Archives de Tag: stress au travail

Apprenez à gérer vos émotions et celles de vos élèves – Un dossier complet de CANOPE

CANOPE met à disposition libre, des outils, des apports d’experts pour aider les équipes éducatives en cette période particulière.

Le confinement, l’isolement, puis le retour à l’école et les précautions sanitaires qu’il nécessite peuvent être sources de stress, voire d’angoisse, pour les enfants. Comment aider vos élèves à gérer leurs émotions et leur apprendre à lâcher prise dans ce contexte si particulier ?

Ci joint le lien direct avec le dossier « apprenez à gérer vos émotions avec celles de vos élèves« .

Raymond Barbry, le 04 juin 2020.

 

Retour en classe : Le stress, un vrai défi pour l’école de demain / Une table ronde du réseau CANOPE

Une réalisation de Aurélie Dulin et Fanny Milhe-Poutingon

Atelier Canopé 38- Grenoble - Ressources numériques - Grenoble ...

Autour de cette table ronde, deux professionnels partagent avec nous leur expertise sur la gestion du stress sous l’angle du sport et de la médecine.
Pour pouvoir aborder sereinement le retour en classe au troisième trimestre, ainsi que la rentrée de septembre, la communauté éducative aura à gérer la question sensible du stress des élèves. Nous avons invité deux spécialistes du sujet, Martine Orlewski, médecin, et Raymond Barbry, formateur pour faire le tour de la question et, pourquoi pas, en tirer un bénéfice pour l’école de demain.

Réouverture des écoles… Vigilance quant au sur-stress, ou comment faire avec les peurs et ne pas sur-ajouter ?

Dans cette crise, nombre de personnes ont ressenti, ressentent et ressentiront pour le moins, du stress, de l’inquiétude, puis de l’angoisse, et voire de l’anxiété. Un sondage sorti ce vendredi en France estime que 41% des français sont en état de mal être et d’angoisse quant à cette phase de confinement et sa sortie. Les peurs sont là, bien présentes : peur du covid, peur de la crise économique, peur d’une crise politique majeure, peur des changements climatiques et surtout la peur de l’incontrôlable, de l’imprévisible et de l’incertitude.

https://media.ouest-france.fr/v1/pictures/MjAyMDA1N2VkZmQzOTJlMmIwMmU3NDE2MDgzNTFkNTkyNDBmZGM?width=480&height=270&focuspoint=50%2C25&cropresize=1&client_id=bpeditorial&sign=7f688a4218e5735337ec6677962d0536167289dd16963bb9c27541ad7bbab8c8

Concernant les établissements scolaires la France a fait le choix de la réouverture progressive dés le 11 mai en fonction des niveaux et des régions. D’autres pays ont pris la décision de clore l’année scolaire 2019/2020 et de reprendre à la rentrée de septembre. A chacun et chacune de se positionner, d’autant que les parents ne sont pas tenus de remettre leurs enfants. La possibilité de la continuité pédagogique reste de mise. Le cadre des conditions de réouverture des établissements est drastique (cf le document du MEN) et questionne fortement les enseignants quant à sa mise en œuvre concrète. Les semaines qui viennent nous éclairerons quant à la faisabilité !

Une reprise à nulle autre pareille !

Au delà du cadre qui pose les conditions de reprise et qui marque une rupture totale avec les conditions normales de classe à jamais connues à ce jour (distanciation, nombre d’élèves, restriction des activités collaboratives, conditions sanitaires….),  les chefs d’établissements, les enseignants et le personnel éducatif auront à faire en sorte que les élèves qui reprendront se sentent au mieux dans les classes et l’établissement. Mais comment faire ? Comment faire preuve de la sérénité nécessaire dans un contexte sociétal anxiogène qui impacte aussi les adultes en charge d’éducation dans l’école ? Comment faire en sorte  que, malgré toutes les contraintes, les enfants et les jeunes se sentent dans un espace sécuritaire et bienveillant ?

Les conséquences sur les enfants, les adolescents du confinement et de la pandémie.. (document issu de l’Académie de Lille)

Au plan scolaire :

  • le décrochage et les difficultés en lien avec l’absence ou l’insuffisance d’aides, d’accompagnement, d’accès au numérique.
  •  le peu ou pas d’accompagnement spécifique pour les enfants présentant des troubles d’apprentissages.

Au plan physique : 

  •  la fatigue en lien avec à la surexposition aux écrans.
  • la dérégulation du rythme veille/sommeil.
  • l’apparition ou aggravation de la surcharge pondérale et de l’obésité (grignotage, sédentarité, absence d’activité physique).
  • l’amaigrissement et carences alimentaires dues aux difficultés financières des familles.
  • les conduites addictives (écrans, produits).
  • les interruptions des soins médicaux et de rééducation (dentaires, dermato, orthophonistes…).
  • la négligence et/ou interruption des suivis et prises en charge des maladies chroniques.
  • la maltraitance physique.

Au plan psychique, les répercussions psychiques des épidémies et des confinements sont connus en voici les principales :

  • la peur d’être contaminé, de mourir et de contaminer les autres.
  • l’ isolement social qui entraîne frustration, ennui, solitude non désirée.
  • la durée du confinement et l’incertitude quant aux suites.
  • l’angoisse, les phobies (microbes), les obsessions et toc (nettoyage des mains), les troubles du sommeil, la perte de l’appétit, la fatigue et l’irritabilité, les troubles de l’attention, la morosité voire la dépression.
  • le syndrome du stress post traumatique (inscription dans la durée), perte des routines structurantes de l’école, les parents anxieux et moins protecteurs rendent les enfants vulnérables.
  • le confinement a mis un arrêt à certains suivis psychologiques.
  • le contexte de pandémie peut réactiver des événements de la vie antérieure telles que, la maladie, la mort.
  • le renforcement d’autres problématiques, cyberharcèlement, maltraitance, violences conjugales.

Une société de la Peur !

Cette crise pandémique mondiale n’a fait que raviver les peurs et la Grande Peur de l’être humain, celle de la mort qui est tue et cachée dans notre modèle matérialiste et consumériste qui nous a conditionnés à tout vouloir contrôler ! Cette pandémie nous rappelle cette réalité fondamentale, la vie, la mort ne se contrôlent pas. L’imprévisible et l’incertitude restent de mise ! Notre modernité immature refusent que les choses viennent d’ailleurs, de l’autre, des autres, ce que Lacan dénommait le grand « Autre ». Elle veut que tout vienne d’elle ! Le transhumanisme est la concrétisation et la forme abouties de cette immaturité.

Cette peur commentée à longueur de journée et alimentée par la plupart des médias s’est décuplée ces dernières semaines. Elle laisse entrevoir un monde de contrôle, de surveillance, de prévention et de sécurité qui  envahit tout et en devient excessif et maladif ! Cette peur ne tolère plus la vie avec ses aléas, ses épreuves, ses confrontations, ses échecs,  dévitalise les êtres humains, les rend frileux, peureux, méfiants, anxieux, hagards, tristes, exsangues , aigris…

Comme le souligne avec force Marie de Hennezel et Bertand Vergely (in une vie pour se mettre au monde) l’être humain a une vocation, celle de devenir. Devenir signifie que l’homme a un avenir. Il a comme vocation la vie. De plus en plus de vie !

Relativiser et remettre à sa juste place cette crise sanitaire !

Certes cette pandémie du covid 19 a quelque chose de dramatique. Il suffit d’entendre les témoignages des personnels de santé de réanimation ou ceux des personnes atteintes du covid qui en sont sorties. Mais est-ce que nous n’en faisons pas trop dans la dramaturgie ?

Je partage le point de vue d’André Comte-Sponville  qui nous met en garde contre la tentation de faire de la santé une valeur suprême au delà de toutes les autres et aux dépens de la justice et de la liberté. « Je respecte strictement le confinement, mais ça ne veut pas dire qu’on doit entrer dans ces discours qu’on entend sans arrêt à la télévision ».

De quelques rappels :  depuis le début de la pandémie, des crises graves comme la guerre en Syrie et le réchauffement climatique sont absentes des informations. « Tous les ans, 9 millions de gens meurent de malnutrition, dont 3 millions d’enfants dans le monde. Neuf millions de morts, c’est quand même plus grave que les 270 000 morts actuels de la COVID-19! ».

Par-dessus tout, les médecins ont pris le pouvoir dans nos sociétés, ce qu’on appelle le « panmédicalisme », soit de « faire de la santé la valeur suprême, et donc soumettre toute notre vie, nos sociétés,  à l’unique exigence   de la médecine ».

L’interview complet de A.Comte-Sponville sur radio canada : https://ici.radio-canada.ca/premiere/emissions/bien-entendu/segments/entrevue/168386/andre-comte-sponville-philosophe-sante-medecins-covid-19?fbclid=IwAR0iJ1snDd61x0-ES55n6FCNpduwqwnKMdPlid6CBwwxWsNyKA_GBCvnUsA

Alors quoi faire ? Comment se positionner ? Comment ne pas sur-ajouter du stress à l’état d’angoisse latent ?

D’abord travailler ses propres peurs d’adultes, les conscientiser, les accepter (cf l’article précédent : https://agepsraymondbarbry.wordpress.com/2020/05/03/reouverture-des-ecoles-faire-temporairement-son-deuil-de-la-pedagogie/).

Ensuite être, autant que faire ce peut, en confiance en soi et dans l’équipe. Nous connaissons par l’expérience et par les recherches, le phénomène de contagion émotionnelle. Il s’agit de l’influence inter-relationnelle des émotions et des effets sur la dynamique collective. Cette influence joue dans les deux sens, négatif comme positif. Cette contagion émotionnelle, par son influence directe sur les émotions, les jugements et les comportements des adultes comme des enfants et des jeunes, peut provoquer des effets d’entraînement subtils et cependant importants dans les groupes, les classes et les établissements. Plus nous serons dans l’angoisse et plus cette dernière va se répandre. Plus nous serons dans le calme et plus ce dernier gagnera ! C’est d’abord et avant tout une posture intérieure qui s’entretient par la conscience que nous avons de nos pensées, de nos émotions.

Enfin travailler les priorités pédagogiques qui ne peuvent être celles d’avant la crise. Cela paraît évident..mais encore faut-il le rappeler ! Ce qui va prévaloir durant ces deux mois et peut être même certainement à la rentrée de septembre ce sont les compétences dites psycho-sociales. Faire en sorte que les enfants, les jeunes et les adultes vont élaborer du sens à ce qui arrive dans une appropriation collective.

Et qu’en sera-t-il de l’accompagnement des équipes éducatives durant cette fin d’année scolaire ? Depuis le début du confinement les enseignants, les chefs d’établissements, les CPE et l’ensemble du personnel éducatif ont déployé beaucoup d’énergie dans la continuité pédagogique. La reprise avec le cadre sanitaire va provoquer une tension supplémentaire, d’autant que nous n’avons aucune expérience en la matière ! Souhaitons que les tutelles, les hiérarchies seront à la hauteur de l’accompagnement. Il en va de la santé mentale des équipes éducatives.

Raymond Barbry le 9 mai 2020.

 

Réouverture des écoles….Faire temporairement son deuil de la pédagogie ?

Dans cet article il n’est pas question de porter un jugement sur le bien fondé de la réouverture des établissements scolaires. Je laisse à chacune et chacun se faire son opinion sur cet aspect. D’autant que sur ce sujet, nous observons dans le monde des réponses très différentes en fonction de la culture, de la doctrine sanitaire et des priorités politiques avouées et cachées du pays. De plus en France, et plus particulièrement pour les écoles maternelles et primaires, un nombre conséquent de maires s’opposent actuellement à la réouverture des écoles le 11 mai, les conditions sanitaires imposées au plan gouvernemental ne pouvant être assurées dans les établissements. Il en est ainsi dans les Hauts de France où plusieurs dizaines de communes ont pris cette position.

Je me permets simplement de dire, que la réouverture des établissements scolaires en septembre eut été la plus simple des réponses. Était elle pertinente ? Je n’en sais rien, et seul l’avenir nous le dira.

https://photos.lci.fr/images/613/344/la-premiere-ministre-danoise-en-discussion-avec-les-eleves-pour-la-reouverture-de-leur-ecole-a-copenhague-le-15-avril-29d96b-0@1x.jpeg

A mon sens, une question prioritaire doit guider les acteurs éducatifs de l’école :  comment dans le quotidien de la classe,  ne pas en rajouter quant à l’état d’angoisse persistant qui règne dans le pays au sujet de cette épidémie ? Autrement dit, comment faire en sorte que cette dernière période de l’année scolaire, à nulle autre pareille, se passe au mieux pour tout le monde, adultes, enfants, pré-ado, ado et jeunes (si toutefois les lycées ré-ouvrent) ?

De quelques principes à avoir en tête pour guider

1/ Ce qui est premier en ce contexte si particulier, ce sont deux priorités qui doivent être le fil conducteur de toutes les décisions et actions  qui en découleront :

  • Le souci de la santé de tous, élèves comme adultes. Par santé nous entendons la dimension holistique (globale) de l’être humain dans les aspects bio-psycho-socio. La santé n’est pas qu’une question de « bonne » santé physique et d’absence de maladie. Elle implique un équilibre et une dynamique entre le corps, les pensées (l’esprit) et les affects (émotions). Nous savons aujourd’hui et cela nous est confirmé maintenant par les recherches scientifiques que tout est en interaction en continue dans notre corps. Notre état émotionnel influe directement sur nos défenses immunitaires. Nos pensées agissent directement sur notre état émotionnel. Toutes les cellules de notre corps communiquent entre elles en temps réel !
  • Le maintien et le renforcement du lien social. L’être humain quelle que soit son âge est un être social. Il se développe et se construit par l’interaction avec l’autre. La dimension socio-affective est des plus déterminante dans les premières années de notre vie (cf l’enfant sauvage au 19ème siècle, les enfants isolés de Roumanie etc…). Nous ne sommes pas faits pour vivre dans l’isolement total. Même celles et ceux qui décident de vivre en retrait de la société de leur époque le font en collectif (monastère, ashram…) ou ne s’isole que temporairement (ermitage) pour mieux revenir au contact des autres.  Ce lien aux autres est indispensable quelle que soit notre âge. Il suffit de voir ce qui s’est passé dans les EHPAD en France ces dernières semaines où le confinement imposé a eu pour effet d’augmenter le nombre de personnes touchées par le « syndrome du glissement ».

De fait, les apprentissages purement scolaires, les programmes passent au second plan. Ils ne sont aucunement prioritaires en cette période ! Un des bons côtés de cette crise aura été de mettre en exergue que la vie c’est l’incertitude, qu’elle ne se contrôle pas et qu’un tout petit virus peut bloquer le monde ! Nous en vivons tous l’expérience actuellement. Une belle leçon d’humilité que la terre nous a envoyée en quelques sorte !

2/ La question de la peur est aussi première et n’est pas à éluder !

La peur est normale. Elle est une de nos émotions de base. Nous en connaissons les effets tant au plan physique que psychique. Le fait est que depuis maintenant deux mois, elle est là installée dans la durée, alimentée par des médias qui en jouent pour augmenter leur audience, par des orientations  politiques et de santé publique (cf les moyens, masques, tests) qui ne rassurent pas et augmentent le doute et la perte de confiance dans les dirigeants (cf les sondages européens en ce domaine).

Il suffit d’observer actuellement les comportements d’une bonne partie des personnes dans les lieux autorisées pour la percevoir au travers des postures, des regards. Elle est là présente continuellement, usante et épuisante parce que non acceptée, non régulée.

Alors comment faire avec ? Comment vivre avec cette peur ? Comment en réduire ses effets néfastes pour notre santé et celle des élèves ? Comment ne pas la communiquer inutilement ?

  • D’abord, une peur s’accepte. C’est la première des choses à faire. Je reconnais que j’ai peur…Je reconnais que l’autre a peur. Cette acceptation en réduit l’impact émotionnel et les effets sur notre corps et notre santé. Nous savons que vivre dans un état de peur constant, épuise l’organisme, l’affaiblit. C’est comme laisser une  porte ouverte à nombre de pathologies physiques comme mentales.
  • Ensuite, une peur se dit, se déclare. Nous avons un conditionnement culturel et éducatif à déjouer à ce sujet. Dire, déclarer voire expliciter sa peur en réduit l’impact émotionnel négatif. On se sent mieux une fois que nous avons pu dire ce que cette peur faisait en nous.
  • Puis, une peur se relativise. Dans la plupart des situations nous augmentons par notre mental (nos pensées et nos ruminations) nos peurs. Il y a ce que nous pensons qui pourrait nous arriver…Il y a ce qui pourrait nous arriver…..et il y a ce qui nous arrive vraiment. Mais arriver à cet état nécessite de prendre le temps de la distance, de la compréhension et de la mise en sens sur ce qui nous arrive.
  • Enfin, agir sur ce qui est en mon pouvoir, autrement dit, sur quoi ai je prise ? L’acceptation de la situation, de l’incertitude, du non contrôle est une première phase. Vouloir agir sur ce dont je n’ai aucune prise est contre productif, épuisant et va augmenter les peurs et les effets néfastes sur la santé. L’action et l’engagement sont déterminants. Le collectif et sa cohérence prennent toute leur dimension dans cette période de déconfinement. L’action peut être dans le contexte de la réouverture des écoles, la réorganisation des espaces, l’adaptation du temps, les modalités de déplacement etc… Mais ce peut être aussi l’opposition, le refus, la désobéissance, voire le combat si besoin, quand les seules portes de sortie sont de ce registre. Henri Laborit (médecin chirurgien et neurobiologiste, mort en 1995) a travaillé cette question tout au long de sa vie de chercheur. Il en a fait un film qui explique bien ces phénomènes (Mon oncle d’Amérique), voir aussi son ouvrage « Éloge de la fuite ».
  • Ne pas communiquer son stress aux enfants, mais témoigner de calme et de tranquillité intérieurs. Nous savons que tout est en interaction que tout est relié (cf les travaux en physique de l’information, en biologie quantique, en épigénétique…). L’état émotionnel de l’adulte comme celui des enfants vont interagir. Ça signifie que je suis impacté par tout ce qui se passe autour de moi, mais que moi j’interagis avec mon environnement ! De la joie ça se communique, mais de la peur aussi ! Le problème est que si le stress devient répétitif, il ne peut plus être géré par le système de défense de notre corps qui est conçu pour ne traiter que l’urgence en priorité. Dés lors que le stress environnemental et celui du à notre mental (nos pensées qui amènent : peur, angoisse, honte, culpabilité) sont permanents, cela active une sur-augmentation des hormones du stress. Il devient alors impossible de se relâcher. Et c’est la porte ouverte à l’épuisement, au burn-out, à la  dépression. La seule réponse possible pour éviter cette tension constante : être dans des conditions de sécurité sanitaire dans la classe et l’établissement (extériorité), en tant qu’adulte être en état de calme intérieur (intériorité) dans les temps passés en contact avec les enfants. Ce dernier point nécessite une connaissance et conscience de soi très développées et travaillées.

3. Faire le deuil temporaire des méthodes pédagogiques facilitant les inter-relations.

Et bien oui..temporairement, et je pense plus particulièrement aux classes maternelles et primaires, il ne sera plus possible de pratiquer toutes les approches interactives et coopératives qui sont de mises ces dernières décennies. Les conditions sanitaires strictes et notamment la distanciation physique en interdisent l’exploitation.

Les enseignantes et enseignants des classes maternelles ainsi que les atsem (personne qui seconde l’enseignant sur le plan matériel et éducatif ) savent combien cette distanciation sera des plus difficiles à faire respecter qui plus est dans notre culture pédagogique française (surtout en maternelles). Et nous ne savons pas aujourd’hui comment les enfants vont réagir à ce cadre très stricte imposé qui va à l’opposé des habitudes et des routines pédagogiques. Il faut s’attendre de ce côté et dans les premières semaines à un état de fatigue conséquent des enfants et des adultes ! Un tel changement est des plus coûteux en matière d’énergie psychique et de force vitale. C’est du reste en grande partie pour cette raison que les pays qui ne ré-ouvrent pas les écoles maternelles et primaires ont pris cette décision ; parce que c’est tout simplement très difficile, voire impossible d’appliquer les normes sanitaires de  distanciation.

4. Retour au behaviourisme, au conditionnement, dans sa forme basique et parfois caricaturalle.

Les vidéos, les images qui nous montrent ce qui est pratiqué dans certaines cultures effraient une bonne partie des enseignants !

Il ne s’agit pas de rejeter en bloc cette forme d’apprentissage qui dans certains contextes a toute sa pertinence. Il y a des situations pédagogiques qui pour des raisons de sécurité vont imposer l’apprentissage par conditionnement. On ne pratique pas l’essai-erreur, le socio-constructivisme quand les conditions de sécurité objectives ne peuvent être assurées.

Mais la forme caricaturalle qui nous est montrée par certains médias inquiètent, et à juste raison, nombre d’éducateurs !

Le cadre sécuritaire imposé par les normes sanitaires induit l’exploitation de cette forme d’apprentissage qui va être chronophage dans sa première phase. C’est à dire de trois à quatre semaines, le temps nécessaire à l’acquisition des nouvelles routines de distanciation par le collectif.

5. Qu’en est-il de la responsabilité des enseignants, des personnels, des chefs d’établissement ?

Cette question est actuellement débattue entre les différents partenaires. La démarche descendante à la jacobine française est toujours de mise, à savoir que l’état (le ministère de l’EN) a posé un cadre sanitaire avant toute négociation avec les partenaires. Or le contexte de judiciarisation qui gagne aussi notre pays n’est pas sans inquiéter à juste raison les acteurs éducatifs. Qui serait responsable en cas de « closter » partant d’une école ?

A ce sujet, le média « médiapart » a posé la question à un avocat pénaliste, voir cet article très explicite : Profs, directeurs, AED, AESH, agents, responsabilité pénale en jeu.

https://blogs.mediapart.fr/liligaby/blog/010520/profs-directeurs-aed-aesh-agentsresponsabilite-penale-en-jeu?fbclid=IwAR0BFc1kGd0FiK7AJlyYIB6lhZ1ym0b8_8sgLhJZnOI73UDnbwi–A6Pczc

En conclusion, voici ce que nous dit Laurent Hazan : « Il m’apparait que la seule protection contre d’éventuelles poursuites est de rester serein, de respecter strictement les obligations sanitaires et de sécurité et surtout, en cas de difficultés ou d’insuffisance des mesures mises en place pour garantir la sécurité des élèves, d’alerter immédiatement la hiérarchie et, en dernier recours, de suspendre les cours. L’important est que les enseignants soient toujours capables de justifier leurs décisions au regard de l’intérêt supérieur des élèves. »

6. Faire confiance aux enseignants, aux personnels, aux chefs d’établissement.

Et si nous faisions confiance aux acteurs eux-mêmes ? Si le temps leur était laissé de réfléchir, d’imaginer comment reprendre et refaire classe en toute sécurité objective et subjective ? Comment faire en sorte que l’école reste ce lieu où les adultes et les enfants s’y sentent bien ?

Les mieux placés pour imaginer cette reprise se sont quand même celles et ceux qui pratiquent ce lieu !

Raymond Barbry le 3 mai 2020.

Éduquer, enseigner dans un contexte de mutation sociétale – Amiens le 12 février

C’est en partenariat avec l’IFP Lille représenté par Maud Agasse que l’AGEPS-Raymond Barbry propose cette journée à la demande de la DD d’Amiens pour les enseignants du 1er degré des cycles 2 et 3.

Résultat de recherche d'images pour "ville d'amiens"

Cette journée est découpée en deux temps

Le matin une conférence de Raymond Barbry qui sera introduite et conclue par deux temps de sophrologie animés par Madame Christelle Ringeval (CPE et sophrologue).

L’après midi des ateliers permettront aux participants d’approfondir les thématiques suivantes :

  • Posture de l’adulte, pleine présence et autorité (Raymond Barbry).
  • La sophrologie en classe (Christelle Ringeval).
  • La pédagogie positive (Aude Deceuninck).
  • Le stress à l’école (Juliette Dessaux).
  • L’exploitation pédagogique raisonnée des outils numériques (Sylvain Verlynde).

Problématique de la journée,

Nous sommes au cœur d’une période de transition sociétale, voire civilisationnelle. Tous les travaux de recherches en histoire et en prospective se rejoignent actuellement pour appuyer ce fait, à savoir que nous vivons une période qui se répète tous les 500-600 ans et qui marque un changement profond, voire une rupture entre deux périodes de l’histoire. Nous serions d’après les différents experts dans la phase d’entre deux qui a une temporalité de 50 à 60 ans. Le début de cette période transitionnelle aurait commencé avec le premier choc pétrolier(1973), soit un peu plus de quarante ans.

Tous les domaines de la vie sur notre planète se trouvent impactés, environnement, famille, santé, économie, travail, religion, spiritualité, rapport homme-femme, rapport sexe-genre, rapport homme-machine etc….

Ce qui caractérise cette phase transitionnelle est l’incertitude grandissante sur l’avenir. Nous perdons la visibilité et le contrôle sur la vie et notre environnement. Cette incertitude croissante est d’autant plus anxiogène que la société occidentale, dont la pensée est dominante, a construit une représentation collective de contrôle, de maîtrise sur la vie, sur le monde. Or quotidiennement nous sont remontés des faits que ce qui caractérise la vie sur notre planète, c’est l’incertitude ! Qu’en sera-t-il en 2030 des conditions de vie ? Par exemple, quel sera le temps de travail réel ? Pour exemplifier et interpeller, est-ce que les robots (Intelligence Artificielle) auront remplacé les enseignants (ce n’est plus de la science-fiction, c’est réel et actuellement expérimenter dans certains pays) ?

Ce contexte anxiogène alimenté par les médias, les politiques, les orientations prises et les changements de nos modes de vie n’est pas sans impacter les enfants et les jeunes ! Ils sont des caisses de résonance du monde dans lequel ils vivent. Les adultes transmettent aux enfants et aux jeunes ce qu’ils sont !

Il y a deux manières de se positionner en cette période mutationnelle.

  • La première est mortifère et conduit au désastre, voire à la fin d’une civilisation. C’est le déni du réel. C’est l’incapacité à accepter cette réalité qui bouscule nos représentations, nos convictions, nos conditionnements éducatifs. Elle se traduit, en matière de réponses apportées, par faire toujours plus de la même chose et donc à augmenter la situation de dégradation de la société (par exemple : augmentation des burn-out, augmentation des maladies dites de civilisation, augmentation du mal être, augmentation de la pollution, augmentation de la pauvreté….) et l’état anxiogène et de désespérance des populations.

  • La deuxième s’inscrit dans la dynamique et le mouvement de la vie. Elle postule qu’accepter les forces qui imposent le changement (par exemple, les changements climatiques) deviennent des appuis pour construire ensemble dans le quotidien petit pas par petit pas un monde vivable permettant le développement dans le respect du vivant. C’est le principe du colibri qui fait sa part ! C’est ce que prônent aussi les textes fondamentaux des religions, des philosophes humanistes  et c’est aussi ce que promeuvent actuellement tous les rapports (GIEC, encyclique du Pape….).

Il est bien entendu que nous prônons cette dernière posture et nous mettrons en valeur les démarches concrètes qui au plan éducatif permettent d’outiller les enfants dans ce sens.

Raymond Barbry, le 9 février 2020

Le stress au collège, rencontre avec des élèves, des enseignants, tout le personnel d’un collège.

C’est à une belle initiative que j’ai été convié en ce tout début d’année 2020, une rencontre avec tous les adultes d’un collège de Seclin (Immaculée Conception) et les élèves délégués de toutes les classes, soit une cinquantaine de jeunes.

C’est très rare, voire exceptionnel ce genre d’initiative certes sur  une thématique transversale et commune, le stress à l’école, mais avec des problématiques bien spécifiques liés à l’âge et au contexte professionnel et personnel.

Lors cette demi-journée au delà de l’apport et de la clarification sur ce qu’est le stress, le bon, le mauvais, les effets, les causes et particulièrement le contexte de notre époque (mode de vie, crises, phase de changement sociétal etc…), j’ai proposé quelques outils de régulation du stress qui peuvent être exploités soit dans le temps scolaire (en classe), soit dans le temps personnel (chez soi). C’est ainsi que plusieurs situations issues de la cohérence cardiaque, de la pleine attention, de la gestion mentale  ont été pratiquées par l’ensemble des participants.

Les points développés lors de la rencontre

  • C’est quoi le stress ? C’est la vie !
  • Bon et mauvais stress ? De l’influence du mental et de nos pensées sur notre niveau de stress.
  • Un contexte sociétal générateur de mauvais stress. Comment faire avec, s’en protéger et agir au quotidien ?
  • Réguler le temps passé devant les écrans.
  • Les déterminants du mieux être : le calme et le silence, l’intériorité, le sommeil, l’alimentation, l’activité physique, le lien social.
  • Être heureux ça s’apprend !
  • Un entraînement régulier (quotidien) pour développer la conscience et réguler ses pensées c’est possible à tout âge. Il suffit de quelques minutes par jour !

Les situations proposées et pratiquées en grand groupe.

  • Cohérence cardiaque pour les stressés (rythme progressive).
  • Cohérence cardiaque pour adolescents (rythme adapté aux capacités ventilatoires).
  • Cohérence cardiaque pour les adultes (rythme adapté aux capacités ventilatoires).
  • En situation de stress non maîtrisé (mauvais stress), le réguler par une respiration lente et profonde ?
  • En situation de perte de concentration (pensées divergentes), se remettre dans le présent par un point de fixation dans l’espace

Raymond Barbry, le 10 janvier 2020.

Témoignages au sujet du mal être et la souffrance professionnels dans les métiers de l’éducation

Un grand merci à toutes celles et tous ceux qui depuis plusieurs années me remontent et me partagent leur vécu professionnel et pour faire suite à l’article précédent – Le mal être et la souffrance professionnels dans les métiers de l’éducation –  en voici une synthèse reçue de plusieurs enseignants-es et responsables institutionnels (formation, chef d’établissement) du 1er degré (classes maternelles et primaires). Toutes et tous sont reconnus comme « expert ». Elles et ils ont l’expérience professionnelle, plus de 1o ans de carrière, évaluation institutionnelle (inspection) excellente, reconnaissance par les pairs, certains interviennent dans la formation initiale ou continue des enseignants et des chefs d’établissement du 1er degré.

Résultat de recherche d'images pour "épuisement professionnel enseignant"

La perte du sens traversent tous les témoignages ! Voilà quelques phrases qui m’ont été communiquées…

« Quitter un navire dans lequel je ne me retrouve absolument plus ! ».

« A quoi sert-on » ?

« Qu’est ce qui reste de notre engagement » ?

« On devient des administratifs. Ce que nous devons formuler, présenter (les écrits) devient chronophage et nous éloigne du cœur de métier ».

« Mais qu’est ce qui se passe ! On nous demande l’impossible, soit nous ne comprenons pas les attendus, soit les orientations qui nous sont donnés sont totalement impossible à atteindre ».

« Nous n’avons pas les moyens de former sur les fondamentaux du métier les enseignants stagiaires. C’est de la folie..nous en envoyons une partie au « casse pipe ». Et en plus nous le savons ! C’est complétement fou » !

La question des effectifs de classe et de l’accueil de tous est prégnante, plus qu’avant, voici plus précisément ce témoignage éloquent d’une enseignante pro-inclusion !

« Trente élèves dans des locaux peu adaptés à ces jeunes d’aujourd’hui qui bougent..Accueillir les enfants porteurs de handicap..L’inclusion c’est bien..mais avec trente élèves dans une classe c’est de la maltraitance pour l’enfant, pour les autres et pour l’enseignante. Dans ma classe, j’en ai six qui ont un projet personnalisé..deux qui vont partir en SEGPA, un qui part en ULIS, et à côté de ça j’ai dix garçons qui passent leur vie et qui ne vivent que pour le fameux « fortnite ». Ils ne parlent que de cela ! Leur niveau d’attention 0 ! des passages à l’acte violent récurrents et parfois extrêmes. Pour moi ce n’est pas possible d’enseigner dans ces conditions. Je me retrouve complétement dans cette frustration de ne plus pouvoir travailler normalement, de ne pas pouvoir m’occuper aussi des autres élèves. La frustration de ne pas pouvoir faire ce qu’il faut pour ceux qui ont un PAP. Je suis exclusivement concentré sur le groupe pour canaliser des enfants qui partent en « live ». A cela s’ajoute des parents qui ne comprennent pas, parce que si l’enfant a un PAP, l’enseignant se doit d’y répondre et ils ont raison..mais on ne peut pas !

Le bruit facteur de fatigue et de stress quotidien.

« Cela fait bientôt quinze ans que j’enseigne et j’avoue que le bruit est pour moi de plus en plus difficile à supporter. Chaque soir, je rentre épuisé, vidé..et cependant j’aime mon métier, je me sens bien avec les élèves. Mais le niveau sonore monte d’année en année. Cet avis mes collègues le partagent et il n’est pas lié qu’à notre école ».

Comment lâcher-prise avec la pression du système, des parents ?

« Alors oui apprendre à lâcher prise, donner des priorités..mais en même temps en enlevant cette pression..ça nous retombe dessus. Dans le cadre du suivi des élèves en PAP, j’aurais du appeler des organismes, faire plein de choses pour ces enfants qui ont des PAP..mais je n’ai pas encore fait ! et j’ai les parents sur le dos. C’est logique et c’est normal ».

 » Des parents viennent me voir et me reprochent de ne pas suivre les programmes ! Ils sont plusieurs et comparent avec l’autre école du village. Le message est direct – Vous êtes incompétente. Nous signalons à vos responsables (IA). J’explique que chaque école, chaque classe adaptent les programmes à ses caractéristiques et aux enfants et que le cadre du programme est bien respecté de mon côté. Ce qui est confirmé par la CE (Directrice) et l’IEN du secteur. L’échange est impossible et se termine par un – Nous signalons à vos responsables (IA). Faut-il rappeler que ce qui était proposé dans l’autre école était pour le coup hors des programmes ! C’est la première fois en plus de vingt ans de carrière que cette situation arrive et je suis dans cet établissement depuis plus de dix ans. »

Une évaluation des enseignants perçue encore comme un jugement et non comme un accompagnement, une aide.

« J’ai la chance d’avoir un super chef d’établissement qui m’a dit de mon côté, tu laisses tomber les APC, tu passes assez d’heures dans le relationnel avec les parents, à monter des projets pour les enfants en difficulté et en même temps, ce chef je lui tire mon chapeau..ll se fait inspecter à la rentrée. Et lui aussi il trouve complétement injuste de devoir passer par là. Il perçoit cette inspection comme un jugement…comme quoi il est bon à remplir les ordres..On vient le « fliquer »….Il se retrouve en position d’enfant..et ça ce n’est pas normal. Cette façon que le système a de nous évaluer qui reste perçu comme du jugement..On devrait avoir un accompagnement et non un jugement.

Et la médecine du travail pour nous..Elle est où ?

« Prendre soin de soi..et en même temps quand va-t-on chez le médecin aujourd’hui ? Il faut que ce soit forcément le mercredi….actuellement sur notre secteur d’une grande métropole pour avoir un rendez vos chez un médecin sur des mercredis après 17h00, c’est trois semaines d’attente !  Comment tu fais pour prendre soin de toi ? Quand tu appelles chez l’ophtalmo et que ce dernier te dit, rendez vous dans 6 mois un mardi ! Si un mercredi, pas avant 9 mois ! Comment on fait ? »

« Et d’ailleurs elle est où la médecine du travail dans l’enseignement ? ».

Une formation initiale et continue inadaptée (témoignages de responsables de formation).

 » Nous savons bien que la formation initiale que nous proposons n’est pas pertinente… Nous faisons semblant et au mieux avec les budgets que nous avons ! Alors que nous devrions témoigner dans nos pratiques des pédagogies actives, nous ne le pouvons pas faute de moyens. On se retrouve à les présenter en cours frontal en amphi. Nous sommes le contre exemple de ce qu’il faudrait faire ! »

« Il n’y a plus d’analyse des pratiques ou si peu. Dans les années 1990-2000, nous pouvions en proposer régulièrement en groupe réduit, aujourd’hui je ne le propose qu’exceptionnellement ! ».

« L’écart entre le réel des classes et ce que nous proposons comme contenus de formation initiale est trop décalé. Nous devrions pouvoir augmenter les temps de formation à la dynamique des groupes aux comportements psycho-sociaux. Sauf qu’avec une seule véritable année de formation professionnelle, comment tout caser ? C’est comme si on nous demandait de former un chirurgien expert en un an ! Parce qu’enseigner par exemple en REP, nécessite de l’expertise ++ ».

« Un exemple concret, la formation en didactique de l’EPS pour les professeurs des écoles…dans les années 1990-2000, près d’une centaine d’heures de formation sur les deux années de Formation Initiale avec de fait de la pratique. Aujourd’hui rien ou presque et que de la préparation à l’épreuve oral du concours, autant dire que de la théorie! Question, comment peut on avoir des professeurs des écoles qui proposent l’EPS avec si peu de compétences développées ??? »

 » Une bonne partie des stages de Formation Continue ne correspondent pas ou plus aux réels besoins identifiés par les enseignants. Les propositions sont le plus souvent descendantes soit IEN pour le public, soit DD pour le privé sous contrat. Et en plus dans certains secteurs l’enseignant n’est pas mis sur les thèmes qu’il a choisi au préalable. Ce sont les IEN, les DD qui décident et réorientent les choix ! L’enseignant n’est pas considéré comme un professionnel responsable, c’est grave ! »

Une maltraitance institutionnelle

« Pour moi aujourd’hui, l’éducation c’est de la maltraitance. Maltraitance des enfants, maltraitance des enseignants, maltraitance des CE..et en même temps c’est la société qui va mal ».

Information de dernière minute : Le ministère vient de sortir des données comparatives entre les différents pays dits développés. Elles montrent explicitement la charge de travail excessive et le manque de considération pour les enseignants français du 1er degré (maternelle et primaire):

– Ils sont sont parmi les moins rémunérés (en dessous de la moyenne).

– Ils travaillent bien plus que la moyenne face à élèves, 990 heures/ années en France pour 853 heures/année en moyenne.

– Ils ont un nombre d’élèves plus conséquent dans leurs classes. La France est parmi les pays où le nombre d’élèves par classe est le plus élevé !

– Ils passent plus de temps  pour leur travail en dehors du temps face à élèves (correction, réunions etc…).

Raymond Barbry, le 07/11/2019

 

Une année 2019/2020, pleine de projets pour l’AGEPS-Raymond Barbry

A l’image des années précédentes, cette année 2019/2020 s’annonce pleine de projets de formation, d’accompagnement d’équipes et de collaboration avec les partenaires.

Résultat de recherche d'images pour "ageps raymond barbry"

En voici les grandes lignes avec les thématiques :

  • Formations et accompagnements d’équipe d’enseignants et du personnels éducatif aux pratiques de pleine attention à l’école, au collège et au lycée dans les régions des Hauts de France (Lille, Arras, Amiens, Aire sur la Lys, Hénin Beaumont), de l’Occitanie (Montpellier, Nîmes), de Rhône Alpes (l’Arbresle).
  • Formation sur réflexivité et métacognition en classe dans la région d’Occitanie (Montpellier).
  • Accompagnement d’une équipe pédagogique aux pratiques philosophiques et méditatives en classe primaire, dans la région d’Occitanie (Nîmes).
  • Formations et accompagnements d’équipe sur la question du bien être à l’école, au collège et aux lycées et dans les associations dans les régions des Hauts de France (Willems, Lille, Amiens, CREPS de Wattignies).
  • Conférences sur les effets des pratiques méditatives dans le contexte scolaire dans le cadre d’une formation nationale pour expertise en neurosciences des enseignants spécialisés (Arras).
  • Formations à la régulation du stress, des conflits et des crises pour les chefs d’établissements (Montpellier, Lyon), pour les enseignants spécialisés (Arras), pour les experts auprès des tribunaux (Lyon).
  • Formations à la bienveillance et à l’intelligence collective dans le management pour les chefs d’établissement (Montpellier, Lyon).
  • Formations à la lutte contre le décrochage scolaire dans les régions des Hauts de France (Lille, Amiens), Occitanie (Montpellier).
  • Formation au partenariat Enseignants/Parents dans la région de l’Occitanie (Montpellier)
  • Accompagnement de jeunes lycéens dans le cadre du programme persévérance scolaire (Arras). « Osons le prépa mentale au Lycée » !
  • Journées d’étude sur le climat scolaire à Arras et les nouveaux comportements d’élèves à Amiens.
  • Atelier de méditation hebdomadaire à Arras dans le cadre de mon activité d’entraîneur au RCArras d’athlétisme.
  • Membre de la cellule de crise d’un collège de l’Arrageois (Hauts de France).

Les partenaires et collaborateurs proches pour cette année 2019/2020

IFP Hauts de France (Lille-Arras-Amiens), IFP Occitanie (Montpellier), IFP Rhône Alpes (Oratoire Lyon), Perseval (Rectorat Lille –  Hauts de France), IRFO (Institut des rencontres de la forme-Lille), CREPS de Wattignies,  RCArras section athlétisme,

et les personnes suivantes : Maud Agasse (responsable de formation IFP), Mélanie Auribault (CPE en Lycée – Arras), Alexandra Brunbrouck (psychopédagogue et formatrice), Priscille Courtin (Responsable formation BPJEPS -CREPS de Wattignies), Bénédicte Dubois (responsable formation enseignement  spécialisé – IFP Lille), Sophie Linas-Rouden (responsable de formation IFP Lyon), Christelle Ringeval (CPE, sophrologue et formatrice), Betty Vanuxem (CE en collège), Alexis Barbry (Formateur IRFO), Jean François Bayard (Directeur Adjoint IFP-Lille), Yves Blouin (Président du RCA athlétisme), Thibault Deschamps (CTS athlétisme – Ligue des Hauts de France et IRFO), Bruno Grave (Directeur IFP Montpellier), Régis Guiot (Responsable technique du RCA athlètisme), Henri Lacroix-Durand (Expert cour d’Appel de Lyon).

Raymond Barbry le 17 septembre 2019

La dérive du modèle « gestionnaire » dans le monde du travail

Voir cet excellent interview de Christophe Dejours au sujet de la souffrance au travail et de son évolution dans ces dernières décennies (depuis 1980)…

Résultat de recherche d'images pour "christophe dejours"

Psychiatre et psychanalyste, Christophe Dejours est professeur au Conservatoire national des arts et métiers (CNAM, Paris), titulaire de la chaire Psychanalyse-Santé-Travail et directeur de recherche à l’Université Paris V. Auteur d’une œuvre abondante sur le monde du travail et les pathologies associées, il dénonce l’avènement des « gestionnaires » dans les années 1980, qui a, dit-il, eu des effets catastrophiques sur la qualité du travail et les pathologies qui en découlent. « En entreprise, si l’exigence de performance devient insoutenable, le risque d’effondrement collectif existe », prévient-il.

Une nouvelle forme d’organisation du travail apparaît dans les années 1980, celle des gestionnaires. Jusque-là, l’organisation du travail était l’apanage des gens du métier. Les directeurs d’hôpitaux, par exemple, étaient médecins.

Mais ils ont été remplacés par des gestionnaires qui ne connaissent rien des métiers. Ils réduisent le travail à un ensemble de tâches purement quantifiables et dont la performance est chiffrable. À travers ces dispositifs, ils ont instauré ce que le juriste Alain Supiot appelle la « gouvernance par les nombres« . Celle-ci détruit tout ce qui était vital au travailleur: les règles et valeurs propres de son métier. Cette méthode gestionnaire détruit aussi volontairement toute coopération. Ce qui a pour conséquence une dégradation de la qualité et de l’efficacité.

Ces gestionnaires ont inventé des techniques nuisibles pour la santé psychique. C’est le cas de l’évaluation individualisée des performances qui introduit la compétition entre les travailleurs et détruit la solidarité. C’est le cas aussi de la précarisation de l’emploi: partout des contrats durables sont remplacés par des CDD et l’intérim. Cette précarité qui augmente développe aussi un sentiment de précarisation chez ceux qui ont une position stable: ils comprennent qu’ils sont menacés eux aussi.

Et donc ce « tournant gestionnaire » comme vous dites génère de nouvelles pathologies?

Oui, les impacts psychopathologiques sont colossaux, jusqu’au suicide sur le lieu de travail. Ca n’existait pas avant. Il y en a même dans le secteur public, y compris à l’Inspection du Travail! Ils existent partout dans le monde et sont en croissance mais ils font l’objet d’une conspiration du silence.

Le suicide représente le stade ultime de la souffrance au travail mais les pathologies liées au travail sont devenues très nombreuses et variées…

De fait. On assiste à l’explosion des pathologies de surcharge. En France, plus de 500. 000 personnes sont indemnisées pour troubles musculo-squelettiques. Mais il y a aussi le burn-out; ou encore le karôshi, « la mort subite par surcharge de travail« . Il s’agit d’une hémorragie cérébrale chez des gens qui n’ont aucun facteur de risque. Ils meurent à 35-45 ans, sur le lieu de travail, le plus souvent par rupture d’anévrisme ou accident vasculaire cérébral. C’est fréquent.

Parallèlement, le dopage s’est considérablement développé. Cocaïne et amphétamines sont utilisées dans de très nombreux métiers, y compris chez les avocats d’affaire, les banquiers, les cadres. Beaucoup ne peuvent tenir qu’en se dopant. Sur les chaînes de montage, des ouvriers sniffent devant tout le monde pour tenir les cadences. Et personne ne dit rien.

article complet sur : https://www.lecho.be/opinions/carte-blanche/la-domination-au-travail-est-beaucoup-plus-dure-qu-avant/10060958.html

Raymond Barbry le 4 mai 2019

Bien être à l’école : utopie ou nécessité (résumé de la journée du 3 avril à Lille)

Le bien être à l’école, Utopie ou nécessité, une journée d’étude à Lille avec des enseignants du second degré. Après la journée pour le 1er degré en novembre à Arras.
Merci à Christelle Ringeval (CPE et sophrologue) et Jean François Bayard Directeur adjoint de l’IFP Lille de m’avoir suivi et fait confiance sur ce projet…Ce n’est qu’un début ! Une pensée pour Anne Marie Davière (infirmière scolaire) qui était bien présente indirectement.

Résultat de recherche d'images pour "travail en équipe des enseignants"

Il y a dans les établissements scolaires des personnes qui s’engagent, qui font dans l’ombre avec humilité. Elle est là l’école de la confiance. Celles et ceux qui œuvrent dans le quotidien. Elles et ils sont les Tisserands qui maintiennent et développent les liens humains mis à mal par le contexte sociétal.

Une journée en trois temps :

  • Une conférence.
  • Un temps de sophrologie animé par Christelle Ringeval.
  • Des temps d’atelier portant sur des témoignages de pratiques visant à développer le bien être dans les établissements scolaires.

Résumé de la conférence  / Raymond Barbry

Le contexte actuel tant de la société que de l’école française montre à quel point l’idée du bien être et du bien vivre ensemble est devenue prioritaire. La publication d’une enquête internationale récente sur le bien être à l’école (ocde / octobre 2016) met en exergue la problématique française du mal être scolaire et des conséquences sur les relations humaines au sein des établissements, sur les apprentissages scolaires et sur l’état de fatigue latent des enfants et des adultes (voire d’épuisement professionnel des enseignants et du personnel éducatif). Faut-il rappeler que sur les 37 pays enquêtés notre pays est sur la question du bien être à l’école en 36ème position !

Faire classe aujourd’hui réclame de plus en plus d’énergie psychique. Les incidents critiques, les tensions et les conflits se multiplient. Certes ce ne sont pas en soi, des faits graves, mais une tension constante s’installe. Les comportements de base nécessaires au vivre ensemble ne sont pas acquis pour une partie de plus en plus grandissante d’élèves, de plus ils sont fatigués, agacés. Ils sont une « caisse de résonance » de notre contexte sociétal, d’ailleurs on parle aujourd’hui d’épuisement psychique ou « burn-out » et de dépression en augmentation exponentielle chez les jeunes de plus en plus jeunes. Or le fonctionnement et l’organisation « classiques » de la classe et de l’école ne facilitent pas le mieux être tant des jeunes que des adultes en charge de leur formation.

Or, dans les textes officiels récents il est bien stipulé que la dimension des compétences relationnelles est à caractère prioritaire. Une publication stipule qu’il est indispensable de prendre en compte cet aspect trop longtemps ignoré dans notre conception de l’école. Cela rejoint les travaux actuels en neurosciences, en psychologie cognitive, en psycho-ergonomie, voire en biologie et interdisciplinarité (épigénétique par exemple) qui montrent à quel point un état émotionnel stabilisé est déterminant pour notre développement individuel et collectif. Comment créer les conditions pour que dans chaque classe et dans chaque établissement nous puissions favoriser ce bien être indispensable au bien vivre ensemble et aux apprentissages ?

Et si le bien être des élèves passait d’abord par une prise en compte du bien être des adultes en charge de leur éducation ? C’est à ce changement de posture que vous invite cette journée, penser les conditions d’un mieux être professionnel des enseignants et éducateurs pour un mieux être des jeunes.

Les points abordés lors de la conférence

  • Le bien être, utopie ou nécessité.
  • Le « bien être », extériorité ou intériorité.
  • La conception éducative coopérative et collaborative plutôt que compétitive.
  • Les découvertes scientifiques récentes (neuro, psycho, interdisciplinaire, psycho – neuro – imunologie…) qui éclairent la notion de bien être et de bien vivre ensemble, et montrent combien le bien être est une « méta-compétence » qui s’apprend ! L’état des recherches en psych-socio du travail sur les effets du « bien être » au travail.
  • Le bien être au travail, des exemples concrets de petits changements pour de grands effets . La conception systémique dans un établissement scolaire : du chef d’établissement, aux enseignants, aux membres du personnel et aux élèves.
  • L’élève au centre, oui..Et l’enseignant ? Et si nous mettions les deux au centre du système.
  • Le bien être et la réussite vont de pairs ! Mais de quelle réussite parle-t-on ?

L’après midi a commencé par un temps de sophrologie proposé par Madame Christelle Ringeval, l’occasion de vivre un moment pour faire le calme en soi et se mettre en dynamique pour la suite de la journée.

Atelier 1 / Les compétences psycho-sociales au collège Christelle Ringeval (CPE au collège et sophrologue).

« Le développement et le renforcement des compétences psychosociales, fondement de l’épanouissement individuel et du bien vivre ensemble. »

Définition de l’OMS:  » Les Compétences psychosociales sont la capacité d’une personne à répondre avec efficacité aux exigences et aux épreuves de la vie quotidienne. C’est l’aptitude d’une personne à maintenir un état de bien être mental, en adoptant un comportement approprié et positif à l’occasion des relations entretenues avec les autres, sa propre culture et son environnement » (1993)

Témoignage et partage d’expériences professionnelles menées au collège en éducation prioritaire, autour de méthodes interactives et expérientielles, telles que:

– la mise en application des techniques de résolution non violente des conflits (médiation par les pairs, pratiques de justice restaurative, CNV, écoute active)

– la découverte vivantielle de la conscience de soi et des autres pour des relations humaines épanouissantes (capacités, émotions, valeurs fondamentales et universelles)

Atelier 2 / Un atelier de pleine attention (méditation) pour les enseignants et le personnel d’un collège (comment apprendre à réguler le stress professionnel) – Raymond Barbry (Formateur-Coach-Préparateur mental) Un atelier qui présente une expérimentation menée auprès d’adultes volontaires pour leur apprendre à réguler leur stress professionnel et à développer chez les élèves les capacités attentionnelles.

Les caractéristiques de cette expérimentation : des adultes volontaires (des enseignants, du personnel administratif et de maintenance, du personnel de direction, du personnel de la santé et du social), huit rencontres de deux heures étalées sur une période de quatre mois, un atelier croisant l’apport d’outils et l’accompagnement des personnes.

L’intérêt de cette expérimentation consiste d’une part à apporter des outils pour aider les adultes à réguler leur stress professionnel et à pouvoir exploiter et adapter ses outils pour développer l’attention-concentration des élèves.

Quelle suite ? Cette journée d’étude avait pour objet d’insuffler la prise en compte de cette question dans les établissements scolaires. Des formations, des ateliers devraient prendre forme sur les années à venir dans des établissements des Hauts de France.

Raymond Barbry, le 06/04/2019