents « décrochage scolaire ».

Lors d’un article précédent nous avions présenté cette formation à destination d’enseignants, de conseillers principaux d’éducation du bassin Arras- Saint Pol : https://agepsraymondbarbry.wordpress.com/2017/01/21/formation-a-lecoute-active-des-referents-decrochage-scolaire-du-secteur-arras-saint-pol/

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Ce dispositif de formation mené par Raymond Barbry-AGEPS sous la responsabilité du réseau Perseval Persévérance scolaire de l’Académie de Lille avec l’aide de fonds européens  s’est étalé sur près de trois mois. Nous avons fait le bilan en fin de formation afin d’identifier ce qu’une telle formation à caractère innovant dans le cadre de l’Éducation Nationale avait eu comme effets chez les participants et dans l’engagement contre le décrochage scolaire. Voici un résumé de ce bilan…

Ce qui a été appris, découvert.

  • La prise de recul professionnelle dans le suivi et l’accompagnement des jeunes « décrocheurs ».
  • Les principes  de base de l’écoute active et les mises en pratique de ces principes lors de situation de simulation. Nous avons fait de l’écoute active à chacune de nos rencontres et lors de nos échanges en grand groupe.
  • Un lien constant entre théorie et pratique et les échanges autour de situations amenées par l’intervenant et par les participants.
  • Comment mettre en confiance l’autre par une posture adaptée (non jugeante).
  • La notion de bienveillance indispensable à la construction du lien avec les jeunes en rupture.
  • La patience et l’acceptation ! nécessaire et indispensable dans le suivi et l’accompagnement des jeunes en rupture avec le système éducatif.
  • Nous avons appris la présence et la vigilance sans tension.
  • La disponibilité à l’autre lors du temps d’entretien. Nous avons appris à  couper le « mental ». A ne plus penser à la place de l’autre.
  • L’acceptation des émotions les nôtres, celles de l’autre..sans jugement. Une émotion ça circule !
  •  Prendre du temps et reconnaître les différentes temporalités, la nôtre, celle du jeune et celle de l’Institution qui ne sont pas sur les mêmes rythmes et contraintes.
  • Un entretien d’écoute active se cadre, ce n’est pas le laisser faire..c’est laisser être et laisser venir, les mots, les gestes, la parole.
  • L’acceptation de l’échec et des limites de notre action. Il n’est pas possible de prendre des décisions à la place de l’autre. Nous pouvons accompagner, nous pouvons guider, mais nous ne pouvons pas décider pour l’autre.
  • La régulation de notre niveau de stress et plus particulièrement comment apprendre à faire le calme en soi pour être présent à l’autre.
  • Pour certains (plus particulièrement les CPE) nous avons mis des mots et conscientisé des pratiques que nous avions déjà.

Ce qui a été mis en œuvre dans les pratiques professionnelles.

  • La prise de recul nécessaire que nous n’avions pas avant cette formation.
  • Être plus à l’écoute et disponible lors du temps d’entretien.
  • Laisser l’autre s’exprimer.
  • Laisser faire le temps.
  • Cette formation a permis d’aborder différemment les situations de conflit par une meilleure régulation et une approche plus positive des situations.
  • Mise en place d’un lieu spécifique calme (sans téléphone, sans ordinateur) pour les entretiens de ce type.
  • Le soin à apporter au cadre, à l’environnement et la disposition spatiale.
  • L’acquisition d’une posture qui dépasse le cadre des entretiens d’écoute active et qui facilite les relations humaines dans nos établissements.
  • Proposer et non imposer un entretien.
  • Laisser le temps de la réflexion chez l’autre en ne répondant pas spontanément à une attente.
  • La reformulation est devenue naturelle et non l’interprétation.
  • L’exploitation dans différents types d’entretien de temps de silence, de temps de rien.
  • Ménager un temps de calme personnel avant de mener un entretien afin d’être présent à ce temps de l’entretien et à l’autre.

Mais aussi…

  • L’intérêt d’une formation à caractère interdisciplinaire regroupant des CPE, des enseignants de matières différentes et intervenant dans des établissements différents  (collège, lycées G et T, Lycée Professionnel).
  • Avoir une formation qui sort des cadres habituels de l’EN.
  • Une formation qui au delà des contenus et des apports a été un temps de « respiration », dans un quotidien professionnel très sollicitant.
  • Une formation centrée sur le professionnel mais qui est aussi très riche au plan personnel.
  • La contrainte paradoxale du système qui attend des résultats sur lesquels nous n’avons aucune prise !
  • Humanité, bienveillance, échange..les trois mots clefs qui résument ce que nous avons vécu.
  • Des effets positifs constatés dans les rencontres avec les élèves, tant les décrocheurs que les autres.
  • La dynamique collective durant les journées de formation. Des temps d’échanges et de partages avec les participants dans l’écoute..Nous avons appliqué dans le temps de formation les principes de l’écoute active naturellement, comme un allant de soi.
  • Les pistes, les pratiques échangées lors des temps d’écoute collective cadrés.
  • Plus nous serons dans les établissements à être dans cette posture de l’écoute et mieux seront les relations entre les personnes dans les établissements.

Au plan quantitatif nous avons estimé qu’en moyenne sur les trois mois les participants avaient mené une petite dizaine d’entretiens formels du type écoute active auprès d’élèves « décrocheurs ». Mais au delà de cet aspect pour un public spécifique, c’est l’intégration d’une posture qui favorise les échanges, la communication avec toutes les personnes d’un établissement scolaire, certainement un des effets les plus conséquents de cette formation.

Des questions à aborder et des suites à donner. Il ressort des échanges avec les participants et de l’analyse de leur engagement, la nécessité de développer pour ce public d’enseignants et de conseillers principaux d’éducation missionnés sur la lutte contre le décrochage, des temps d’échange des pratiques sur la base de l’écoute-active où la parole est libérée des contraintes institutionnelles. C’est un des principes de tous les dispositifs d’accompagnement :  Qui accompagne doit être aussi accompagné. D’autant plus lorsque les dispositifs sont institutionnalisés et formalisés. Il en va de la compétence et de l’efficience, de la pérennité de l’engagement et de la santé des personnes en charge de l’accompagnement. Mais aussi un développement des compétences sur d’autres types d’entretien exploités pour accompagner le jeune dans l’élaboration d’un projet scolaire et d’orientation intégrant son projet de vie, l’un ne va pas sans l’autre. C’est bien l’articulation de cette dynamique qui va recréer une dynamique d’évolution chez le jeune. C’est bien la question de l’éducation au sens qui est ici posée.

Quelle efficacité du dispositif sur le décrochage ? Il n’est pas possible d’isoler cette seule variable écoute active. La lutte contre le décrochage scolaire est au cœur de la complexité éducative et interroge tout le système d’éducation et de formation. C’est par une action conjuguée de plusieurs dispositifs que le décrochage diminuera. Les entretiens de type écoute-active vont y participer à leur juste mesure. Ils participent à re-créer du lien entre un adulte et un jeune, à re-construire une confiance en soi longtemps absente, voire inexistante. Et déjà en soi, cela est d’une importance capitale dans le parcours du jeune.

Raymond Barbry – le 11 avril 2017.

Formation à l’écoute active des référents-décrochage scolaire du secteur Arras / Saint Pol

Le réseau « Perseval-persévérance scolaire » de l’académie de Lille en charge du dossier « décrocheurs » a retenu l’AGEPS-Raymond Barbry pour monter et mener une action de formation à l’écoute active à destination des « référents-décrochages » qui sont des enseignants et des Conseillers pédagogiques d’éducation dont la mission est d’accompagner les jeunes de collèges et de lycées en situation de décrochage scolaire et de le prévenir par un accompagnement des élèves à risque. Cette action de formation a été rendue possible grâce à l’apport de fonds européens.

Ce sont deux groupes d’une vingtaine de personnes chacun venant des établissements du secteur arrageois (Arras, saint Pol, Avesnes, Bapaume …..). Cette action de formation qui vient de débuter ce mois de janvier va se poursuivre jusqu’en fin mars.

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Pourquoi une formation à l’écoute active ?

Dans le rapport de l’Inspection Générale (Anne Arman) sur le décrochage scolaire il est mis en avant le besoin d’une « véritable » écoute. Dans le cadre d’entretiens d’écoute active menés auprès de jeunes scolarisés au lycée de la deuxième chance, ces derniers ont remonté que « c’est la première fois qu’on nous écoute ».

Les professionnels de l’accompagnement exploitent cette forme d’entretien mis en exergue par C.Rogers depuis plus de cinquante ans. Dans de nombreux milieux professionnels proposer ce type d’entretien est un incontournable pour aider et permettre à l’autre (le patient, l’accompagné etc.. ) de se comprendre, de comprendre la situation, de dédramatiser, de mettre du sens, d’identifier ses ressources, de se remettre en dynamique, d’accepter la réalité de la situation etc…

De plus et compte tenu du contexte spécifique de cette formation à destination d’enseignants, de conseillers pédagogiques d’éducation en charge du suivi d’élèves en mal avec le système scolaire, l’entretien d’écoute active est l’un des outils les plus pertinents pour recréer du lien, pour favoriser les prises de conscience, pour instiller les bases de la confiance en soi et en l’autre, dans le but de faire émerger chez le jeune des ressources et potentialités qui sont enfouies et dont il n’a plus conscience.

L’écoute active et les principes de base de cette formation :

D’abord, une posture qui se caractérise par les points suivants :

  • La pleine présence à l’instant. Il s’agit pour l’écoutant d’être dans la présence pleine et entière à l’autre. Il n’y a que ce moment de l’entretien qui a de l’importance à cet instant. Cela nécessite de la part de l’écoutant de maîtriser son « mental » pour ne pas se projeter dans le futur ou de ressasser le passé. C’est un moment de pleine attention à soi et à l’autre. C’est parce que je suis en tant qu’accompagnant dans cette disposition que je suis de fait dans l’empathie, la bienveillance et l’authenticité. C’est très facile à comprendre intellectuellement mais « bougrement » difficile à  réaliser. Mais ça s’apprend par un entraînement quotidien !
  • Se mettre dans un lieu approprié où il n’y aura pas de dérangement (téléphone, télévision, bruit, passage etc…). Ce lieu se doit d’être agréable et le cadre de la rencontre se doit d’être différent de toutes les autres rencontres (entretien de recadrage, etc…).
  • De ne pas anticiper sur les pensées de l’autre (l’écouté)..de laisser l’autre exister tel qu’il est, et non pas tel que je voudrais qu’il soit.
  • De laisser aller l’entretien là où il doit aller et d’abandonner les stratégies d’anticipation et de contrôle. Il n’y a pas d’objectif à atteindre, si ce n’est que de laisser et permettre à l’autre (l’écouté) de s’exprimer tel qu’il est à cet instant. C’est certainement dans le milieu éducatif français, le défi majeur. Culturellement nous sommes conditionnés à tout penser, tout organiser, tout contrôler et tout objectiver (cf, les programmes, la didactique des disciplines avec les contenus à organiser dans le temps, les planifications, les programmations, etc..). Or l’entretien d’écoute active est à l’opposé de cette intention de programmation et d’objectivation. Il s’agit de placer un temps de rencontre qui est structuré par le laisser faire et le laisser être, sans autre intention.

Ensuite de la patience.

  • Accompagner des jeunes en risque de décrochage ou en décrochage implique à tous les niveaux du système éducatif, de mettre comme valeur première la PATIENCE ! Or c’est ce que nous manquons le plus dans le contexte de notre époque qui réclame des changements rapides..comme si un être humain, qui plus est, un jeune pouvait se transformer parce que nous proposons de nouveaux dispositifs. Quelle illusion et quelle erreur de penser que des dispositifs vont régler en quelques mois des problèmes de fond qui dépassent le plus souvent l’école parce qu’inscrits au plus profond de l’histoire de vie du jeune. Tout professionnel de l’accompagnement sait combien les changements peuvent être longs, émaillés d’avancées, de reculs, de chutes, de ruptures et de ces moments de grâce où la résilience provoque l’évolution . C’est pour l’accompagnateur la confiance en soi et en l’autre, même dans les moments les plus délicats et compliqués, qui est déterminante.

Laisser faire le temps, une priorité même dans le sport de haut niveau.. Ces deux dessins montrent bien s’il en est que l’évolution d’une personne ne se fait jamais linéairement. Il importe que l’accompagnateur ait bien en tête cette réalité de la « vraie vie » et que sa présence à côté de l’accompagné est d’autant plus nécessaire que ce dernier est dans un de ces moments délicats qu’immanquablement il doit traverser !

  • L’acceptation que je n’ai aucune prise sur l’autre ! Une autre illusion à abandonner. Je peux créer les conditions qui vont faire que l’autre va s’engager, décider de se mobiliser, de se motiver..mais je ne peux pas décider pour lui ! C’est toujours l’autre qui en dernier ressort décide, consciemment ou inconsciemment, de se mettre en mouvement.

Puis de la collaboration. Qui accompagne doit être accompagné. C’est le principe de base de toute action d’aide.

  • La rencontre avec des pairs facilite le partage d’expériences et permet la mutualisation des compétences. L’isolement, la solitude sont les deux pièges à éviter pour un accompagnateur quel que soit son domaine professionnel (santé, psychothérapie, éducatif, social, justice..).
  • La supervision  par un « expert » de l’accompagnement facilite la mise à distance, permet la relecture et la compréhension de situations non élucidées et participe à construire du sens à l’engagement. Il en va de l’efficacité du dispositif et de la santé des personnes qui s’engagent dans de tels dispositifs de suivi.
  • La partage avec les collègues non engagés dans le dispositif et avec les Chefs d’établissement (Principaux) et les Adjoints est à penser et à structurer. Il est illusoire de penser pouvoir « raccrocher » un jeune si tous les maillons du système ne collaborent pas. Cela pose la question de comment partager, échanger et communiquer entre professionnels sur cette question du décrochage ?

Enfin de la persévérance et de la confiance. Certainement le point prioritaire. C’est parce que l’accompagnateur incarne ces deux intentions qu’il va les concrétiser dans la relation qu’il construit au jour le jour avec le jeune en rupture. Elles ne s’objectivent qu’indirectement. Elles se perçoivent et s’incarnent lorsque l’accompagnateur est en cohérence entre sa posture physique, son état émotionnel et la conscience de son état intérieur.

Raymond Barbry le 21 janvier 2017.