Sport et pleine conscience

 Le cyclisme ultra-distance un sport extrême, une aventure, et pour moi une ouverture à la pleine conscience (mindfulness)

 Le cyclisme ultradistance est une pratique sportive peu connue en France se situant entre le cyclotourisme de grande randonnée et le cyclisme de compétition traditionnel. Il s’agit de couvrir de très longues distances sans l’aide des autres participants. Les relais entre cyclistes ne sont pas permis (le nodrafting). Les parcours empruntés sont le plus souvent très montagneux et ouverts à la circulation. Les participants sont aidés d’un roadbook pour se repérer. Ils se doivent de passer par des points de contrôles obligatoires. Chaque cycliste gère ses temps d’arrêt. Le nombre de partants est limité (le plus souvent 50 coureurs au maximum). Les épreuves ont des durées qui en fonction du niveau des concurrents s’étalent entre 20 et 30h00 non stop pour les épreuves de 600Kms, voire de plusieurs jours pour l’épreuve la plus longue la Race Across America aux USA (4800kms). Pour donner une idée un peu plus précise, les deux épreuves phares qui existent en France, le Raid Vosgien et le Raid Provence, proposent 600kms pour des dénivelés positifs compris entre 10 000 et 12 000 mètres. Au niveau difficulté cela représente l’équivalent de trois étapes de montagne du Tour de France à faire d’une seule traite !

 Une question de défi personnel et d’histoire de vie. L’esprit du cyclisme ultra-distance s’apparente à celui de l’alpinisme et des transats en solitaire. A savoir que ce qui importe en premier, c’est d’aller au bout du défi personnel posé.

Mais qu’est ce qui pousse à s’engager dans de telles épreuves ? Quel en est le sens ? En quoi s’enrichit-on en tant qu’être humain en s’engageant dans cette aventure ? Qu’est ce qui nous pousse à parcourir de très longues distances sur des parcours montagneux pendant plus de 24h00 sans éprouver le besoin de dormir ? Ces questions je me les suis posées et je me les pose encore ? Et ce même ci j’avance quant aux réponses, en voici quelques unes.

Premièrement : répondre à un défi personnel qui s’enracine dans mon histoire de vie. Ce n’est pas par hasard que j’ai investi à plus de cinquante ans mon temps libre dans cette activité. Il y a une manière d’être et d’exister au travers de cette pratique. Les raisons profondes sont liées à mon enfance et à mon adolescence où le sport s’est révélé un moyen d’expression, de valorisation et de dynamique de vie.

 Une manière d’être dans l’effort : vers la découverte du lâcher prise et de l’humilité dans l’effort

Deuxièmement : rechercher le bien être physique qui interagit avec les dimensions cognitive (esprit), affective (les émotions) et je rajouterai spirituelle. La pratique sportive est aussi ouverture au spirituel au sens exacte du terme. J’entends par là ce qui relie le corps, les émotions et l’esprit. C’est une conception que je qualifierai de pragmatique et expérientielle. Je ne m’inscris pas ici dans une pratique religieuse qui appartient à chacun.  Il n’y a pas de connotation dogmatique.

L’effort d’endurance dans un sport porté (le vélo est un sport où le corps est porté, comme la natation, le ski de fond) prédispose au bien être physique. Je me sens très bien dans ce type d’effort. Cette sensation est partagée par nombre des pratiquants de cette activité extrême. Cela ne signifie pas que je ne rencontre pas des moments difficiles. Gravir un énième col au bout de 500kms n’est pas une sinécure. Mais se confronter à cette difficulté m’amène à être en situation de lâcher prise, à accepter la situation telle qu’elle est, à faire avec et gravir la pente avec les ressources dont je dispose à ce moment là. C’est à chaque fois un chemin vers l’humilité et la connaissance de soi.

Le bien être n’est pas exempt de souffrance. Cela peut paraître paradoxal, certains diraient qu’il faut une part de masochisme. Mais je ressens lors des épreuves et lors des entraînements une sensation d’être dans l’effort sans effort. Cette sensation qui est une forme de détachement où je n’analyse pas en permanence les actions menées se travaille à l’entraînement. Je me suis inspiré des pistes proposées par Ian Jackson, et notamment le « breathplay » qui est une entrée par la conscientisation de la respiration dans l’effort. Une respiration qui s’adapte comme une boîte automatique à l’intensité de l’effort. De la conscience pleine et entière dans la respiration se met en place un lâcher prise qui permet de laisser venir les ressentis. Ce n’est plus le mental qui dirige, qui élabore des stratégies. Le corps et l’esprit sont en synergie.

 Vers la pleine conscience et l’état méditatif.

Troisièmement, ce genre d’effort me plonge dans l’ici et maintenant. Ce qui me permet d’être à la fois relâché et centré sur l’intérieur (les sensations venant du corps, les pensées qui viennent et passent, les ressentis émotionnels) et sur l’extérieur en pleine conscience des odeurs, des paysages, des bruits. J’observe une dilatation de la conscience de soi, et au-delà de la conscience au monde. C’est ce qui caractérise l’état de flow, encore appelé flux ou ce que les sportifs appellent être dans la zone. Rouler la nuit participe à accroître ces sensations et prise de conscience. A chaque épreuve, cela a été pour moi une nouvelle découverte du Soi, comme si j’allais plus en avant dans la connaissance de cette partie, inconsciente, de ce que je suis et qui se révèle être une autre dimension de ce que je suis. Dans ce contexte la performance sportive telle qu’on se la représente dans notre époque n’est pas prioritaire. Ce qui importe c’est l’expérience vécue dans l’intimité de soi. Cela participe pour moi à mon processus d’individuation.

Cette dilatation de la conscience dans le temps de l’effort se rapproche de l’état méditatif (mindfulness, pleine conscience). Une pleine conscience sans cadre méditatif. Les mots de vocabulaire sont insuffisants pour caractériser cet état et les ressentis. C’est peut être ce qui explique qu’à l’issue de chacune des épreuves auxquelles j’ai participé, et ce quelle que soit la performance réalisée en terme de temps et de classement, j’ai toujours récupéré rapidement des épreuves.

 Effets de cette pratique dans les autres domaines de la vie.

J’ai observé que, par le biais de la pratique de cette activité de grande endurance et les découvertes que j’en ai faite quant à la connaissance du soi, ma manière d’être dans le monde, de le comprendre et d’y agir a évolué…ou seraient ce les changements en moi qui m’ont amené à cette pratique…ou une interaction des deux ?

Cet état de pleine conscience gagne les autres domaines de la vie et ne reste pas cantonné au cadre sportif. Il y a un transfert de cette manière d’être dans l’effort aux relations avec les autres, aux engagements professionnels et personnels, aux choix que j’opère au niveau de ma vie et au sens que je donne à mes actions.

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