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Témoignage d’une pratique de pleine conscience en classe.

Nous trouvons dans le livre de Jonn et Myla Kabat-Zinn (A chaque jour ses prodiges – Editions les Arènes – traduction française 2012), le témoignage d’une expérience menée pendant six ans avec une classe primaire aux Etats Unis dans les années 1990 par une enseignante novatrice dans le domaine, Cherry Hamrick. En voici quelques extraits

Une pratique quotidienne : « Chaque jour, elle offrait aux enfants un temps pour se concentrer sur ce qui se passe à l’intérieur. Elle parlait d’un moment pour devenir intime avec soi-même. »

Ce qu’elle proposait aux enfants : « Chaque jour un enfant est chargé de sonner la cloche pour signaler le début et la fin de cette période de calme.  C’est lui qui décide pendant combien de temps les autres resteront tranquilles, à l’écoute de leur respiration (jamais plus de dix minutes). Les élèves choisissent combien de temps ils pratiquent, et comment ». Outre la méditation assise, ils pratiquent parfois le scan corporel et l’étirement en pleine conscience, la méditation en marchant dans la cour, la méditation debout, en rang, avant d’entrer dans la classe. Ces exercices de réduction du stress, qui leur semblaient bizarres au début, sont devenus une partie importante de leur journée…. »

« Tout en se concentrant sur leur respiration, en suivant le mouvement de leurs pensées, ils apprennent qu’ils n’ont pas à réagir à chaque pensée qui leur vient à l’esprit, qu’ils n’ont pas à accompagner leur esprit dans le moindre de ses soubresauts. Avec un peu de pratique, ils finissent par être beaucoup plus à l’aise quand on leur demande de rester immobiles, en silence.

Effet sur un enfant souffrant d’hyperactivité : « Cet enfant qui avait toujours des problèmes en classe, parvint en cours d’année à rester calme sans trop de peine et à se focaliser  sur le flux de sa respiration pendant une période de dix minutes. sa capacité à se concentrer en classe fut transformée, et, pour la première fois, il fut accepté par ses camarades et par les enseignants. Il a même conduit une méditation assise de dix minutes pour la classe… »

Un outil précieux pour l’apprentissage et l’investissement scolaire : « Apprendre dés le plus jeune âge à entrer en contact avec le calme et le silence en soi-même, surtout si on l’apprend à l’école, de manière ouverte, non manipulatrice et non coercitive  est précieux pour contrebalancer la stimulation de la journée scolaire et son ouverture vers l’extérieur. Entre autres choses, les enfants peuvent découvrir comment utiliser leur capacité innée à entrer dans un état de concentration profonde, pour se focaliser sur le travail en cours. »

La pleine conscience une manière d’être dans la relation au savoir : « Mlle Hamrick a non seulement introduit dans la classe la réduction du stress par la pleine conscience, elle a aussi intégrée la pleine conscience de façon imaginative à presque tous les aspects  du programme, les mathématiques, la grammaire, la science, la géographie. Elle encourage ses élèves à utiliser tout leur moi pour apprendre. Ils abordent chaque sujet de manière à développer non seulement leurs compétences cognitives, mais aussi leur intuition, leurs sentiments et leur corps. Ils apprennent ainsi les bases de ce que l’on appelle aujourd’hui l’intelligence émotionnelle, et acquièrent un plus grand enthousiasme pour l’apprentissage. »

Une ambiance apaisée dans le temps de classe : Un collègue de Mlle Hamrick qui a passé du temps dans la classe de Mlle Hamrick lors de temps de travail en commun (classe ouverte) décrit cette ambiance. « L’attitude et le climat dans la classe étaient impressionnants, d’autant que je n’avais encore rien connu de tel. J’ai pris conscience du vocabulaire qu’elle employait pour décrire les choses….J’ai remarqué l’atmosphère paisible de la classe, où les élèves coopéraient et discutaient ensemble de leur travail. Ils étaient encouragés à parler, mais seule la prise de paroles en rapport avec le travail et avec le ressenti était permise. …Ils pratiquaient au quotidien l’expression de leurs sentiments. J’ai remarqué que l’amour-propre des élèves se développait, de même que leur respect de la vie humaine et de la vie en général…Les élèves semblaient réellement plus heureux dans la classe que je ne l’ai jamais observé moi-même. Ils savaient comment résoudre les conflits de manière affectueuse plutôt que de manière hostile…Mlle Hamrick apprenait aussi aux élèves à se concentrer et à entrer en contact avec leur propre respiration, à contrôler leur vie grâce à cette technique. Après quelques instants de préparation méditative le matin, ils semblaient capables de mieux travailler pendant la journée. »

Il ressort de ce témoignage une implication forte et systématique de l’enseignante. Cela montre combien il est possible avec du temps et une pratique quotidienne de donner les moyens aux élèves d’être plus présent dans le temps de classe, d’être moins en tension dans la relation aux autres et d’être mieux en soi en apprenant à se connaître. Les enseignants qui s’engagent durablement dans cette pratique avec les élèves font les mêmes observations que celles du collègue de Mlle Hamrick.

La pleine conscience, mode ou nécessité ?

L’émergence des pratiques de pleine conscience dans le monde occidentale (méditation, mindfulness) sont elles un effet de mode ou répondent-elles a un réel besoin de l’Homme dans le contexte de notre époque ?

Plusieurs faits récents m’amènent à me poser cette question :  Tout d’abord,  les échanges téléphoniques que j’ai pus avoir avec deux journalistes/écrivains qui publient sur cette question, Audrey Mouge de l’INREES (revue Inexploré) et Nathalie Ferron de la revue Kaizen et auteur du livre, « transformer sa vie par la méditation ». Ensuite le succès et le nombre des publications qui traitent directement ou indirectement de cette question (cf. les livres de Jon Kabat Zinn, Thich Nhat Hanh, Frédéric Lenoir, Fabrice Midal, Christophe André…). Enfin mon expérience personnelle de pratiquant et l’accompagnement des équipes et des personnes avec lesquelles j’exploite les outils de la pleine conscience.

Au regard de ce qui précède, mon avis est que les pratiques de pleine conscience répondent à un vrai besoin de recherche de sens  en ce début du XXIème siècle. Elles participent à la guérison du monde, pour reprendre le titre du dernier ouvrage de Frédéric Lenoir. Le piège serait d’en faire des pratiques à la mode. Il serait « tendance » de faire de la méditation pour être « in » que ce soit dans les entreprises, dans la préparation mentale des sportifs… Au même titre que d’avoir la dernière tablette d’Apple ou le dernier téléphone portable hightec !

Trois points pour alimenter la thèse que je développe :

– Le contexte de Crise du monde que je considère comme une chance pour l’humanité et l’éducation,

– Les besoins vitaux qui émergent au regard de cette crise,

– Les pièges qu’il est souhaitable d’éviter dans la mise en  pratique de la pleine conscience,

1. Le contexte de notre société en ce début du XXIème siècle.

Je reprends ici ce qu’exprime très bien Frédéric Lenoir  dans l’avant propos de son dernier ouvrage (La guérison du monde- Fayard 2012).

 » Notre monde est malade. mais la crise financière actuelle n’est qu’un symptôme de déséquilibres beaucoup plus profonds ». Les solutions qui nous sont proposées actuellement ne sont pas tenables dans la durée et leur effet n’est que limité ! Le monde est un organisme complexe atteint actuellement de nombreux maux : crise économique et financière, certes, mais aussi  crise environementale, agricole, sanitaire ; crise psychologique et identitaire ; crise de sens et des valeurs ; crise du politique, c’est à dire du vivre ensemble, et cela à l’échelle de la planète. La crise que nous traversons est systémique : elle « fait système » et il est impossible d’isoler les problèmes les uns des autres ou d’en ignorer les causes profondes et intriquées. Pour guérir le monde, il faut donc tout à la fois connaître la véritable nature de son mal et pointer les ressources dont nous disposons pour le surmonter ……nous assistons aujourd’hui, pour la première fois dans l’histoire humaine, à l’avènement d’une civilisation à l’échelle de la planète. Nous sommes tous interdépendants….elle (la civilisation planétaire) est le résultat d’une hégémonie de l’Occident, de sa maîtrise technique, de certaines de ses valeurs, bonnes ou mortifères. Elle reste aussi, de manière paradoxale, menacée par des modèles sociaux hérités de la révolution du néolithique et qui deviennent plus destructeurs à l’échelle planétaire : coupure de l’homme et de la nature, domination de la femme par l’homme, absolutisation des cultures et des religions…L’homme et la planète qui l’héberge ne sont pas des marchandises. La vie n’est pas seulement quantifiable. La guérison du monde passe aussi par une reformulation des valeurs éthiques et universelles…le chemin de la guérison passe à l’intérieur de chacun de nous, non seulement grâce à une conversion de notre regard et parfois de nos modes de vie, mais aussi par un nécessaire rééquilibrage entre nos vies actives et notre vie intérieure, entre notre cerveau logique et notre cerveau intuitif, entre nos polarités masculines et féminines. Car sans transformation de soi, aucun changement du monde ne sera possible. Sans une révolution de la conscience de chacun, aucune révolution globale n’est à espérer. La modernité a mis l’individu au centre de tout. C’est donc aujourd’hui sur lui, plus que sur les institutions et les superstructures, que repose l’enjeu de la guérison du monde. Comme Gandhi l’a si bien exprimé : « Soyez le changement que vous voulez dans le monde ».

Au regard de ce qu’énonce Frédéric Lenoir et que je partage en tout point, nous percevons bien que l’homme moderne a besoin d’être outillé pour éveiller sa conscience. Cela ne se fait pas que par des lectures, des apports de savoirs, des échanges-débats du type atelier-philo. Il s’agit d’une posture à incarner pour développer la vie intérieure, la conscience du soi et de l’essence de chacun. Or les pratiques de pleine conscience participent au développement de cette posture. Elles sont aussi une réponse aux besoins qui émergent actuellement.

2. Les besoins de l’être humain pour relever le défi de l’humanité.

Au delà des besoins fondamentaux qui restent bien prégnants et qu’il ne faut pas ignorer ( cf le courant de la psychologie humaniste et positive ). j’en vois émerger trois : celui d’intériorité/de spiritualité , celui de sens, et celui d’authenticité et de cohérence.

Le besoin d’intériorité et de spiritualité. Nous connaissons tous la phrase de André Malraux, « le XXIème siècle sera spirituel ou ne sera pas ! « . Il n’y a guère que les « purs et durs » matérialistes pour ne pas reconnaître ce besoin spécifique de l’homme.

C’est ce besoin qui nous permet d’être en paix avec nous-même et avec les autres. De réagir face à la souffrance, d’identifier nos propres contradictions et d’accéder au bonheur vrai et durable.

Le besoin de sens. De part l’accélération du temps, de la sur-sollicitation informationnelle,  de la multiplication des tâches à réaliser en même temps, nous observons un épuisement physique et une perte de sens. Combien de fois, j’entends dans l’accompagnement des personnes et des équipes ces phrases du style : « Je ne sais pas pourquoi je dois faire cela ? »,  » A quoi ça sert ? Que veut-on vraiment ? »… Les responsables eux mêmes, ne savent pas pourquoi ils nous demandent d’agir ainsi !

Or le sens est au même titre que l’Amour, un des moteurs de l’être humain. C’est ce qui donne l’énergie de l’action, de l’engagement et de la vie. C’est ce qui permet de faire fac à des situations impossibles. Je recommande à ce sujet les écrits de V.E Frankl et son expérience dans les camps de concentration !

Le besoin d’authenticité et de cohérence. Il s’appuie sur une valeur sûre, l’humilité qui consiste à reconnaître ses qualités et ses défauts en toute honnêteté. Il s’agit de prendre conscience de qui je suis. Mais qui est ce « je suis » qui oscille entre le moi (l’ego) et le soi (l’essence) ?

Un  Moi sur-développé empêche l’accession au Soi. Il rend incapable d’être dans le présent. Il conduit à à se projeter continuellement dans un futur à long, voire, très long terme. Il se développe en s’alimentant de nos peurs, de nos angoisses et de nos frustrations non conscientisées.

Etre vrai est une attitude globale de vie, un remède contre les éventuels malaises intérieurs. Il devient alors plus aisé de résoudre ses propres difficultés, de développer des relations saines, de s’affirmer et d’affirmer ses idées, de s’engager et de mener des projets. Cela facilite la présence à ce qui est dans l’instant.

Qu’est ce qui est essentiel à l’être humain une fois les besoins fondamentaux assouvis (manger, dormir etc..) ? Vivre tout simplement, sans autres craintes  que celles justifiées par de vrais dangers.

Or quoi de mieux que des pratiques de pleine conscience pour identifier, reconnaître et accepter ses peurs, angoisses, frustrations. Mais aussi pour reconnaître ce qui fait la spécificité de chacun dans son essence. Cela ne peut se faire que par des pratiques introspectives régulières. C’est par ces dernières que je me donne le pouvoir authentique  de la maîtrise et de la compréhension de soi.

3. Les pièges qui nous guettent dans cette voie.

A l’image de notre époque, l’engagement dans des pratiques de pleine conscience n’est pas exempt de pièges qui nous détournent des finalités et du sens de ce pourquoi nous nous engageons.

Le piège de la facilité. Tous les experts, maîtres, enseignants, professeurs (peu importe le terme) le signifient, ce n’est pas chose facile que de pratiquer quotidiennement la pleine conscience. Avant que cela ne devienne une manière d’être, il y faut du temps, de la patience et de la persévérance. Je compare souvent cet engagement à celui d’un sportif, d’un musicien qui quotidiennement s’entraînent, font leurs gammes, répètent inlassablement les mêmes gestes. Mais c’est possible et les effets peuvent être paradoxalement rapides. Jon Kabat Zinn et ses collaborateurs ont bien montré que huit semaines assidues de pratique quotidienne amenaient des transformations conséquentes.

Le piège de la fuite face à la réalité de la vie. Pratiquer la pleine conscience n’est pas fuir la réalité, bien au contraire, c’est s’y confronter en acceptant ce qui est. C’est entrer dans l’acceptation. C’est ne pas être dans le virtuel. C’est une acceptation de la réalité pleine et entière dans toutes ses dimensions.

Notre monde a et aura besoin de femmes et d’hommes capables d’agir aux différents niveaux, du local au mondial en toute cohérence.

La proposition d’une éducation-formation aux pratiques de la pleine conscience dés le plus jeune âge. L’engagement qui est le mien en matière d’éducation et de formation vise à proposer dés le plus jeune âge les pratiques de pleine conscience.