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Confinement, continuité pédagogique…le meilleur côtoie le pire !

Nous voici à la troisième semaine de confinement et la mise en place de la continuité pédagogique par l’EN pour tous les établissements scolaires de France.

Covid-19 : heurs et malheurs de la continuité pédagogique à la ...

La phase de tâtonnement logique et non surprenante des deux premières semaines s’estompe. Faut-il rappeler qu’elle était attendue au delà des discours optimistes et engagés du ministère. En effet, comment être opérationnel et efficient de suite alors qu’aucune expérimentation à petite comme à grande échelle n’avait été réalisée ? A la fin de cette troisième semaine et par l’engagement, l’investissement de tous les acteurs du système éducatif (public comme privé sous contrat), cette continuité prend forme pour s’installer dans une durée non encore définie. D’ailleurs le pourrait-on, compte tenu de l’évolution de la pandémie en France, Europe et  dans le monde  ?

Une décision importante vient d’être prise (examens en contrôle continu).

Elle va permettre aux enseignants comme aux élèves de se mettre en projet et c’est une première pour notre pays, le brevet examen de fin de collège et le baccalauréat examen de fin de lycée vont être validés sur la base du contrôle continu. il n’y aura pas de ce fait d’épreuves terminales. Nous rejoignons ainsi ce que certains de nos voisins ont décidé précédemment.

Le risque réel d’une augmentation du décrochage.

Malgré l’engagement et l’investissement de tous les personnels des établissements, des élèves restent non joignables, sont perdus et en état de décrochage d’avec l’école, le plus souvent pour des raisons techniques liés aux connexions avec les réseaux ou un manque de matériel tels qu’imprimante, voire ordinateur, mais aussi pour quelques uns par une intention délibérée de ne pas répondre et d’autres un contexte psycho-social qui ne facilite guère l’enseignement à distance.

La clarification des objectifs par le ministère de l’EN, relayé à son niveau par le SGEC ont posé un cadre qui clarifie les objectifs de la continuité pédagogique.

Un enjeu essentiel : maintenir un contact avec la totalité des élèves pour éviter le décrochage, assurer une activité pédagogique, un lien avec les apprentissages dans le but de faciliter le retour en classe après la crise.

Un principe de base : il ne s’agit pas de reproduire l’emploi du temps des élèves à l’identique, l’enseignement en distanciel les mobilisant de manière autre que les cours en présentiel.

Et donc : Pas d’évaluation sommative / Pas d’avancée sur les programmes  / Entretien des acquis / Priorité maintenir le lien avec les élèves (accompagnement).
Ces orientations sont partagées dans la plupart des pays qui sont entrés en confinement et qui ont mis en place la continuité pédagogique.

Des initiatives pédagogiques émergent de partout et se partagent.  Les enseignants font montre pour la grande majorité d’un engagement sans faille. Nous en avons fait écho dans les articles précédents et elles se multiplient. Je tiens à vous donner ici un exemple concret à l’initiative des CPE d’un collège (Méricourt) qui ont fait parvenir à tous les élèves du collège ce message :

« Chers élèves,

Nous espérons que vous vous portez bien et que vous êtes en bonne santé, ainsi que vos proches.

Nos vies sont actuellement bouleversées par cette crise sanitaire que nous traversons toutes et tous, et par les mesures de confinement qui sont mises en œuvre pour freiner la progression du Covid-19, et ainsi éviter la contagion du plus grand nombre.

Durant cette période, vos habitudes de vie ont changé… les mesures de confinement nous amènent à organiser et occuper nos journées autrement… mais cette « parenthèse » nous amène également à réfléchir sur nos modes de vie, sur la personne que nous sommes, sur la personne que nous souhaiterions être, sur le sens de notre vie ou sur le sens que nous voudrions donner à notre existence….

Peut être avez-vous déjà pris conscience de certaines choses? Peut être avez-vous découvert ou redécouvert certaines choses? Peut être vous êtes-vous rendu compte que certaines choses étaient plus essentielles et importantes que d’autres?

Nous vous proposons de nous faire partager vos « prises de conscience ».

Vous pouvez le faire de plusieurs manières…

– en répondant librement au sondage mis en ligne sur pronote « onglet sondage » dans communication

–  en produisant une réalisation de votre choix: dessin, poème, chanson, vidéo, etc…

Nous vous remercions par avance pour votre participation et attendons avec impatience vos retours!!

Portez-vous bien…Christelle Ringeval et Annie Poirrier, vos Conseillères Principales d’Education »

Cette démarche éducative vise plus particulièrement à amener les jeunes à se questionner, à percevoir les effets de cet événement particulier qui impacte nos vies à tous. Il n’est aucunement question de contenus, de programmes, de pointage sur les temps de télé-enseignement.

La prise de conscience du confinement et de ses effets sur les personnes (bio-psycho-socio) est prioritaire et nécessaire.

Un confinement total tel qu’il est pratiqué en France est une mise en demeure de rester chez soi, et pour les élèves cela signifie :

  • perte de la liberté
  • interdiction de rencontrer d’autres personnes en dehors vivant sous le même toit (perte des liens amicaux et sociaux directs)
  • Réduction des sorties (1 seule par jour pour activité physique dans un environnement très proche (< de 1 kilomètre)
  • Promiscuité qui peut s’avérer pesante
  • Perte des repères temporels

Nous commençons à mesurer les effets psycho-sociaux de cette situation au bout de trois semaines. Les services de santé et de psychiatrie connaissent bien les conséquences de ce confinement imposé dans cette période de pandémie anxiogène. D’autant que les enfants, les ados et les jeunes peuvent être plus sensibles que les adultes. Cet aspect se doit d’être pris en compte dans le cadre de l’enseignement à distance avec des effets ne facilitant pas les apprentissages scolaires. Certains et certaines élèves ont la « tête » ailleurs et peuvent être dans l’incapacité de s’engager dans les tâches scolaires qui prennent peu de sens en cette période. Il faudra dans les semaines qui viennent être d’autant plus vigilant sur cet aspect. Il y aura une augmentation des problématiques psychiques tels que, sur-stress,  angoisse, stress, perte de confiance, augmentation des peurs, perte de sens, isolement…De plus certains élèves sont et vont être confrontés à la mort de proches.

Cette bienveillance dans la démarche des CPE du collège de Méricourt prend en compte cet aspect. Et dans de nombreux établissements, c’est le cas. Mais il n’en est pas partout de même.

Une continuité anti-pédagogique, déstructurante et décalée du contexte sévit aussi !

Elle s’inscrit dans la durée mettant les élèves en surcharge cognitive par la pression de la note sur les travaux imposés, le contrôle de présence (connexion), l’avancée sur les programmes. Anti pédagogique parce que ne prenant pas en compte les principes de l’enseignement à distance et du contexte due à cette période de confinement.

Voici l’exemple d’un lycée qui impose le cadre d’une journée de cours « classique » – Cours en visio de 8h00 à 13h00 et de 14h00 à 17h00 / 5 jours sur 7…
– Plus le soir..après des cours, travail perso..travail à rendre.
– Plus travaux notés.
– Plus pointage de la présence.

Dans ce cadre imposé, il y a peu de prise en compte du contexte psycho-sociologique actuel (La crise sanitaire qui impacte tout un chacun). Nous constatons une non connaissance de ce qu’est réellement l’enseignement à distance et de ses principes de base. Ça ne répond pas au canon du distanciel qui laisse de l’autonomie à l’apprenant dans son organisation et son cheminement ! Faut-il rappeler qu’au delà de 3h00 de télé enseignement dans la journée, il est pratiquement impossible d’être efficace ! Il y a aussi une non reconnaissance du besoin de mouvement de l’être humain et plus particulièrement du jeune en contexte de confinement !

Mais aussi, cette Maman, par ailleurs enseignante qui décrit son vécu sur ces trois semaines de continuité pédagogique. Je reprends tel que le message.

Message d’une maman qui est aussi prof

« Salut les collègues.
Maman d’une fille en troisième, très bonne élève, et je suis prof d’anglais en lycée. Il y a trois profs chez moi je lance un appel.
J’ai un message urgent à faire passer.
Arrêtez de submerger les enfants de devoirs à rendre en tout genre, maths, histoire, français, espagnol, anglais musique, sport etc…
Pensez aux enfants déjà angoissés ,malades ou dont les parents commencent à tomber malade….
Sans parler des ancêtres qu’on ne peut plus aller voir car trop loin mais isolés…
Les enfants angoissent de plus en plus.
On a un long confinement devant nous. Y a pas le feu!!!

Envoyons des exercices d’entraînement et des leçons à lire et au compte goutte. En petites quantités ! Les réseaux marchent mal, les imprimantes ne marchent pas bien , voire on n’en a pas, et faire travailler des enfants 6 heures par jour sur des écrans est insupportable. Les yeux brûlent. La fatigue les gagne.

Arrêtez, les notes on s’en fout. On verra ça quand les écoles rouvriront. Des enfants n’ont accès à rien, de toutes façons il faudra bien tout reprendre ensemble. Quelques semaines ne vont pas ruiner tout l’intellect et l’avenir des enfants. Ça se rattrapera plus tard.
Laissez les enfants faire ce qu’ils peuvent. Ils sont très angoissés et plus les familles sont touchées, et pire c’est pour eux.
Tout le monde oublie la psychologie!!!!
Les service de l’EN ne vont pas fliquer la France entière !!!
Les inspecteurs ne vont pas regarder un million et demi de profs un par un.
Le stress des cours s’ajoute au virus et aux problèmes de réseau !!!!!
Calmons nous!!!!
Calmez vous!!!
Calmez les enfants.
Sinon on court à d’autres catastrophes.
En plus du virus.

La pandémie crée nombre d’injustices que nous n’avons pas vu venir.

Serait-il possible de ne pas les approfondir ? De ne pas creuser davantage le fossé qui sépare déjà les nantis des autres ? Nous gagnerions à tous nous interroger pour faire face à nos incohérences, pour permettre à nos enfants, ados et jeunes d’apprendre autrement.

Ensuite, sommes-nous prêts, individuellement, collectivement, à renoncer aux antiennes de « l’ancien monde » ?

Pas sûr ! Exemple : la compétition. Sinon comment expliquer que certains enseignants noient leurs élèves de travail à la maison pendant ce confinement au nom de la sacro-sainte « réussite scolaire et sociale » ?

Le système scolaire est assis sur l’esprit de compétition. Et une catégorie de parents y adhère. Or, le changement de paradigme passe aussi par une bascule de la compétition vers la coopération. Ou, dit autrement, par l’accent mis aussi sur l’apprentissage des savoir-être.  Mais aussi apprendre, par, pour et avec les autres et non pas contre les autres.

Raymond Barbry, le 04/04/2020.

Rencontres et formation entre enseignants et parents d’élèves, ça c’est de l’innovation !

Dans le cadre d’un conseil d’établissement réunissant parents et enseignants, une école primaire de Douai (St Jean) a initié deux temps de formation communs que l’AGEPS-Raymond Barbry a animé sur cette année scolaire 2019-2020. L’objet des deux temps portait sur l’attention-concentration et la régulation des émotions.

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Les deux thématiques ont été choisies au regard de formations préalables engagées antérieurement par l’équipe pédagogique qui a posé comme priorité du projet d’école le développement des capacités attentionnelles. Ce travail a été initié il y a plusieurs années de cela  (cinq ans). Au regard du contexte sociétal et des observations faites en classe (augmentation des TDAH, difficulté grandissante à réguler les émotions….), le conseil d’établissement a proposé pour cette année scolaire deux temps de rencontres en soirée entre parents et enseignants pour être conjointement informés et formés sur ces deux thématiques et renforcer la collaboration déjà existante afin d’améliorer la cohérence éducative entre les enseignants et les parents.

C’est ainsi que nous avons pu aborder les fondamentaux à la fois de l’éducation émotionnelle et du développement-entretien de l’attention/concentration. Nous savons que ce sont deux des principaux facteurs qui au delà des méthodes pédagogiques favorisent l’engagement dans les apprentissages scolaires et non scolaires.

Comme nous avons dépassé le stade de l’information et des échanges pour faire de ces deux temps de la formation, nous avons proposé des mises en situations concrètes qui ont permis aux participants (parents, enseignants, personnel éducatif, direction) de mesurer leur propre niveau attentionnel, de faire des exercices de développement et de renforcement de l’attention à la fois pour les adultes et les enfants de plus de six ans. Concernant l’éducation émotionnelle, nous avons caractérisé les émotions de base que chacun a pu identifier en les reliant à des événements personnels en pointant les effets tant psychiques que physiques de ces émotions agréables et désagréables. Nous avons à la suite repérer des situations éducatives qui participent à aider les enfants à apprendre à réguler leurs émotions pour se mettre en état de stabilité émotionnelle, état qui favorise la présence  et l’engagement.

Ces rencontres furent l’occasion de rappeler des fondamentaux qui participent au mieux être global des enfants comme des adultes :

  • des temps de sommeil suffisant (indispensable à la croissance, à la mémorisation et au mieux être psychique).
  • une alimentation saine et où sont réduits autant que faire se peut tous les produits transformés et fortement chargés en sucre et autre produits surajoutés (perturbateurs endocriniens etc…).
  • un temps d’activité physique quotidien.
  • un temps de jeu quotidien.
  • des temps de silence et de calme quotidiens (même bref) et des temps de rien et d’ennui (bref mais indispensable).
  • des temps partagés avec les autres sans perturbation extérieure (par exemple, les repas etc…).
  • des temps devant les écrans qui sont adaptés et régulés en fonction de l’âge des enfants.

Raymond Barbry, le 04 mars 2020.

Éduquer, enseigner dans un contexte de mutation sociétale – Amiens le 12 février

C’est en partenariat avec l’IFP Lille représenté par Maud Agasse que l’AGEPS-Raymond Barbry propose cette journée à la demande de la DD d’Amiens pour les enseignants du 1er degré des cycles 2 et 3.

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Cette journée est découpée en deux temps

Le matin une conférence de Raymond Barbry qui sera introduite et conclue par deux temps de sophrologie animés par Madame Christelle Ringeval (CPE et sophrologue).

L’après midi des ateliers permettront aux participants d’approfondir les thématiques suivantes :

  • Posture de l’adulte, pleine présence et autorité (Raymond Barbry).
  • La sophrologie en classe (Christelle Ringeval).
  • La pédagogie positive (Aude Deceuninck).
  • Le stress à l’école (Juliette Dessaux).
  • L’exploitation pédagogique raisonnée des outils numériques (Sylvain Verlynde).

Problématique de la journée,

Nous sommes au cœur d’une période de transition sociétale, voire civilisationnelle. Tous les travaux de recherches en histoire et en prospective se rejoignent actuellement pour appuyer ce fait, à savoir que nous vivons une période qui se répète tous les 500-600 ans et qui marque un changement profond, voire une rupture entre deux périodes de l’histoire. Nous serions d’après les différents experts dans la phase d’entre deux qui a une temporalité de 50 à 60 ans. Le début de cette période transitionnelle aurait commencé avec le premier choc pétrolier(1973), soit un peu plus de quarante ans.

Tous les domaines de la vie sur notre planète se trouvent impactés, environnement, famille, santé, économie, travail, religion, spiritualité, rapport homme-femme, rapport sexe-genre, rapport homme-machine etc….

Ce qui caractérise cette phase transitionnelle est l’incertitude grandissante sur l’avenir. Nous perdons la visibilité et le contrôle sur la vie et notre environnement. Cette incertitude croissante est d’autant plus anxiogène que la société occidentale, dont la pensée est dominante, a construit une représentation collective de contrôle, de maîtrise sur la vie, sur le monde. Or quotidiennement nous sont remontés des faits que ce qui caractérise la vie sur notre planète, c’est l’incertitude ! Qu’en sera-t-il en 2030 des conditions de vie ? Par exemple, quel sera le temps de travail réel ? Pour exemplifier et interpeller, est-ce que les robots (Intelligence Artificielle) auront remplacé les enseignants (ce n’est plus de la science-fiction, c’est réel et actuellement expérimenter dans certains pays) ?

Ce contexte anxiogène alimenté par les médias, les politiques, les orientations prises et les changements de nos modes de vie n’est pas sans impacter les enfants et les jeunes ! Ils sont des caisses de résonance du monde dans lequel ils vivent. Les adultes transmettent aux enfants et aux jeunes ce qu’ils sont !

Il y a deux manières de se positionner en cette période mutationnelle.

  • La première est mortifère et conduit au désastre, voire à la fin d’une civilisation. C’est le déni du réel. C’est l’incapacité à accepter cette réalité qui bouscule nos représentations, nos convictions, nos conditionnements éducatifs. Elle se traduit, en matière de réponses apportées, par faire toujours plus de la même chose et donc à augmenter la situation de dégradation de la société (par exemple : augmentation des burn-out, augmentation des maladies dites de civilisation, augmentation du mal être, augmentation de la pollution, augmentation de la pauvreté….) et l’état anxiogène et de désespérance des populations.

  • La deuxième s’inscrit dans la dynamique et le mouvement de la vie. Elle postule qu’accepter les forces qui imposent le changement (par exemple, les changements climatiques) deviennent des appuis pour construire ensemble dans le quotidien petit pas par petit pas un monde vivable permettant le développement dans le respect du vivant. C’est le principe du colibri qui fait sa part ! C’est ce que prônent aussi les textes fondamentaux des religions, des philosophes humanistes  et c’est aussi ce que promeuvent actuellement tous les rapports (GIEC, encyclique du Pape….).

Il est bien entendu que nous prônons cette dernière posture et nous mettrons en valeur les démarches concrètes qui au plan éducatif permettent d’outiller les enfants dans ce sens.

Raymond Barbry, le 9 février 2020

Une année 2019/2020, pleine de projets pour l’AGEPS-Raymond Barbry

A l’image des années précédentes, cette année 2019/2020 s’annonce pleine de projets de formation, d’accompagnement d’équipes et de collaboration avec les partenaires.

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En voici les grandes lignes avec les thématiques :

  • Formations et accompagnements d’équipe d’enseignants et du personnels éducatif aux pratiques de pleine attention à l’école, au collège et au lycée dans les régions des Hauts de France (Lille, Arras, Amiens, Aire sur la Lys, Hénin Beaumont), de l’Occitanie (Montpellier, Nîmes), de Rhône Alpes (l’Arbresle).
  • Formation sur réflexivité et métacognition en classe dans la région d’Occitanie (Montpellier).
  • Accompagnement d’une équipe pédagogique aux pratiques philosophiques et méditatives en classe primaire, dans la région d’Occitanie (Nîmes).
  • Formations et accompagnements d’équipe sur la question du bien être à l’école, au collège et aux lycées et dans les associations dans les régions des Hauts de France (Willems, Lille, Amiens, CREPS de Wattignies).
  • Conférences sur les effets des pratiques méditatives dans le contexte scolaire dans le cadre d’une formation nationale pour expertise en neurosciences des enseignants spécialisés (Arras).
  • Formations à la régulation du stress, des conflits et des crises pour les chefs d’établissements (Montpellier, Lyon), pour les enseignants spécialisés (Arras), pour les experts auprès des tribunaux (Lyon).
  • Formations à la bienveillance et à l’intelligence collective dans le management pour les chefs d’établissement (Montpellier, Lyon).
  • Formations à la lutte contre le décrochage scolaire dans les régions des Hauts de France (Lille, Amiens), Occitanie (Montpellier).
  • Formation au partenariat Enseignants/Parents dans la région de l’Occitanie (Montpellier)
  • Accompagnement de jeunes lycéens dans le cadre du programme persévérance scolaire (Arras). « Osons le prépa mentale au Lycée » !
  • Journées d’étude sur le climat scolaire à Arras et les nouveaux comportements d’élèves à Amiens.
  • Atelier de méditation hebdomadaire à Arras dans le cadre de mon activité d’entraîneur au RCArras d’athlétisme.
  • Membre de la cellule de crise d’un collège de l’Arrageois (Hauts de France).

Les partenaires et collaborateurs proches pour cette année 2019/2020

IFP Hauts de France (Lille-Arras-Amiens), IFP Occitanie (Montpellier), IFP Rhône Alpes (Oratoire Lyon), Perseval (Rectorat Lille –  Hauts de France), IRFO (Institut des rencontres de la forme-Lille), CREPS de Wattignies,  RCArras section athlétisme,

et les personnes suivantes : Maud Agasse (responsable de formation IFP), Mélanie Auribault (CPE en Lycée – Arras), Alexandra Brunbrouck (psychopédagogue et formatrice), Priscille Courtin (Responsable formation BPJEPS -CREPS de Wattignies), Bénédicte Dubois (responsable formation enseignement  spécialisé – IFP Lille), Sophie Linas-Rouden (responsable de formation IFP Lyon), Christelle Ringeval (CPE, sophrologue et formatrice), Betty Vanuxem (CE en collège), Alexis Barbry (Formateur IRFO), Jean François Bayard (Directeur Adjoint IFP-Lille), Yves Blouin (Président du RCA athlétisme), Thibault Deschamps (CTS athlétisme – Ligue des Hauts de France et IRFO), Bruno Grave (Directeur IFP Montpellier), Régis Guiot (Responsable technique du RCA athlètisme), Henri Lacroix-Durand (Expert cour d’Appel de Lyon).

Raymond Barbry le 17 septembre 2019

La méditation pour les enfants et les adultes « hyperactifs » !

Très souvent, pour ne pas dire à chaque intervention,  lors des formations sur la pleine attention dans les établissements scolaires, la question des enfants dits « hyperactifs » revient. Avec pour les enseignants et les éducateurs, la sensation de ne pas savoir comment  faire avec une problématique qui les dépasse et face à laquelle ils et elles se sentent dépourvus en ressources pédagogiques et didactiques ! Aussi la question est très vite posée : Peut on proposer des temps de méditation aux enfants dits « hyperactifs » ?

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Je reconnais que cette question m’a longtemps laissé perplexe et je ne pouvais apporter de réponses satisfaisantes, à mon goût, à des enseignants et des éducateurs désemparés. Le plus souvent, je répondais : « Tentez l’expérience, mais sur des temps très brefs, et peut être qu’avec le temps, il se peut que vous observiez une amélioration. Mais à ce jour nous n’avons pas de recherches très probantes à ce sujet » ou « le temps bref de méditation n’a pas de contre indication avérée pour les enfants et adultes hyperactifs » ou  » si le temps de méditation peut réduire la prise des traitements chimiques dont nous commençons à voir les effets négatifs depuis une quinzaine d’années qu’ils sont proposés, notamment augmentation des dépendances à l’âge adulte, ce n’est pas plus mal » ou  » Apportez une réponse systémique en partenariat avec la famille et agir sur les temps de calme, les temps d’activités physiques, les activités dans la nature (marche, jeux…), éviter le temps trop long devant les écrans de toute sorte, avoir une alimentation réduite en produits transformés  etc….

Cependant mon expérience auprès de jeunes et d’adultes hyperactifs et l’accompagnement d’équipes pédagogiques depuis plus de dix ans sur cette thématique de la méditation à l’école, m’ont montré que des effets positifs sont constatés dans la durée, et que l’hyperactivité peut être régulée par le sujet lui même, une fois qu’il est capable de pratiquer quotidiennement des temps méditatifs. Une condition indispensable pour les enfants avoir le soutien des parents.

Nous avons maintenant une réponse plus précise à cette question de la méditation pour les enfants (et les adultes) dits hyperactifs et des effets positifs de la pratique méditative sur la réduction de l’hyperactivité.

Je fais ici en grande partie référence aux travaux du Docteur Jacques Vigne (psychiatre français qui développe depuis plus de trente ans les pratiques méditatives, contemplatives comme des thérapeutiques en réponse aux maladies de l’âme). Il partage son temps entre la France et l’Inde. Il est de ceux qui font le lien entre les pratiques dites de tradition (les différents yogas et méditations associées) et les approches contemporaines (mindfulness, sophrologie, cohérence cardiaque….). Il a une démarche à la fois empreinte de l’expérience et de la démarche scientifique.

Une caractéristique physiologique observée chez les hyperactifs, une variabilité cardiaque défectueuse.

L’importance de la variabilité cardiaque.  » On sait qu’il y a de nos jours un sérieux problème avec les enfants hyperactifs. On a remarqué que si la variabilité cardiaque était basse, cette hyperactivité apparaissait ; si elle était haute, elle disparaissait « .

La variabilité cardiaque est la différence entre les battements du cœur à l’inspiration et à l’expiration. A l’expiration le cœur ralentit, à l’inspiration il s’accélère. C’est le système nerveux autonome qui régule cette variabilité (équilibre sympathique-parasympathique). Une variabilité haute correspond à un fonctionnement physiologique optimal. Que ce soient les nouveaux nés, les nourrissons, les enfants, les adolescents, les jeunes, les adultes, s’ils ont une variabilité cardiaque haute, ils auront des réactions autonomes vives et adaptées à la situation et leurs réponses émotionnelles suivront. Une variabilité basse correspond à une dysharmonie dans les réponses aux stimuli de l’environnement qui se traduit par, de l’instabilité émotionnelle, du déficit de l’attention. Il a été observé que les enfants et les adultes qui ont eu des attachements insécurisés à la petite enfance ont pour la plupart une variabilité cardiaque basse et ont statistiquement plus de troubles relationnels et psychopathologiques que la moyenne générale. La bonne nouvelle, est qu’il est possible de faire évoluer cette variabilité cardiaque par des exercices issus des pratiques méditatives et de restaurer une bonne stabilité émotionnelle.

Les recherches et expériences dés le début des années 2000 sur cette question de la régulation de la variabilité cardiaque des hyperactifs via une pratique de cohérence cardiaque.

En 2000, une enseignante d’école primaire du Mexique et un cardiologue ont constaté que les élèves identifiés par l’enseignante comme hyperactifs avaient une variabilité cardiaque basse associée à des troubles du rythme conséquent. Après un programme tri-quotidien (temps court de 5mn) sur une période suffisamment longue (plusieurs semaines), il a été constaté en classe une diminution nette des comportements dits hyperactifs et au plan cardiaque, les troubles du rythme ont disparu et la variabilité est devenue haute.

En 2003, Anthony Lloyd a publié une étude en double aveugle sur des enfants de 6-8 ans hyperactifs avec déficit de l’attention. L’éducation à la cohérence cardiaque améliorait considérablement leur comportement et leur capacité à apprendre et retenir. A l’époque au Royaume-Uni on comptait déjà plus de deux millions d’enfants hyperactifs avec trouble de l’attention.

Ces deux études peuvent être retrouvées sur le site http://www.hearthmath.com.

Explication scientifique des effets des pratiques méditatives chez les personnes sujettes au trouble de l’hyperactivité (p.195 in Pratique de la médiation laïque de Jacques Vigne – 2016).

Sans un frein vagal efficace, capable d’inhiber le système de défense des manifestations perturbantes (comportements de combat/fuite et l’agression), les comportements pro-sociaux resteront limités, et les possibilités d’apprentissage et de lien social seront réduites. La méditation a pour effet d’entraîner ce frein vagal. Une agitation mentale prolongée correspond à une excitation sympathique incontrôlable, le retour au calme méditatif d’un instant sur l’autre à l’effet d’un coup de frein vagal. La méditation avec sa stimulation parasympathique (système freinateur) et son augmentation de la variabilité permet d’assimiler ce qui nous arrive dans la vie, et d’excréter ces négativités qui sont en quelque sorte des déchets inévitables de nos expériences quotidiennes.

Un déficit éducatif, l’éducation aux perceptions physiologiques.

Ayant travaillé toute sa vie sur l’efficacité du frein vagal pour donner aux nourrissons et à l’enfant une bonne santé de base, le Professeur Porges insiste sur l’importance d’introduire dans l’éducation des techniques psycho-corporelles, sachant qu’elles ont la capacité de développer un tonus vagal satisfaisant. Bien que les sensations corporelles soient de la plus haute importance pour la survie du nourrisson, de l’enfant, les spécialistes du développement sont davantage intéressés par la capacité à percevoir les stimulis extérieurs….De même, notre éducation actuelle et nos stratégies ne visent pas vraiment à aider l’enfant et le jeune à sentir leurs états physiologiques intérieurs. On ne procure pas encore suffisamment aux jeunes enfants, aux enfants, aux adolescents et aux jeunes des instruments descriptifs et symboliques pour se représenter leurs états intérieurs, pas plus qu’on forme les enseignants, les éducateurs, les soignants à percevoir les indicateurs spécifiques physiologiques et de comportement, à propos des nuances dans les sensations corporelles des enfant, des adolescents et des jeunes.

Conclusion,

A la question – Peut-on proposer des pratiques méditatives aux enfants, adolescents, jeunes et adultes hyperactifs ? – la réponse est clairement oui. Nous savons que les pratiques méditatives participent à développer la régularité cardiaque dans le sens d’une variabilité adéquate en agissant sur le tonus vagal. Condition indispensable pour faire le calme en soi et réguler les émotions.

Raymond Barbry, le 21 août 2019.

 

 

Effets d’un atelier de pleine attention (méditation) en collège.

C’est à l’initiative de Mélanie Decool (infirmière) et Sylvie Ponavoy (professeur) au collège de Flandre à La Madeleine (Hauts de France) que j’ai animé pour tous les élèves des classes de cinquième  un atelier de pleine attention. Nous avons pu mesurer les effets de cet atelier sur les capacités attentionnelles  au travers d’un test pratique d’attention-concentration. C’est cette expérimentation que je vais vous décrire ainsi que les résultats observés entre la première et la dernière  séance.

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1. Intitulé de l’atelier.

 « Développer un cerveau de champion « 

2. Cadre des rencontres.

  • Toutes les classes du niveau 5ème (12 à 14 ans) ont bénéficié de sept rencontres entre les mois de mars et de juin 2019. Soit une centaine d’élèves.
  • Tous les élèves participaient à l’atelier
  • Le temps de l’atelier était de 30mn/classe.
  • Un ou des adultes (enseignants, éducateurs, infirmière…) ont participé à l’atelier avec les élèves.
  • Les temps d’atelier se déroulaient sur temps de cours.

3. Contenus des ateliers.

Les contenus s’appuient sur le programme (Raymond Barbry-AGEPS). Ils sont adaptés aux caractéristiques des collégiens de cette tranche d’âge. En voici les grands points,

  • Identifier ce qu’est un état d’attention-concentration.
  • Connaître le fonctionnement de base du cerveau attentif.
  • Apprendre à réguler sa respiration.
  • Apprendre à percevoir les sensations venant du corps (relâchement-contraction).
  • Apprendre à observer et réguler ses pensées (métacognition).
  • Apprendre à construire une image mentale.
  • Apprendre à ressentir et réguler les émotions.
  • Apprendre à faire silence.
  • Apprendre à fixer son attention dans le cadre d’une situation neutre.
  • Apprendre à réguler son niveau de stress.
  • Apprendre à visualiser une situation à venir (mise en projet).
  • Apprendre à se remémorer un événement passé.
  • Apprendre à se déplacer sans les repères visuels.
  • Apprendre à maintenir un équilibre sans les repères visuels.

4. Entraînements entre les temps d’atelier.

J’ai pour habitude dans ce type d’intervention de rapprocher les temps de rencontre (au maximum toutes les deux semaines), ceci pour une meilleure appropriation des outils. Dans le cadre de ce dispositif, cela n’a pas été possible. Aussi, la présence d’adultes avec les élèves s’est révélé déterminante. Elle a permis la réappropriation des situations proposées dans l’atelier dans le cadre de temps de classe. C’est ainsi que certains enseignants-es ont repris régulièrement sous forme de temps très courts des situations de pleine attention. Une routine s’est ainsi installé dans certaines classes.

5. Effets observés sur le temps d’attention-concentration sur une tâche neutre.

Nous avions convenu d’évaluer les effets de cet atelier sur tous les participants. Pour ce faire nous avons retenu le test classique de fixation d’un objet neutre qui permet de mesurer instantanément les progrès ou non des sujets. Ce test, qui est exigeant, s’appuie sur deux principes : la vitalité et l’entraînement spécifique. C’est ainsi que s’entraînent mentalement, la plupart des sportifs de haut niveau et toutes les personnes qui ont à intervenir dans des contextes à haut de niveau de vigilance.

Description du test :

– En position assise sur une chaise, pieds au sol.

– Fixer un objet neutre, balle, ballon etc…qui est positionné à peu près à hauteur d’homme (1.70).

– Le regard ne doit pas quitter l’objet pendant un temps déterminé.

– La durée du test est de 20mn.

– Les sujets ont l’autorisation de bouger les pieds et les bras, mais le haut du corps (la tête) se doit de rester immobile.

– Dés que le sujet quitte du regard l’objet neutre, le test est terminé et nous notons le temps de soutien du regard sur l’objet neutre.

Résultats observés lors de la première rencontre avant le début du programme.

Lors de la première rencontre et dés son début, nous avons fait réaliser le test décrit précédemment sur une période de 3mn. En voici les résultats :

  • 50% des élèves décrochaient avant la première minute. Pour certains d’entre eux, soit 10% de la totalité, le décrochage attentionnelle s’est fait avant l’atteinte de la quinzième secondes.
  • Moins de 20% des élèves ont réussi à maintenir l’attention pendant trois minutes.

Résultats observés lors de la dernière séance – le test des 20minutes.

La dernière séance a consisté à la fixation de l’attention sur un point fixe pendant 20mn, voici les résultats de ce test réalisé par 94 élèves

  • 56% maintiennent leur attention pendant  20mn
  • 3% maintiennent leur attention au delà de 15mn (<20mn)
  • 11% maintiennent leur attention au delà de 10mn (<15mn)
  • 11% maintiennent leur attention au delà de 5mn (<10mn)
  • 19% ne maintiennent pas leur attention au delà  5mn (<5mn)

Nous observons une différence entre les garçons et les filles. Ces dernières sont 60% à réussir le test dans sa durée totale pour 44% des garçons.

Un seul élève obtient un score de moins de 1mn (36 secondes de temps de soutien).

Discussion sur les résultats.

les progrès sont indéniables quant à la réalisation du test retenu. Ceci confirme toutes les recherches faites ces deux dernières décennies qui mettent en avant le bénéfice retiré des pratiques de pleine attention sur les capacités attentionnelles.

Un entraînement spécifique s’avère efficace et a tout son sens dans le contexte éducatif actuel. Notre époque dite « hyper-moderne » est  marqué par une chute drastique des capacités attentionnelles de l’être humain (temps de maintien de l’attention à 9 secondes). Or il n’est pas possible d’apprendre, de réfléchir, de mémoriser si l’attention est absente ou réduite à un temps trop bref (zapping attentionnel).

Des exercices de pleine attention peuvent être proposés dans le cadre de l’enseignement obligatoire. Ils ne prennent pas beaucoup de temps (de quelques secondes à quelques minutes).  C’est la systématisation qui est déterminante. Il s’agit d’instaurer un rituel.

Exploitation de la pleine attention en dehors du temps d’atelier.

Nous avons fait une enquête quant à l’exploitation que font les collégiens de cet outil de pleine attention en dehors du temps d’atelier , voici ce qu’il en ressort :

Près de 50% déclarent s’entraîner personnellement en reprenant plus ou moins régulièrement (de une fois par semaine à chaque jour) un ou des exercices proposés durant le temps d’atelier.

Certains jeunes déclarent exploiter cet outil dans d’autres contextes de leur vie et plus particulièrement celles et ceux qui ont une pratique sportive ou culturelle (musique, chant, théâtre) ou pour une meilleure qualité de vie (amélioration du sommeil).

Raymond Barbry – le 25 juin 2019

 

 

 

 

 

 

Méditation de pleine conscience à l’école, état de la recherche scientifique et de la recherche action

Dans le cadre d’une formation nationale pour des enseignants spécialisés à Arras, et à la demande de Bénédicte Dubois (responsable enseignement spécialisé à l’Ifp de Lille), l’AGEPS-Raymond Barbry a fait un état des lieux des recherches sur la méditation de pleine conscience et l’ensemble des pratiques méditatives à l’école et dans les autres  champs de la société (santé, social, sport, entreprise, armée, religieux….).

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Voici en résumé les grands points que j’ai abordés lors de cette journée.

1. Histoire, définition et sens.

Les pratiques méditatives ont plus de 2600 ans ! Elles traversent l’histoire de notre humanité, des différentes civilisations, des différentes religions, des différentes cultures. Pour plus de détails sur les aspects historiques , voir les travaux de Francesco Varela Fabrice Midal,  Frédéric Lenoir. L’historien Pierre Hadot a montré dans ses travaux de recherche, l’importance des « exercices spirituels » dans les différentes écoles philosophiques de l’Antiquité grecque et romaine. Frédéric Lenoir dans son ouvrage « Méditer à cœur ouvert » fait un résumé synthétique qui croise, les apports des écoles philosophiques de l’Antiquité, les apports des religions monothéistes, les apports de l’Asie via le yoga et le bouddhisme et les apports modernes de l’approche laïque et scientifique.

Depuis une cinquantaine d’années et plus particulièrement depuis ces dix derniers années, la méditation connaît un essor sans précédent dans le monde occidental, tout d’abord via l’apport du bouddhisme zen et de manière fulgurante par le développement de la mindfulness, forme laïque de méditation, focalisée sur le souffle, les perceptions sensorielles. Pratique qui permet de réduire de manière significative le stress et les états anxieux qui sont considérés comme les « maladies chroniques » de notre époque hyper-moderne.

La définition est simple, je m’inspire plus particulièrement sur les écrits et les paroles de Thich Nhat Hanh  (un des premiers à écrire en langue française sur ce sujet de la méditation de pleine conscience). La méditation dite de pleine conscience, aussi appelée pleine attention ou pleine présence consiste à apprendre à vivre pleinement chaque instant de la vie que ce soit en mangeant, en étudiant, en jouant, en faisant du sport, en travaillant, en écoutant de la musique, en parlant, etc…

In fine, le sens ultime des pratiques méditatives est de nous rendre pleinement humain en mettant en harmonie notre esprit, notre corps, notre cœur dans la présence à soi, à l’autre et au monde (Frédéric Lenoir). Nous voyons ainsi que méditer ne se résume pas à être assis en tailleur en position du lotus ! Mais qu’à chaque moment de la vie quotidienne, il nous est possible d’être dans cette posture intérieure de la pleine présence à ce qui est.

Les pratiques méditatives visent à nous rendre libres et non soumis à une idéologie quelconque. Elles nous invitent à explorer notre propre expérience en rendant notre esprit plus clair, à faire naître en nous une intelligence de la situation où nous nous trouvons, à nous faire découvrir que notre esprit colore le monde et qu’il est possible de travailler sur notre manière de voir les choses. Que nous ne sommes au fond jamais prisonniers de nos émotions, de nos affects et de notre histoire. Elles nous permettent de toucher la racine de notre être et la vie qui nous anime. Elles sont une invitation à nous ouvrir pleinement à ce que nous sommes (Fabrice Midal).

De fait si nous nous basons sur cette définition et le sens de la méditation, nous faisons le constat qu’il n’existe pas une seule et unique pratique de la méditation, mais que nous avons bien à faire actuellement à des pratiques méditatives, qui ont la même base de départ et la même intentionnalité.

2. Un phénomène scientifique, médiatique et pédagogique exponentiel.

Fin des années 90 et début des années 2000, dans la littérature scientifique il était dénombré par an une dizaine d’articles faisant état de recherches sur ce sujet. Les premières photos de moines (cf Mathieu Ricard) avec des capteurs sur le crâne remonte à cette époque. A compter des années 2008, la courbe s’infléchit et de plus en plus de recherches sont menées sur les effets des pratiques méditatives. Depuis 2015, nous sommes à plus de quatre cents articles scientifiques par an ! Pour ma part, depuis cinq ans, il n’y pas un mois où je ne suis pas sollicité par des étudiants de master (psycho, sciences de l’éducation, socio, staps, philo, écoles d’ingénieurs, écoles de commerce, école de journalisme…) ou des doctorants qui ont pour sujet de mémoire ou de thèse la place des pratiques méditatives en contexte éducatif ou sportif !

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Des noms et des repères scientifiques : Voici une liste de noms qui servent actuellement de référence. Elles et Ils ont participé à leur manière à être des promoteurs scientifiques du développement de la méditation. Ils ont participé à donner une justification scientifique de la méditation dite de pleine conscience, Jon Kabat-Zinn (Biologiste moléculaire EU), Francisco Varela +(Biologiste-Chili/Paris Orsay-France), Mathieu Ricard (moine et chercheur en génétique moléculaire-France), Zindel Segal (Psychologue cognitiviste-canada), Antoine Lutz et Jean Philippe Lachaux (Neurosciences – Inserm Lyon France), Richard Davidson (Neurosciences – EU), Christophe André (Psychiatre – France), Wolf Singer (Neurobiologiste-Allemagne), Paul Ekman (Psychologue EU),  Robert Levenson ( Psycho-physiologue-EU), Stephen Kosslyn – (Psychologue-EU), Michel Le Van Quyen (Neurosciences – Inserm Paris), Helen Mayberg (Psychiatre et neuro – EU), Père Thomas Keating (Philosophe des sciences – EU), Jack Kornfield (Psychologue – EU), Esther Sternberg (Neuroscientifique – Canada), John Teadsdale (Psychologue – UK), Alan Wallace (Philosophe des sciences – EU), Ilios Kotsou et Alexandre Heeren (Psychologues – Université de Louvain Belgique), Alfonso Caycedo (Psychiatre et fondateur de la sophrologie – Espagne), Antoine De Lagaranderie (Fondateur de la gestion mentale) et bien d’autres que je ne peux citer mais qui travaillent sur cette question.

L’influence du réseau Mind and Life est déterminante quant à l’état des recherches actuelles. Ce réseau a pris forme au milieu des années 80-90, sous l’instigation de Francisco Varela, le penseur et neuroscientifique chilien (Professeur des universités à Paris Orsay), l’avocat américain Adam Engle et le Dalaï-lama. Mind and Life à développer un type d’approche « universel » des bénéfices potentiels induits par les pratiques méditatives. Il y a, pour les fondateurs, un caractère d’urgence lorsque nous savons la prévalence de la dépression, de l’angoisse et des déséquilibres posttraumatiques, ainsi que les niveaux de stress et de violence particulièrement élevés qui caractérisent notre ère hyper-moderne.

Au plan sociétal et médiatique, il en est de même ! Au début des années 2010, quelques apparitions dans les médias « grand public ». Par exemple, en 2012 Europe 1 dans une matinale fait une référence aux pratiques méditatives à l’école (https://agepsraymondbarbry.wordpress.com/2012/10/26/la-meditation-a-lecole-on-en-parle-dans-les-medias/). Plus récemment, l’hebdomadaire  « Femmes actuelles » (jan 2017), « On attend quoi pour…méditer en classe ! » La revue les cahiers pédagogiques (n°547) met en ligne et en accès libre et gratuit un article co-écrit par Florent Pasquier (Paris-Sorbonne) et Raymond Barbry (formateur indépendant),  » Pratiques de pleine attention et effets de la méditation à l’école » : http://www.cahiers-pedagogiques.com/Pratiques-de-pleine-attention-et-effets-de-la-meditation

Aujourd’hui, il ne se passe pas une semaine sans que dans les médias, une émission, un reportage, un article ne fassent référence à la méditation. Il y a bien un phénomène de société qui est révélateur, d’un besoin, d’un engouement voire d’une mode.

Au delà et en appui des scientifiques, des acteurs du terrain et de la pratique que je qualifie comme des innovateurs et des scientifiques de l’action (recherche-action) ont participé au développement des pratiques. Elles et ils sont celles et ceux qui dans le quotidien font vivre ce qu’est la méditation. Ils viennent donner du sens aux pratiques méditatives dans le quotidien de nos vies. En voici quelques uns-unes qui, en France et dans les pays francophones, ont participé au développement des pratiques méditatives,  Fabrice Midal (Philosophe et fondateur de l’école française de méditation laïque), Frédéric Lenoir Philosophe-sociologue (fondation Seve, ancien Directeur du monde des religions), Thierry Janssen (Médecin, psychothérapeute), Thich Nhat Hanh (Moine boudhiste /les Pruniers – fondation Wake up),  André Comte Sponville (Philosophe), Abdenour Bidar (Philosophe – IGEN en charge de la question du vivre ensemble et de la spiritualité à l’EN), Alexandre Jollien (Philosophe), Jacques Vigne (Médecin psychiatre), Gérard Bloch (Médecin rhumatologue – Responable du DU, méditation à l’Université de Strasbourg), Et bien d’autres...Yvan Amar+, Annick de Souzenelle, Marc De Smedt, Patrice Van Eersel, Olivier Chambon, Anne Ducrocq, Christophe Fauré,  Jean Yves Leloup, etc….

Les innovateurs dans le domaine éducatif en France (début des années 2010). Elles et ils sont nombreux qui dans l’ombre, d’abord, puis de plus en plus à découvert, ont osé s’affranchir, proposer dans le contexte éducatif des temps de pratiques méditatives et former des enseignants (méditation de pleine conscience, sophrologie, yoga, gestion mentale…). Parmi celles et ceux qui ont publié leurs pratiques (livres, blogs), voici en France les précurseurs  :Eline Snel (Calme et attentive comme une grenouille- Pays Bas), Jeanne Siaud Fachin (Psychologue), Clarisse Gardet (Sophrologue et Psychologue) , David Dewulf (Belgique),  Susan Kaiser Greenland (EU), Marine Locatelli (Productrice et auteur), Brigitte Gamby-Cerf (Psychologue), David et Anne Rycroft (association mind with heart), Patrick Bobichon (Formateur et promoteur de la méthode Vittoz), Antonela Verdiani (Formatrice et chercheur indépendant – fondatrice du Printemps de l’Éducation et ex-responsable éducation à l’UNESCO), Max Deloor (ONG paix et bienveillance en paix) Florent Pasquier (Universitaire et formateur Espe), Antoine De La Garanderie + (fondateur de la gestion mentale), Raymond Barbry (Formateur indépendant)…et bien d’autres qui les ont rejoints par la suite (Emmanuel et Sophie Faure – intructeurs MBSR, Christelle Ringeval – CPE et sophrologue etc…), et tous les enseignants et éducateurs qui quotidiennement proposent des temps méditatives à leurs élèves. Autour de ces personnes se sont développés des associations ou des outils qui sont aisément accessibles (réseau Seve,  Mind with heart, Wake up,  enfance et attention, calme et attentive comme une grenouille, petit Bambou, Yupsi le dragon, Vittoz Lyon, Yoga pour les enfants, Yoga éducation-RYE etc…..)

Pour ma part (AGEPS-Raymond Barbry), depuis 2011, ce sont plus de 4000 personnes dans le domaine éducatif (enseignants, personnel éducatif, personnel de direction, syndicats, infirmières, associations de parents d’élèves) de sensibiliser, de former aux pratiques de pleine attention en France (enseignement public et privé sous contrat). Si nous extrapolons, nous pouvons faire l’hypothèse que depuis au moins dix ans en France, ce sont pas moins d’une centaine de milliers d’enseignants ou de personnels éducatifs qui ont été sensibilisés ou formés aux pratiques méditatives.  (voir les différents associations et organismes privées ou publiques qui proposent des formations, Séve, Snel, Mind with Heart, mais aussi les centres de formation d’enseignants les Espe, les Ifp, les Universités etc….)

3. Les domaine où se pratiquent et se développent les pratiques méditatives. Nous sommes face à un phénomène sociétal d’ampleur. Il n’y a pas un domaine où les pratiques méditatives ne sont pas proposées actuellement.

  • Tout d’abord, La santé. C’est de là que les pratiques méditatives se sont développées. Nous devons beaucoup en France à des médecins psychiatres comme Gérard Vigne et Christophe André d’avoir proposé le yoga et la méditation comme outils thérapeutiques contre le mal être et les maladies de l’âme. Au delà du domaine de la psychiatrie, ce sont tous les services hospitaliers qui s’intéressent aux pratiques méditatives. Je suis moi même intervenu récemment auprès d’un service du CHU de Lille pour témoigner des effets de ces pratiques pour le personnel comme pour les patients (octobre 2018).
  • Dans certains pays (et même en France), c’est dans le milieu carcéral que des psychologues ont proposé aux volontaires des ateliers de méditation ou autres pratiques méditatives (sophrologie, yoga, relaxation dynamique etc…). Pour ma part, en tant que professeur d’EPS intervenant en milieu carcéral à une époque de ma vie professionnelle, j’ai proposé et animé quotidiennement pour des volontaires des temps méditatifs (années 1993-1995).
  • Le monde de l’entreprise publique comme privée, s’est bien entendu intéressée à ces pratiques. Plus particulièrement pour réduire les effets du stress négatif sur les salariés et augmenter leur productivité.  Nous reviendrons sur ce point par la suite et plus particulièrement sur l’instrumentalisation  de ces pratiques, par trop dénaturées !
  • Le milieu du sport a de longue date exploité les outils de la pleine attention pour la régulation du stress et l’augmentation de l’état de vigilance. Par exemple, les cyclistes, Greg Lemond, Fabian Cancelara, Christopher Fromm, Cadel Evans (pour les plus connus), le judoka Teddy Riner, le basketteur Mickaël Jordan, le skieur Jean Claude Killy (un précurseur dans les années 1960 de la gestion mentale sans le savoir!), les tennismen Nadal, Federer, Djokovic, les Soeurs Williams, le biathlète Martin Fourcade, le trailer Kilian Jornet, les apnéistes (ces derniers ont pratiquement quotidiennement les mêmes temps de pratique que les moines), les guides haute montagne etc…..J’ai moi même personnellement mis à profit ma pratique méditative dans le cadre d’épreuves d’ultra-distance en cyclisme dans les années 2005-2009. Du reste de plus en plus d’entraîneurs intègrent des temps de pleine attention dans les temps d’entraînement. Sur ce plan, je suis intervenu auprès de jeunes footballeurs (section sport études) et de jeunes athlètes (horizon 2024 et 2028), et de cyclistes.
  • Le milieu des arts et du spectacle. Je ne prendrai qu’un seul exemple, celui du groupe de rock « The Beatles » qui dans les années 60-70 ont participé à faire connaître en Europe la méditation zen. Je suis pour ma part, intervenu auprès de chanteurs lyriques.
  • L’armée, les troupes  » commandos », la patrouille de France, le GIGN, outillent leur personnel aux pratiques de pleine attention d’une part pour stimuler la vigilance et d’autre part développer les capacités méta-cognitives.
  • Et même le milieu politique s’y attelle. Il y a dans le cadre de l’assemblée nationale un groupe de méditation qui s’est récemment mis en place .

4. Des effets validés qui participent à la reconnaissance des pratiques méditatives. Voici les grandes tendances qui se dégagent de plusieurs méta-analyse de ces vingt dernières années sur les effets de la méditation,

– Épaississement de la région centrale du cerveau.
– Modification durable du fonctionnement du cerveau.
– Augmentation de la matière grise dans la partie gauche de l’hippocampe.
– Amélioration du système hormonal, vasculaire et musculaire.
– Amélioration du sommeil.
– Augmentation de la force musculaire.
– Augmentation des défenses immunitaires.
– Modification des chromosomes par augmentation des télomères et donc réduction du vieillissement cellulaire.
– Diminution de la perception de la douleur
– Amélioration des capacités attentionnelles et mémorielles.

Ce sont ces recherches et plus particulièrement l’exploration du cerveau en action qui ont participé à donner ces « lettres de noblesse » aux pratiques méditatives qui étaient auparavant ignorées, décriées, voire considérées comme de la pratique sectaire.

Sur ces dix derniers années les travaux en épigénétique (voir E.Blackburn – Prix Nobel de médecine 2007) ont participé à mettre en valeur l’impact des pratiques méditatives sur nos chromosomes et notre vieillissement (télomères).

Une efficience reconnue à 80-85% dans les milieux de la santé psychique. Les effets des pratiques méditatives régulières ont des effets favorables pour au moins 80% des participants au bout de deux mois de pratique régulière et systématique (45mn quotidiennement). Ce qui est un résultat remarquable, voire très encourageant. Rares en effet sont les programmes de formation ou thérapeutiques qui obtiennent de tels scores d’amélioration. Pour les personnes qui n’observent pas d’amélioration de leur état, nous ne constatons pas d’effet négatif de la pratique méditative.

Quant aux effets à long terme, nombres d’études mettent en exergue que le cerveau peut se transformer par la pratique méditative (plasticité cérébrale). Voir à ce sujet les travaux de Dean Radin (centre de recherche noétique-EU), Mario Beauregard (Neurosciences – Université de l’Arizona), Antoine Lutz (Inserm Lyon) etc….

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5. Le piège de la dénaturation et de l’instrumentalisation des pratiques méditatives.

Comme tout nouveau engouement nous ne sommes pas sans observer des dérives et de l’instrumentalisation quant à l’exploitation de ces pratiques dans les différents domaines où elles sont proposées, en voici quelles unes :

– La perte du sens premier, à savoir la reconnaissance et l’ouverture à la dimension spirituelle de l’être humain. Il y a deux conceptions majeures de l’humain, soit nous ne sommes que de la matière et tout va s’expliquer par l’observation de cette dernière – l’esprit, la conscience, voire l’âme n’existent pas, puisque nous ne pouvons les observer – (courant matérialiste) ; soit nous sommes plus que de la matière et ce qui caractérise l’humain, voire le vivant, n’est pas visible matériellement mais est bien réel. De plus en plus de recherches osent s’aventurer de ce côté (courant spiritualiste), notamment certains physiciens quantiques, biologistes et neuroscientifiques. Voir de ce côté les travaux de Sylvie Dethiollaz et Claude Charles Fourrier (centre noétique de Genéve), l’INREES en France (Institut nationale de recherche sur les événements extraordinaires), Philippe Guilleman (Physicien CNRS), Jean François Houssais (Biologie moléculaire CNRS), François Gros (Secrétaire perpétuel de l’Académie des sciences et professeur collège de France), Dean Radin et Mario Beauregard (déjà cités), Emmanuel Ransford (Chercheur physique et neurosciences), Olivier Chambon (médecin psychiatre), Jean Jacques Charbonnier (médecin anesthésiste-Toulouse), Ervin Laszlo (philosophe des sciences), Jean Staune (Philosophe des sciences), Eben Alexander (neurologue) et bien d’autres qui publient dans des revues à reconnaissance scientifique avec validation (Nature etc…).

Fondamentalement et quelles que soient les orientations culturelles, religieuses, dans toutes les époques depuis que nous avons des traces des pratiques méditatives, l’essence et le but portaient sur le développement de la dimension spirituel de l’être humain par un travail d’intériorité. Et les temps de méditation participent à ce développement de l’esprit et de la conscience de soi, des autres et de l’environnement et des interconnexions entres ces trois espaces.

Or dans une approche purement utilitariste nous constatons que cette dimension invisible de l’être humain est totalement absente de la pratique et du sens qui y est donné.

– Recherche de l’efficacité, de la performance, du rendement sans prise en compte de la dimension humaine.

Cette dérive nous la constatons dans le monde de l’entreprise publique comme privée, du sport, de l’armée, voire de l’éducation. Notre modèle économique, basé sur la rentabilité, la performance épuise les êtres humains. Il suffit de voir combien l’épuisement professionnel est en augmentation exponentiel. Voir sur ce sujet cet article : https://agepsraymondbarbry.wordpress.com/2019/05/04/la-derive-du-modele-gestionnaire-dans-le-monde-du-travail/

Aussi, dans ce contexte proposer des temps de médiation sans interroger les modalités d’organisation et de management est de mon point de vue une instrumentalisation et un dévoiement du sens fondamental de la méditation. Voir sur ce sujet l’excellent article de Patrick Légeron, un des spécialistes du stress au travail, « Burn-out : Il y a un gros problème avec le management à la française » https://www.challenges.fr/entreprise/vie-de-bureau/burn-out-alerte-rouge-sur-le-management-a-la-francaise_655248?fbclid=IwAR3-ATGBkjYPPcxB6QhqHvLhYF1fsTzrFb33-nfPUR_s2FgYq7z6uP7ysXc.

Dans le contexte éducatif proposer des temps de méditation dans le temps scolaire pour améliorer les capacités attentionnelles et rendre plus calmes les enfants et les jeunes, sans réinterroger les rythmes (emploi du temps), les activités proposées et les modalités relationnelles, ressort d’une même posture que le dirigeant qui propose de la méditation sans travailler les dimensions relationnelles dans l’entreprise.

6. Sur le sens des pratiques méditatives à l’école (écoles, collèges, lycées).

Un constat partagé partout et quels que soient les contextes (écoles, collèges, lycées), la perte des capacités attentionnelles de l’être humain en moins d’une décennie. Les données les plus récentes indiquent un temps de maintien de la concentration à neuf secondes maximum pour la génération des millenials, celles et ceux qui sont nés avec la connexion permanente et ont grandi avec un écran tactile sous les doigts. (voir à ce sujet les recherches réalisées par le big data – Google). D’où la métaphore du poisson rouge exploitée actuellement, pour faire comprendre l’état de la situation. Nous aurions une capacité attentionnelle tout juste supérieure à celle d’un poisson rouge ! Au delà de neuf secondes, le cerveau décroche. il lui faut alors un nouveau stimulus, un nouveau signal, une nouvelle alerte. Question comment faire pour capter les regards d’une génération « distraite de la distraction par la distraction » ? Voir à ce sujet le livre de Bruno Patino « La civilisation du poisson rouge » petit traité sur le marché de l’attention ».

Le premier niveau des pratiques méditatives, consiste à développer l’attention-concentration par l’apprentissage de la fixation à un objet, à sa respiration, à son corps, aux sons, aux goûts (différents sens), aux émotions et à l’observation des pensées qui nous arrivent. Il s’agit d’apprendre à être dans le présent tel qu’il est. Or nous savons que sans niveau attentionnel suffisant, il est impossible d’apprendre puisque nous ne pouvons capter les informations si notre mental est ailleurs  (nos pensées sont ailleurs, soit dans le passé, soit dans le futur). Voir le livre, de Serge Marquis, « on est foutu, on pense trop ». Voir aussi chez Antoine de Lagaranderie, l’ouvrage « l’attention ».

Le deuxième niveau des pratiques méditatives consiste à fixer son esprit et ses pensées intentionnellement. C’est ce que les pédagogues appellent la métacognition, la capacité à observer et réguler ses pensées et y ramener l’esprit à chaque fois que le décrochage mental se réalise. C’est ainsi que se développe ce que  Jean François Houssais appelle la conscience réflexive. C’est l’apprendre à penser, à réfléchir, à rêver, à imaginer etc….Or pour que cette conscience réflexive se développe et puisse entrer en action il nous faut un certain temps, bien au delà des neuf secondes !

Le troisième niveau des pratiques méditatives est celui de l’expansion de conscience, ce que Jean François Houssais dénomme, la conscience extra-lucide. L’état du présence du sujet est telle qu’il perçoit des choses qu’il ne peut percevoir en état de conscience dite normale . C’est aussi ce que nous appelons, l’état de flow ou de flux qui est un état de pleine vigilance et d’aisance dans la réalisation. Les sportifs, les chanteurs, les musiciens, les peintres, les marcheurs, les alpinistes, les plongeurs, vivent parfois spontanément dans la réalisation de leur action cet état, quand le mental s’est coupé. Il n’y plus de pensées parasites, tout devient claire, les réponses sont spontanées l’intelligence intuitive fonctionne à 200%. Ce sont les « insight » qui surviennent plus fréquemment. Mais cela peut aussi se traduire par ce que nous appelons une sotie du corps (25% de la population vit au moins une fois dans sa vie cet état), le sujet a la perception d’avoir une vision et une perception à 360°. Des sportifs décrivent assez régulièrement ce phénomène. C’est aussi ce que certains appellent l’état d’éveil dans les milieux religieux.  C’est dans cet état de conscience que  se produisent les pré-cognition, les visions à distance etc…(phénomènes qui sont maintenant étudiées par la science avec rigueur et sérieux).

Il est bien entendu que la recherche de ce niveau de conscience extra-lucide n’est pas du rôle de l’école ! Il n’a pas à être un objectif ni une nécessité dans le contexte des pratiques éducatives. Mas il est toutefois bon d’en avoir connaissance, en effet, un enfant comme un jeune peuvent, notamment, si les temps de méditation proposés se prolongent (plus de 20mn) entrer dans cet état de conscience extra-lucide. Il n’y  a rien de surnaturel, il n’y a aucune pathologie psychique. Mais encore faut-il pouvoir le savoir, l’expliquer et rassurer si besoin. C’est du reste une des raisons pour lesquelles je prône en contexte éducatif des temps assez courts de pleine attention (grand maximum de 7mn) dans le temps de classe. Voir à ce sujet l’article suivant, Une journée de pleine attention (méditation) à l’école. Comment et quand placer des temps de méditation et de calme dans un emploi du temps ? https://agepsraymondbarbry.wordpress.com/2018/10/18/une-journee-de-pleine-attention-meditation-a-lecole-ou-comment-et-quand-placer-des-temps-de-pleine-attention-et-de-calme-dans-un-emploi-du-temps/

7. Exemples et témoignages d’expérimentation des pratiques méditatives en contexte scolaire.

Vous trouverez ci jointe une liste de lien avec des articles, des vidéos qui exemplifient le sens éducatif de ces pratiques dans le cadre de la scolarité.

– Film réalisée par Olivia  Sinet de l’INREES « en Lotus à l’école ».  https://www.youtube.com/watch?v=g2Tm2iQPz_I&t=117s.

– Présentation et analyse d’une expérimentation dans le cadre de la lutte contre le décrochage scolaire dans un lycée des Hauts de France. https://agepsraymondbarbry.wordpress.com/2019/02/24/un-atelier-de-pleine-attention-meditation-pour-lutter-contre-le-decrochage-scolaire-en-lycee

– Présentation d’une expérimentation en ULIS par Elsa Karamucki (enseignante spécialisée) : https://agepsraymondbarbry.wordpress.com/2018/08/22/bien-etre-pour-apprendre-apprendre-le-bien-etre/

– Article des cahiers pédagogiques en ligne : Pratiques de pleine attention et effets de la médiation http://www.cahiers-pedagogiques.com/Pratiques-de-pleine-attention-et-effets-de-la-meditation

– Article de l’Inrees en 2012, méditez à l’école :   http://www.inrees.com/articles/Mediter-a-l-ecole/

– La vitalité, la clef de l’attention, vidéo de Serge Augier : https://agepsraymondbarbry.wordpress.com/2018/03/27/la-vitalite-la-clef-de-lattention/

–  Effets d’une formation à la pleine attention pour les enseignants et le personnel d’un collège : https://agepsraymondbarbry.wordpress.com/2018/03/13/effest-dune-formation-a-la-pleine-attention-meditation-pour-des-enseignants-et-le-personnel-dun-college/

Conclusion et perspective. Cette journée auprès d’enseignants spécialisés venant de toute la France sur cette thématique de la méditation à l’école n’est pas neutre. Elle marque de mon point de vue un tournant et confirme les évolutions au sein des institutions de l’EN (tant public que privé sous contrat). Le mot même de méditation n’est plus tabou. Il aura fallu moins de dix ans pour que les représentations changent et que les à priori négatifs s’estompent. En 2011 j’avais déclaré à une journaliste de l’INREES, il est encore trop tôt pour parler sans retenue de méditation à l’école, dans cinq ans (2016) nous pourrons et dans dix ans les pratiques méditatives seront reconnues, valorisées et de plus en plus d’enseignants de formés. Nous y sommes en huit ans !

Un grand merci à Bénédicte Dubois, Maud Agasse, Jean François Bayart de l’Ifp Lille de m’avoir soutenu dans le développement de la pleine attention à l’école. Il en est de même pour Bruno Grave de l’Ifp Montpellier et Sophie Llinas Rouden de l’Ifp de Lyon, le réseau CANOPE et plus particulièrement le centre d’Amiens qui a proposé en 2018 une journée d’étude et des ateliers.  Concernant les enseignants, les CPE, les infirmières, les chefs d’établissement des écoles, collèges, lycées publics et privés sous contrat..Merci à vous toutes et tous pour votre engagement, votre confiance. Une mention spéciale pour les établissements en REP ou engagés dans la lutte contre le décrochage scolaire, je suis admiratif de ce que vous entreprenez dans le quotidien et qui est si peu mis en valeur à mon goût.

Raymond Barbry, le 23 mai 2019.