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La méditation pour les enfants et les adultes « hyperactifs » !

Très souvent, pour ne pas dire à chaque intervention,  lors des formations sur la pleine attention dans les établissements scolaires, la question des enfants dits « hyperactifs » revient. Avec pour les enseignants et les éducateurs, la sensation de ne pas savoir comment  faire avec une problématique qui les dépasse et face à laquelle ils et elles se sentent dépourvus en ressources pédagogiques et didactiques ! Aussi la question est très vite posée : Peut on proposer des temps de méditation aux enfants dits « hyperactifs » ?

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Je reconnais que cette question m’a longtemps laissé perplexe et je ne pouvais apporter de réponses satisfaisantes, à mon goût, à des enseignants et des éducateurs désemparés. Le plus souvent, je répondais : « Tentez l’expérience, mais sur des temps très brefs, et peut être qu’avec le temps, il se peut que vous observiez une amélioration. Mais à ce jour nous n’avons pas de recherches très probantes à ce sujet » ou « le temps bref de méditation n’a pas de contre indication avérée pour les enfants et adultes hyperactifs » ou  » si le temps de méditation peut réduire la prise des traitements chimiques dont nous commençons à voir les effets négatifs depuis une quinzaine d’années qu’ils sont proposés, notamment augmentation des dépendances à l’âge adulte, ce n’est pas plus mal » ou  » Apportez une réponse systémique en partenariat avec la famille et agir sur les temps de calme, les temps d’activités physiques, les activités dans la nature (marche, jeux…), éviter le temps trop long devant les écrans de toute sorte, avoir une alimentation réduite en produits transformés  etc….

Cependant mon expérience auprès de jeunes et d’adultes hyperactifs et l’accompagnement d’équipes pédagogiques depuis plus de dix ans sur cette thématique de la méditation à l’école, m’ont montré que des effets positifs sont constatés dans la durée, et que l’hyperactivité peut être régulée par le sujet lui même, une fois qu’il est capable de pratiquer quotidiennement des temps méditatifs. Une condition indispensable pour les enfants avoir le soutien des parents.

Nous avons maintenant une réponse plus précise à cette question de la méditation pour les enfants (et les adultes) dits hyperactifs et des effets positifs de la pratique méditative sur la réduction de l’hyperactivité.

Je fais ici en grande partie référence aux travaux du Docteur Jacques Vigne (psychiatre français qui développe depuis plus de trente ans les pratiques méditatives, contemplatives comme des thérapeutiques en réponse aux maladies de l’âme). Il partage son temps entre la France et l’Inde. Il est de ceux qui font le lien entre les pratiques dites de tradition (les différents yogas et méditations associées) et les approches contemporaines (mindfulness, sophrologie, cohérence cardiaque….). Il a une démarche à la fois empreinte de l’expérience et de la démarche scientifique.

Une caractéristique physiologique observée chez les hyperactifs, une variabilité cardiaque défectueuse.

L’importance de la variabilité cardiaque.  » On sait qu’il y a de nos jours un sérieux problème avec les enfants hyperactifs. On a remarqué que si la variabilité cardiaque était basse, cette hyperactivité apparaissait ; si elle était haute, elle disparaissait « .

La variabilité cardiaque est la différence entre les battements du cœur à l’inspiration et à l’expiration. A l’expiration le cœur ralentit, à l’inspiration il s’accélère. C’est le système nerveux autonome qui régule cette variabilité (équilibre sympathique-parasympathique). Une variabilité haute correspond à un fonctionnement physiologique optimal. Que ce soient les nouveaux nés, les nourrissons, les enfants, les adolescents, les jeunes, les adultes, s’ils ont une variabilité cardiaque haute, ils auront des réactions autonomes vives et adaptées à la situation et leurs réponses émotionnelles suivront. Une variabilité basse correspond à une dysharmonie dans les réponses aux stimuli de l’environnement qui se traduit par, de l’instabilité émotionnelle, du déficit de l’attention. Il a été observé que les enfants et les adultes qui ont eu des attachements insécurisés à la petite enfance ont pour la plupart une variabilité cardiaque basse et ont statistiquement plus de troubles relationnels et psychopathologiques que la moyenne générale. La bonne nouvelle, est qu’il est possible de faire évoluer cette variabilité cardiaque par des exercices issus des pratiques méditatives et de restaurer une bonne stabilité émotionnelle.

Les recherches et expériences dés le début des années 2000 sur cette question de la régulation de la variabilité cardiaque des hyperactifs via une pratique de cohérence cardiaque.

En 2000, une enseignante d’école primaire du Mexique et un cardiologue ont constaté que les élèves identifiés par l’enseignante comme hyperactifs avaient une variabilité cardiaque basse associée à des troubles du rythme conséquent. Après un programme tri-quotidien (temps court de 5mn) sur une période suffisamment longue (plusieurs semaines), il a été constaté en classe une diminution nette des comportements dits hyperactifs et au plan cardiaque, les troubles du rythme ont disparu et la variabilité est devenue haute.

En 2003, Anthony Lloyd a publié une étude en double aveugle sur des enfants de 6-8 ans hyperactifs avec déficit de l’attention. L’éducation à la cohérence cardiaque améliorait considérablement leur comportement et leur capacité à apprendre et retenir. A l’époque au Royaume-Uni on comptait déjà plus de deux millions d’enfants hyperactifs avec trouble de l’attention.

Ces deux études peuvent être retrouvées sur le site http://www.hearthmath.com.

Explication scientifique des effets des pratiques méditatives chez les personnes sujettes au trouble de l’hyperactivité (p.195 in Pratique de la médiation laïque de Jacques Vigne – 2016).

Sans un frein vagal efficace, capable d’inhiber le système de défense des manifestations perturbantes (comportements de combat/fuite et l’agression), les comportements pro-sociaux resteront limités, et les possibilités d’apprentissage et de lien social seront réduites. La méditation a pour effet d’entraîner ce frein vagal. Une agitation mentale prolongée correspond à une excitation sympathique incontrôlable, le retour au calme méditatif d’un instant sur l’autre à l’effet d’un coup de frein vagal. La méditation avec sa stimulation parasympathique (système freinateur) et son augmentation de la variabilité permet d’assimiler ce qui nous arrive dans la vie, et d’excréter ces négativités qui sont en quelque sorte des déchets inévitables de nos expériences quotidiennes.

Un déficit éducatif, l’éducation aux perceptions physiologiques.

Ayant travaillé toute sa vie sur l’efficacité du frein vagal pour donner aux nourrissons et à l’enfant une bonne santé de base, le Professeur Porges insiste sur l’importance d’introduire dans l’éducation des techniques psycho-corporelles, sachant qu’elles ont la capacité de développer un tonus vagal satisfaisant. Bien que les sensations corporelles soient de la plus haute importance pour la survie du nourrisson, de l’enfant, les spécialistes du développement sont davantage intéressés par la capacité à percevoir les stimulis extérieurs….De même, notre éducation actuelle et nos stratégies ne visent pas vraiment à aider l’enfant et le jeune à sentir leurs états physiologiques intérieurs. On ne procure pas encore suffisamment aux jeunes enfants, aux enfants, aux adolescents et aux jeunes des instruments descriptifs et symboliques pour se représenter leurs états intérieurs, pas plus qu’on forme les enseignants, les éducateurs, les soignants à percevoir les indicateurs spécifiques physiologiques et de comportement, à propos des nuances dans les sensations corporelles des enfant, des adolescents et des jeunes.

Conclusion,

A la question – Peut-on proposer des pratiques méditatives aux enfants, adolescents, jeunes et adultes hyperactifs ? – la réponse est clairement oui. Nous savons que les pratiques méditatives participent à développer la régularité cardiaque dans le sens d’une variabilité adéquate en agissant sur le tonus vagal. Condition indispensable pour faire le calme en soi et réguler les émotions.

Raymond Barbry, le 21 août 2019.