Éduquer, enseigner dans un contexte de mutation sociétale (conférence de la journée du 12 février à Amiens).

Ce sont plus d’une centaine d’enseignants du cycle 2 des écoles primaires du département de la somme qui ont participé à cette journée du 12 février organisée à l’instigation de Martine Dargent (chargé de mission) et l’équipe de la DD  d’Amiens. Le contenu de cette journée a été élaboré conjointement par Maud Agasse de l’Ifp de Lille et Raymond Barbry-AGEPS.

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Une conférence de Raymond Barbry en matinée qui a été introduite et conclue par deux temps de sophrologie menés par Christelle Ringeval (CPE et sophrologue).

Cette conférence avait pour but de poser la problématique actuelle, les enjeux et défis posés à l’éducation dans cette période particulière de transition sociétale voire civilisationnelle. Voici en résumé les points qui ont été abordés :

1. Nous sommes dans une phase transitionnelle comme nous en rencontrons tous les 500 à 600 ans. L’histoire de l’humanité nous a montré que ces phases de transition ont une durée de 50 à 60 ans. Le début de celle que nous vivons aurait débuté au moment du 1er choc pétrolier (vers 1970). Une telle phase génère des tensions, des crises, de la peur et de l’angoisse sur l’incertitude du monde à venir. Mais c’est aussi une chance, car ce sont dans ces phases qu’émergent les réponses aux différents  problèmes posés à l’humanité.

2. De quel côté allons nous basculer ? Vers le sapiens-demens ou le sapiens-sapiens, comme Edgar Morin nous l’a présenté et que je reprends enrichi des travaux de philosophes, de scientifiques, de chercheurs, de théologiens, de politiques.

  • De quelques repères qui caractériseraient une époque marquée par le « démens » et qui mettraient en danger notre humanité à moyen, voire à court terme : le matérialisme – le transhumanisme –  la compétition exacerbée et le culte de la performance –  le néo-libéralisme non régulé et le capitalisme cognitif – le culte du patriarcat (le côté masculin reste dominant) – l’exploitation et l’épuisement des ressources de la terre –  l’exploitation de l’être humain (ubérisation, esclavagisme moderne) augmentation de la pauvreté et de la précarité, l’écart grandissant entre les plus riches et le reste de la population – la robotisation et développement de l’IA non régulés –  la peur et la non acceptation de notre finitude ou la peur de la mort considérée comme une fin….
  • De quelques repères qui caractériseraient une époque marquée par le côté « sapiens » et qui favoriseraient la poursuite de la vie sur notre planète dans des conditions acceptables pour ses habitants : le post-matérialisme (la vie est plus que de la matière) – le lien entre science et spiritualité – l’économie participatif, la coopération, l’entraide et le partage s’imposent – la conscience est plus que l’émanation du cerveau (on parle de conscience extra-neuronale) – le matriarcat prend sa place et l’équilibre féminin, masculin prend racine – la terre « Gaïa » est un organisme vivant – le panpsychisme, le transpersonnel et l’ecopsychologie deviennent des cadres de référence pour comprendre la vie – la vie, c’est le lien, l’interaction, tout est relié – le vide et l’invisible be sont pas  rien, il sont remplis d’informations – la mort n’est pas une fin, mais un passage….

3. En cette période de mutation, nous sommes interpellés sur toutes les dimensions de notre humanité : les valeurs, le religieux, l’économie, le politique, la science. Ces changements en cours touchent aux aspects les plus profonds de nos vies, la relation homme-femme, le sacré, la vérité, le statut de la raison et de la science, mais aussi de la conscience du temps, de l’espace et du bonheur. C’est bien notre manière de vivre « moderne » qui est en crise. Notre manière de penser trop analytique, mentale et rationnelle ne satisfait plus. Il est normal de sentir cette angoisse car ce sont les plaques tectoniques qui bougent !

  • Effets et conséquences de cette mutation sociétale sur l’éducation.  A quel monde préparons nous, les enfants, les adolescents, les jeunes ? Ce sont eux qui auront à trouver dans les années qui viennent des solutions qui n’existent pas encore et que nous ne pouvons pas encore imaginer. Il s’agit de leur apprendre à penser et agir « out of the box » (On ne résoud pas des problèmes avec des solutions qui ont créé ces problèmes).

4. Un état des lieux actuels en éducation dans les pays reconnus comme modernes et ayant comme modèle de référence le monde occidental.

  • Au cours des 15 dernières années, les chercheurs nous ont donné des statistiques de plus en plus alarmantes sur une augmentation aiguë et constante de la maladie mentale infantile qui atteint aujourd’hui des proportions épidémiques.
  • Voici quelques données chiffrées : Un enfant sur cinq a des problèmes de santé mentale –  Augmentation de 43 % du TDAH (des difficultés d’attention et de concentration, des symptômes d’hyperactivité et d’hyper kinésie, état d’hyperactivité particulièrement diagnostiqué chez les enfants et des problèmes de gestion de l’impulsivité – Une augmentation de 37 % de la dépression chez les ados – Une augmentation de 200 % du taux de suicide chez les enfants âgés de 10 à 14 ans (400% aux EU).
  • Mais aussi : Une perte des qualités physiques et motrices (de 15 à 25% en quinze ans) – Perte des capacités attentionnelles. Le temps moyen de concentration soutenu chutant à 9 secondes ces dernières années, alors qu’il était de 3mn il y a une vingtaine d’années, 45 secondes il y un peu plus de cinq ans  – La diminution du temps de sommeil avec les conséquences sur l’état de fatigue générale, la croissance et la mémorisation – Le temps chronophage passé devant les écrans (> de 7h00 en moyenne en France)- La sur-stimulation et la perte drastique des temps de silence (ennui, calme…) – Une alimentation surchargée en sucre.

5. État des lieux concernant les enseignants aujourd’hui en France et plus particulièrement pour le 1er degré.

  • Augmentation de l’épuisement professionnel dans tous les métiers de l’éducation. Pour le 1er degré, une estimation en fonction des contextes et des niveaux de responsabilité donne des % oscillant entre 13 et 20% (MGEN, MEN). Faut-il rappeler qu’à partir de 8% d’épuisement professionnel dans une organisation il est estimé que cette dernière met en danger les personnes !
  • Au sujet du stress professionnel et plus particulièrement du sur-stress qui mène à l’épuisement professionnel dans la durée, je fais le constat suivant depuis plus de quinze ans. J’observe une augmentation constante du niveau de stress professionnel. Sur l’échelle de Légeron qui comporte 5 niveaux de stress professionnel, le pourcentage d’enseignants  qui atteignent les niveaux les plus élevés (4 et 5) ne fait que croître. Aujourd’hui ce sont plus de 60% des personnes travaillant en milieu éducatif 1er degré qui atteignent ces niveaux.
  • Mais aussi, l’augmentation des démissions – l’augmentation des dépressions et des suicides – Une généralisation de la perte de sens.
  • Cependant, les enseignants français s’investissent beaucoup et sont reconnus comme de très bons professionnels. C’est ainsi que les derniers données de l’OCDE montrent que les professeurs des écoles français sont celles et ceux qui travaillent le plus face à élèves >de 900 heures/an (tâches visibles), qu’ils ont les classes les plus chargées en nombre d’élèves (avec les EU et l’Irlande), qu’ils sont celles et ceux qui ont le plus de temps de travail en tâches dites non visibles (réunion, préparation, correction, accompagnement des enfants etc…). 80% des enseignants font au mieux et plus que ce qu’ils peuvent. C’est une des professions qui a, avec le milieu de la santé, une très haute conscience professionnelle (parmi les plus élevées).

6. Que faire ? Nous sommes face à trois réponses possibles :

  • Se plaindre et augmenter l’état de mal être professionnel et personnel.
  • Laisser faire et laisser aller…le fameux « A quoi bon..tout est foutu ! » ou  » Après moi le déluge » !
  • Agir et construire des réponses adaptées au contexte local (ressources, contraintes).  C’est à dire, d’abord se faire confiance à soi et aux autres (équipes). Si nécessaire entrer en résistance  et s’opposer aux injonctions institutionnelles et politiques parfois dépourvues de sens et non réalistes.

7. Propositions pour agir, éduquer au sapiens-sapiens et répondre aux besoins fondamentaux de développement de l’être humain.

Les propositions qui viennent n’ont rien de révolutionnaires. Elles sont déjà ici et là mises en pratiques dans de plus en plus d’écoles et de classes. Elle ont pour la plupart étaient découvertes il y a de cela bien longtemps et font partie de ce que nous appelons la panoplie des outils dites des « pédagogies nouvelles » (plus d’un siècle pour certaines !). Il s’agit de les adapter au contexte de notre époque.

SURTOUT et AVANT TOUT

Le monde n’a plus besoin de battants, de gens qui réussissent, il a besoin de rêveurs, de personnes capables de reconstruire et de prendre soin d’eux-mêmes, des autres et de l’environnement… et surtout, surtout, on a tous besoin aujourd’hui, plus que jamais, de gens heureux.

Un professeur heureux peut changer le monde ! (Thich Nhat Hanh et Katherine Weare)

  • Proposition 1 / Apprendre le bien être. Nous reprenons ici une des idées fondamentales de la psychologie humaniste et transpersonnelle (Rogers, Maslow, Grof…), relayée par la psychologie positive et mise en valeur par cette phrase de Mathieu Ricard : Le bonheur n’est pas quelque chose qui nous arrive, mais une compétence que nous développons. L’état de bien être s’apprend et se transfère. La psychologie humaniste et positive nous offre une multitude d’outils qui peuvent être exploités en classe.
  • Proposition 2 / Développer l’attention-concentration en en faisant une priorité transversale et quotidienne. Il existe de multiples outils à ce sujet (méthode Vittoz, les pratiques de pleine attention ou méditation, le yoga, la sophrologie, la gestion mentale, la métacognition), mais aussi et surtout toutes les activités mettant le corps en action (activités physiques, le chant, la danse, la musique, le dessin, les arts plastiques, les jeux coopératifs etc…).
  • Proposition 3 / Placer des temps de repos et de calme, plus particulièrement après la pause méridienne. Aussi appeler les « micro-siestes ». Elles sont nécessaires et indispensables d’autant que les enfants dorment moins actuellement.
  • Proposition 4 / Placer des temps de lecture systématique quotidiennement. Les effets de ces temps de lecture personnelle sont maintenant connus au delà de l’acquisition de la lecture. C’est par ce bais que se développent aussi l’imagination, la créativité.
  • Proposition 5 / Remettre les temps d’activités physiques quotidiennes en priorité (motricité globale, motricité fine…). L’activité physique ce n’est forcément le temps d’EPS ou des activités sportives. Ce sont toutes ces activités pédagogiques qui mettent le corps en mouvement.
  • Proposition 6 / Poser dans la journée des temps de silence qui se répètent régulièrement. Antoine De Lagaranderie donnait comme repère 3 fois 1mn de silence par heure de classe, soit 18mn pour une jurnée de classe.
  • Proposition 7 / Exploiter pédagogiquement les outils du numérique en fonction de l’âge des enfants. Il ne s’agit pas de rejeter ces outils, mais de les adapter au contexte et aux besoins éducatifs (voir la règle de maîtrisons les écrans : 3ans-6ans-9ans-12ans).
  • Proposition 8 / Apprendre les enfants à se confronter à la difficulté et à l’effort. Il n’y a pas d’apprentissage sans la prise en compte de cette vérité de base valable pour tous les champs de notre vie !
  • Proposition 9 / Apprendre à débattre, à écouter, à clarifier ses pensées. Nous disposons de nombre d’outils en ce domaine, je pense plus particulièrement aux ateliers « philo » dés la grande section maternelle.
  • Proposition 10 / Apprendre par le jeu et la coopération. Jouer pour un enfant c’est sérieux et impliquant. Une somme d’acquisitions se réalisent par ce biais. Réhabiliter tous ces jeux est pédagogiquement nécessaire d’autant que dans le contexte familial leur temps consacré s’est considérablement réduit. La surexposition aux outils numériques en étant la cause première.
  • Proposition 11 / Développer l’empathie, la compassion et la bienveillance dés l’entrée dans la scolarité. Elle s’apprennent, se développent, se renforcent au quotidien par les activités coopératives, par  les jeux de rôles et le théâtre, la communication non violente et les activités quotidiennes d’une vie de classe. Nombre d’enseignants le font intuitivement.

En conclusion deux points :

L’être humain a des capacités extraordinaires le plus souvent inexploitées voire ignorées par le sujet lui même. Il est de notre responsabilité d’enseignant, d’éducateur d’en permettre l’émergence, tout en sachant que c’est toujours à l’autre qu’appartiendra la décision de l’engagement. Mes expériences professionnelles d’enseignant, de formateur, d’entraîneur, de coachs m’ont monté qu’il suffisait souvent de peu de choses pour les faire émerger et les rendre conscientes chez l’autre. Mais, je n’ai aucune prise sur la décision de l’autre. Il restera toujours une part de mystère, et c’est tant mieux ainsi.

Face à la morosité ambiante, agir. Chacun à son niveau, dans la classe, dans l’école et avec son réseau recréer les trois liens nourriciers de la vie humaine :

Le lien à soi (intériorité)
Le lien avec les autres (fraternité-coopération)
Le lien avec l’environnement (nature)

Raymond Barbry, le 17 février 2020.

Éduquer, enseigner dans un contexte de mutation sociétale – Amiens le 12 février

C’est en partenariat avec l’IFP Lille représenté par Maud Agasse que l’AGEPS-Raymond Barbry propose cette journée à la demande de la DD d’Amiens pour les enseignants du 1er degré des cycles 2 et 3.

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Cette journée est découpée en deux temps

Le matin une conférence de Raymond Barbry qui sera introduite et conclue par deux temps de sophrologie animés par Madame Christelle Ringeval (CPE et sophrologue).

L’après midi des ateliers permettront aux participants d’approfondir les thématiques suivantes :

  • Posture de l’adulte, pleine présence et autorité (Raymond Barbry).
  • La sophrologie en classe (Christelle Ringeval).
  • La pédagogie positive (Aude Deceuninck).
  • Le stress à l’école (Juliette Dessaux).
  • L’exploitation pédagogique raisonnée des outils numériques (Sylvain Verlynde).

Problématique de la journée,

Nous sommes au cœur d’une période de transition sociétale, voire civilisationnelle. Tous les travaux de recherches en histoire et en prospective se rejoignent actuellement pour appuyer ce fait, à savoir que nous vivons une période qui se répète tous les 500-600 ans et qui marque un changement profond, voire une rupture entre deux périodes de l’histoire. Nous serions d’après les différents experts dans la phase d’entre deux qui a une temporalité de 50 à 60 ans. Le début de cette période transitionnelle aurait commencé avec le premier choc pétrolier(1973), soit un peu plus de quarante ans.

Tous les domaines de la vie sur notre planète se trouvent impactés, environnement, famille, santé, économie, travail, religion, spiritualité, rapport homme-femme, rapport sexe-genre, rapport homme-machine etc….

Ce qui caractérise cette phase transitionnelle est l’incertitude grandissante sur l’avenir. Nous perdons la visibilité et le contrôle sur la vie et notre environnement. Cette incertitude croissante est d’autant plus anxiogène que la société occidentale, dont la pensée est dominante, a construit une représentation collective de contrôle, de maîtrise sur la vie, sur le monde. Or quotidiennement nous sont remontés des faits que ce qui caractérise la vie sur notre planète, c’est l’incertitude ! Qu’en sera-t-il en 2030 des conditions de vie ? Par exemple, quel sera le temps de travail réel ? Pour exemplifier et interpeller, est-ce que les robots (Intelligence Artificielle) auront remplacé les enseignants (ce n’est plus de la science-fiction, c’est réel et actuellement expérimenter dans certains pays) ?

Ce contexte anxiogène alimenté par les médias, les politiques, les orientations prises et les changements de nos modes de vie n’est pas sans impacter les enfants et les jeunes ! Ils sont des caisses de résonance du monde dans lequel ils vivent. Les adultes transmettent aux enfants et aux jeunes ce qu’ils sont !

Il y a deux manières de se positionner en cette période mutationnelle.

  • La première est mortifère et conduit au désastre, voire à la fin d’une civilisation. C’est le déni du réel. C’est l’incapacité à accepter cette réalité qui bouscule nos représentations, nos convictions, nos conditionnements éducatifs. Elle se traduit, en matière de réponses apportées, par faire toujours plus de la même chose et donc à augmenter la situation de dégradation de la société (par exemple : augmentation des burn-out, augmentation des maladies dites de civilisation, augmentation du mal être, augmentation de la pollution, augmentation de la pauvreté….) et l’état anxiogène et de désespérance des populations.

  • La deuxième s’inscrit dans la dynamique et le mouvement de la vie. Elle postule qu’accepter les forces qui imposent le changement (par exemple, les changements climatiques) deviennent des appuis pour construire ensemble dans le quotidien petit pas par petit pas un monde vivable permettant le développement dans le respect du vivant. C’est le principe du colibri qui fait sa part ! C’est ce que prônent aussi les textes fondamentaux des religions, des philosophes humanistes  et c’est aussi ce que promeuvent actuellement tous les rapports (GIEC, encyclique du Pape….).

Il est bien entendu que nous prônons cette dernière posture et nous mettrons en valeur les démarches concrètes qui au plan éducatif permettent d’outiller les enfants dans ce sens.

Raymond Barbry, le 9 février 2020

Le stress au collège, rencontre avec des élèves, des enseignants, tout le personnel d’un collège.

C’est à une belle initiative que j’ai été convié en ce tout début d’année 2020, une rencontre avec tous les adultes d’un collège de Seclin (Immaculée Conception) et les élèves délégués de toutes les classes, soit une cinquantaine de jeunes.

C’est très rare, voire exceptionnel ce genre d’initiative certes sur  une thématique transversale et commune, le stress à l’école, mais avec des problématiques bien spécifiques liés à l’âge et au contexte professionnel et personnel.

Lors cette demi-journée au delà de l’apport et de la clarification sur ce qu’est le stress, le bon, le mauvais, les effets, les causes et particulièrement le contexte de notre époque (mode de vie, crises, phase de changement sociétal etc…), j’ai proposé quelques outils de régulation du stress qui peuvent être exploités soit dans le temps scolaire (en classe), soit dans le temps personnel (chez soi). C’est ainsi que plusieurs situations issues de la cohérence cardiaque, de la pleine attention, de la gestion mentale  ont été pratiquées par l’ensemble des participants.

Les points développés lors de la rencontre

  • C’est quoi le stress ? C’est la vie !
  • Bon et mauvais stress ? De l’influence du mental et de nos pensées sur notre niveau de stress.
  • Un contexte sociétal générateur de mauvais stress. Comment faire avec, s’en protéger et agir au quotidien ?
  • Réguler le temps passé devant les écrans.
  • Les déterminants du mieux être : le calme et le silence, l’intériorité, le sommeil, l’alimentation, l’activité physique, le lien social.
  • Être heureux ça s’apprend !
  • Un entraînement régulier (quotidien) pour développer la conscience et réguler ses pensées c’est possible à tout âge. Il suffit de quelques minutes par jour !

Les situations proposées et pratiquées en grand groupe.

  • Cohérence cardiaque pour les stressés (rythme progressive).
  • Cohérence cardiaque pour adolescents (rythme adapté aux capacités ventilatoires).
  • Cohérence cardiaque pour les adultes (rythme adapté aux capacités ventilatoires).
  • En situation de stress non maîtrisé (mauvais stress), le réguler par une respiration lente et profonde ?
  • En situation de perte de concentration (pensées divergentes), se remettre dans le présent par un point de fixation dans l’espace

Raymond Barbry, le 10 janvier 2020.

Prolongation de l’atelier Méditation proposé par le pôle santé-bien être du RCArras athlètisme

Dans le cadre du pôle d’activité Santé-Bien être, le RCArras-section athlétisme propose à tous ses licenciés méditation laïque (pleine attention – pleine conscience) ainsi que  yoga et gainage méthode « De Gasquet ».

Concernant l’atelier méditation il a été convenu de le prolonger sur l’ensemble de l’année. Cette prolongation se fera sur le rythme d’une rencontre par mois entre janvier et juillet 2020.
Cet atelier est organisé ainsi :
1/ période de septembre à décembre : une rencontre d’une heure chaque semaine, soit une dizaine de rencontres. Les temps de rencontre sont rapprochés afin de faciliter l’acquisition de la pratique de base par un entraînement rapproché.
2/ période de janvier à juin : une rencontre d’une heure chaque mois, soit sept rencontres. Les rencontres sont espacées et visent à être des temps de rappel et d’approfondissement pour les participantes et participants qui ont ce souhait (encadrement par Raymond Barbry).
Rappel, les ateliers yoga et gainage se font sur toute l’année à raison d’une séance par semaine (encadrement par Jean Marc Gallet).
Raymond Barbry le 24 décembre 2019.

Une tragédie silencieuse ! État des lieux de l’éducation des enfants, avis de Luis Rojas Marcos, psychiatre espagnol.

Article traduit en français de Luis Rojas Marcos psychiatre espagnol reconnu au plan international comme l’un des spécialistes de la résilience.

Il est bon d’avoir ce type de rappel !

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Une tragédie silencieuse

Il y a une tragédie silencieuse qui se développe dans nos maisons, et concerne nos plus précieux bijoux : nos enfants. Nos enfants sont dans un état émotionnel dévastateur !
Au cours des 15 dernières années, les chercheurs nous ont donné des statistiques de plus en plus alarmantes sur une augmentation aiguë et constante de la maladie mentale infantile qui atteint aujourd’hui des proportions épidémiques
Les statistiques ne mentent pas :
• Un enfant sur cinq a des problèmes de santé mentale
• On a remarqué une augmentation de 43 % du TDAH (en anglais : Attention-Deficit Hyperactivity Disorder, ADHD) (trouble psychique neuro développemental caractérisé par trois types de symptômes pouvant se manifester seuls ou combinés : des difficultés d’attention et de concentration, des symptômes d’hyperactivité et d’hyper kinésie (état d’hyperactivité particulièrement diagnostiqué chez les enfants) et des problèmes de gestion de l’impulsivité
• On a remarqué une augmentation de 37 % de la dépression chez les ados
• On a observé une augmentation de 200 % du taux de suicide chez les enfants âgés de 10 à 14 ans.

Les enfants d’aujourd’hui sont sur-stimulés et on leur offre-trop d’objets matériels, mais ils sont privés des fondamentaux d’une enfance saine, comme :

• Parents émotionnellement disponibles
• Limites clairement définies
• Responsabilité
• Nutrition équilibrée et temps de sommeil suffisants
• Activité physique en général mais surtout en plein air
• Jeu créatif, interaction sociale, possibilité de jeu non structuré et temps pour l’ennui.

Au lieu de cela, ces dernières années, nous leur avons apporté :

• des parents distraits numériquement
• des parents laxistes qui laissent les enfants « gouverner le monde » et qui ne fixent pas les règles
• le tout faire sans le mériter
• un sommeil inadéquat et une nutrition déséquilibrée
• un mode de vie sédentaire
• une stimulation sans fin, baby-sitter technologique, satisfaction instantanée et absence de moments d’ennui

Que faire ?
Si nous voulons que nos enfants soient des individus heureux et en bonne santé, nous devons nous réveiller et retourner aux bases. C’est encore possible ! De nombreuses familles voient des améliorations immédiates après des semaines de mise en œuvre des recommandations suivantes :

• Définissez les limites et n’oubliez pas que vous êtes le capitaine du navire. Vos enfants se sentent plus en sécurité en sachant que vous avez le contrôle de la barre.
• Offrez aux enfants un mode de vie équilibré rempli de ce dont les enfants ont besoin, pas seulement de ce qu’ils veulent. N’ayez pas peur de dire « non » à vos enfants si ce qu’ils veulent n’est pas ce dont ils ont besoin.
• Fournissez des aliments nutritifs et limitez la nourriture poubelle.
• Passez du temps chaque semaine en plein air en faisant des activités telles que le vélo, la marche, la pêche, l’observation des oiseaux et des insectes
• Profitez d’un dîner familial quotidien sans téléphone ou technologie qui les distrait.
• Jouez à des jeux de société en famille ou, si les enfants sont très petits pour des jeux de société, laissez-vous emporter par vos envies et faites-les participer
• Impliquez vos enfants aux tâches ménagères à la maison selon leur âge (plier leurs vêtements, ranger leurs vêtements, ranger les courses, mettre la table, donner à manger au chien etc.
• Mettez en œuvre une routine de sommeil cohérente pour s’assurer que vos enfants dorment assez. Les horaires seront encore plus importants pour les petits en âge scolaire.
• Enseignez-leur la responsabilité et l’indépendance. Ne les protégez pas contre la frustration et les erreurs. Se tromper les aidera à développer la résilience et ils apprendront à surmonter les défis de la vie,
• Ne chargez pas trop le sac à dos de vos enfants, ne leur portez pas, ne leur rappelez pas ce qu’ils ont oublié, ne leur épluchez pas les bananes, ni les oranges s’ils peuvent le faire eux-mêmes (4-5 ans).

Donnez-leur des moments d’ennui puisque l’ennui est le moment où la créativité se réveille.
• N’utilisez pas la technologie comme un remède contre l’ennui, ne pas l’offrir à la première seconde d’inactivité.
• Évitez l’utilisation de la technologie pendant les repas, les trajets en voiture, les repas au restaurant, dans les centres commerciaux. Utilisez ces moments comme une opportunité pour les sociabiliser et entraînez ainsi leurs cerveaux à fonctionner quand ils seront en mode : « ennui »
• Aidez-les à créer un « pot de l’ennui » avec des idées d’activités pour quand ils s’ennuient.
• Il est émotionnellement important de se connecter avec les enfants, leur enseigner l’ouverture d’esprit :
• Éteignez les téléphones portables la nuit lorsque les enfants vont se coucher pour éviter la distraction numérique.
• Devenez un régulateur ou un entraîneur émotionnel de vos enfants. Il faut reconnaître et gérer ses frustrations et sa colère.
• Apprenez-les à dire bonjour, à ne pas rester inactif, à dire s’il vous plaît et merci, à reconnaître leurs erreurs et s’excuser, soyez leur modèle de toutes ces valeurs.
• Connectez-vous émotionnellement : sourires, câlins, bisous, chatouilles, lecture, danse, sauts, jouez avec eux.

Article écrit par Dr. Luis Rojas Marcos, psychiatre.

Raymond Barbry, le 19 novembre 2019.

Témoignages au sujet du mal être et la souffrance professionnels dans les métiers de l’éducation

Un grand merci à toutes celles et tous ceux qui depuis plusieurs années me remontent et me partagent leur vécu professionnel et pour faire suite à l’article précédent – Le mal être et la souffrance professionnels dans les métiers de l’éducation –  en voici une synthèse reçue de plusieurs enseignants-es et responsables institutionnels (formation, chef d’établissement) du 1er degré (classes maternelles et primaires). Toutes et tous sont reconnus comme « expert ». Elles et ils ont l’expérience professionnelle, plus de 1o ans de carrière, évaluation institutionnelle (inspection) excellente, reconnaissance par les pairs, certains interviennent dans la formation initiale ou continue des enseignants et des chefs d’établissement du 1er degré.

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La perte du sens traversent tous les témoignages ! Voilà quelques phrases qui m’ont été communiquées…

« Quitter un navire dans lequel je ne me retrouve absolument plus ! ».

« A quoi sert-on » ?

« Qu’est ce qui reste de notre engagement » ?

« On devient des administratifs. Ce que nous devons formuler, présenter (les écrits) devient chronophage et nous éloigne du cœur de métier ».

« Mais qu’est ce qui se passe ! On nous demande l’impossible, soit nous ne comprenons pas les attendus, soit les orientations qui nous sont donnés sont totalement impossible à atteindre ».

« Nous n’avons pas les moyens de former sur les fondamentaux du métier les enseignants stagiaires. C’est de la folie..nous en envoyons une partie au « casse pipe ». Et en plus nous le savons ! C’est complétement fou » !

La question des effectifs de classe et de l’accueil de tous est prégnante, plus qu’avant, voici plus précisément ce témoignage éloquent d’une enseignante pro-inclusion !

« Trente élèves dans des locaux peu adaptés à ces jeunes d’aujourd’hui qui bougent..Accueillir les enfants porteurs de handicap..L’inclusion c’est bien..mais avec trente élèves dans une classe c’est de la maltraitance pour l’enfant, pour les autres et pour l’enseignante. Dans ma classe, j’en ai six qui ont un projet personnalisé..deux qui vont partir en SEGPA, un qui part en ULIS, et à côté de ça j’ai dix garçons qui passent leur vie et qui ne vivent que pour le fameux « fortnite ». Ils ne parlent que de cela ! Leur niveau d’attention 0 ! des passages à l’acte violent récurrents et parfois extrêmes. Pour moi ce n’est pas possible d’enseigner dans ces conditions. Je me retrouve complétement dans cette frustration de ne plus pouvoir travailler normalement, de ne pas pouvoir m’occuper aussi des autres élèves. La frustration de ne pas pouvoir faire ce qu’il faut pour ceux qui ont un PAP. Je suis exclusivement concentré sur le groupe pour canaliser des enfants qui partent en « live ». A cela s’ajoute des parents qui ne comprennent pas, parce que si l’enfant a un PAP, l’enseignant se doit d’y répondre et ils ont raison..mais on ne peut pas !

Le bruit facteur de fatigue et de stress quotidien.

« Cela fait bientôt quinze ans que j’enseigne et j’avoue que le bruit est pour moi de plus en plus difficile à supporter. Chaque soir, je rentre épuisé, vidé..et cependant j’aime mon métier, je me sens bien avec les élèves. Mais le niveau sonore monte d’année en année. Cet avis mes collègues le partagent et il n’est pas lié qu’à notre école ».

Comment lâcher-prise avec la pression du système, des parents ?

« Alors oui apprendre à lâcher prise, donner des priorités..mais en même temps en enlevant cette pression..ça nous retombe dessus. Dans le cadre du suivi des élèves en PAP, j’aurais du appeler des organismes, faire plein de choses pour ces enfants qui ont des PAP..mais je n’ai pas encore fait ! et j’ai les parents sur le dos. C’est logique et c’est normal ».

 » Des parents viennent me voir et me reprochent de ne pas suivre les programmes ! Ils sont plusieurs et comparent avec l’autre école du village. Le message est direct – Vous êtes incompétente. Nous signalons à vos responsables (IA). J’explique que chaque école, chaque classe adaptent les programmes à ses caractéristiques et aux enfants et que le cadre du programme est bien respecté de mon côté. Ce qui est confirmé par la CE (Directrice) et l’IEN du secteur. L’échange est impossible et se termine par un – Nous signalons à vos responsables (IA). Faut-il rappeler que ce qui était proposé dans l’autre école était pour le coup hors des programmes ! C’est la première fois en plus de vingt ans de carrière que cette situation arrive et je suis dans cet établissement depuis plus de dix ans. »

Une évaluation des enseignants perçue encore comme un jugement et non comme un accompagnement, une aide.

« J’ai la chance d’avoir un super chef d’établissement qui m’a dit de mon côté, tu laisses tomber les APC, tu passes assez d’heures dans le relationnel avec les parents, à monter des projets pour les enfants en difficulté et en même temps, ce chef je lui tire mon chapeau..ll se fait inspecter à la rentrée. Et lui aussi il trouve complétement injuste de devoir passer par là. Il perçoit cette inspection comme un jugement…comme quoi il est bon à remplir les ordres..On vient le « fliquer »….Il se retrouve en position d’enfant..et ça ce n’est pas normal. Cette façon que le système a de nous évaluer qui reste perçu comme du jugement..On devrait avoir un accompagnement et non un jugement.

Et la médecine du travail pour nous..Elle est où ?

« Prendre soin de soi..et en même temps quand va-t-on chez le médecin aujourd’hui ? Il faut que ce soit forcément le mercredi….actuellement sur notre secteur d’une grande métropole pour avoir un rendez vos chez un médecin sur des mercredis après 17h00, c’est trois semaines d’attente !  Comment tu fais pour prendre soin de toi ? Quand tu appelles chez l’ophtalmo et que ce dernier te dit, rendez vous dans 6 mois un mardi ! Si un mercredi, pas avant 9 mois ! Comment on fait ? »

« Et d’ailleurs elle est où la médecine du travail dans l’enseignement ? ».

Une formation initiale et continue inadaptée (témoignages de responsables de formation).

 » Nous savons bien que la formation initiale que nous proposons n’est pas pertinente… Nous faisons semblant et au mieux avec les budgets que nous avons ! Alors que nous devrions témoigner dans nos pratiques des pédagogies actives, nous ne le pouvons pas faute de moyens. On se retrouve à les présenter en cours frontal en amphi. Nous sommes le contre exemple de ce qu’il faudrait faire ! »

« Il n’y a plus d’analyse des pratiques ou si peu. Dans les années 1990-2000, nous pouvions en proposer régulièrement en groupe réduit, aujourd’hui je ne le propose qu’exceptionnellement ! ».

« L’écart entre le réel des classes et ce que nous proposons comme contenus de formation initiale est trop décalé. Nous devrions pouvoir augmenter les temps de formation à la dynamique des groupes aux comportements psycho-sociaux. Sauf qu’avec une seule véritable année de formation professionnelle, comment tout caser ? C’est comme si on nous demandait de former un chirurgien expert en un an ! Parce qu’enseigner par exemple en REP, nécessite de l’expertise ++ ».

« Un exemple concret, la formation en didactique de l’EPS pour les professeurs des écoles…dans les années 1990-2000, près d’une centaine d’heures de formation sur les deux années de Formation Initiale avec de fait de la pratique. Aujourd’hui rien ou presque et que de la préparation à l’épreuve oral du concours, autant dire que de la théorie! Question, comment peut on avoir des professeurs des écoles qui proposent l’EPS avec si peu de compétences développées ??? »

 » Une bonne partie des stages de Formation Continue ne correspondent pas ou plus aux réels besoins identifiés par les enseignants. Les propositions sont le plus souvent descendantes soit IEN pour le public, soit DD pour le privé sous contrat. Et en plus dans certains secteurs l’enseignant n’est pas mis sur les thèmes qu’il a choisi au préalable. Ce sont les IEN, les DD qui décident et réorientent les choix ! L’enseignant n’est pas considéré comme un professionnel responsable, c’est grave ! »

Une maltraitance institutionnelle

« Pour moi aujourd’hui, l’éducation c’est de la maltraitance. Maltraitance des enfants, maltraitance des enseignants, maltraitance des CE..et en même temps c’est la société qui va mal ».

Information de dernière minute : Le ministère vient de sortir des données comparatives entre les différents pays dits développés. Elles montrent explicitement la charge de travail excessive et le manque de considération pour les enseignants français du 1er degré (maternelle et primaire):

– Ils sont sont parmi les moins rémunérés (en dessous de la moyenne).

– Ils travaillent bien plus que la moyenne face à élèves, 990 heures/ années en France pour 853 heures/année en moyenne.

– Ils ont un nombre d’élèves plus conséquent dans leurs classes. La France est parmi les pays où le nombre d’élèves par classe est le plus élevé !

– Ils passent plus de temps  pour leur travail en dehors du temps face à élèves (correction, réunions etc…).

Raymond Barbry, le 07/11/2019

 

Le mal être et la souffrance professionnels dans les métiers de l’éducation, comment en sortir ?

Malheureusement il aura fallu deux drames pour que les souffrances professionnelles endurées dans le milieu éducatif depuis de longue date soient entendues et reconnues ! 

Manifestation de personnels de l'éducation nationale le 3 octobre 2019 à Bobigny après le suicide d'une directrice d'établissement à Pantin.

Le suicide de Christine Renon, directrice d’école à Pantin, retrouvée sans vie dans son école le 23 septembre, et la tentative de suicide plus récente d’une principale à Bondy ont mis en lumière de manière tragique les souffrances d’un corps enseignant et de direction pour partie exsangue. L’éducation nationale fait face à une crise des vocations, et l’école doit composer avec un malaise du corps enseignant qui fait souvent face à une détresse sociale du côté des élèves.

Au travers de cet article j’aborde d’abord les causes internes profondes des maux qui touchent l’école et qui produisent cet épuisement professionnel croissant, ensuite je mets en exergue ce que j’observe au contact des équipes pédagogiques et  qui participe à éviter l’épuisement professionnel et à donner de l’espoir, et enfin j’indique que cet état de « mal être » généralisé dépasse l’école et que c’est bien à un changement de modèle de société que  nous sommes toutes et tous invités.

De mon côté, je confirme par l’expérience  l’augmentation de ce malaise. Intervenant auprès d’équipes pédagogiques (public comme privé sous contrat) depuis maintenant plus de vingt cinq ans, la lassitude est plus que perceptible et surtout grandissante. Plus inquiétant des équipes qui jusqu’à présent faisaient face, commencent à s’épuiser et ne plus savoir comment faire ! Les causes multiples, comme toujours dans les métiers de l’humain, le manque de moyens certes, mais pas que, en voici quelques unes,

  • Une augmentation de la part administrative qui éloigne du cœur de métier et qui mène à la perte de sens. Il s’agit de lire la lettre de Christine Renon pour bien comprendre cette réalité cachée et invisible du métier le plus souvent réalisée en dehors du lieu de travail, le soir, le week-end, sur les temps de vacances. Pour exemplifier, voici le vécu d’une chef d’établissement d’un multi-site (deux petites écoles primaires de 3 et 2 classes en milieu rural / établissement privé sous contrat). Elle travaille le plus souvent tout son mercredi et une bonne partie de son week-end pour pouvoir assumer toutes les tâches indispensables au bon fonctionnement des établissements, cela en plus du temps de présence dans les établissements. En terme de charge de travail, nous sommes sur des moyennes minimales bien au dessus de 60 heures/semaines (temps comptabilisé objectivement par plusieurs personnes dans cette situation) ! L’amplitude horaire des journées d’école est aux alentours de 7h30 à 19h00. A cela se rajoute au moins  une réunion par semaine au soir sur l’ensemble de l’année (réunions de secteur institutionnel, réunions des associations liées à l’école, parents d’élèves, organisme de gestion, mairie etc…). Car bien entendu dans ces petites structures, pas de secrétariat, pas de comptable !
  • Des problématiques relationnelles de plus en plus prégnantes avec les parents. Le lien de confiance entre parents/enseignants se délite. Le partenariat devient de plus en plus problématique et le dialogue parfois impossible. La régulation de ces situations conflictuelles récurrentes épuisent, mettent sous pression quand elles ne mettent pas en danger les personnes (menaces, agressions verbales voire physiques, judiciarisation etc…).
  • Une reconnaissance institutionnelle et politique insuffisante. Nous héritons d’un déficit de considération et de reconnaissance de longue date. Être enseignant n’est plus reconnu comme un métier à haute valeur. Le politique, mais aussi l’institutionnel lui même ont laissé se répandre l’idée que les enseignants ne s’engageaient pas assez ! Qu’ils travaillaient peu 27h00 dans le premier degré et 18h00 dans le second degré (voire moins) ! Or nous sommes dans un métier où les tâches non visibles sont parmi les plus conséquentes, le temps passé devant élèves ne représente que la partie émergée du travail réel.  Plus inquiétant, parfois, c’est au sein même de l’Institution que les enseignants sont dénigrés. Posture dramatique de dirigeants qui au lieu d’écouter, comprendre et accompagner les enseignants ont dévalorisé dans les médias et le politique leur propre troupe !
  • une formation initiale non adaptée à la réalité professionnelle actuelle. Ce n’est pas nouveau et ce ne sont pas  les changements de dénomination qui y changent quelque chose (Iufm, Espe, Cfp, Ifp….). La formation initiale est totalement inadaptée et insuffisante qualitativement et quantitativement au regard des exigences actuelles. Mais comment peut-on encore penser et croire qu’une seule année de professionnalisation suffit à outiller les enseignants stagiaires à ce métier des plus complexes ? C’est pourtant ce qui se passe dans la réalité. Dans la plupart des formations initiales de cadres aux métiers de l’humain (éducatif, social, santé) et même dans les métiers de l’industrie et du commerce, l’aspect professionnalisant est présent sur un minimum de deux années voire trois pour la plupart (stages, alternance).
  • une formation continuée insuffisante et ne correspondant pas aux besoins des enseignants. Que dire de ce volet ! Pour avoir pendant plus de dix ans était responsable des plans de formation continue au niveau d’une région, j’ai constaté la difficulté pour l’Institution de considérer l’enseignant comme une personne suffisamment apte à définir elle même ses propres besoins de formation. Concernant les priorités en matière de besoins de formation, c’est la logique hiérarchique descendante qui prédomine et ce malgré les instances de concertation existantes. Certes en ce domaine il y a eu des avancées dans certaines régions, mais nous devons reconnaître que l’enseignant n’est pas toujours reconnu comme acteur premier de sa formation continue. C’est encore en fonction des systèmes (public ou privé sous contrat), soit le chef d’établissement, soit l’inspection académique, soit la direction diocésaine qui décident ce qui est bon pour l’enseignant !
  • un des métiers qui demande le plus d’énergie psychique. Le seul métier de l’humain où une personne se retrouve seule avec un groupe conséquent (dans le primaire, c’est 6h00 de présentiel direct avec le groupe/par jour avec le plus souvent > de 25 élèves ). La plupart des personnes hors éducation n’imagine pas ce que représente de faire classe en matière d’énergie psychique. Les interactions sont multiples. Les micro-décisions à prendre s’enchaînent (en moyenne plus de 120 en 50mn!). La vigilance est constante et ce même en contexte favorable. Le niveau de pleine attention est à son niveau le plus élevé et nécessite un état de sérénité intérieure suffisant pour agir et interagir avec pertinence. Et à cela les enseignants ne sont pratiquement pas formés et préparés (cf le volet formation initiale). De plus et depuis quelques années, la perte grandissante des capacités attentionnelles des enfants et des jeunes est venue rendre encore plus complexe l’acte d’enseignement et ce quelles que soient les méthodes pédagogiques !

Ces causes sont connues, mais alors pourquoi cette non écoute et incompréhension des difficultés professionnelles des enseignants par une partie de la société, le politique et même parfois par les responsables institutionnels du système lui même ( Ministère, Rectorat, Inspection Académique, Secrétariat Général de EC, Direction Diocésaine de l’EC) ? Cette question est de mon point de vue centrale.

Les difficultés identifiées sont connues mais déniées ! J’en suis arrivé à cette conclusion. Les reconnaître officiellement, serait comme ouvrir une « boîte de Pandore »  avec des effets et des conséquences peu contrôlables. Et ça fait peur à tout responsable ! Il en est ainsi dans toute crise concernant les milieux professionnels. Au fond nous savons bien que nous demandons l’impossible à toutes les personnes qui œuvrent dans le cadre des établissements scolaires (enseignants, conseillers principaux d’éducation -CPE-, aux directeurs-trices d’école, voire aux chefs d’établissement -Principaux et Proviseurs)- et aux inspecteurs IEN-IPR, sans compter les infirmières, les assistantes sociales et les psychologues de l’éducation), et en même temps il leur est demandé de faire encore plus et mieux. Dans ce cas le reproche fait ou le message envoyé est paradoxal « Tu dois prendre du temps pour toi »… « Tu dois déléguer »… »Tu dois mieux t’organiser » …’Tu ne dois pas répondre à toutes les sollicitations », et le jour d’une mise en application d’un de ces ordres, c’est le reproche qui est renvoyé ! Ou encore, il est courant d’entendre des injonctions du style : « prenez du temps pour vous..ne vous donnez pas corps et âme à votre école, votre établissement »..et en même temps « vous devez être disponible H24 », « Vous vous devez d’appliquer les procédures que nous imposons »…..

Faut il verser dans un pessimisme mortifère ? Autant il est nécessaire de sortir de la langue de bois, du silence, du pas de vague, autant il importe de montrer et de mettre en valeur qu’il est possible de sortir de cette sinistrose, de la dévalorisation, de la mésestime et de dire que des pistes existent, que des équipes les mettent en œuvre, même si elle ne résolvent pas tout ! Voici quelques principes qui participent à mettre du « mieux être » professionnel et de l’espoir aux personnes et aux équipes :

1/ Une prise de distance avec les injonctions institutionnelles (fantasmées ou réelles).

Répondre à toutes les injonctions est objectivement impossible aujourd’hui. Cela je le tiens à la fois des observations que je fais lors des rencontres avec les équipes, mais aussi lors des entretiens  individuels ou d’équipes (chefs d’établissement, IEN, CPE, responsables de formation, enseignants….).  Aussi nombre de directeurs-trices d’écoles, de CE, de CPE, d’enseignants pour répondre au mieux à leur mission et « tenir » dans le quotidien font des choix et définissent leurs priorités. Définir collectivement les priorités en équipe participe à déculpabiliser les personnes. C’est par exemple, ces directeurs-trices qui jouent sur le volant des 108 heures (temps de concertation, de formation, de rencontres avec les parents etc…) et mettent de la souplesse dans la répartition de ces heures hors présence élèves. Ils mettent en avant le principe de confiance vis à vis de leurs collègues enseignants. Ce sont ces CPE qui priorisent leur temps dans la prévention du décrochage scolaire et l’accompagnement des jeunes et remettent à plus tard le remplissage de nombre d’enquêtes quantitatives. Ce sont ces chefs d’établissements qui jouent sur les enveloppes horaires pour reconnaître l’engagement des équipes. Ce sont mêmes ces IEN et IPR qui disent à leurs équipes et aux enseignants de lâcher prise, de réduire leur niveau d’engagement pour se protéger !

2/ Une liberté prise avec l’organisation du temps et de la vie scolaire.

Un des leviers important du mieux être consiste à mettre plus de calme dans le quotidien. Nous savons que ce qui participe à épuiser à petit feu les personnes (enfants, jeunes, adultes) ce sont entre autre les rythmes de vie. Or nous savons que pour apprendre un sujet a besoin d’être en stabilité émotionnelle, en confiance et reposé ! L’école lieu dont la mission première est de permettre des apprentissages se doit de créer les conditions favorables à ces derniers. Aussi de en plus d’établissements n’hésitent pas à jouer sur les rythmes quitte à ne pas respecter officieusement les temps officiels. Il ne s’agit pas de grands changements, voici quelques exemples de pratique qui ne chamboulent pas l’organisation et le fonctionnement d’un établissement, qui ne révolutionnent pas les méthodes pédagogiques mais qui mettent un peu plus de calme et de tranquillité dans les établissements :

  • le 1/4 d’heure de sieste ou de calme ou de lecture à la reprise des cours après la pause méridienne.
  • Les 30mn d’activité physique dans la journée (dans le 1er degré) ou comme en Écosse, aller marcher quotidiennement 1 mile dans le temps de classe.
  • Les petits temps courts (de 1 à 3mn) de calme, de silence guidés ou non guidés dans les classes primaires (1er degré) positionnés à plusieurs moments de la journée. Certains enseignants du 1er degré arrivent ainsi à placer 20mn quotidienne de calme complet sur l’ensemble de la journée
  • Le positionnement des disciplines à haute sollicitation cognitive aux moments clefs de la journée (début et fin de journée).
  • Des ateliers de yoga, sophrologie, méditation, relaxation proposés aux élèves volontaires (collège et lycée).
  • Une organisation du temps permettant un équilibre judicieux entre les disciplines  (en primaire notamment) et sollicitant l’ensemble de la personne, le corps, les émotions, les pensées.

3/ Une direction qui comprend, soutient, appuie, valorise les équipes et qui n’en demande pas plus que ce qui se fait déjà.

Certainement l’un des points clefs pour un mieux être dans un établissement scolaire. Le chef d’établissement (directeur-trice, Principal-e, Proviseur-e) donne le « LA ». Sa posture est déterminante quant à la dynamique au sein du collectif. Concrètement cela se traduit par l’application des principes suivants, la confiance en soi et dans l’autre, la reconnaissance des compétences des équipes (les forces et les fragilités), la valorisation des personnes. Faut-il rappeler qu’un établissement scolaire est une des organisations humaines où nous avons le plus de personnes à haut niveau de formation diplômante (majorité du personnel tout statut confondu à niveau master) !

C’est reconnaître qu’au moins 80% des enseignants et du personnel font déjà du mieux qu’ils peuvent et ne peuvent donner plus. Que pour le reste comme dans toutes les organisations, il y a des personnes qui ne peuvent pas ou plus donner parce qu’elles n’en ont pas ou plus les moyens et qu’une infime minorité < de 2% ne se sent aucunement concernée. Il est rare de trouver des organisations avec un si haut degré d’engagement et d’investissement !

Aussi nous pouvons comprendre la situation paradoxale dans laquelle se trouve les personnels de direction pris entre des injonctions rectorales et ministérielles au changement continuel (réforme tous les cinq ans), à la restriction de moyens et des équipes qui font déjà plus qu’il ne faut au quotidien pour maintenir de la cohérence, du lien social et accompagner au mieux les enfants et les jeunes !

4/Une acceptation de la réalité sociétale et une adaptation des objectifs à cette réalité.

Peut être une des difficultés majeures dans la culture éducative française marquée par le principe d’égalité qui se concrétise encore le plus souvent dans l’inconscient collectif par proposer à toutes et tous les mêmes savoirs. Or les enseignants savent combien cette forme d’égalité est une illusion. D’ailleurs a-t-elle un jour tenu ?

L’égalité éducative c’est l’équité et donc donner plus à celles et ceux qui en ont le plus besoin. En ce sens la diminution des effectifs dans les classes de CP dans les zones d’éducation prioritaire est une bonne décision qui va dans le sens de l’équité. Mais qu’en est-il dans les autres niveaux de classe, dans les collèges ou les lycées de ces zones ?

L’adaptation des contenus d’enseignement et des objectifs éducatifs à la réalité sociale du contexte local est déterminante pour maintenir l’équilibre personnel et de l’équipe et la stabilité avec l’environnement de l’établissement. Mais c’est une difficulté professionnelle majeure d’autant qu’au sein d’une même classe les objectifs se multiplient et rendent tout simplement leur atteinte impossible. La différenciation pédagogique a ses limites surtout quand le nombre d’élèves par classe dépasse allégrement les 25 ! Les enseignants doivent alors faire le deuil de ce qu’ils souhaiteraient faire mais que leur réalité empêche. Pour ma part j’observe que celles et ceux qui maintiennent un niveau de stabilité professionnelle et ne bascule pas dans l’usure puis l’épuisement professionnels ont accepté leur réalité de classe et d’établissement (nombre d’élèves par classe, définition d’objectifs réalistes, acceptation de ses limites et de celles de l’autre – élève, parent…). Mais c’est aussi un facteur de frustration très fort ! Depuis que je fais le test de « Légeron » sur les facteurs et niveaux de stress professionnel, la frustration est le facteur le plus prégnant et il ne cesse d’augmenter année après année.

Faire son deuil n’est pas chose simple et nécessite un travail sur soi et sur le collectif pédagogique. D’autant que nombre de messages injonctifs véhiculés en formation initiale voire continue poussent les enseignants à croire qu’il est possible de répondre aux objectifs assignés par l’Éducation Nationale en matière d’acquisitions attendues pour tous les élèves quelles que soient leurs caractéristiques socio-culturelles !

5/ une vigilance et une entraide mutuelle.

Nous savons depuis bien longtemps que la force d’un collectif est bien plus que la somme de ces parties. Cette dimension de la collaboration, de l’entraide, du soutien est déterminante dans le maintien d’une dynamique positive au sein des équipes pédagogiques. De cela j’en fais le constat régulièrement. Il est des contextes d’établissement qui semblent impossible et cependant ça tient ! Certes il y a, le plus souvent dans ces contextes, la Direction qui est cohérente, bienveillante tout en maintenant le degré nécessaire d’exigence et solidaire de l’équipe pédagogique, mais pas que….Il y a cette dimension presque alchimique et aussi fragile qui tient à une intentionnalité de cheminer ensemble dans le respect de ce que chacun peut apporter au collectif. Cet aspect ne se met pas en équation ou dans un référentiel, il se perçoit dans le quotidien, presque dans les regards. Des établissements en sont porteur plus que d’autres ! A quoi cela tient ? Difficile d’identifier les raisons profondes et déterminantes. Pour ma part j’en perçois les explications via le modèle de C.G Jung qui nous parle d’un inconscient collectif local ou aussi Ruppert Sheldrake qui explique avec sa théorie des champs morphogéniques, comment un système se met en cohérence ou incohérence. Ces deux hypothèses explicatives nous disent en fait la même chose, l’essentiel est invisible aux observations matérielles !

Pour finir nous ne pouvons pas occulter ce qui est peut être le plus important dans l’augmentation de cette souffrance professionnelle qui touche nombre de milieux et plus particulièrement ceux dits de l’humain (santé, éducatif, social, justice, police…). Nous sommes dans une crise de sens généralisée qui dépasse le contexte de l’école mais qui l’impacte plus que nous ne le pensons !

Nous sommes dans un changement de société, voire de civilisation, au même titre que le passage du moyen âge à la renaissance. Tous les champs de la société sont et seront impactés, l’économie, le travail, l’industrie, l’agriculture, la famille, le religieux, l’éducatif….Notre société matérialiste, consumériste basée sur le modèle de la croissance, de la logique compétitive est en bout de course. Tous les indicateurs le montrent. Nous sommes dans un changement de paradigme rapide et profond et notre modèle actuel  n’est plus adapté aux défis de notre époque et de ceux à relever dans les décennies qui viennent. Il nous faut en priorité proposer des réponses satisfaisantes aux problèmes de notre survie collective et de celle de l’environnement, aux problèmes sociaux et démographiques de notre monde.  Ces défis nécessitent de passer de la logique compétitive à celle de la coopération et ce dés l’école.  Ce sont des changements qui nous touchent au plus haut point et au plus profond de nos vies, comme la relation homme-femme, le sacré, la statut de la raison et de la science, mais aussi la conscience du temps, de l’espace et du bonheur. C’est donc bien actuellement toute l’architecture du monde dit moderne qui est en crise. Il est alors tout à fait normal que de partout l’angoisse monte, les plaques tectoniques bougent et fort ! Et cette angoisse les enfants, les adolescents, les jeunes la perçoivent. Ce n’est pas sans influence sur leurs comportements à l’école et en classe.

Raymond Barbry, le 28 octobre 2019.