La vague de déprime est bien là, alors que faire ?

Nous y sommes dans cette vague dépressive, nous la redoutions, nous savions qu’elle arriverait durant ces mois de novembre-décembre. Et nul besoin d’être un spécialiste de la santé mentale (psychiatre, psychologue, médecin…) pour le savoir, le pressentir et ne pas être surpris, voire étonné !

Le confinement stricte est un enfermement

Des « expert » médiatiques et politiques surpris ! Depuis hier (le 18/11) et la publication de deux résultats d’enquêtes qui montrent que l’état psychique d’une bonne partie des français se dégrade (1 personne sur 2 qui travaille se dit épuisée – > 20% de la population en état de dépression, soit 1français sur 5), les médias, les politiques et la haute administration semblent découvrir le phénomène, comme si cela ne pouvait se produire ! Mais comment pouvaient-ils ignorer ce qui arrive ?

Des évidences ignorées ou refoulées ? Depuis le mois de mai nous savions que ce phénomène allait se produire à grande ampleur, si aucune anticipation n’était faite concernant la santé mentale d’une partie de la population et notamment des plus fragiles, mais pas que !

La convergence de facteurs bien connus qui dégradent la santé mentale de tout à chacun à des degrés divers:

  • La classique phase de déprime saisonnière automnale qui arrive tous les ans de par la réduction de la lumière du jour. A ce sujet le confinement et la réduction du temps de déplacement (cf les attestations à produire) pour une partie de la population n’arrangent rien en réduisant le temps passé à l’extérieur à la lumière du jour !
  • L’effet du stress post-traumatique du confinement 1 de mars à mai. Il faut se rappeler qu’un confinement strict est un enfermement, certes chez soi. Mais c’est un état d’emprisonnement à résidence avec toutes les conséquences sur la santé globale et plus particulièrement psychique. De plus a été posée la symbolique de la punition qui est prégnante mais pas conscientisée. Si vous ne respectez pas, vous êtes punie (amende, fermeture du commerce etc…)
  • L’angoisse et les peurs alimentées au quotidien par cette crise du corona avec toutes les incertitudes concernant l’avenir (cf les discours politiques et une bonne partie des médias classiques). C’est certainement un des éléments majeurs qui a accentué le phénomène de cette crise dépressive qui touche la population. C’est ce que certains médecins du reste (peu écoutés et même décriés !) ont tenté de désamorcer sans relais suffisant. Ils pointaient cette dérive anxiogène qui a été et est encore véhiculée par des experts, des politiques, des journalistes qui du matin au soir inondent d’informations déprimantes en oubliant le caractère relatif de cette crise. Il faut faire du « buzz ». Mais pas que, une partie des médecins, des politiques pensent, et ils ont pris des décisions dans ce sens, qu’il faut faire peur, qu’il faut sidérer la population pour que les gestes barrières soient respectés, pour que les personnes restent chez elles et ne sortent plus. Vision à court terme et dont on mesure les effets délétères, infantilisation d’une partie de la population, repli sur soi avec perte du lien social, augmentation de la sédentarité avec les conséquences sur la santé globale, augmentation des conduites de dépendance, augmentation des violences intra-familiales, augmentation des tentatives de suicide !

Certes une bonne partie de la population n’est pas touchée par cette « vague » dépressive (4/5ème des français se portent plutôt bien). Par contre les données au sujet de la santé psychique au travail sont très inquiétantes 1 salarié sur 2, se dit épuisé et en a les symptômes objectifs (lassitude – insomnie – procrastination – augmentation de la prise de médicaments – augmentation des consommations d’alcool, de tabac….- difficulté à réguler les émotions telles que colère, peur, tristesse). Ces données remontées et ce que nous observons sur le « terrain » sont insuffisamment prises en compte au plan des décisions et orientations politiques, et le phénomène prend de l’ampleur semaine après semaine, là aussi la courbe risque de faire une belle exponentielle !

Mon champ d’action professionnel et associatif touchent deux domaines, l’éducation et le sport, voici ce que j’observe depuis septembre.

  • Dans les établissements scolaires, la fatigue puis l’épuisement gagnent de semaine en semaine et tous les acteurs quelle que leur mission sont concernés (direction, enseignement, éducatif, santé, social….). Je n’ai jamais vu un tel niveau de fatigue à tous les niveaux et ce même chez des personnes qui d’habitude sont plutôt optimistes et en bonne santé. Et de mon point de vue, cet indicateur est interpellant à plus d’un titre. Voici quelques faits observés depuis cette rentrée. Faire cours devient de plus en plus difficile. Les incidents critiques se développent. Les arrêts de maladie augmentent et ce même si les personnes tardent à s’arrêter, ce qui augmente le problème et en conduit une partie au burn-out. La visibilité sur le moyen terme est impossible à envisager ; c’est le brouillard complet me disait une équipe de lycée quant aux examens, quant aux contenus à prioriser, nous sommes dans du pilotage à vue ! Les élèves (surtout dans les classes de début de primaire) ont perdu une bonne partie de leur « métier d’élève » avec la phase de confinement 1. Nous devons réapprendre les routines de base indispensables au vivre ensemble et aux apprentissages et ‘est chronophage. Les personnels doivent aussi réguler une partie de l’angoisse des parents, des enfants et des jeunes. Et nous savons combien c’est énergivore de devoir écouter, prendre en compte cet état anxiogène ; certains CE sont épuisés par le temps passé à devoir se justifier, rassurer. Dernier point et non des moindres, la coupure hiérarchique et la perte de confiance de la base envers leur ministère. Alors qu’il importerait d’être solidaire, de soutenir, de faire confiance dans les compétences et l’investissement des personnes, la logique descendante reste de mise et renvoie le sentiment de non reconnaissance et d’infantilisation.
  • Dans le milieu du sport. La colère gronde ! Il faut toute la persuasion du CNOSF (comité national olympique et sportif français), des fédérations, des ligues, des présidents de club qui sont plutôt légalistes, pour que la situation ne dégénère. mais jusque quand ? Les décisions prises sont incompréhensibles et vont contre le développement et le maintien en bonne santé des sportifs et de la population en général. Plusieurs dirigeants, entraîneurs, médecins du sport me disaient, c’est stupéfiant, hallucinant et incompréhensible les décisions ! Alors qu’il faudrait autoriser, encourager la pratique de l’activité physique pour des raisons sanitaires, (régulation du stress, maintien des défenses immunitaires…), c’est le contraire qui est imposé. On marche sur la tête. La limitation à une heure d’activité par jour dans un rayon d’un kilomètre n’a pas de sens. Il faut libérer la distance, et laisser les personnes allaient marcher, courir, faire du vélo à l’extérieur et dans la nature sans restriction aucune. De plus ce n’est pas là que les contaminations se font, nous le savons maintenant. Nous constatons aussi que de plus en plus de sportifs sont atteints du syndrome de sédentarité et ce même s’ils utilisent quotidiennement leur heure d’activité physique et d’entraînement ! En effet, rester chez soi, assis toute la journée devant un écran (télé travail, télé enseignement) conduit dans la durée à la sédentarité. Je connais nombre d’étudiants par ailleurs sportifs de bon niveau qui actuellement ne peuvent sortir de chez eux qu’une heure pour leur activité physique, le reste du temps se passe dans une chambrée de quelques mètres carrés sans contact réel avec d’autres personnes et sans bouger !

Alors que faire pour arrêter cette vague ? Une fois ce constat réalisé, il importe de trouver des solutions, d’agir….Voici quelques pistes et rappels généraux, bien connus, qu’il s’agit de mettre en œuvre quotidiennement. Cependant, Souhaitons que des décisions politiques et sanitaires pertinentes soient prisse à ce sujet. La balle est dans le camp du gouvernement et des décideurs politiques.

  • Acceptation de la réalité actuelle, c’est le lâcher prise ! Accepter ne signifie pas, se laisser aller, ne rien faire, se replier sur soi. C’est reconnaître que des choses nous dépassent et que ne nous pouvons agir sur. Mais c’est identifier ce sur quoi à mon niveau et là où je suis, je peux agir. Cet article que j’écris participe de cela.
  • Organiser ses temporalités. C’est déterminant et c’est simple à comprendre, mais plus difficile à mettre en œuvre. Par exemple, définir les heures de lever, de coucher, de repas, de travail, d’activité physique, sur les réseaux sociaux… Si le contexte de vie le permet, changer d’espace (un espace pour le travail, un espace pour la vie commune……). Faire plusieurs fois par jour des temps d’activité physique à l’intérieur, même brefs, et au delà de la sortie extérieure.
  • Pratiquer une activité quotidienne (même brève) qui apprend à calmer, réguler les émotions, réguler les pensées. Il existe une multitude de méditations en ligne et en accès gratuit aujourd’hui. par exemple, la cohérence cardiaque est un outil simple et pertinent d’utilisation et peu être fait plusieurs fois par jour. Christophe André a mis en ligne 3 minutes pour méditer. Une liste de 40 temps courts de méditation guidée, une mine.
  • Se couper ou réduire au strict minimum les médias qui alimentent l’état anxiogène de la société. Nous savons très bien comment ce processus se met en place dans notre psyché. C’est un vrai poison mental qui est instillé quotidiennement et insidieusement.
  • S’engager, prendre position, réfléchir, questionner, échanger et sortir d’une acceptation policée est aussi un moyen de ne pas subir cet envahissement dépressif.

Comme tout un chacun nous souhaitons sortir de cette situation de crise qui par nombre d’aspects est délirante, voire folle. Personnellement je n’ai jamais de ma vie rencontré une telle panique pour une crise sanitaire qui certes est bien réelle, mais qui ne décime pas la population ! Nous avons eu le sida, la vache folle….et là le niveau de létalité pour celles et ceux qui en étaient atteints étaient bien au delà de ce corona. pour rappel avec le sida c’était pratiquement 100% de létalité. Pour certains cancers, nous sommes toujours sur des données de létalité élevées (cf le pancréas par exemple).

Le problème majeur est devenu notre incapacité à accepter, regarder, appréhender notre finitude. Nous ne savons plus regarder la mort et nous en oublions de vivre. Plus inquiétant pour moi, une bonne partie du corps médical est ignorant en ce domaine. Quant à nos décideurs politiques et haute administration, ils n’ont pas ou pratiquement jamais entamé une réflexion sur ce sujet durant leur parcours de formation. Nous avons produit dans nos systèmes de formation, des techniciens, des machines à penser le rationnel et le contrôlable, voire des scientistes pour certains, mais la dimension humaine et anthropologique a été minorée si ce n’est pas ignorée. cette crise est pour moi révélatrice de cet aspect. Nous avons un besoin prioritaire de réinvestir cette dimension comme le souligne si justement André Comte Sponville, Marie De Hennezel, Thierry Janssen, Fabrice Midal, Cynthia Fleury et bien d’autres que nous n’entendons pas assez sur les grands médias.

Raymond Barbry le 19 novembre 2020.

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