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Méditation de pleine conscience à l’école, état de la recherche scientifique et de la recherche action

Dans le cadre d’une formation nationale pour des enseignants spécialisés à Arras, et à la demande de Bénédicte Dubois (responsable enseignement spécialisé à l’Ifp de Lille), l’AGEPS-Raymond Barbry a fait un état des lieux des recherches sur la méditation de pleine conscience et l’ensemble des pratiques méditatives à l’école et dans les autres  champs de la société (santé, social, sport, entreprise, armée, religieux….).

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Voici en résumé les grands points que j’ai abordés lors de cette journée.

1. Histoire, définition et sens.

Les pratiques méditatives ont plus de 2600 ans ! Elles traversent l’histoire de notre humanité, des différentes civilisations, des différentes religions, des différentes cultures. Pour plus de détails sur les aspects historiques , voir les travaux de Francesco Varela Fabrice Midal,  Frédéric Lenoir. L’historien Pierre Hadot a montré dans ses travaux de recherche, l’importance des « exercices spirituels » dans les différentes écoles philosophiques de l’Antiquité grecque et romaine. Frédéric Lenoir dans son ouvrage « Méditer à cœur ouvert » fait un résumé synthétique qui croise, les apports des écoles philosophiques de l’Antiquité, les apports des religions monothéistes, les apports de l’Asie via le yoga et le bouddhisme et les apports modernes de l’approche laïque et scientifique.

Depuis une cinquantaine d’années et plus particulièrement depuis ces dix derniers années, la méditation connaît un essor sans précédent dans le monde occidental, tout d’abord via l’apport du bouddhisme zen et de manière fulgurante par le développement de la mindfulness, forme laïque de méditation, focalisée sur le souffle, les perceptions sensorielles. Pratique qui permet de réduire de manière significative le stress et les états anxieux qui sont considérés comme les « maladies chroniques » de notre époque hyper-moderne.

La définition est simple, je m’inspire plus particulièrement sur les écrits et les paroles de Thich Nhat Hanh  (un des premiers à écrire en langue française sur ce sujet de la méditation de pleine conscience). La méditation dite de pleine conscience, aussi appelée pleine attention ou pleine présence consiste à apprendre à vivre pleinement chaque instant de la vie que ce soit en mangeant, en étudiant, en jouant, en faisant du sport, en travaillant, en écoutant de la musique, en parlant, etc…

In fine, le sens ultime des pratiques méditatives est de nous rendre pleinement humain en mettant en harmonie notre esprit, notre corps, notre cœur dans la présence à soi, à l’autre et au monde (Frédéric Lenoir). Nous voyons ainsi que méditer ne se résume pas à être assis en tailleur en position du lotus ! Mais qu’à chaque moment de la vie quotidienne, il nous est possible d’être dans cette posture intérieure de la pleine présence à ce qui est.

Les pratiques méditatives visent à nous rendre libres et non soumis à une idéologie quelconque. Elles nous invitent à explorer notre propre expérience en rendant notre esprit plus clair, à faire naître en nous une intelligence de la situation où nous nous trouvons, à nous faire découvrir que notre esprit colore le monde et qu’il est possible de travailler sur notre manière de voir les choses. Que nous ne sommes au fond jamais prisonniers de nos émotions, de nos affects et de notre histoire. Elles nous permettent de toucher la racine de notre être et la vie qui nous anime. Elles sont une invitation à nous ouvrir pleinement à ce que nous sommes (Fabrice Midal).

De fait si nous nous basons sur cette définition et le sens de la méditation, nous faisons le constat qu’il n’existe pas une seule et unique pratique de la méditation, mais que nous avons bien à faire actuellement à des pratiques méditatives, qui ont la même base de départ et la même intentionnalité.

2. Un phénomène scientifique, médiatique et pédagogique exponentiel.

Fin des années 90 et début des années 2000, dans la littérature scientifique il était dénombré par an une dizaine d’articles faisant état de recherches sur ce sujet. Les premières photos de moines (cf Mathieu Ricard) avec des capteurs sur le crâne remonte à cette époque. A compter des années 2008, la courbe s’infléchit et de plus en plus de recherches sont menées sur les effets des pratiques méditatives. Depuis 2015, nous sommes à plus de quatre cents articles scientifiques par an ! Pour ma part, depuis cinq ans, il n’y pas un mois où je ne suis pas sollicité par des étudiants de master (psycho, sciences de l’éducation, socio, staps, philo, écoles d’ingénieurs, écoles de commerce, école de journalisme…) ou des doctorants qui ont pour sujet de mémoire ou de thèse la place des pratiques méditatives en contexte éducatif ou sportif !

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Des noms et des repères scientifiques : Voici une liste de noms qui servent actuellement de référence. Elles et Ils ont participé à leur manière à être des promoteurs scientifiques du développement de la méditation. Ils ont participé à donner une justification scientifique de la méditation dite de pleine conscience, Jon Kabat-Zinn (Biologiste moléculaire EU), Francisco Varela +(Biologiste-Chili/Paris Orsay-France), Mathieu Ricard (moine et chercheur en génétique moléculaire-France), Zindel Segal (Psychologue cognitiviste-canada), Antoine Lutz et Jean Philippe Lachaux (Neurosciences – Inserm Lyon France), Richard Davidson (Neurosciences – EU), Christophe André (Psychiatre – France), Wolf Singer (Neurobiologiste-Allemagne), Paul Ekman (Psychologue EU),  Robert Levenson ( Psycho-physiologue-EU), Stephen Kosslyn – (Psychologue-EU), Michel Le Van Quyen (Neurosciences – Inserm Paris), Helen Mayberg (Psychiatre et neuro – EU), Père Thomas Keating (Philosophe des sciences – EU), Jack Kornfield (Psychologue – EU), Esther Sternberg (Neuroscientifique – Canada), John Teadsdale (Psychologue – UK), Alan Wallace (Philosophe des sciences – EU), Ilios Kotsou et Alexandre Heeren (Psychologues – Université de Louvain Belgique), Alfonso Caycedo (Psychiatre et fondateur de la sophrologie – Espagne), Antoine De Lagaranderie (Fondateur de la gestion mentale) et bien d’autres que je ne peux citer mais qui travaillent sur cette question.

L’influence du réseau Mind and Life est déterminante quant à l’état des recherches actuelles. Ce réseau a pris forme au milieu des années 80-90, sous l’instigation de Francisco Varela, le penseur et neuroscientifique chilien (Professeur des universités à Paris Orsay), l’avocat américain Adam Engle et le Dalaï-lama. Mind and Life à développer un type d’approche « universel » des bénéfices potentiels induits par les pratiques méditatives. Il y a, pour les fondateurs, un caractère d’urgence lorsque nous savons la prévalence de la dépression, de l’angoisse et des déséquilibres posttraumatiques, ainsi que les niveaux de stress et de violence particulièrement élevés qui caractérisent notre ère hyper-moderne.

Au plan sociétal et médiatique, il en est de même ! Au début des années 2010, quelques apparitions dans les médias « grand public ». Par exemple, en 2012 Europe 1 dans une matinale fait une référence aux pratiques méditatives à l’école (https://agepsraymondbarbry.wordpress.com/2012/10/26/la-meditation-a-lecole-on-en-parle-dans-les-medias/). Plus récemment, l’hebdomadaire  « Femmes actuelles » (jan 2017), « On attend quoi pour…méditer en classe ! » La revue les cahiers pédagogiques (n°547) met en ligne et en accès libre et gratuit un article co-écrit par Florent Pasquier (Paris-Sorbonne) et Raymond Barbry (formateur indépendant),  » Pratiques de pleine attention et effets de la méditation à l’école » : http://www.cahiers-pedagogiques.com/Pratiques-de-pleine-attention-et-effets-de-la-meditation

Aujourd’hui, il ne se passe pas une semaine sans que dans les médias, une émission, un reportage, un article ne fassent référence à la méditation. Il y a bien un phénomène de société qui est révélateur, d’un besoin, d’un engouement voire d’une mode.

Au delà et en appui des scientifiques, des acteurs du terrain et de la pratique que je qualifie comme des innovateurs et des scientifiques de l’action (recherche-action) ont participé au développement des pratiques. Elles et ils sont celles et ceux qui dans le quotidien font vivre ce qu’est la méditation. Ils viennent donner du sens aux pratiques méditatives dans le quotidien de nos vies. En voici quelques uns-unes qui, en France et dans les pays francophones, ont participé au développement des pratiques méditatives,  Fabrice Midal (Philosophe et fondateur de l’école française de méditation laïque), Frédéric Lenoir Philosophe-sociologue (fondation Seve, ancien Directeur du monde des religions), Thierry Janssen (Médecin, psychothérapeute), Thich Nhat Hanh (Moine boudhiste /les Pruniers – fondation Wake up),  André Comte Sponville (Philosophe), Abdenour Bidar (Philosophe – IGEN en charge de la question du vivre ensemble et de la spiritualité à l’EN), Alexandre Jollien (Philosophe), Jacques Vigne (Médecin psychiatre), Gérard Bloch (Médecin rhumatologue – Responable du DU, méditation à l’Université de Strasbourg), Et bien d’autres...Yvan Amar+, Annick de Souzenelle, Marc De Smedt, Patrice Van Eersel, Olivier Chambon, Anne Ducrocq, Christophe Fauré,  Jean Yves Leloup, etc….

Les innovateurs dans le domaine éducatif en France (début des années 2010). Elles et ils sont nombreux qui dans l’ombre, d’abord, puis de plus en plus à découvert, ont osé s’affranchir, proposer dans le contexte éducatif des temps de pratiques méditatives et former des enseignants (méditation de pleine conscience, sophrologie, yoga, gestion mentale…). Parmi celles et ceux qui ont publié leurs pratiques (livres, blogs), voici en France les précurseurs  :Eline Snel (Calme et attentive comme une grenouille- Pays Bas), Jeanne Siaud Fachin (Psychologue), Clarisse Gardet (Sophrologue et Psychologue) , David Dewulf (Belgique),  Susan Kaiser Greenland (EU), Marine Locatelli (Productrice et auteur), Brigitte Gamby-Cerf (Psychologue), David et Anne Rycroft (association mind with heart), Patrick Bobichon (Formateur et promoteur de la méthode Vittoz), Antonela Verdiani (Formatrice et chercheur indépendant – fondatrice du Printemps de l’Éducation et ex-responsable éducation à l’UNESCO), Max Deloor (ONG paix et bienveillance en paix) Florent Pasquier (Universitaire et formateur Espe), Antoine De La Garanderie + (fondateur de la gestion mentale), Raymond Barbry (Formateur indépendant)…et bien d’autres qui les ont rejoints par la suite (Emmanuel et Sophie Faure – intructeurs MBSR, Christelle Ringeval – CPE et sophrologue etc…), et tous les enseignants et éducateurs qui quotidiennement proposent des temps méditatives à leurs élèves. Autour de ces personnes se sont développés des associations ou des outils qui sont aisément accessibles (réseau Seve,  Mind with heart, Wake up,  enfance et attention, calme et attentive comme une grenouille, petit Bambou, Yupsi le dragon, Vittoz Lyon, Yoga pour les enfants, Yoga éducation-RYE etc…..)

Pour ma part (AGEPS-Raymond Barbry), depuis 2011, ce sont plus de 4000 personnes dans le domaine éducatif (enseignants, personnel éducatif, personnel de direction, syndicats, infirmières, associations de parents d’élèves) de sensibiliser, de former aux pratiques de pleine attention en France (enseignement public et privé sous contrat). Si nous extrapolons, nous pouvons faire l’hypothèse que depuis au moins dix ans en France, ce sont pas moins d’une centaine de milliers d’enseignants ou de personnels éducatifs qui ont été sensibilisés ou formés aux pratiques méditatives.  (voir les différents associations et organismes privées ou publiques qui proposent des formations, Séve, Snel, Mind with Heart, mais aussi les centres de formation d’enseignants les Espe, les Ifp, les Universités etc….)

3. Les domaine où se pratiquent et se développent les pratiques méditatives. Nous sommes face à un phénomène sociétal d’ampleur. Il n’y a pas un domaine où les pratiques méditatives ne sont pas proposées actuellement.

  • Tout d’abord, La santé. C’est de là que les pratiques méditatives se sont développées. Nous devons beaucoup en France à des médecins psychiatres comme Gérard Vigne et Christophe André d’avoir proposé le yoga et la méditation comme outils thérapeutiques contre le mal être et les maladies de l’âme. Au delà du domaine de la psychiatrie, ce sont tous les services hospitaliers qui s’intéressent aux pratiques méditatives. Je suis moi même intervenu récemment auprès d’un service du CHU de Lille pour témoigner des effets de ces pratiques pour le personnel comme pour les patients (octobre 2018).
  • Dans certains pays (et même en France), c’est dans le milieu carcéral que des psychologues ont proposé aux volontaires des ateliers de méditation ou autres pratiques méditatives (sophrologie, yoga, relaxation dynamique etc…). Pour ma part, en tant que professeur d’EPS intervenant en milieu carcéral à une époque de ma vie professionnelle, j’ai proposé et animé quotidiennement pour des volontaires des temps méditatifs (années 1993-1995).
  • Le monde de l’entreprise publique comme privée, s’est bien entendu intéressée à ces pratiques. Plus particulièrement pour réduire les effets du stress négatif sur les salariés et augmenter leur productivité.  Nous reviendrons sur ce point par la suite et plus particulièrement sur l’instrumentalisation  de ces pratiques, par trop dénaturées !
  • Le milieu du sport a de longue date exploité les outils de la pleine attention pour la régulation du stress et l’augmentation de l’état de vigilance. Par exemple, les cyclistes, Greg Lemond, Fabian Cancelara, Christopher Fromm, Cadel Evans (pour les plus connus), le judoka Teddy Riner, le basketteur Mickaël Jordan, le skieur Jean Claude Killy (un précurseur dans les années 1960 de la gestion mentale sans le savoir!), les tennismen Nadal, Federer, Djokovic, les Soeurs Williams, le biathlète Martin Fourcade, le trailer Kilian Jornet, les apnéistes (ces derniers ont pratiquement quotidiennement les mêmes temps de pratique que les moines), les guides haute montagne etc…..J’ai moi même personnellement mis à profit ma pratique méditative dans le cadre d’épreuves d’ultra-distance en cyclisme dans les années 2005-2009. Du reste de plus en plus d’entraîneurs intègrent des temps de pleine attention dans les temps d’entraînement. Sur ce plan, je suis intervenu auprès de jeunes footballeurs (section sport études) et de jeunes athlètes (horizon 2024 et 2028), et de cyclistes.
  • Le milieu des arts et du spectacle. Je ne prendrai qu’un seul exemple, celui du groupe de rock « The Beatles » qui dans les années 60-70 ont participé à faire connaître en Europe la méditation zen. Je suis pour ma part, intervenu auprès de chanteurs lyriques.
  • L’armée, les troupes  » commandos », la patrouille de France, le GIGN, outillent leur personnel aux pratiques de pleine attention d’une part pour stimuler la vigilance et d’autre part développer les capacités méta-cognitives.
  • Et même le milieu politique s’y attelle. Il y a dans le cadre de l’assemblée nationale un groupe de méditation qui s’est récemment mis en place .

4. Des effets validés qui participent à la reconnaissance des pratiques méditatives. Voici les grandes tendances qui se dégagent de plusieurs méta-analyse de ces vingt dernières années sur les effets de la méditation,

– Épaississement de la région centrale du cerveau.
– Modification durable du fonctionnement du cerveau.
– Augmentation de la matière grise dans la partie gauche de l’hippocampe.
– Amélioration du système hormonal, vasculaire et musculaire.
– Amélioration du sommeil.
– Augmentation de la force musculaire.
– Augmentation des défenses immunitaires.
– Modification des chromosomes par augmentation des télomères et donc réduction du vieillissement cellulaire.
– Diminution de la perception de la douleur
– Amélioration des capacités attentionnelles et mémorielles.

Ce sont ces recherches et plus particulièrement l’exploration du cerveau en action qui ont participé à donner ces « lettres de noblesse » aux pratiques méditatives qui étaient auparavant ignorées, décriées, voire considérées comme de la pratique sectaire.

Sur ces dix derniers années les travaux en épigénétique (voir E.Blackburn – Prix Nobel de médecine 2007) ont participé à mettre en valeur l’impact des pratiques méditatives sur nos chromosomes et notre vieillissement (télomères).

Une efficience reconnue à 80-85% dans les milieux de la santé psychique. Les effets des pratiques méditatives régulières ont des effets favorables pour au moins 80% des participants au bout de deux mois de pratique régulière et systématique (45mn quotidiennement). Ce qui est un résultat remarquable, voire très encourageant. Rares en effet sont les programmes de formation ou thérapeutiques qui obtiennent de tels scores d’amélioration. Pour les personnes qui n’observent pas d’amélioration de leur état, nous ne constatons pas d’effet négatif de la pratique méditative.

Quant aux effets à long terme, nombres d’études mettent en exergue que le cerveau peut se transformer par la pratique méditative (plasticité cérébrale). Voir à ce sujet les travaux de Dean Radin (centre de recherche noétique-EU), Mario Beauregard (Neurosciences – Université de l’Arizona), Antoine Lutz (Inserm Lyon) etc….

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5. Le piège de la dénaturation et de l’instrumentalisation des pratiques méditatives.

Comme tout nouveau engouement nous ne sommes pas sans observer des dérives et de l’instrumentalisation quant à l’exploitation de ces pratiques dans les différents domaines où elles sont proposées, en voici quelles unes :

– La perte du sens premier, à savoir la reconnaissance et l’ouverture à la dimension spirituelle de l’être humain. Il y a deux conceptions majeures de l’humain, soit nous ne sommes que de la matière et tout va s’expliquer par l’observation de cette dernière – l’esprit, la conscience, voire l’âme n’existent pas, puisque nous ne pouvons les observer – (courant matérialiste) ; soit nous sommes plus que de la matière et ce qui caractérise l’humain, voire le vivant, n’est pas visible matériellement mais est bien réel. De plus en plus de recherches osent s’aventurer de ce côté (courant spiritualiste), notamment certains physiciens quantiques, biologistes et neuroscientifiques. Voir de ce côté les travaux de Sylvie Dethiollaz et Claude Charles Fourrier (centre noétique de Genéve), l’INREES en France (Institut nationale de recherche sur les événements extraordinaires), Philippe Guilleman (Physicien CNRS), Jean François Houssais (Biologie moléculaire CNRS), François Gros (Secrétaire perpétuel de l’Académie des sciences et professeur collège de France), Dean Radin et Mario Beauregard (déjà cités), Emmanuel Ransford (Chercheur physique et neurosciences), Olivier Chambon (médecin psychiatre), Jean Jacques Charbonnier (médecin anesthésiste-Toulouse), Ervin Laszlo (philosophe des sciences), Jean Staune (Philosophe des sciences), Eben Alexander (neurologue) et bien d’autres qui publient dans des revues à reconnaissance scientifique avec validation (Nature etc…).

Fondamentalement et quelles que soient les orientations culturelles, religieuses, dans toutes les époques depuis que nous avons des traces des pratiques méditatives, l’essence et le but portaient sur le développement de la dimension spirituel de l’être humain par un travail d’intériorité. Et les temps de méditation participent à ce développement de l’esprit et de la conscience de soi, des autres et de l’environnement et des interconnexions entres ces trois espaces.

Or dans une approche purement utilitariste nous constatons que cette dimension invisible de l’être humain est totalement absente de la pratique et du sens qui y est donné.

– Recherche de l’efficacité, de la performance, du rendement sans prise en compte de la dimension humaine.

Cette dérive nous la constatons dans le monde de l’entreprise publique comme privée, du sport, de l’armée, voire de l’éducation. Notre modèle économique, basé sur la rentabilité, la performance épuise les êtres humains. Il suffit de voir combien l’épuisement professionnel est en augmentation exponentiel. Voir sur ce sujet cet article : https://agepsraymondbarbry.wordpress.com/2019/05/04/la-derive-du-modele-gestionnaire-dans-le-monde-du-travail/

Aussi, dans ce contexte proposer des temps de médiation sans interroger les modalités d’organisation et de management est de mon point de vue une instrumentalisation et un dévoiement du sens fondamental de la méditation. Voir sur ce sujet l’excellent article de Patrick Légeron, un des spécialistes du stress au travail, « Burn-out : Il y a un gros problème avec le management à la française » https://www.challenges.fr/entreprise/vie-de-bureau/burn-out-alerte-rouge-sur-le-management-a-la-francaise_655248?fbclid=IwAR3-ATGBkjYPPcxB6QhqHvLhYF1fsTzrFb33-nfPUR_s2FgYq7z6uP7ysXc.

Dans le contexte éducatif proposer des temps de méditation dans le temps scolaire pour améliorer les capacités attentionnelles et rendre plus calmes les enfants et les jeunes, sans réinterroger les rythmes (emploi du temps), les activités proposées et les modalités relationnelles, ressort d’une même posture que le dirigeant qui propose de la méditation sans travailler les dimensions relationnelles dans l’entreprise.

6. Sur le sens des pratiques méditatives à l’école (écoles, collèges, lycées).

Un constat partagé partout et quels que soient les contextes (écoles, collèges, lycées), la perte des capacités attentionnelles de l’être humain en moins d’une décennie. Les données les plus récentes indiquent un temps de maintien de la concentration à neuf secondes maximum pour la génération des millenials, celles et ceux qui sont nés avec la connexion permanente et ont grandi avec un écran tactile sous les doigts. (voir à ce sujet les recherches réalisées par le big data – Google). D’où la métaphore du poisson rouge exploitée actuellement, pour faire comprendre l’état de la situation. Nous aurions une capacité attentionnelle tout juste supérieure à celle d’un poisson rouge ! Au delà de neuf secondes, le cerveau décroche. il lui faut alors un nouveau stimulus, un nouveau signal, une nouvelle alerte. Question comment faire pour capter les regards d’une génération « distraite de la distraction par la distraction » ? Voir à ce sujet le livre de Bruno Patino « La civilisation du poisson rouge » petit traité sur le marché de l’attention ».

Le premier niveau des pratiques méditatives, consiste à développer l’attention-concentration par l’apprentissage de la fixation à un objet, à sa respiration, à son corps, aux sons, aux goûts (différents sens), aux émotions et à l’observation des pensées qui nous arrivent. Il s’agit d’apprendre à être dans le présent tel qu’il est. Or nous savons que sans niveau attentionnel suffisant, il est impossible d’apprendre puisque nous ne pouvons capter les informations si notre mental est ailleurs  (nos pensées sont ailleurs, soit dans le passé, soit dans le futur). Voir le livre, de Serge Marquis, « on est foutu, on pense trop ». Voir aussi chez Antoine de Lagaranderie, l’ouvrage « l’attention ».

Le deuxième niveau des pratiques méditatives consiste à fixer son esprit et ses pensées intentionnellement. C’est ce que les pédagogues appellent la métacognition, la capacité à observer et réguler ses pensées et y ramener l’esprit à chaque fois que le décrochage mental se réalise. C’est ainsi que se développe ce que  Jean François Houssais appelle la conscience réflexive. C’est l’apprendre à penser, à réfléchir, à rêver, à imaginer etc….Or pour que cette conscience réflexive se développe et puisse entrer en action il nous faut un certain temps, bien au delà des neuf secondes !

Le troisième niveau des pratiques méditatives est celui de l’expansion de conscience, ce que Jean François Houssais dénomme, la conscience extra-lucide. L’état du présence du sujet est telle qu’il perçoit des choses qu’il ne peut percevoir en état de conscience dite normale . C’est aussi ce que nous appelons, l’état de flow ou de flux qui est un état de pleine vigilance et d’aisance dans la réalisation. Les sportifs, les chanteurs, les musiciens, les peintres, les marcheurs, les alpinistes, les plongeurs, vivent parfois spontanément dans la réalisation de leur action cet état, quand le mental s’est coupé. Il n’y plus de pensées parasites, tout devient claire, les réponses sont spontanées l’intelligence intuitive fonctionne à 200%. Ce sont les « insight » qui surviennent plus fréquemment. Mais cela peut aussi se traduire par ce que nous appelons une sotie du corps (25% de la population vit au moins une fois dans sa vie cet état), le sujet a la perception d’avoir une vision et une perception à 360°. Des sportifs décrivent assez régulièrement ce phénomène. C’est aussi ce que certains appellent l’état d’éveil dans les milieux religieux.  C’est dans cet état de conscience que  se produisent les pré-cognition, les visions à distance etc…(phénomènes qui sont maintenant étudiées par la science avec rigueur et sérieux).

Il est bien entendu que la recherche de ce niveau de conscience extra-lucide n’est pas du rôle de l’école ! Il n’a pas à être un objectif ni une nécessité dans le contexte des pratiques éducatives. Mas il est toutefois bon d’en avoir connaissance, en effet, un enfant comme un jeune peuvent, notamment, si les temps de méditation proposés se prolongent (plus de 20mn) entrer dans cet état de conscience extra-lucide. Il n’y  a rien de surnaturel, il n’y a aucune pathologie psychique. Mais encore faut-il pouvoir le savoir, l’expliquer et rassurer si besoin. C’est du reste une des raisons pour lesquelles je prône en contexte éducatif des temps assez courts de pleine attention (grand maximum de 7mn) dans le temps de classe. Voir à ce sujet l’article suivant, Une journée de pleine attention (méditation) à l’école. Comment et quand placer des temps de méditation et de calme dans un emploi du temps ? https://agepsraymondbarbry.wordpress.com/2018/10/18/une-journee-de-pleine-attention-meditation-a-lecole-ou-comment-et-quand-placer-des-temps-de-pleine-attention-et-de-calme-dans-un-emploi-du-temps/

7. Exemples et témoignages d’expérimentation des pratiques méditatives en contexte scolaire.

Vous trouverez ci jointe une liste de lien avec des articles, des vidéos qui exemplifient le sens éducatif de ces pratiques dans le cadre de la scolarité.

– Film réalisée par Olivia  Sinet de l’INREES « en Lotus à l’école ».  https://www.youtube.com/watch?v=g2Tm2iQPz_I&t=117s.

– Présentation et analyse d’une expérimentation dans le cadre de la lutte contre le décrochage scolaire dans un lycée des Hauts de France. https://agepsraymondbarbry.wordpress.com/2019/02/24/un-atelier-de-pleine-attention-meditation-pour-lutter-contre-le-decrochage-scolaire-en-lycee

– Présentation d’une expérimentation en ULIS par Elsa Karamucki (enseignante spécialisée) : https://agepsraymondbarbry.wordpress.com/2018/08/22/bien-etre-pour-apprendre-apprendre-le-bien-etre/

– Article des cahiers pédagogiques en ligne : Pratiques de pleine attention et effets de la médiation http://www.cahiers-pedagogiques.com/Pratiques-de-pleine-attention-et-effets-de-la-meditation

– Article de l’Inrees en 2012, méditez à l’école :   http://www.inrees.com/articles/Mediter-a-l-ecole/

– La vitalité, la clef de l’attention, vidéo de Serge Augier : https://agepsraymondbarbry.wordpress.com/2018/03/27/la-vitalite-la-clef-de-lattention/

–  Effets d’une formation à la pleine attention pour les enseignants et le personnel d’un collège : https://agepsraymondbarbry.wordpress.com/2018/03/13/effest-dune-formation-a-la-pleine-attention-meditation-pour-des-enseignants-et-le-personnel-dun-college/

Conclusion et perspective. Cette journée auprès d’enseignants spécialisés venant de toute la France sur cette thématique de la méditation à l’école n’est pas neutre. Elle marque de mon point de vue un tournant et confirme les évolutions au sein des institutions de l’EN (tant public que privé sous contrat). Le mot même de méditation n’est plus tabou. Il aura fallu moins de dix ans pour que les représentations changent et que les à priori négatifs s’estompent. En 2011 j’avais déclaré à une journaliste de l’INREES, il est encore trop tôt pour parler sans retenue de méditation à l’école, dans cinq ans (2016) nous pourrons et dans dix ans les pratiques méditatives seront reconnues, valorisées et de plus en plus d’enseignants de formés. Nous y sommes en huit ans !

Un grand merci à Bénédicte Dubois, Maud Agasse, Jean François Bayart de l’Ifp Lille de m’avoir soutenu dans le développement de la pleine attention à l’école. Il en est de même pour Bruno Grave de l’Ifp Montpellier et Sophie Llinas Rouden de l’Ifp de Lyon, le réseau CANOPE et plus particulièrement le centre d’Amiens qui a proposé en 2018 une journée d’étude et des ateliers.  Concernant les enseignants, les CPE, les infirmières, les chefs d’établissement des écoles, collèges, lycées publics et privés sous contrat..Merci à vous toutes et tous pour votre engagement, votre confiance. Une mention spéciale pour les établissements en REP ou engagés dans la lutte contre le décrochage scolaire, je suis admiratif de ce que vous entreprenez dans le quotidien et qui est si peu mis en valeur à mon goût.

Raymond Barbry, le 23 mai 2019.