Archives de Tag: éducation

Violence et harcèlements à l’école, le rapport de l’UNESCO.

Des millions de filles et de garçons subissent des violences dans le cadre scolaire chaque année, selon ce nouveau rapport de l’UNESCO. 34% des élèves entre 11 et 13 ans disent avoir été harcelés au cours des mois précédent l’étude. 8% d’entre eux évoquent des harcèlements quotidiens. C’est ce qu’indiquent des données issues de 19 pays à faibles et moyens revenus analysés dans ce rapport.

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Les auteurs montrent que la violence à l’école naît de rapports de force inégaux souvent renforcés par des stéréotypes et des normes liées au genre, l’orientation sexuelle ainsi que d’autres facteurs qui contribuent à la marginalisation tels que la pauvreté, l’identité ethnique, ou encore la langue. D’après un sondage de 2016 sur le harcèlement réalisé auprès de 100 000 jeunes dans 18 pays, 25% des personnes interrogées indiquent avoir été harcelées du fait de leur apparence physique, 25% en raison de leur genre ou de leur orientation sexuelle et 25% du fait de leur origine ethnique ou nationale.
Le Rapport recommande que des mesures soient prises pour faire face à la violence et au harcèlement à l’école, notamment pour renforcer la capacité de la direction des établissements à agir, améliorer la sensibilisation, impliquer les élèves et les adolescents, renforcer la formation des personnels enseignants, mettre en place des systèmes d’alerte et développer la collecte de données.

Résumé de Marie-Noëlle Rotat
Chargée de mission / Réseau des universités pour l’éducation à la santé  -ESPE Clermont-Auvergne

Formation à l’écoute active des référents-décrochage scolaire du secteur Arras / Saint Pol

Le réseau « Perseval-persévérance scolaire » de l’académie de Lille en charge du dossier « décrocheurs » a retenu l’AGEPS-Raymond Barbry pour monter et mener une action de formation à l’écoute active à destination des « référents-décrochages » qui sont des enseignants et des Conseillers pédagogiques d’éducation dont la mission est d’accompagner les jeunes de collèges et de lycées en situation de décrochage scolaire et de le prévenir par un accompagnement des élèves à risque. Cette action de formation a été rendue possible grâce à l’apport de fonds européens.

Ce sont deux groupes d’une vingtaine de personnes chacun venant des établissements du secteur arrageois (Arras, saint Pol, Avesnes, Bapaume …..). Cette action de formation qui vient de débuter ce mois de janvier va se poursuivre jusqu’en fin mars.

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Pourquoi une formation à l’écoute active ?

Dans le rapport de l’Inspection Générale (Anne Arman) sur le décrochage scolaire il est mis en avant le besoin d’une « véritable » écoute. Dans le cadre d’entretiens d’écoute active menés auprès de jeunes scolarisés au lycée de la deuxième chance, ces derniers ont remonté que « c’est la première fois qu’on nous écoute ».

Les professionnels de l’accompagnement exploitent cette forme d’entretien mis en exergue par C.Rogers depuis plus de cinquante ans. Dans de nombreux milieux professionnels proposer ce type d’entretien est un incontournable pour aider et permettre à l’autre (le patient, l’accompagné etc.. ) de se comprendre, de comprendre la situation, de dédramatiser, de mettre du sens, d’identifier ses ressources, de se remettre en dynamique, d’accepter la réalité de la situation etc…

De plus et compte tenu du contexte spécifique de cette formation à destination d’enseignants, de conseillers pédagogiques d’éducation en charge du suivi d’élèves en mal avec le système scolaire, l’entretien d’écoute active est l’un des outils les plus pertinents pour recréer du lien, pour favoriser les prises de conscience, pour instiller les bases de la confiance en soi et en l’autre, dans le but de faire émerger chez le jeune des ressources et potentialités qui sont enfouies et dont il n’a plus conscience.

L’écoute active et les principes de base de cette formation :

D’abord, une posture qui se caractérise par les points suivants :

  • La pleine présence à l’instant. Il s’agit pour l’écoutant d’être dans la présence pleine et entière à l’autre. Il n’y a que ce moment de l’entretien qui a de l’importance à cet instant. Cela nécessite de la part de l’écoutant de maîtriser son « mental » pour ne pas se projeter dans le futur ou de ressasser le passé. C’est un moment de pleine attention à soi et à l’autre. C’est parce que je suis en tant qu’accompagnant dans cette disposition que je suis de fait dans l’empathie, la bienveillance et l’authenticité. C’est très facile à comprendre intellectuellement mais « bougrement » difficile à  réaliser. Mais ça s’apprend par un entraînement quotidien !
  • Se mettre dans un lieu approprié où il n’y aura pas de dérangement (téléphone, télévision, bruit, passage etc…). Ce lieu se doit d’être agréable et le cadre de la rencontre se doit d’être différent de toutes les autres rencontres (entretien de recadrage, etc…).
  • De ne pas anticiper sur les pensées de l’autre (l’écouté)..de laisser l’autre exister tel qu’il est, et non pas tel que je voudrais qu’il soit.
  • De laisser aller l’entretien là où il doit aller et d’abandonner les stratégies d’anticipation et de contrôle. Il n’y a pas d’objectif à atteindre, si ce n’est que de laisser et permettre à l’autre (l’écouté) de s’exprimer tel qu’il est à cet instant. C’est certainement dans le milieu éducatif français, le défi majeur. Culturellement nous sommes conditionnés à tout penser, tout organiser, tout contrôler et tout objectiver (cf, les programmes, la didactique des disciplines avec les contenus à organiser dans le temps, les planifications, les programmations, etc..). Or l’entretien d’écoute active est à l’opposé de cette intention de programmation et d’objectivation. Il s’agit de placer un temps de rencontre qui est structuré par le laisser faire et le laisser être, sans autre intention.

Ensuite de la patience.

  • Accompagner des jeunes en risque de décrochage ou en décrochage implique à tous les niveaux du système éducatif, de mettre comme valeur première la PATIENCE ! Or c’est ce que nous manquons le plus dans le contexte de notre époque qui réclame des changements rapides..comme si un être humain, qui plus est, un jeune pouvait se transformer parce que nous proposons de nouveaux dispositifs. Quelle illusion et quelle erreur de penser que des dispositifs vont régler en quelques mois des problèmes de fond qui dépassent le plus souvent l’école parce qu’inscrits au plus profond de l’histoire de vie du jeune. Tout professionnel de l’accompagnement sait combien les changements peuvent être longs, émaillés d’avancées, de reculs, de chutes, de ruptures et de ces moments de grâce où la résilience provoque l’évolution . C’est pour l’accompagnateur la confiance en soi et en l’autre, même dans les moments les plus délicats et compliqués, qui est déterminante.

Laisser faire le temps, une priorité même dans le sport de haut niveau.. Ces deux dessins montrent bien s’il en est que l’évolution d’une personne ne se fait jamais linéairement. Il importe que l’accompagnateur ait bien en tête cette réalité de la « vraie vie » et que sa présence à côté de l’accompagné est d’autant plus nécessaire que ce dernier est dans un de ces moments délicats qu’immanquablement il doit traverser !

  • L’acceptation que je n’ai aucune prise sur l’autre ! Une autre illusion à abandonner. Je peux créer les conditions qui vont faire que l’autre va s’engager, décider de se mobiliser, de se motiver..mais je ne peux pas décider pour lui ! C’est toujours l’autre qui en dernier ressort décide, consciemment ou inconsciemment, de se mettre en mouvement.

Puis de la collaboration. Qui accompagne doit être accompagné. C’est le principe de base de toute action d’aide.

  • La rencontre avec des pairs facilite le partage d’expériences et permet la mutualisation des compétences. L’isolement, la solitude sont les deux pièges à éviter pour un accompagnateur quel que soit son domaine professionnel (santé, psychothérapie, éducatif, social, justice..).
  • La supervision  par un « expert » de l’accompagnement facilite la mise à distance, permet la relecture et la compréhension de situations non élucidées et participe à construire du sens à l’engagement. Il en va de l’efficacité du dispositif et de la santé des personnes qui s’engagent dans de tels dispositifs de suivi.
  • La partage avec les collègues non engagés dans le dispositif et avec les Chefs d’établissement (Principaux) et les Adjoints est à penser et à structurer. Il est illusoire de penser pouvoir « raccrocher » un jeune si tous les maillons du système ne collaborent pas. Cela pose la question de comment partager, échanger et communiquer entre professionnels sur cette question du décrochage ?

Enfin de la persévérance et de la confiance. Certainement le point prioritaire. C’est parce que l’accompagnateur incarne ces deux intentions qu’il va les concrétiser dans la relation qu’il construit au jour le jour avec le jeune en rupture. Elles ne s’objectivent qu’indirectement. Elles se perçoivent et s’incarnent lorsque l’accompagnateur est en cohérence entre sa posture physique, son état émotionnel et la conscience de son état intérieur.

Raymond Barbry le 21 janvier 2017.

 

Le mindful management, une approche pour favoriser le bien être dans les établissements scolaires.

L’AGEPS-Raymond Barbry vient d’entamer une formation à destination de vingt sept chefs d’établissements du 1er et du 2nd degré de la région lyonnaise. Cette action de formation est le fruit d’une collaboration avec l’ISFEC Saint Vincent-Oratoire de Lyon.

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Nous avions, lors d’un précédent article – Le mindful management pour les chefs d’établissement, mode ou nécessité ? –  réalisé une présentation de ce projet innovant qui annonçait cette initiative. Voir cet article sur le lien suivant :https://agepsraymondbarbry.wordpress.com/2016/06/23/le-mindful-management-pour-les-chefs-detablissement-scolaire-mode-ou-necessite/

Les caractéristiques de cette action de formation :

  • Une formation qui regroupe des chefs d’établissement du 1er et du 2nd degré.
  • Un partenariat entre le formateur-consultant, l’institut de formation et l’association des chefs d’établissement, en l’occurrence pour cette action le SNCEEL local.
  • Une action de formation en deux temps : tout d’abord deux jours bloqués permettant de poser le cadre, d’élaborer un diagnostic, de déboucher sur des prises de conscience des points forts et des zones de fragilité, d’élaborer des priorités en matière de management ; puis une journée, deux mois et demi plus tard, afin de mesurer les effets des orientations engagées sur le chef d’établissement, sur les collaborateurs, sur l’ensemble du personnel et sur les élèves
  • Une formation qui met au centre du système-école, les adultes en responsabilité dans les établissements, à savoir : les chefs d’établissements, les adjoints, les enseignants, les éducateurs et l’ensemble des personnes qui œuvrent dans un établissement scolaire.
  • Une formation qui a comme postulat de base que les élèves, quel que soit leur âge, se sentiront mieux dans un établissement scolaire si les adultes en charge de leur enseignement-éducation s’y sentent bien. Nous rejoignons en cela tous les travaux de recherche et d’observation de ces dix dernières années en psycho-sociologie du travail qui montrent combien le « bien être » au travail est déterminant pour tout les acteurs et à tous les niveaux de l’organisation (ambiance, engagement, reconnaissance, efficience, etc…).

Nous avons construit cette formation autour des mots clefs suivants : Attention, Écoute, Confiance, Liberté, Fragilité, Efficience, Humilité, Créativité, Cohérence, Pleine Conscience, Authenticité, Bien être, Temporalité, Sérénité.

Raymond Barbry le 16 janvier 2017.

 

Attention-concentration et bien être à l’école et au collège, axe prioritaire pour un ensemble scolaire Nîmois

Je viens de passer deux jours avec toute une équipe pédagogique d’enseignants, d’éducateurs, d’assistants de vie scolaire de l’ensemble scolaire de Valsainte à Nimes. Deux jours où nous avons abordé à la fois la question de l’attention-concentration et du bien être des élèves comme des adultes.

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Ce sont prés de quarante personnes qui ont bénéficié à la fois d’un programme de formation leur permettant,  d’une part d’identifier ce qui dans leurs pratiques actuelles favorisent développement de l’attention-concentration et du bien être, et d’autre part d’enrichir ces pratiques par la mise en place quotidienne d’exercices de pleine attention.

D’abord des mises en situations concrètes, c’est ce qui caractérise l’efficience de ces deux journées. Toutes les situations ont été vécues puis analysées par les adultes (cf le programme en huit étapes élaboré par l’Ageps Raymond-Barbry). Les conditions d’un transfert en contexte de classe ont été finalisées par un travail d’équipe par niveau..

Une priorité le bien être à l’école, une intention incarnée par le chef d’établissement ! C’est ce qui se dégage de ces deux journées et qui est partagé par l’ensemble des participants. Au delà du développement des capacités attentionnelles des élèves, la priorité des priorités est de favoriser et de créer les conditions du bien être dans le temps scolaire, tant pour les adultes que pour les élèves. Une condition de réussite pour que cette intention se concrétise dans le quotidien de la vie de l’établissement, la posture du chef d’établissement.

Formations d’enseignants à l’attention-concentration et à la régulation du stress professionnel

Comme tous les ans depuis six années je poursuis les actions de formation dans deux domaines d’expertise de l’AGEPS-Raymond Barbry, l’attention-concentration et la régulation du stress professionnel.

Suite à quatre jours de formation qui ont regroupé prés d’une cinquantaine d’enseignants, répartis sur les deux sessions, du 1er degré de la région des Hauts de France, voici les observations que j’en retire.

  1. Sur la question de l’attention-concentration
  • Les enseignants sur le terrain font les mêmes constats que ce que les chercheurs identifient actuellement dans les différents domaines de recherche (neurosciences, psychologie, ergonomie, didactique….), à savoir une baisse conséquente des capacités attentionnelles, les leurs  (celles des adultes) et celles des enfants.
  • Développer l’attention-concentration devient une priorité éducative. Les enseignants présents représentaient une dizaine d’établissements. Plus des trois quarts mettent en priorité 1 dans leur projet d’école, le développement de l’attention-concentration.
  • Le besoin d’éduquer et de former à l’exploitation des outils numériques dés le plus jeune âge pour apprendre à en maîtriser l’exploitation et ne pas en être dépendant.
  • Le déficit grandissant des capacités motrices chez les enfants de 3 à 11 ans. Déficit qui se traduit par des problèmes de coordination motrice, de capacité énergétique, de tonicité générale, d’appréciation de trajectoire. Les enseignants font un lien entre la motricité et l’attention-concentration.
  • Le besoin d’instaurer des temps de silence, de calme ou de rien quotidiennement dans l’emploi du temps de la journée.

Ces constats et observations ont été pris en compte dans le dispositif de formation et nous avons proposé des pistes et des outils concrets pour remédier aux difficultés identifiées (cf plusieurs articles à ce sujet dans ce blog).

  2. Sur la question du stress professionnel des enseignants.

  • Il est en augmentation comparativement aux années antérieures. je fais le constat qu’au regard des tests que j’exploite dans le cadre de ces deux jours de formation, les scores augmentent d’année en année. Sur l’échelle de Légeron qui comporte 5 niveaux, le groupe d’une vingtaine d’enseignants obtenait une moyenne supérieure au niveau 4. La moité du groupe étant au niveau 5 ! Niveau qui caractérise un métier à très haut niveau de stress. Une seule personne au niveau 3.
  • Les enseignants au même titre que les autres professions liées à de l’humain (professions de la santé, du social, de l’éducatif, de la justice) ont des niveaux de stress de plus en plus conséquents. Ce qui ce concrétise par une augmentation de l’épuisement professionnel et son contingent de burn-out.
  • La non reconnaissance, la frustration et la pression sont les trois facteurs de sur-stress professionnel les plus élevés. Nous ne constatons pas d’évolution depuis plus de dix ans que nous faisons passer ces tests aux enseignants. L’appartenance au secteur public ou privé n’a pas d’importance en ce domaine.
  • Le non outillage des personnes à la régulation de leur niveau de stress, la difficulté grandissante à réguler les différents temps de vie et à prendre du temps pour soi. Cette problématique n’est toujours pas abordée en formation initiale. Elle semble considéré comme du registre du développement personnel, et être de la seule  responsabilité des personnes. Nous avons en France, à cheminer en ce domaine pour faire reconnaître que la question du stress professionnel et bien une question professionnelle et non personnelle.

Bilan de ces quatre jours par les participants qui résument par les mots et phrases suivants :  incontournable /  indispensable / devrait être proposé à tous les enseignants / devrait être aussi développé en formation d’équipe / des outils concrets et finalement simples à exploiter quotidiennement / prendre du temps pour soi est aussi une compétence professionnelle / A proposer dés la formation initiale…..

Raymond Barbry le 14 novembre 2016

 

 

 

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Une collaboration école-association de parents sur l’attention-concentration et le bien être à l’école.

 

C’est dans le cadre d’une formation-accompagnement de longue date (début de l’accompagnement 2011) de l’équipe pédagogique et du personnel éducatif de l’école maternelle et primaire Saint Charles de Saint martin-les-Boulogne (Pas-De-Calais-France), que j’ai réalisé le mardi 18 octobre une rencontre à la demande de l’association des parents d’élèves et du conseil d’établissement. Cette rencontre qui a pris la forme d’une conférence-atelier avait deux objectifs prioritaires :

  • expliciter l’axe prioritaire du projet d’école – attention-concentration et bien être,
  • donner des outils simples, pratiques et concrets aux parents pour développer l’attention-concentration dans leur quotidien familial.

Voici en résumé les grands points abordés lors de cette soirée où étaient présentes plus de 120 personnes et toute l’équipe pédagogique (une quinzaine d’enseignants).

 

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Développer l’attention concentration, des enfants, des jeunes….et des adultes, une priorité éducative !

L’attention est la capacité d’être dans la présence à l’instant tel qu’il se présente…la concentration est la focalisation intentionnelle sur un élément de ce présent. Être attentif et concentré c’est être capable de se maintenir intentionnellement dans le présent et se mettre à distance des pensées qui nous renvoient dans le passé ou nous projettent dans le futur.

Pourquoi apprendre et développer cette métacompétence (l’attention-concentration) à l’école..mais aussi dans le sport, la musique, le travail et la vie personnelle ? Nous observons une baisse conséquente des capacités attentionnelles chez l’être humain et plus particulièrement ces dernières années. Quelques données chiffrées qui interpellent quant à la réduction de nos capacités attentionnelles

 

  • Durée totale d’attention sur 60mn : Il y a trente ans elle était de 20mn, il y quinze ans :15mn, en 2015 : 3mn.
  • Durée de concentration soutenue sur une tâche donnée, début des années 2000 : 3mn, en 2012 : 1mn15 sec, en 2016 : 45 secondes.

 

Les causes essentielles de cette baisse exponentielle de nos capacités attentionnelles sont maintenant bien identifiées.

  • La sur-sollicitation informationnelle. Nous vivons dans un monde qui sans arrêt nous « bombarde » d’informations via les différents médias (télé, réseaux sociaux, smartphone etc….). Nous sommes dans un environnement hyperconnecté.
  • Un mental en ébullition constante..Nous avons de moins de moins de temps de « rien »..Nous sommes tout le temps en activité mentale, ce qui épuise nos capacités de vigilance et génère des états d’épuisement..Une des raisons de l’augmentation des « burn-out » chez les adultes est en partie lié à cet aspect. Nous observons à l’heure actuelle des enfants de 5 ans en état de « burn-out ». Une enquête récente de l’OCDE montre combien les élèves français sont parmi les plus en état de stress et d’épuisement psychique !
  • Un modèle de vie compétitif survalorisé et marqué par une obsession à l’évaluation. Nous avons mis en exergue la logique compétitive. Elle imprègne tous les niveaux de la société. Il y des injonctions à être dans le toujours « plus », d’efficacité, de rendement, de performance, de mesure et de contrôle etc…Nos enfant ont baigné dans ce modèle sociétal occidental qui épuise et rend moins efficient l’apprentissage. Or pour apprendre il faut en priorité, patience, acceptation des tâtonnements et des erreurs.
  • Un contexte social de plus en plus anxiogène. Les événements qui marquent notre pays et l’Europe depuis quelques années ne sont pas sans conséquence sur nos états psychiques. Nous vivons dans un monde de peur alimenté par les médias et par certains politiques. Nos enfants sont des éponges, nous ne les protégeons pas assez de cet environnement médiatique qui pollue les esprits. Il ne s’agit pas de minimiser les événements sociétaux actuels (enchaînement de crises en tout genre, emploi, conflits armés, attentats, immigration, montée des xénophobies, violence, épuisement des ressources de la planète, changement climatique…) mais il ne sert en rien de les surestimer et d’en surexposer les enfants.
  • Une perte du temps d’activité  physique ! Plusieurs études très récentes en France et dans d’autres pays occidentaux montrent combien l’activité physique est déterminante pour notre santé, mais aussi pour notre attention-concentration. Les enfants qui ont au moins 30mn d’activités  physiques par jour, obtiennent de meilleurs résultats au test d’attention-concentration ! Par activité physique il faut entendre tous les temps de motricité, et tous les jeux extérieurs qui mettent en mouvement le corps ! En outre, avant que l’enfant ne sache lire, les seuls jeux possibles sont sensori-moteurs et basés sur la stéréotypie motrice
  • Un temps chronophage passé devant des écrans en tout genre ! Télévision (4h00/jour en moyenne pour un enfant français !), utilisation non raisonnée des ordinateurs, tablettes et smartphone, temps passé sur les réseaux sociaux. Il peut être bon de se rappeler la loi des 3, 6, 9, 12. Pas d’écran avant 3 ans, ou tout au moins les éviter le plus possible. Parce que de nombreux travaux montrent que l’enfant de moins de trois ans ne gagne rien à la fréquentation des écrans. Pas de console de jeu portable avant 6 ans. Aussitôt que les jeux numériques sont introduits dans la vie de l’enfant, ils accaparent toute son attention, et cela se fait évidemment aux dépens de ses autres activités. Pas d’Internet avant 9 ans, et Internet accompagné jusqu’à l’entrée en collège. L’accompagnement des parents sur Internet n’est pas seulement destiné à éviter que l’enfant y soit confronté à des images difficilement supportables. Il doit lui permettre d’intégrer trois règles essentielles : tout ce que l’on y met peut tomber dans le domaine public, tout ce que l’on y met y restera éternellement, et tout ce que l’on y trouve est sujet à caution parce qu’il est impossible de savoir si c’est vrai ou si c’est faux. Internet seul à partir de 12 ans, avec prudence. Là encore, un accompagnement des parents est nécessaire. Il faut définir avec l’enfant des règles d’usage, convenir d’horaires prédéfinis de navigation, mettre en place un contrôle parental…
  • Mais aussi, la qualité de notre alimentation et du sommeil. Ce que nous mangeons n’est pas sans effet sur toutes les capacités de notre corps. Il est prouvé qu’une alimentation trop riche en sucre altère les capacités de vigilance. Une augmentation des perturbateurs endocriniens dans notre alimentation ne serait pas sans effet sur nos comportements et nos capacités de vigilance (augmentation de la suractivité et de l’hyperactivité notamment). Nous constatons une baisse conséquente du temps de sommeil chez les enfants. A la question posée à des spécialistes du cerveau (neurologue), quel est l’élément déterminant pour avoir un « cerveau » en forme ?  Leur réponse unanime : bien dormir en qualité et quantité (l’aspect quantitatif est dépendant de chaque personne).

Comment améliorer nos capacités attentionnelles ?

  • Des fondamentaux et du bons sens qu’il est toujours bon de rappeler ! Une qualité et quantité de sommeil suffisantes (cf point précédent)….une alternance des temps de repos, d’activités physiques, d’activités intellectuelles, et de temps d’ennui. Il importe de susciter et de provoquer des temps de rien, voire d’ennui. Ils sont nécessaires au développement de notre bien être et de notre imagination….Une régulation du temps passé devant les écrans….La reconnaissance des temps de fatigue.Il ne sert à rien d’exiger de l’engagement, de l’attention et de la performance quand le sujet est fatigué, qui plus est un enfant.
  • La connaissance des moments propices de vigilance accrue dans la journée, la semaine et l’année. Nous savons quels sont ces temps qu’il est judicieux d’exploiter…dans le cadre de la journée, le matin entre 9h00 et 11h00 et dans l’après-midi entre 15h00 et 17h00-18h00…dans le cadre de la semaine, le début et la fin de semaine sont marqués par une vigilance réduite le lundi et une fatigue conséquente le vendredi…les saisons rythment notre état de « forme » et de vigilance, lors des changements de saison et en automne et hiver nous sommes plus fatigables et moins vigilants, le déficit de lumière en serait la cause essentielle.

Mais aussi, proposer des temps courts de pratique de pleine attention aussi appelé pleine présence, voire pleine conscience. Ces pratiques se développent  exponentiellement dans nos sociétés occidentales. Elles touchent tous les domaines, la santé, le travail, le social, la justice, le sport, l’école. Au delà d’un effet de mode indéniable, elles n’en sont pas moins une des réponses aux dérives qu’a engendré notre mode de vie moderne (suractivité, surconsommation, surmédiatisation, perte du sens, déficit de l’intériorité et de la conscience de soi etc…). Dans le contexte de l’école elles ont pleinement leur place aujourd’hui pour apprendre aux enfants à réguler eux-mêmes leurs capacités attentionnelles, à muscler leur mental et à apprendre à observer et orienter leurs pensées. Cette capacité est à la base de l’apprentissage, sans attention-concentration suffisante, l’apprentissage est tout simplement impossible. De plus en plus de pays proposent des temps spécifiques d’apprentissage à la pleine attention. La France s’y met peu à peu. Pour ma part, cela fait cinq ans que je forme des enseignants à cette pratique. C’est ce que j’ai fait avec l’ensemble de l’équipe pédagogique de l’école Saint Charles et avec plus de 800 enseignants répartis sur tout le territoire français depuis cinq ans.

  • Quelles sont ces pratiques de pleine attention qui peuvent être exploitées en contexte éducatif ?  Elles sont connues de longue date, nous y trouvons : le yoga, la méthode Vittoz, la méditation de pleine conscience adaptée aux enfants, la sophrologie, la gestion mentale, les temps d’intériorité et de calme, les temps d’écoute en silence….
  • Comment les exploiter dans notre quotidien ? Il suffit de 3mn de pratique par jour pour commencer à développer notre attention-concentration. Il importe de comprendre que c’est par un entraînement quotidien et répétitif que cette dernière va se développer. C’est en faisant que l’on apprend !  Ce peut être, par exemple, lors d’un temps formel qui est posé avant le coucher à la maison ou au retour de récréation à l’école. Mais aussi à tout moment, où percevant la perte de vigilance, nous arrêtons notre activité pour faire du calme en soi en se centrant sur sa respiration par exemple.
  • L’intérêt pédagogique de ces pratiques est bien reconnu et validé. Nous observons, au delà de l’amélioration des capacités attentionnelles, un gain de calme dans les classes, une diminution du niveau de stress et d’angoisse, une qualité du vivre ensemble et de la coopération et un apprentissage plus efficient. Nous avons de plus en plus de recherches et d’expériences qui valident les effets des pratiques de pleine attention auprès des enfants, des adolescents et des jeunes.

Mise en situation proposée aux parents. Après avoir présenté l’outil que j’ai élaboré et amélioré depuis six ans avec l’aide et la participation des enseignants formés à cette approche ; j’ai proposé, en guise de découverte, plusieurs situations qui peuvent être exploitées à la maison comme dans la classe. C’est ainsi que les parents ont effectué des exercices :

    • d’attention à sa respiration,
    • d’attention aux sons,
    • d’attention au corps,
    • d’attention aux pensées.

L’outil que je propose s’appuie sur cinq approches complémentaires : la gestion mentale, la méditation adaptée aux enfants, la métacognition, la visualisation mentale, le  breathplay (respiration du yoga adapté à l’effort). Il est bâti en huit étapes qui s’inscrivent dans une complexité croissante. en voici la présentation :

  • Étape 1 : Attention à la respiration.
  • Étape 2 : Attention aux sons, aux silences et au goût.
  • Étape 3 : Attention aux sensations du corps.
  • Étape 4 : Attention à la respiration tout en marchant, tout en courant…
  • Étape 5 : Attention aux émotions.
  • Étape 6 : Attention aux pensées.
  • Étape 7 : Faire le calme en soi et se mettre en projet.
  • Étape 8 : Remplacer une pensée obsédante (par exemple, peur d’échouer) par une pensée positive.

Cette approche prend son sens à compter de l’âge de 6-7 ans. Pour les âges précédents (de 3 à 5/6 ans), l’éveil des sens, l’activité motrice, les activités artistiques, suffisent amplement à développer l’attention-concentration.

Raymond Barbry le 2/11/2016

 

 

Et si on pensait au bien être des enseignants..pour améliorer le bien être des élèves !

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Le bien-être au travail est une intention de plus en plus prise en compte dans les organisations publiques ou privées qui posent l’humain comme la ressource prioritaire. Toutes les enquêtes et recherches menées en ce domaine, montrent que la prise en compte de l’humain conduit à une amélioration de l’efficience à tous les niveaux de l’organisation. C’est ainsi que nous constatons :

  • Développement des compétences individuelles,
  • Développement de l’intelligence collective,
  • Amélioration des relations et de la coopération au sein des organisations,
  • Diminution des situations de crise,
  • Diminution des arrêts de maladie,
  • Réduction conséquente, voire suppression des états d’épuisement professionnel et des burn-out,
  • Augmentation de la performance de l’organisation,

Accompagnant depuis trois ans des établissements des Pyrénées Orientales, de l’Aude et des hauts de France nous avons engagé comme priorité de cette année la question du bien-être des adultes en charge de l’éducation et de l’enseignement dans les écoles primaires. Après avoir travaillé la question des rythmes scolaires, puis celui de l’attention-concentration par les pratiques de la pleine conscience,  le « bien être »des adultes s’est imposé. En effet, à quoi bon « mettre l’élève au centre »..si les adultes en charge de l’éduquer ne sont pas à même de répondre à cette mission….Or si nous souhaitons avoir des élèves qui s’investissent et se sentent bien dans leur école, encore faut-il que les enseignants, les chefs d’établissements et responsables institutionnels témoignent dans leur posture de cette intention.

Les grands points abordés lors de nos rencontres :

  • Les questions directrices : C’est quoi le bien être ? Pourquoi est-il si important de le développer ? Comment et à quelles conditions en contexte éducatif ?
  • Le bien être s’apprend, ce n’est pas inné.
  • Les trois axes du bien être : la relation à soi par l’intériorité, la relation aux autres et la relation à l’environnement.
  • Bien être et souffrance, un incontournable.
  • Une société psycho-dépressive, une société en crise de sens marqueur d’un « entre deux » civilisationnels.
  • Quelques indicateurs de santé globale, tels que l’épuisement professionnel, le burn-out, le harcèlement.
  • Effets sur la santé et le bien être d’une exploitation non régulée des outils numériques.
  • Le bien être comme le mal être sont contagieux et se transfèrent.
  • Le management humaniste, l’humain d’abord.
  • L’articulation vie personnelle et vie professionnelle.
  • Apprendre à réguler son niveau de stress et éviter le passage au sur-stress.
  • Une priorité professionnelle, la confiance en soi.
  • La fatigue et plus particulièrement la fatigue psychique un empêcheur au bien être.
  • L’être humain est fondamentalement altruiste.
  • Se protéger des médias.
  • Des propositions concrètes pour les adultes et les enfants : instituer des temps de calme ;  se ménager du temps pour soi ; développer la conscience de soi par des pratiques de pleine attention ou pleine présence ou pleine conscience ; apprécier les petits moments de joie par une présence dans l’instant ; être dans la présence pleine et entière à l’autre pleine.
  • Au plan professionnel : avoir conscience de ses compétences, accepter ses imperfections et ses limites ;  partager des moments simples ; pratiquer l’humour.
  • Être des « Tisserands » : Œuvrer à la réparation des liens dans notre proximité. Face à la morosité ambiante, les « Tisserands » répondent à l’urgence en récréant les trois liens nourriciers de la vie humaine, le lien à soi et à son moi profond (le soi de Jung), le lien de fraternité et de coopération avec les autres,  le lien d’émerveillement et de méditation à la nature et à l’environnement.

Raymond Barbry le 19 octobre 2016