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Retour en classe : Le stress, un vrai défi pour l’école de demain / Une table ronde du réseau CANOPE

Une réalisation de Aurélie Dulin et Fanny Milhe-Poutingon

Atelier Canopé 38- Grenoble - Ressources numériques - Grenoble ...

Autour de cette table ronde, deux professionnels partagent avec nous leur expertise sur la gestion du stress sous l’angle du sport et de la médecine.
Pour pouvoir aborder sereinement le retour en classe au troisième trimestre, ainsi que la rentrée de septembre, la communauté éducative aura à gérer la question sensible du stress des élèves. Nous avons invité deux spécialistes du sujet, Martine Orlewski, médecin, et Raymond Barbry, formateur pour faire le tour de la question et, pourquoi pas, en tirer un bénéfice pour l’école de demain.

Réouverture des écoles… Vigilance quant au sur-stress, ou comment faire avec les peurs et ne pas sur-ajouter ?

Dans cette crise, nombre de personnes ont ressenti, ressentent et ressentiront pour le moins, du stress, de l’inquiétude, puis de l’angoisse, et voire de l’anxiété. Un sondage sorti ce vendredi en France estime que 41% des français sont en état de mal être et d’angoisse quant à cette phase de confinement et sa sortie. Les peurs sont là, bien présentes : peur du covid, peur de la crise économique, peur d’une crise politique majeure, peur des changements climatiques et surtout la peur de l’incontrôlable, de l’imprévisible et de l’incertitude.

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Concernant les établissements scolaires la France a fait le choix de la réouverture progressive dés le 11 mai en fonction des niveaux et des régions. D’autres pays ont pris la décision de clore l’année scolaire 2019/2020 et de reprendre à la rentrée de septembre. A chacun et chacune de se positionner, d’autant que les parents ne sont pas tenus de remettre leurs enfants. La possibilité de la continuité pédagogique reste de mise. Le cadre des conditions de réouverture des établissements est drastique (cf le document du MEN) et questionne fortement les enseignants quant à sa mise en œuvre concrète. Les semaines qui viennent nous éclairerons quant à la faisabilité !

Une reprise à nulle autre pareille !

Au delà du cadre qui pose les conditions de reprise et qui marque une rupture totale avec les conditions normales de classe à jamais connues à ce jour (distanciation, nombre d’élèves, restriction des activités collaboratives, conditions sanitaires….),  les chefs d’établissements, les enseignants et le personnel éducatif auront à faire en sorte que les élèves qui reprendront se sentent au mieux dans les classes et l’établissement. Mais comment faire ? Comment faire preuve de la sérénité nécessaire dans un contexte sociétal anxiogène qui impacte aussi les adultes en charge d’éducation dans l’école ? Comment faire en sorte  que, malgré toutes les contraintes, les enfants et les jeunes se sentent dans un espace sécuritaire et bienveillant ?

Les conséquences sur les enfants, les adolescents du confinement et de la pandémie.. (document issu de l’Académie de Lille)

Au plan scolaire :

  • le décrochage et les difficultés en lien avec l’absence ou l’insuffisance d’aides, d’accompagnement, d’accès au numérique.
  •  le peu ou pas d’accompagnement spécifique pour les enfants présentant des troubles d’apprentissages.

Au plan physique : 

  •  la fatigue en lien avec à la surexposition aux écrans.
  • la dérégulation du rythme veille/sommeil.
  • l’apparition ou aggravation de la surcharge pondérale et de l’obésité (grignotage, sédentarité, absence d’activité physique).
  • l’amaigrissement et carences alimentaires dues aux difficultés financières des familles.
  • les conduites addictives (écrans, produits).
  • les interruptions des soins médicaux et de rééducation (dentaires, dermato, orthophonistes…).
  • la négligence et/ou interruption des suivis et prises en charge des maladies chroniques.
  • la maltraitance physique.

Au plan psychique, les répercussions psychiques des épidémies et des confinements sont connus en voici les principales :

  • la peur d’être contaminé, de mourir et de contaminer les autres.
  • l’ isolement social qui entraîne frustration, ennui, solitude non désirée.
  • la durée du confinement et l’incertitude quant aux suites.
  • l’angoisse, les phobies (microbes), les obsessions et toc (nettoyage des mains), les troubles du sommeil, la perte de l’appétit, la fatigue et l’irritabilité, les troubles de l’attention, la morosité voire la dépression.
  • le syndrome du stress post traumatique (inscription dans la durée), perte des routines structurantes de l’école, les parents anxieux et moins protecteurs rendent les enfants vulnérables.
  • le confinement a mis un arrêt à certains suivis psychologiques.
  • le contexte de pandémie peut réactiver des événements de la vie antérieure telles que, la maladie, la mort.
  • le renforcement d’autres problématiques, cyberharcèlement, maltraitance, violences conjugales.

Une société de la Peur !

Cette crise pandémique mondiale n’a fait que raviver les peurs et la Grande Peur de l’être humain, celle de la mort qui est tue et cachée dans notre modèle matérialiste et consumériste qui nous a conditionnés à tout vouloir contrôler ! Cette pandémie nous rappelle cette réalité fondamentale, la vie, la mort ne se contrôlent pas. L’imprévisible et l’incertitude restent de mise ! Notre modernité immature refusent que les choses viennent d’ailleurs, de l’autre, des autres, ce que Lacan dénommait le grand « Autre ». Elle veut que tout vienne d’elle ! Le transhumanisme est la concrétisation et la forme abouties de cette immaturité.

Cette peur commentée à longueur de journée et alimentée par la plupart des médias s’est décuplée ces dernières semaines. Elle laisse entrevoir un monde de contrôle, de surveillance, de prévention et de sécurité qui  envahit tout et en devient excessif et maladif ! Cette peur ne tolère plus la vie avec ses aléas, ses épreuves, ses confrontations, ses échecs,  dévitalise les êtres humains, les rend frileux, peureux, méfiants, anxieux, hagards, tristes, exsangues , aigris…

Comme le souligne avec force Marie de Hennezel et Bertand Vergely (in une vie pour se mettre au monde) l’être humain a une vocation, celle de devenir. Devenir signifie que l’homme a un avenir. Il a comme vocation la vie. De plus en plus de vie !

Relativiser et remettre à sa juste place cette crise sanitaire !

Certes cette pandémie du covid 19 a quelque chose de dramatique. Il suffit d’entendre les témoignages des personnels de santé de réanimation ou ceux des personnes atteintes du covid qui en sont sorties. Mais est-ce que nous n’en faisons pas trop dans la dramaturgie ?

Je partage le point de vue d’André Comte-Sponville  qui nous met en garde contre la tentation de faire de la santé une valeur suprême au delà de toutes les autres et aux dépens de la justice et de la liberté. « Je respecte strictement le confinement, mais ça ne veut pas dire qu’on doit entrer dans ces discours qu’on entend sans arrêt à la télévision ».

De quelques rappels :  depuis le début de la pandémie, des crises graves comme la guerre en Syrie et le réchauffement climatique sont absentes des informations. « Tous les ans, 9 millions de gens meurent de malnutrition, dont 3 millions d’enfants dans le monde. Neuf millions de morts, c’est quand même plus grave que les 270 000 morts actuels de la COVID-19! ».

Par-dessus tout, les médecins ont pris le pouvoir dans nos sociétés, ce qu’on appelle le « panmédicalisme », soit de « faire de la santé la valeur suprême, et donc soumettre toute notre vie, nos sociétés,  à l’unique exigence   de la médecine ».

L’interview complet de A.Comte-Sponville sur radio canada : https://ici.radio-canada.ca/premiere/emissions/bien-entendu/segments/entrevue/168386/andre-comte-sponville-philosophe-sante-medecins-covid-19?fbclid=IwAR0iJ1snDd61x0-ES55n6FCNpduwqwnKMdPlid6CBwwxWsNyKA_GBCvnUsA

Alors quoi faire ? Comment se positionner ? Comment ne pas sur-ajouter du stress à l’état d’angoisse latent ?

D’abord travailler ses propres peurs d’adultes, les conscientiser, les accepter (cf l’article précédent : https://agepsraymondbarbry.wordpress.com/2020/05/03/reouverture-des-ecoles-faire-temporairement-son-deuil-de-la-pedagogie/).

Ensuite être, autant que faire ce peut, en confiance en soi et dans l’équipe. Nous connaissons par l’expérience et par les recherches, le phénomène de contagion émotionnelle. Il s’agit de l’influence inter-relationnelle des émotions et des effets sur la dynamique collective. Cette influence joue dans les deux sens, négatif comme positif. Cette contagion émotionnelle, par son influence directe sur les émotions, les jugements et les comportements des adultes comme des enfants et des jeunes, peut provoquer des effets d’entraînement subtils et cependant importants dans les groupes, les classes et les établissements. Plus nous serons dans l’angoisse et plus cette dernière va se répandre. Plus nous serons dans le calme et plus ce dernier gagnera ! C’est d’abord et avant tout une posture intérieure qui s’entretient par la conscience que nous avons de nos pensées, de nos émotions.

Enfin travailler les priorités pédagogiques qui ne peuvent être celles d’avant la crise. Cela paraît évident..mais encore faut-il le rappeler ! Ce qui va prévaloir durant ces deux mois et peut être même certainement à la rentrée de septembre ce sont les compétences dites psycho-sociales. Faire en sorte que les enfants, les jeunes et les adultes vont élaborer du sens à ce qui arrive dans une appropriation collective.

Et qu’en sera-t-il de l’accompagnement des équipes éducatives durant cette fin d’année scolaire ? Depuis le début du confinement les enseignants, les chefs d’établissements, les CPE et l’ensemble du personnel éducatif ont déployé beaucoup d’énergie dans la continuité pédagogique. La reprise avec le cadre sanitaire va provoquer une tension supplémentaire, d’autant que nous n’avons aucune expérience en la matière ! Souhaitons que les tutelles, les hiérarchies seront à la hauteur de l’accompagnement. Il en va de la santé mentale des équipes éducatives.

Raymond Barbry le 9 mai 2020.

 

Réouverture des écoles….Faire temporairement son deuil de la pédagogie ?

Dans cet article il n’est pas question de porter un jugement sur le bien fondé de la réouverture des établissements scolaires. Je laisse à chacune et chacun se faire son opinion sur cet aspect. D’autant que sur ce sujet, nous observons dans le monde des réponses très différentes en fonction de la culture, de la doctrine sanitaire et des priorités politiques avouées et cachées du pays. De plus en France, et plus particulièrement pour les écoles maternelles et primaires, un nombre conséquent de maires s’opposent actuellement à la réouverture des écoles le 11 mai, les conditions sanitaires imposées au plan gouvernemental ne pouvant être assurées dans les établissements. Il en est ainsi dans les Hauts de France où plusieurs dizaines de communes ont pris cette position.

Je me permets simplement de dire, que la réouverture des établissements scolaires en septembre eut été la plus simple des réponses. Était elle pertinente ? Je n’en sais rien, et seul l’avenir nous le dira.

https://photos.lci.fr/images/613/344/la-premiere-ministre-danoise-en-discussion-avec-les-eleves-pour-la-reouverture-de-leur-ecole-a-copenhague-le-15-avril-29d96b-0@1x.jpeg

A mon sens, une question prioritaire doit guider les acteurs éducatifs de l’école :  comment dans le quotidien de la classe,  ne pas en rajouter quant à l’état d’angoisse persistant qui règne dans le pays au sujet de cette épidémie ? Autrement dit, comment faire en sorte que cette dernière période de l’année scolaire, à nulle autre pareille, se passe au mieux pour tout le monde, adultes, enfants, pré-ado, ado et jeunes (si toutefois les lycées ré-ouvrent) ?

De quelques principes à avoir en tête pour guider

1/ Ce qui est premier en ce contexte si particulier, ce sont deux priorités qui doivent être le fil conducteur de toutes les décisions et actions  qui en découleront :

  • Le souci de la santé de tous, élèves comme adultes. Par santé nous entendons la dimension holistique (globale) de l’être humain dans les aspects bio-psycho-socio. La santé n’est pas qu’une question de « bonne » santé physique et d’absence de maladie. Elle implique un équilibre et une dynamique entre le corps, les pensées (l’esprit) et les affects (émotions). Nous savons aujourd’hui et cela nous est confirmé maintenant par les recherches scientifiques que tout est en interaction en continue dans notre corps. Notre état émotionnel influe directement sur nos défenses immunitaires. Nos pensées agissent directement sur notre état émotionnel. Toutes les cellules de notre corps communiquent entre elles en temps réel !
  • Le maintien et le renforcement du lien social. L’être humain quelle que soit son âge est un être social. Il se développe et se construit par l’interaction avec l’autre. La dimension socio-affective est des plus déterminante dans les premières années de notre vie (cf l’enfant sauvage au 19ème siècle, les enfants isolés de Roumanie etc…). Nous ne sommes pas faits pour vivre dans l’isolement total. Même celles et ceux qui décident de vivre en retrait de la société de leur époque le font en collectif (monastère, ashram…) ou ne s’isole que temporairement (ermitage) pour mieux revenir au contact des autres.  Ce lien aux autres est indispensable quelle que soit notre âge. Il suffit de voir ce qui s’est passé dans les EHPAD en France ces dernières semaines où le confinement imposé a eu pour effet d’augmenter le nombre de personnes touchées par le « syndrome du glissement ».

De fait, les apprentissages purement scolaires, les programmes passent au second plan. Ils ne sont aucunement prioritaires en cette période ! Un des bons côtés de cette crise aura été de mettre en exergue que la vie c’est l’incertitude, qu’elle ne se contrôle pas et qu’un tout petit virus peut bloquer le monde ! Nous en vivons tous l’expérience actuellement. Une belle leçon d’humilité que la terre nous a envoyée en quelques sorte !

2/ La question de la peur est aussi première et n’est pas à éluder !

La peur est normale. Elle est une de nos émotions de base. Nous en connaissons les effets tant au plan physique que psychique. Le fait est que depuis maintenant deux mois, elle est là installée dans la durée, alimentée par des médias qui en jouent pour augmenter leur audience, par des orientations  politiques et de santé publique (cf les moyens, masques, tests) qui ne rassurent pas et augmentent le doute et la perte de confiance dans les dirigeants (cf les sondages européens en ce domaine).

Il suffit d’observer actuellement les comportements d’une bonne partie des personnes dans les lieux autorisées pour la percevoir au travers des postures, des regards. Elle est là présente continuellement, usante et épuisante parce que non acceptée, non régulée.

Alors comment faire avec ? Comment vivre avec cette peur ? Comment en réduire ses effets néfastes pour notre santé et celle des élèves ? Comment ne pas la communiquer inutilement ?

  • D’abord, une peur s’accepte. C’est la première des choses à faire. Je reconnais que j’ai peur…Je reconnais que l’autre a peur. Cette acceptation en réduit l’impact émotionnel et les effets sur notre corps et notre santé. Nous savons que vivre dans un état de peur constant, épuise l’organisme, l’affaiblit. C’est comme laisser une  porte ouverte à nombre de pathologies physiques comme mentales.
  • Ensuite, une peur se dit, se déclare. Nous avons un conditionnement culturel et éducatif à déjouer à ce sujet. Dire, déclarer voire expliciter sa peur en réduit l’impact émotionnel négatif. On se sent mieux une fois que nous avons pu dire ce que cette peur faisait en nous.
  • Puis, une peur se relativise. Dans la plupart des situations nous augmentons par notre mental (nos pensées et nos ruminations) nos peurs. Il y a ce que nous pensons qui pourrait nous arriver…Il y a ce qui pourrait nous arriver…..et il y a ce qui nous arrive vraiment. Mais arriver à cet état nécessite de prendre le temps de la distance, de la compréhension et de la mise en sens sur ce qui nous arrive.
  • Enfin, agir sur ce qui est en mon pouvoir, autrement dit, sur quoi ai je prise ? L’acceptation de la situation, de l’incertitude, du non contrôle est une première phase. Vouloir agir sur ce dont je n’ai aucune prise est contre productif, épuisant et va augmenter les peurs et les effets néfastes sur la santé. L’action et l’engagement sont déterminants. Le collectif et sa cohérence prennent toute leur dimension dans cette période de déconfinement. L’action peut être dans le contexte de la réouverture des écoles, la réorganisation des espaces, l’adaptation du temps, les modalités de déplacement etc… Mais ce peut être aussi l’opposition, le refus, la désobéissance, voire le combat si besoin, quand les seules portes de sortie sont de ce registre. Henri Laborit (médecin chirurgien et neurobiologiste, mort en 1995) a travaillé cette question tout au long de sa vie de chercheur. Il en a fait un film qui explique bien ces phénomènes (Mon oncle d’Amérique), voir aussi son ouvrage « Éloge de la fuite ».
  • Ne pas communiquer son stress aux enfants, mais témoigner de calme et de tranquillité intérieurs. Nous savons que tout est en interaction que tout est relié (cf les travaux en physique de l’information, en biologie quantique, en épigénétique…). L’état émotionnel de l’adulte comme celui des enfants vont interagir. Ça signifie que je suis impacté par tout ce qui se passe autour de moi, mais que moi j’interagis avec mon environnement ! De la joie ça se communique, mais de la peur aussi ! Le problème est que si le stress devient répétitif, il ne peut plus être géré par le système de défense de notre corps qui est conçu pour ne traiter que l’urgence en priorité. Dés lors que le stress environnemental et celui du à notre mental (nos pensées qui amènent : peur, angoisse, honte, culpabilité) sont permanents, cela active une sur-augmentation des hormones du stress. Il devient alors impossible de se relâcher. Et c’est la porte ouverte à l’épuisement, au burn-out, à la  dépression. La seule réponse possible pour éviter cette tension constante : être dans des conditions de sécurité sanitaire dans la classe et l’établissement (extériorité), en tant qu’adulte être en état de calme intérieur (intériorité) dans les temps passés en contact avec les enfants. Ce dernier point nécessite une connaissance et conscience de soi très développées et travaillées.

3. Faire le deuil temporaire des méthodes pédagogiques facilitant les inter-relations.

Et bien oui..temporairement, et je pense plus particulièrement aux classes maternelles et primaires, il ne sera plus possible de pratiquer toutes les approches interactives et coopératives qui sont de mises ces dernières décennies. Les conditions sanitaires strictes et notamment la distanciation physique en interdisent l’exploitation.

Les enseignantes et enseignants des classes maternelles ainsi que les atsem (personne qui seconde l’enseignant sur le plan matériel et éducatif ) savent combien cette distanciation sera des plus difficiles à faire respecter qui plus est dans notre culture pédagogique française (surtout en maternelles). Et nous ne savons pas aujourd’hui comment les enfants vont réagir à ce cadre très stricte imposé qui va à l’opposé des habitudes et des routines pédagogiques. Il faut s’attendre de ce côté et dans les premières semaines à un état de fatigue conséquent des enfants et des adultes ! Un tel changement est des plus coûteux en matière d’énergie psychique et de force vitale. C’est du reste en grande partie pour cette raison que les pays qui ne ré-ouvrent pas les écoles maternelles et primaires ont pris cette décision ; parce que c’est tout simplement très difficile, voire impossible d’appliquer les normes sanitaires de  distanciation.

4. Retour au behaviourisme, au conditionnement, dans sa forme basique et parfois caricaturalle.

Les vidéos, les images qui nous montrent ce qui est pratiqué dans certaines cultures effraient une bonne partie des enseignants !

Il ne s’agit pas de rejeter en bloc cette forme d’apprentissage qui dans certains contextes a toute sa pertinence. Il y a des situations pédagogiques qui pour des raisons de sécurité vont imposer l’apprentissage par conditionnement. On ne pratique pas l’essai-erreur, le socio-constructivisme quand les conditions de sécurité objectives ne peuvent être assurées.

Mais la forme caricaturalle qui nous est montrée par certains médias inquiètent, et à juste raison, nombre d’éducateurs !

Le cadre sécuritaire imposé par les normes sanitaires induit l’exploitation de cette forme d’apprentissage qui va être chronophage dans sa première phase. C’est à dire de trois à quatre semaines, le temps nécessaire à l’acquisition des nouvelles routines de distanciation par le collectif.

5. Qu’en est-il de la responsabilité des enseignants, des personnels, des chefs d’établissement ?

Cette question est actuellement débattue entre les différents partenaires. La démarche descendante à la jacobine française est toujours de mise, à savoir que l’état (le ministère de l’EN) a posé un cadre sanitaire avant toute négociation avec les partenaires. Or le contexte de judiciarisation qui gagne aussi notre pays n’est pas sans inquiéter à juste raison les acteurs éducatifs. Qui serait responsable en cas de « closter » partant d’une école ?

A ce sujet, le média « médiapart » a posé la question à un avocat pénaliste, voir cet article très explicite : Profs, directeurs, AED, AESH, agents, responsabilité pénale en jeu.

https://blogs.mediapart.fr/liligaby/blog/010520/profs-directeurs-aed-aesh-agentsresponsabilite-penale-en-jeu?fbclid=IwAR0BFc1kGd0FiK7AJlyYIB6lhZ1ym0b8_8sgLhJZnOI73UDnbwi–A6Pczc

En conclusion, voici ce que nous dit Laurent Hazan : « Il m’apparait que la seule protection contre d’éventuelles poursuites est de rester serein, de respecter strictement les obligations sanitaires et de sécurité et surtout, en cas de difficultés ou d’insuffisance des mesures mises en place pour garantir la sécurité des élèves, d’alerter immédiatement la hiérarchie et, en dernier recours, de suspendre les cours. L’important est que les enseignants soient toujours capables de justifier leurs décisions au regard de l’intérêt supérieur des élèves. »

6. Faire confiance aux enseignants, aux personnels, aux chefs d’établissement.

Et si nous faisions confiance aux acteurs eux-mêmes ? Si le temps leur était laissé de réfléchir, d’imaginer comment reprendre et refaire classe en toute sécurité objective et subjective ? Comment faire en sorte que l’école reste ce lieu où les adultes et les enfants s’y sentent bien ?

Les mieux placés pour imaginer cette reprise se sont quand même celles et ceux qui pratiquent ce lieu !

Raymond Barbry le 3 mai 2020.

Déconfinement et réouverture des établissements scolaires, et si on faisait confiance aux enseignants, aux personnels et aux chefs d’établissement !

La date du déconfinement est posée au 11 mai en France. Il se fera nous dit-on de manière progressive. Les établissements scolaires vont ré-ouvrir peu à peu à partir de cette date. Ici et là dans les médias, via les informations qui filtrent du ministère, des rectorats ou de différents experts en santé publique, un cadre semble émergé.

https://photos.lci.fr/images/613/344/deconfinement-et-retour-a-l-ecole-en-nouvelle-caledonie-20200423-1455-b76577-0@1x.jpeg

La question ici n’est pas de savoir s’il est pertinent ou non de ré-ouvrir les établissements scolaires ou d’attendre la rentrée de septembre. Les avis entre les différents pays qui ont confinés divergent à ce sujet. De même que je ne pose pas la question des contenus des quelques jours de classe en réel présentiel qu’auront effectivement les élèves entre mi-mai et fin juin (si peu en fait !).  Ni même, quelles sont les motivations premières à la ré-ouverture :  la reprise économique, la lutte contre le décrochage, le maintien du lien entre l’école comme lieu de construction du lien social et les familles, la poursuite des programmes… ? Peut être un peu de tout cela à la fois !

Qu’est ce que nous devrions attendre des dirigeants, du gouvernement, des experts en santé publique au sujet de cette ré-ouverture ?

Nous attendons qu’ils puissent poser des cadres qui ont été travaillés, discutés, critiqués en amont de leur publication avec les différents partenaires de l’école (représentations professionnelles, syndicales, associatives…). C’est de l’intelligence collective et de la démocratie en acte. Dans un contexte de crise, les solutions les plus pertinentes émergent de l’échange, du débat, de la confrontation des idées, c’est mettre en œuvre concrètement cette intelligence collective qui va faire penser « out of the box ».

Un dirigeant se doit d’être un expert en intelligence collective !

Une posture qui se définit ainsi :

  • Faire prévaloir le fond sur la forme.
  • Se fier au travail et à la probité intellectuelle plutôt qu’aux apparences et à la réputation.
  • Se risquer à la vraie réflexion plutôt que de s’abandonner aux fausses sécurités des procédures.

Le cadre se doit de libérer les initiatives et permettre la réalisation sur le terrain des possibles. Il n’y a que les acteurs du terrain, ici en l’occurrence celles et ceux qui travaillent dans les établissements scolaires qui pourront nous dire ce qu’il est judicieux et possible de faire au regard du contexte (locaux, espace, situation géographique, type d’établissement, personnes disponibles, nombre d’élèves etc….). La réalité d’un établissement n’est pas celle d’un autre. Il suffit d’en visiter plusieurs pour se rendre compte de la diversité.  Ce qui pourra être mis en œuvre dans l’un, sera tout bonnement impossible dans l’autre !

Qu’en est-il de la parole des enseignants, du personnel et des chefs d’établissement dans l’espace institutionnel, politique et médiatique?

Actuellement on pourrait dire pas grand chose ! Ils sont pourtant les mieux placés pour dire ce qu’il est préférable, judicieux, pertinent de faire.  Et ils sont capables, à condition de le permettre, d’inventer, d’imaginer et de donner du sens au comment faire !

Le mal français, la logique descendante des « sachants-décideurs » qui imposent aux « faisants-acteurs ».

C’est le problème majeur ! Et plus particulièrement, chez nous en France, cette incapacité des dirigeants et des cadres intermédiaires de prendre en compte l’avis de celles et ceux qui font !

Nous avons un problème dans la formation de nos dirigeants de tous les niveaux hiérarchiques. Ils sont conditionnés et formatés à être des « sachants » qui décident pour les « faisants ». Logique pyramidale et descendante. C’est très profond et inscrit dans notre culture et notre système d’éducation et de formation. Quand E.Macron a osé parler des premiers de cordée, il a explicitement fait référence à cette vision et conception du management, des décideurs, des « sachants »…et l’incapacité à écouter ce que les « faisants » (les acteurs du quotidien) font et disent de leur pratique, vécu.

Dans cette crise qui impacte tous les niveaux de notre société, nous voyons bien que les « authentiques » premiers de cordée ne sont pas les « sachants » mais les « faisants » du quotidien.  Il en est de même dans l’école. Les mieux placés pour dire ce qu’il est préférable de faire, ce sont celles et ceux qui au quotidien sont dans les établissements, dans les classes, au contact des enfants, des ados, des jeunes, des parents.

Les responsables institutionnels et politiques (du ministre, au conseiller du ministre, au recteur, à l’inspecteur d’académie, au secrétaire général de EC, au directeur diocésain, aux maires, aux conseillers départementaux et régionaux) devraient être là en cette période de crise pour aider, accompagner et donner les moyens de l’action à celles et ceux qui sont sur le terrain.

Et d’abord pouvoir dire et partager explicitement ce qui est prioritaire pour la santé et le maintien du lien social. Il en va de notre devenir.

Raymond Barbry, le 27 avril 2020

 

Paroles de collégiens en période de confinement et d’accompagnement pédagogique

C’est une expérience particulièrement intéressante que Mesdames Christelle Ringeval et Annie Poirrier,  les deux Conseillères Principales d’Education du collège Henri Wallon à Méricourt dans les Hauts de France, ont réalisé dans le cadre de la continuité pédagogique.

Un nouveau principal au collège - Site de Méricourt

Continuité et accompagnement pédagogique

Ce qui est remarquable dans ce témoignage, c’est l’option de l’accompagnement qui est intégré à la continuité. Le choix des mots n’est pas neutre, en effet dans continuité il y a l’idée de continuer à avancer et dans l’accompagnement celle d’être à « côté de ». L’un n’exclut pas l’autre.

Cette démarche éducative vise plus particulièrement à amener les jeunes à se questionner, à percevoir les effets de cet événement particulier qui impacte nos vies à tous. Il est aussi question de susciter le questionnement, la réflexion et l’introspection sur l’expérientiel de chacun.

Voici ce qui a été demandé aux collégiens

par

Mesdames Ringeval et Poirrier

« Durant cette période, vos habitudes de vie ont changé… les mesures de confinement nous amènent à organiser et occuper nos journées autrement… mais cette « parenthèse » nous amène également à réfléchir sur nos modes de vie, sur la personne que nous sommes, sur la personne que nous souhaiterions être, sur le sens de notre vie ou sur le sens que nous voudrions donner à notre existence….

Peut être avez-vous déjà pris conscience de certaines choses? Peut être avez-vous découvert ou redécouvert certaines choses? Peut être vous êtes-vous rendu compte que certaines choses étaient plus essentielles et importantes que d’autres?

Nous vous proposons de nous faire partager vos « prises de conscience ». »

Voici l’essentiel de  ce qui est remonté en matière d’écrits par les collègiens.

J’ai repris tel que le document synthétique réalisé par les deux CPE.  Certains collégiens ont remonté sous forme de dessin, de BD qui n’apparaissent pas dans ce résumé de l’expérience.

« Mes amis me manquent, le terril pour aller rider me manque, je n’aime pas du tout le télétravail. »

 » La liberté, le partage et la solidarité sont très importants ».

« L’école me manque énormément, surtout me camarades de classe à qui je porte beaucoup d’affection. Mais surtout parce que l’on comprend mieux les cours en présence des professeurs. »

« J’ai appris beaucoup de choses avec mon père : le bricolage, la cuisine, la mécanique…Comme cela plus tard je pourrai être indépendante et tout faire moi-même. Je pense à mon avenir. J’apprends… »

« Je fais du sport tous les jours, mais je préfère aller en cours. C’est plus facile pour les leçons. »

« Je me rends compte que dans mon ancien quotidien (avant le confinement), je passais à côté de ceux que je ne peux plus voir et des activités que je ne peux plus faire aujourd’hui ».

« J’aime trop mes amies. L’école est un rituel ».

« L’avis des autres ne m’importe plus. Le principal, c’est que je me plaise ».

 » Malgré le stress et la peur d’attraper le covid-19, mes parents et moi continuons à rire et vivre ».

 » Ceux qui sont seuls durant le confinement doivent se sentir isolés et tristes. Heureusement, internet permet de communiquer, avec eux et cela les aide à aller mieux ».

 » L’école est importante. L’école à la maison c’est très difficile sans les sans les professeurs. »

 » Mes vrais potes sont ceux qui continuent à prendre de mes nouvelles. »

 » Je peux vraiment prendre le temps de faire mes devoirs en prenant soin des détails ».

« Il faut faire attention ».

« Le codid-19 st une maladie grave qui infecte tout le monde et qui est transmissible…et cela me fait peur ».

« Il est important d’être solidaire »

« C’est nul qu’il n’y ait plus d’école car on y apprend beaucoup de choses ».

« Sortir me manque ».

« L’école me manque énormément. J’ai toujours aimé l’école, mais là, la routine habituelle et mes activités sportives me manquent. C’est une partie de moi qui s’est envolée ».

 » J’ai changé ma façon de vivre ».

« Le virus est vraiment dangereux. Il faut rester à la maison. Certaines personnes ne respectent pas le confinement alors que d’autres personnes meurent ».

« Cela fait du bien de se lever plus tard de temps en temps ».

« La liberté me manque ».

« Avant le confinement je n’avais pas réagi que j’avais plein d’activités extra-scolaires. Aujourd’hui j’essaie de m’occuper comme je peux : je cuisine, je passe du temps avec ma famille, je dessine ».

« Respecter les règles sanitaires est très important pour nous, pour nos proches et pour les autres ».

« Je vis bien le confinement, mais je pense beaucoup aux autres, et je suis bouleversée à l’idée de perdre un proche ».

« J’arrive à être autonome ».

« Il est important de faire attention à soi et à ses proches et de ne pas sortir. »

« Je me soucie de la santé de mes grands parents. J’ai gagné en autonomie pour faire mes devoirs. J’ai développé le sens de l’entraide en participant aux tâches ménagères ».

« Je sais m’occuper quand même sans sortir, mais c’est important pour moi de voir d’autres personnes ».

 » C’est grave ce qu’il se passe actuellement. C’est très dangereux et contagieux. Il y a beaucoup de morts ».

 » Les professeurs sont hyper-utiles. je vais essayer d’être plus sympa à l’école et de mieux travailler ».

« On ne peut pas sortir et aller au collège  travailler avec les professeurs ».

« Je n’ai pas beaucoup de temps pour profiter de ma famille car je fais mes devoirs. cela me prend une bonne partie de la journée ».

 » L’école est importante. Je suis perdue sans les professeurs. Je préfère aller à l’école plutôt que de rester à la maison. Après les devoirs, je m’ennuie ».

« J’organise mes journées autrement : j’alterne temps de travaux scolaires, activités sportives avec ma sœur et mes parents dans le jardin, puis un moment en famille en fin de journée : un film ou un jeu de société. »

« Je peux devenir la personne que je souhaiterais être si je travaille dur et que je fournis les efforts pour parvenir au résultat voulu. Avant le confinement je me concentrai peut être un peu trop sur le collège et je n’avais pas trop de temps pour mes loisirs et ma famille. Mais j’ai finalement compris qu’avec une bonne organisation tout est possible. »

« Ma famille est très importante et cela me manque de les serrer dans mes bras (Amour et famille). J’ai envie de partager tous les devoirs sur snap avec tous les élèves de ma classe, même si avec certains nous n’étions pas amis. Ils me manquent tous (partage). »

A la lecture nous percevons bien à la fois les points de convergence et les différences dans la manière de vivre cette phase de confinement. Lors de la réouverture des établissements, il sera nécessaire et indispensable de prendre un temps pour permettre les expressions des uns et des autres.  ll y aura là aussi comme d’autres domaines de nos vies, un après cette crise qui imposera des changements.

Raymond Barbry le 10 avril 2020

Confinement, continuité pédagogique…le meilleur côtoie le pire !

Nous voici à la troisième semaine de confinement et la mise en place de la continuité pédagogique par l’EN pour tous les établissements scolaires de France.

Covid-19 : heurs et malheurs de la continuité pédagogique à la ...

La phase de tâtonnement logique et non surprenante des deux premières semaines s’estompe. Faut-il rappeler qu’elle était attendue au delà des discours optimistes et engagés du ministère. En effet, comment être opérationnel et efficient de suite alors qu’aucune expérimentation à petite comme à grande échelle n’avait été réalisée ? A la fin de cette troisième semaine et par l’engagement, l’investissement de tous les acteurs du système éducatif (public comme privé sous contrat), cette continuité prend forme pour s’installer dans une durée non encore définie. D’ailleurs le pourrait-on, compte tenu de l’évolution de la pandémie en France, Europe et  dans le monde  ?

Une décision importante vient d’être prise (examens en contrôle continu).

Elle va permettre aux enseignants comme aux élèves de se mettre en projet et c’est une première pour notre pays, le brevet examen de fin de collège et le baccalauréat examen de fin de lycée vont être validés sur la base du contrôle continu. il n’y aura pas de ce fait d’épreuves terminales. Nous rejoignons ainsi ce que certains de nos voisins ont décidé précédemment.

Le risque réel d’une augmentation du décrochage.

Malgré l’engagement et l’investissement de tous les personnels des établissements, des élèves restent non joignables, sont perdus et en état de décrochage d’avec l’école, le plus souvent pour des raisons techniques liés aux connexions avec les réseaux ou un manque de matériel tels qu’imprimante, voire ordinateur, mais aussi pour quelques uns par une intention délibérée de ne pas répondre et d’autres un contexte psycho-social qui ne facilite guère l’enseignement à distance.

La clarification des objectifs par le ministère de l’EN, relayé à son niveau par le SGEC ont posé un cadre qui clarifie les objectifs de la continuité pédagogique.

Un enjeu essentiel : maintenir un contact avec la totalité des élèves pour éviter le décrochage, assurer une activité pédagogique, un lien avec les apprentissages dans le but de faciliter le retour en classe après la crise.

Un principe de base : il ne s’agit pas de reproduire l’emploi du temps des élèves à l’identique, l’enseignement en distanciel les mobilisant de manière autre que les cours en présentiel.

Et donc : Pas d’évaluation sommative / Pas d’avancée sur les programmes  / Entretien des acquis / Priorité maintenir le lien avec les élèves (accompagnement).
Ces orientations sont partagées dans la plupart des pays qui sont entrés en confinement et qui ont mis en place la continuité pédagogique.

Des initiatives pédagogiques émergent de partout et se partagent.  Les enseignants font montre pour la grande majorité d’un engagement sans faille. Nous en avons fait écho dans les articles précédents et elles se multiplient. Je tiens à vous donner ici un exemple concret à l’initiative des CPE d’un collège (Méricourt) qui ont fait parvenir à tous les élèves du collège ce message :

« Chers élèves,

Nous espérons que vous vous portez bien et que vous êtes en bonne santé, ainsi que vos proches.

Nos vies sont actuellement bouleversées par cette crise sanitaire que nous traversons toutes et tous, et par les mesures de confinement qui sont mises en œuvre pour freiner la progression du Covid-19, et ainsi éviter la contagion du plus grand nombre.

Durant cette période, vos habitudes de vie ont changé… les mesures de confinement nous amènent à organiser et occuper nos journées autrement… mais cette « parenthèse » nous amène également à réfléchir sur nos modes de vie, sur la personne que nous sommes, sur la personne que nous souhaiterions être, sur le sens de notre vie ou sur le sens que nous voudrions donner à notre existence….

Peut être avez-vous déjà pris conscience de certaines choses? Peut être avez-vous découvert ou redécouvert certaines choses? Peut être vous êtes-vous rendu compte que certaines choses étaient plus essentielles et importantes que d’autres?

Nous vous proposons de nous faire partager vos « prises de conscience ».

Vous pouvez le faire de plusieurs manières…

– en répondant librement au sondage mis en ligne sur pronote « onglet sondage » dans communication

–  en produisant une réalisation de votre choix: dessin, poème, chanson, vidéo, etc…

Nous vous remercions par avance pour votre participation et attendons avec impatience vos retours!!

Portez-vous bien…Christelle Ringeval et Annie Poirrier, vos Conseillères Principales d’Education »

Cette démarche éducative vise plus particulièrement à amener les jeunes à se questionner, à percevoir les effets de cet événement particulier qui impacte nos vies à tous. Il n’est aucunement question de contenus, de programmes, de pointage sur les temps de télé-enseignement.

La prise de conscience du confinement et de ses effets sur les personnes (bio-psycho-socio) est prioritaire et nécessaire.

Un confinement total tel qu’il est pratiqué en France est une mise en demeure de rester chez soi, et pour les élèves cela signifie :

  • perte de la liberté
  • interdiction de rencontrer d’autres personnes en dehors vivant sous le même toit (perte des liens amicaux et sociaux directs)
  • Réduction des sorties (1 seule par jour pour activité physique dans un environnement très proche (< de 1 kilomètre)
  • Promiscuité qui peut s’avérer pesante
  • Perte des repères temporels

Nous commençons à mesurer les effets psycho-sociaux de cette situation au bout de trois semaines. Les services de santé et de psychiatrie connaissent bien les conséquences de ce confinement imposé dans cette période de pandémie anxiogène. D’autant que les enfants, les ados et les jeunes peuvent être plus sensibles que les adultes. Cet aspect se doit d’être pris en compte dans le cadre de l’enseignement à distance avec des effets ne facilitant pas les apprentissages scolaires. Certains et certaines élèves ont la « tête » ailleurs et peuvent être dans l’incapacité de s’engager dans les tâches scolaires qui prennent peu de sens en cette période. Il faudra dans les semaines qui viennent être d’autant plus vigilant sur cet aspect. Il y aura une augmentation des problématiques psychiques tels que, sur-stress,  angoisse, stress, perte de confiance, augmentation des peurs, perte de sens, isolement…De plus certains élèves sont et vont être confrontés à la mort de proches.

Cette bienveillance dans la démarche des CPE du collège de Méricourt prend en compte cet aspect. Et dans de nombreux établissements, c’est le cas. Mais il n’en est pas partout de même.

Une continuité anti-pédagogique, déstructurante et décalée du contexte sévit aussi !

Elle s’inscrit dans la durée mettant les élèves en surcharge cognitive par la pression de la note sur les travaux imposés, le contrôle de présence (connexion), l’avancée sur les programmes. Anti pédagogique parce que ne prenant pas en compte les principes de l’enseignement à distance et du contexte due à cette période de confinement.

Voici l’exemple d’un lycée qui impose le cadre d’une journée de cours « classique » – Cours en visio de 8h00 à 13h00 et de 14h00 à 17h00 / 5 jours sur 7…
– Plus le soir..après des cours, travail perso..travail à rendre.
– Plus travaux notés.
– Plus pointage de la présence.

Dans ce cadre imposé, il y a peu de prise en compte du contexte psycho-sociologique actuel (La crise sanitaire qui impacte tout un chacun). Nous constatons une non connaissance de ce qu’est réellement l’enseignement à distance et de ses principes de base. Ça ne répond pas au canon du distanciel qui laisse de l’autonomie à l’apprenant dans son organisation et son cheminement ! Faut-il rappeler qu’au delà de 3h00 de télé enseignement dans la journée, il est pratiquement impossible d’être efficace ! Il y a aussi une non reconnaissance du besoin de mouvement de l’être humain et plus particulièrement du jeune en contexte de confinement !

Mais aussi, cette Maman, par ailleurs enseignante qui décrit son vécu sur ces trois semaines de continuité pédagogique. Je reprends tel que le message.

Message d’une maman qui est aussi prof

« Salut les collègues.
Maman d’une fille en troisième, très bonne élève, et je suis prof d’anglais en lycée. Il y a trois profs chez moi je lance un appel.
J’ai un message urgent à faire passer.
Arrêtez de submerger les enfants de devoirs à rendre en tout genre, maths, histoire, français, espagnol, anglais musique, sport etc…
Pensez aux enfants déjà angoissés ,malades ou dont les parents commencent à tomber malade….
Sans parler des ancêtres qu’on ne peut plus aller voir car trop loin mais isolés…
Les enfants angoissent de plus en plus.
On a un long confinement devant nous. Y a pas le feu!!!

Envoyons des exercices d’entraînement et des leçons à lire et au compte goutte. En petites quantités ! Les réseaux marchent mal, les imprimantes ne marchent pas bien , voire on n’en a pas, et faire travailler des enfants 6 heures par jour sur des écrans est insupportable. Les yeux brûlent. La fatigue les gagne.

Arrêtez, les notes on s’en fout. On verra ça quand les écoles rouvriront. Des enfants n’ont accès à rien, de toutes façons il faudra bien tout reprendre ensemble. Quelques semaines ne vont pas ruiner tout l’intellect et l’avenir des enfants. Ça se rattrapera plus tard.
Laissez les enfants faire ce qu’ils peuvent. Ils sont très angoissés et plus les familles sont touchées, et pire c’est pour eux.
Tout le monde oublie la psychologie!!!!
Les service de l’EN ne vont pas fliquer la France entière !!!
Les inspecteurs ne vont pas regarder un million et demi de profs un par un.
Le stress des cours s’ajoute au virus et aux problèmes de réseau !!!!!
Calmons nous!!!!
Calmez vous!!!
Calmez les enfants.
Sinon on court à d’autres catastrophes.
En plus du virus.

La pandémie crée nombre d’injustices que nous n’avons pas vu venir.

Serait-il possible de ne pas les approfondir ? De ne pas creuser davantage le fossé qui sépare déjà les nantis des autres ? Nous gagnerions à tous nous interroger pour faire face à nos incohérences, pour permettre à nos enfants, ados et jeunes d’apprendre autrement.

Ensuite, sommes-nous prêts, individuellement, collectivement, à renoncer aux antiennes de « l’ancien monde » ?

Pas sûr ! Exemple : la compétition. Sinon comment expliquer que certains enseignants noient leurs élèves de travail à la maison pendant ce confinement au nom de la sacro-sainte « réussite scolaire et sociale » ?

Le système scolaire est assis sur l’esprit de compétition. Et une catégorie de parents y adhère. Or, le changement de paradigme passe aussi par une bascule de la compétition vers la coopération. Ou, dit autrement, par l’accent mis aussi sur l’apprentissage des savoir-être.  Mais aussi apprendre, par, pour et avec les autres et non pas contre les autres.

Raymond Barbry, le 04/04/2020.

Rencontres et formation entre enseignants et parents d’élèves, ça c’est de l’innovation !

Dans le cadre d’un conseil d’établissement réunissant parents et enseignants, une école primaire de Douai (St Jean) a initié deux temps de formation communs que l’AGEPS-Raymond Barbry a animé sur cette année scolaire 2019-2020. L’objet des deux temps portait sur l’attention-concentration et la régulation des émotions.

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Les deux thématiques ont été choisies au regard de formations préalables engagées antérieurement par l’équipe pédagogique qui a posé comme priorité du projet d’école le développement des capacités attentionnelles. Ce travail a été initié il y a plusieurs années de cela  (cinq ans). Au regard du contexte sociétal et des observations faites en classe (augmentation des TDAH, difficulté grandissante à réguler les émotions….), le conseil d’établissement a proposé pour cette année scolaire deux temps de rencontres en soirée entre parents et enseignants pour être conjointement informés et formés sur ces deux thématiques et renforcer la collaboration déjà existante afin d’améliorer la cohérence éducative entre les enseignants et les parents.

C’est ainsi que nous avons pu aborder les fondamentaux à la fois de l’éducation émotionnelle et du développement-entretien de l’attention/concentration. Nous savons que ce sont deux des principaux facteurs qui au delà des méthodes pédagogiques favorisent l’engagement dans les apprentissages scolaires et non scolaires.

Comme nous avons dépassé le stade de l’information et des échanges pour faire de ces deux temps de la formation, nous avons proposé des mises en situations concrètes qui ont permis aux participants (parents, enseignants, personnel éducatif, direction) de mesurer leur propre niveau attentionnel, de faire des exercices de développement et de renforcement de l’attention à la fois pour les adultes et les enfants de plus de six ans. Concernant l’éducation émotionnelle, nous avons caractérisé les émotions de base que chacun a pu identifier en les reliant à des événements personnels en pointant les effets tant psychiques que physiques de ces émotions agréables et désagréables. Nous avons à la suite repérer des situations éducatives qui participent à aider les enfants à apprendre à réguler leurs émotions pour se mettre en état de stabilité émotionnelle, état qui favorise la présence  et l’engagement.

Ces rencontres furent l’occasion de rappeler des fondamentaux qui participent au mieux être global des enfants comme des adultes :

  • des temps de sommeil suffisant (indispensable à la croissance, à la mémorisation et au mieux être psychique).
  • une alimentation saine et où sont réduits autant que faire se peut tous les produits transformés et fortement chargés en sucre et autre produits surajoutés (perturbateurs endocriniens etc…).
  • un temps d’activité physique quotidien.
  • un temps de jeu quotidien.
  • des temps de silence et de calme quotidiens (même bref) et des temps de rien et d’ennui (bref mais indispensable).
  • des temps partagés avec les autres sans perturbation extérieure (par exemple, les repas etc…).
  • des temps devant les écrans qui sont adaptés et régulés en fonction de l’âge des enfants.

Raymond Barbry, le 04 mars 2020.

Éduquer, enseigner dans un contexte de mutation sociétale – Amiens le 12 février

C’est en partenariat avec l’IFP Lille représenté par Maud Agasse que l’AGEPS-Raymond Barbry propose cette journée à la demande de la DD d’Amiens pour les enseignants du 1er degré des cycles 2 et 3.

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Cette journée est découpée en deux temps

Le matin une conférence de Raymond Barbry qui sera introduite et conclue par deux temps de sophrologie animés par Madame Christelle Ringeval (CPE et sophrologue).

L’après midi des ateliers permettront aux participants d’approfondir les thématiques suivantes :

  • Posture de l’adulte, pleine présence et autorité (Raymond Barbry).
  • La sophrologie en classe (Christelle Ringeval).
  • La pédagogie positive (Aude Deceuninck).
  • Le stress à l’école (Juliette Dessaux).
  • L’exploitation pédagogique raisonnée des outils numériques (Sylvain Verlynde).

Problématique de la journée,

Nous sommes au cœur d’une période de transition sociétale, voire civilisationnelle. Tous les travaux de recherches en histoire et en prospective se rejoignent actuellement pour appuyer ce fait, à savoir que nous vivons une période qui se répète tous les 500-600 ans et qui marque un changement profond, voire une rupture entre deux périodes de l’histoire. Nous serions d’après les différents experts dans la phase d’entre deux qui a une temporalité de 50 à 60 ans. Le début de cette période transitionnelle aurait commencé avec le premier choc pétrolier(1973), soit un peu plus de quarante ans.

Tous les domaines de la vie sur notre planète se trouvent impactés, environnement, famille, santé, économie, travail, religion, spiritualité, rapport homme-femme, rapport sexe-genre, rapport homme-machine etc….

Ce qui caractérise cette phase transitionnelle est l’incertitude grandissante sur l’avenir. Nous perdons la visibilité et le contrôle sur la vie et notre environnement. Cette incertitude croissante est d’autant plus anxiogène que la société occidentale, dont la pensée est dominante, a construit une représentation collective de contrôle, de maîtrise sur la vie, sur le monde. Or quotidiennement nous sont remontés des faits que ce qui caractérise la vie sur notre planète, c’est l’incertitude ! Qu’en sera-t-il en 2030 des conditions de vie ? Par exemple, quel sera le temps de travail réel ? Pour exemplifier et interpeller, est-ce que les robots (Intelligence Artificielle) auront remplacé les enseignants (ce n’est plus de la science-fiction, c’est réel et actuellement expérimenter dans certains pays) ?

Ce contexte anxiogène alimenté par les médias, les politiques, les orientations prises et les changements de nos modes de vie n’est pas sans impacter les enfants et les jeunes ! Ils sont des caisses de résonance du monde dans lequel ils vivent. Les adultes transmettent aux enfants et aux jeunes ce qu’ils sont !

Il y a deux manières de se positionner en cette période mutationnelle.

  • La première est mortifère et conduit au désastre, voire à la fin d’une civilisation. C’est le déni du réel. C’est l’incapacité à accepter cette réalité qui bouscule nos représentations, nos convictions, nos conditionnements éducatifs. Elle se traduit, en matière de réponses apportées, par faire toujours plus de la même chose et donc à augmenter la situation de dégradation de la société (par exemple : augmentation des burn-out, augmentation des maladies dites de civilisation, augmentation du mal être, augmentation de la pollution, augmentation de la pauvreté….) et l’état anxiogène et de désespérance des populations.

  • La deuxième s’inscrit dans la dynamique et le mouvement de la vie. Elle postule qu’accepter les forces qui imposent le changement (par exemple, les changements climatiques) deviennent des appuis pour construire ensemble dans le quotidien petit pas par petit pas un monde vivable permettant le développement dans le respect du vivant. C’est le principe du colibri qui fait sa part ! C’est ce que prônent aussi les textes fondamentaux des religions, des philosophes humanistes  et c’est aussi ce que promeuvent actuellement tous les rapports (GIEC, encyclique du Pape….).

Il est bien entendu que nous prônons cette dernière posture et nous mettrons en valeur les démarches concrètes qui au plan éducatif permettent d’outiller les enfants dans ce sens.

Raymond Barbry, le 9 février 2020

Une année 2019/2020, pleine de projets pour l’AGEPS-Raymond Barbry

A l’image des années précédentes, cette année 2019/2020 s’annonce pleine de projets de formation, d’accompagnement d’équipes et de collaboration avec les partenaires.

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En voici les grandes lignes avec les thématiques :

  • Formations et accompagnements d’équipe d’enseignants et du personnels éducatif aux pratiques de pleine attention à l’école, au collège et au lycée dans les régions des Hauts de France (Lille, Arras, Amiens, Aire sur la Lys, Hénin Beaumont), de l’Occitanie (Montpellier, Nîmes), de Rhône Alpes (l’Arbresle).
  • Formation sur réflexivité et métacognition en classe dans la région d’Occitanie (Montpellier).
  • Accompagnement d’une équipe pédagogique aux pratiques philosophiques et méditatives en classe primaire, dans la région d’Occitanie (Nîmes).
  • Formations et accompagnements d’équipe sur la question du bien être à l’école, au collège et aux lycées et dans les associations dans les régions des Hauts de France (Willems, Lille, Amiens, CREPS de Wattignies).
  • Conférences sur les effets des pratiques méditatives dans le contexte scolaire dans le cadre d’une formation nationale pour expertise en neurosciences des enseignants spécialisés (Arras).
  • Formations à la régulation du stress, des conflits et des crises pour les chefs d’établissements (Montpellier, Lyon), pour les enseignants spécialisés (Arras), pour les experts auprès des tribunaux (Lyon).
  • Formations à la bienveillance et à l’intelligence collective dans le management pour les chefs d’établissement (Montpellier, Lyon).
  • Formations à la lutte contre le décrochage scolaire dans les régions des Hauts de France (Lille, Amiens), Occitanie (Montpellier).
  • Formation au partenariat Enseignants/Parents dans la région de l’Occitanie (Montpellier)
  • Accompagnement de jeunes lycéens dans le cadre du programme persévérance scolaire (Arras). « Osons le prépa mentale au Lycée » !
  • Journées d’étude sur le climat scolaire à Arras et les nouveaux comportements d’élèves à Amiens.
  • Atelier de méditation hebdomadaire à Arras dans le cadre de mon activité d’entraîneur au RCArras d’athlétisme.
  • Membre de la cellule de crise d’un collège de l’Arrageois (Hauts de France).

Les partenaires et collaborateurs proches pour cette année 2019/2020

IFP Hauts de France (Lille-Arras-Amiens), IFP Occitanie (Montpellier), IFP Rhône Alpes (Oratoire Lyon), Perseval (Rectorat Lille –  Hauts de France), IRFO (Institut des rencontres de la forme-Lille), CREPS de Wattignies,  RCArras section athlétisme,

et les personnes suivantes : Maud Agasse (responsable de formation IFP), Mélanie Auribault (CPE en Lycée – Arras), Alexandra Brunbrouck (psychopédagogue et formatrice), Priscille Courtin (Responsable formation BPJEPS -CREPS de Wattignies), Bénédicte Dubois (responsable formation enseignement  spécialisé – IFP Lille), Sophie Linas-Rouden (responsable de formation IFP Lyon), Christelle Ringeval (CPE, sophrologue et formatrice), Betty Vanuxem (CE en collège), Alexis Barbry (Formateur IRFO), Jean François Bayard (Directeur Adjoint IFP-Lille), Yves Blouin (Président du RCA athlétisme), Thibault Deschamps (CTS athlétisme – Ligue des Hauts de France et IRFO), Bruno Grave (Directeur IFP Montpellier), Régis Guiot (Responsable technique du RCA athlètisme), Henri Lacroix-Durand (Expert cour d’Appel de Lyon).

Raymond Barbry le 17 septembre 2019

La méditation pour les enfants et les adultes « hyperactifs » !

Très souvent, pour ne pas dire à chaque intervention,  lors des formations sur la pleine attention dans les établissements scolaires, la question des enfants dits « hyperactifs » revient. Avec pour les enseignants et les éducateurs, la sensation de ne pas savoir comment  faire avec une problématique qui les dépasse et face à laquelle ils et elles se sentent dépourvus en ressources pédagogiques et didactiques ! Aussi la question est très vite posée : Peut on proposer des temps de méditation aux enfants dits « hyperactifs » ?

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Je reconnais que cette question m’a longtemps laissé perplexe et je ne pouvais apporter de réponses satisfaisantes, à mon goût, à des enseignants et des éducateurs désemparés. Le plus souvent, je répondais : « Tentez l’expérience, mais sur des temps très brefs, et peut être qu’avec le temps, il se peut que vous observiez une amélioration. Mais à ce jour nous n’avons pas de recherches très probantes à ce sujet » ou « le temps bref de méditation n’a pas de contre indication avérée pour les enfants et adultes hyperactifs » ou  » si le temps de méditation peut réduire la prise des traitements chimiques dont nous commençons à voir les effets négatifs depuis une quinzaine d’années qu’ils sont proposés, notamment augmentation des dépendances à l’âge adulte, ce n’est pas plus mal » ou  » Apportez une réponse systémique en partenariat avec la famille et agir sur les temps de calme, les temps d’activités physiques, les activités dans la nature (marche, jeux…), éviter le temps trop long devant les écrans de toute sorte, avoir une alimentation réduite en produits transformés  etc….

Cependant mon expérience auprès de jeunes et d’adultes hyperactifs et l’accompagnement d’équipes pédagogiques depuis plus de dix ans sur cette thématique de la méditation à l’école, m’ont montré que des effets positifs sont constatés dans la durée, et que l’hyperactivité peut être régulée par le sujet lui même, une fois qu’il est capable de pratiquer quotidiennement des temps méditatifs. Une condition indispensable pour les enfants avoir le soutien des parents.

Nous avons maintenant une réponse plus précise à cette question de la méditation pour les enfants (et les adultes) dits hyperactifs et des effets positifs de la pratique méditative sur la réduction de l’hyperactivité.

Je fais ici en grande partie référence aux travaux du Docteur Jacques Vigne (psychiatre français qui développe depuis plus de trente ans les pratiques méditatives, contemplatives comme des thérapeutiques en réponse aux maladies de l’âme). Il partage son temps entre la France et l’Inde. Il est de ceux qui font le lien entre les pratiques dites de tradition (les différents yogas et méditations associées) et les approches contemporaines (mindfulness, sophrologie, cohérence cardiaque….). Il a une démarche à la fois empreinte de l’expérience et de la démarche scientifique.

Une caractéristique physiologique observée chez les hyperactifs, une variabilité cardiaque défectueuse.

L’importance de la variabilité cardiaque.  » On sait qu’il y a de nos jours un sérieux problème avec les enfants hyperactifs. On a remarqué que si la variabilité cardiaque était basse, cette hyperactivité apparaissait ; si elle était haute, elle disparaissait « .

La variabilité cardiaque est la différence entre les battements du cœur à l’inspiration et à l’expiration. A l’expiration le cœur ralentit, à l’inspiration il s’accélère. C’est le système nerveux autonome qui régule cette variabilité (équilibre sympathique-parasympathique). Une variabilité haute correspond à un fonctionnement physiologique optimal. Que ce soient les nouveaux nés, les nourrissons, les enfants, les adolescents, les jeunes, les adultes, s’ils ont une variabilité cardiaque haute, ils auront des réactions autonomes vives et adaptées à la situation et leurs réponses émotionnelles suivront. Une variabilité basse correspond à une dysharmonie dans les réponses aux stimuli de l’environnement qui se traduit par, de l’instabilité émotionnelle, du déficit de l’attention. Il a été observé que les enfants et les adultes qui ont eu des attachements insécurisés à la petite enfance ont pour la plupart une variabilité cardiaque basse et ont statistiquement plus de troubles relationnels et psychopathologiques que la moyenne générale. La bonne nouvelle, est qu’il est possible de faire évoluer cette variabilité cardiaque par des exercices issus des pratiques méditatives et de restaurer une bonne stabilité émotionnelle.

Les recherches et expériences dés le début des années 2000 sur cette question de la régulation de la variabilité cardiaque des hyperactifs via une pratique de cohérence cardiaque.

En 2000, une enseignante d’école primaire du Mexique et un cardiologue ont constaté que les élèves identifiés par l’enseignante comme hyperactifs avaient une variabilité cardiaque basse associée à des troubles du rythme conséquent. Après un programme tri-quotidien (temps court de 5mn) sur une période suffisamment longue (plusieurs semaines), il a été constaté en classe une diminution nette des comportements dits hyperactifs et au plan cardiaque, les troubles du rythme ont disparu et la variabilité est devenue haute.

En 2003, Anthony Lloyd a publié une étude en double aveugle sur des enfants de 6-8 ans hyperactifs avec déficit de l’attention. L’éducation à la cohérence cardiaque améliorait considérablement leur comportement et leur capacité à apprendre et retenir. A l’époque au Royaume-Uni on comptait déjà plus de deux millions d’enfants hyperactifs avec trouble de l’attention.

Ces deux études peuvent être retrouvées sur le site http://www.hearthmath.com.

Explication scientifique des effets des pratiques méditatives chez les personnes sujettes au trouble de l’hyperactivité (p.195 in Pratique de la médiation laïque de Jacques Vigne – 2016).

Sans un frein vagal efficace, capable d’inhiber le système de défense des manifestations perturbantes (comportements de combat/fuite et l’agression), les comportements pro-sociaux resteront limités, et les possibilités d’apprentissage et de lien social seront réduites. La méditation a pour effet d’entraîner ce frein vagal. Une agitation mentale prolongée correspond à une excitation sympathique incontrôlable, le retour au calme méditatif d’un instant sur l’autre à l’effet d’un coup de frein vagal. La méditation avec sa stimulation parasympathique (système freinateur) et son augmentation de la variabilité permet d’assimiler ce qui nous arrive dans la vie, et d’excréter ces négativités qui sont en quelque sorte des déchets inévitables de nos expériences quotidiennes.

Un déficit éducatif, l’éducation aux perceptions physiologiques.

Ayant travaillé toute sa vie sur l’efficacité du frein vagal pour donner aux nourrissons et à l’enfant une bonne santé de base, le Professeur Porges insiste sur l’importance d’introduire dans l’éducation des techniques psycho-corporelles, sachant qu’elles ont la capacité de développer un tonus vagal satisfaisant. Bien que les sensations corporelles soient de la plus haute importance pour la survie du nourrisson, de l’enfant, les spécialistes du développement sont davantage intéressés par la capacité à percevoir les stimulis extérieurs….De même, notre éducation actuelle et nos stratégies ne visent pas vraiment à aider l’enfant et le jeune à sentir leurs états physiologiques intérieurs. On ne procure pas encore suffisamment aux jeunes enfants, aux enfants, aux adolescents et aux jeunes des instruments descriptifs et symboliques pour se représenter leurs états intérieurs, pas plus qu’on forme les enseignants, les éducateurs, les soignants à percevoir les indicateurs spécifiques physiologiques et de comportement, à propos des nuances dans les sensations corporelles des enfant, des adolescents et des jeunes.

Conclusion,

A la question – Peut-on proposer des pratiques méditatives aux enfants, adolescents, jeunes et adultes hyperactifs ? – la réponse est clairement oui. Nous savons que les pratiques méditatives participent à développer la régularité cardiaque dans le sens d’une variabilité adéquate en agissant sur le tonus vagal. Condition indispensable pour faire le calme en soi et réguler les émotions.

Raymond Barbry, le 21 août 2019.