Questions et place des pratiques de méditation de pleine conscience dans le contexte scolaire français.

C’est dans le cadre d’une journée de travail avec les formateurs de l’ARES que nous avons échangé, débattu et confronté nos idées et nos expériences sur les questions et la place des pratiques de pleine conscience dans le contexte scolaire français.
L’ARES est un organisme de formation intervenant au plan national. Il a pour vocation d’accompagner les mutations et les changements au sein des institutions et des organisations éducatives et sociales. Pour en savoir plus sur l’ARES voir le site : http://www.ares.asso.fr/

Après une introduction par Carole Lucas (responsable de formation à l’ARES) du pourquoi de cette journée et de son lien avec le projet du centre de formation, l’AGEPS-Raymond Barbry a fait un état des lieux des pratiques de méditation de pleine conscience et de leurs émergences dans le contexte sociétal occidental. C’est ainsi que nous avons abordé les points suivants :

– Qu’est ce que la méditation de pleine conscience  ? Pour répondre à cette question, nous nous appuyons sur Thich Nhat Hanh. La méditation de pleine conscience vise à nous apprendre à vivre pleinement chaque instant de la vie, que ce soit en mangeant, en jouant, en travaillant. Les principes en sont simples et chacun peut s’y engager. Dans cette manière d’être, méditation et action ne sont pas séparées. Il s’agit d’apprendre à apprécier chaque minute, chaque seconde de la réalité telle qu’elle est. Comment apprendre à être présent? C’est là, la raison d’être fondamentale des pratiques de méditation. Nous comprenons bien alors pourquoi ces pratiques émergent dans le contexte contemporain occidental, parce que nous ne savons plus être dans l’instant. Nous sommes conditionnés culturellement, soit à nous projeter sur le futur, soit à ruminer sur le passé !

Actuellement la méthode la plus connue, la plus partagée et la plus exploitée se trouve  être le MBSR, voire le  MBCT, mise en valeur en France notamment par Christophe André. Faut il rappeler qu’elle n’est pas la seule. Ce qui rapproche les différents « méthodes » c’est l’intention d’être dans l’instant, dans la présence.

Pour plus de détails sur cette question, voir sur ce blog, la page pleine conscience https://agepsraymondbarbry.wordpress.com/pleine-conscience/

– Quelles convergences et divergences avec le yoga, la relaxation, la sophrologie ? Les fondamentaux  sont les mêmes puisque la base est commune et remonte à plus de 2500 ans. La sophrologie pour prendre cet exemple, est une adaptation du yoga d’origine orientale à notre culture occidentale (cf Caycedo). La méditation de pleine conscience et plus particulièrement le MBSR et MBCT ont pour origine le yoga Vipassana. Toutes ces approches ont comme point commun le corps comme centre de la pratique.  Mais qu’est ce qui les différencie? La méditation de pleine conscience ne vise pas directement la détente, voire le bien être, même si elle y contribue ! Il s’agit d’apprendre à être présent à ce qui est, tout simplement. Si je suis tendu et angoissé, j’apprends à le reconnaître et à l’accepter. En méditation de pleine conscience, on ne cherche pas à atteindre particulièrement un état. On ne poursuit aucun but, si ce n’est que d’être présent. Ce n’est pas le mental  qui contrôle la situation et ce que nous vivons, ce sont nos sensations corporelles et la prise de conscience de nos pensées et de nos émotions telles qu’elles apparaissent.   La visualisation mentale exploitée en sophrologie est guidée par le mental. Le yoga mental tel que proposé par André Van Lysebeth participe aussi de ce mouvement. Ceci dit rien ne nous empêche d’exploiter ces différents outils, l’important étant d’en connaître le sens. C’est ce qui se fait dans le cadre de la préparation mentale des sportifs, par exemple. C’est aussi ce que pratique la plupart des sophrologues ou praticiens de MBSR ou MBCT.

– L’anthropologie et l’épistémologie des pratiques de méditation de pleine conscience. Ce sont des pratiques millénaires (plus de 2500 ans) dont on retrouve des traces et des origines dans toutes les cultures, sur toutes les latitudes et dans toutes les religions. Les recherches scientifiques des vingt dernières années ont donné un nouvel éclairage à des pratiques réservées jusqu’à présent à quelques initiés. Ce sont surtout les neurosciences (cf la neuroplasticité) ainsi que les recherches en psychologie cognitive et psychologie positive qui ont montré l’efficience des pratiques de méditation de pleine conscience sur les plans suivants : régulation du stress, accompagnement dans les états de stress post-traumatique, régulation des états dépressifs, accompagnement des addictions, amélioration de la santé globale (neuro-psycho-immunologie), amélioration des performances cognitives, amélioration de l’attention-concentration… Bref, quand nous faisons l’inventaire des effets observés et validés par les recherches, les pratiques de pleine conscience ont des effets qui surpassent bon nombre de médicaments ! Et elles sont reconnues et validées efficientes dans 80% des cas.

Le nombre de recherches de part le monde est exponentiel. Les recherches abordées d’abord dans le domaine de la santé et de la médecine, ce sont maintenant étendues à tous les autres champs – le social, le socio-politique (cf l’indice du bonheur), le sport, l’entreprise, l’éducatif – qui s’intéressent à cette question des pratiques de pleine conscience et des effets sur le développement de la personne.

Dans notre pays nous trouvons  des auteurs qui présentent une méthodologie de la méditation de la pleine conscience, aussi appelée la pleine présence, toutes ces approches se caractérisent par une vision globale de l’être humain non mécaniste. Philosophes, scientifiques, médecins, psychologues, écrivains, ils viennent d’horizons, de cultures et de pratiques religieuses ou athées diverses, pour ne citer que les principaux : Francisco Varella (voir l’inscription corporelle de l’esprit),  Fabrice Midal (fondateur de l’école occidentale de méditation), André Van Lysebeth (le yoga mental), Richard Meyer (psychiatre, académicien..auteur de « La pleine présence »), Mathieu Ricard (chercheur et moine bouddhiste), Christophe André (psychiatre et auteurs de nombreux ouvrages), Jeanne Siaud-Facchin (psychologue clinicienne, spécialistes des enfants en difficulté), Nathalie Ferron (journaliste), Jacques Vigne (psychiatre), Marc De Smedt (philosophe), Frédéric Lenoir (Directeur du monde des religions) …

– Le pourquoi de l’émergence des pratiques de méditation de pleine conscience dans le contexte sociétal actuel ? Cet engouement n’arrive pas par hasard. Nous sommes au delà d’un effet de mode. C’est l’ensemble des pays de culture occidentale qui est touché et concerné. Cela répond à un vrai besoin de développement de l’être humain dans cette période de mutation sociétal voir civilisationnel.  Pour plus de détails, voir l’article sur le blog : https://agepsraymondbarbry.wordpress.com/2012/11/09/la-pleine-conscience-mode-ou-necessite/

– La méditation de pleine conscience,la laïcité, le spirituel et le religieux. La méditation de pleine conscience est-elle compatible avec la laïcité? Et dans l’enseignement confessionnel sous contrat d’association avec l’état, les pratiques de méditation de pleine conscience ne sont-elles pas en concurrence avec le projet éducatif ?

S’il y a encore quelque temps la peur des dérives sectaires étaient bien présentes (surtout en France), les pratiques de méditation de pleine conscience n’ont rien à voir avec quoi que ce soit de sectaire. Qu’est ce qu’il y aurait de sectaire et de manipulatoire à apprendre à ressentir à être, à vivre, à agir ? Bien au contraire, ceux qui pratiquent régulièrement sont plus authentiques, cohérents, sociables, autonomes et responsables et donc peu manipulables !

Rien dans les pratiques de pleine conscience ne va à l’encontre des principes de la laïcité. Ce sont des pratiques qui concourent à ce qui y est fondamental, à savoir le respect de la conscience de chacun.

Pour ce qui est des pratiques religieuses, les pratiques de méditation de pleine conscience n’entrent nullement en concurrence avec celles ci. Elles sont un appui à la conscience de l’intériorité. D’ailleurs toutes les grandes religions ont  proposé à différents moments de leur histoire des pratiques qui s’apparentent à la méditation de pleine conscience.

– Pourquoi et à quelles conditions proposer les pratiques de méditation de pleine conscience dans le domaine éducatif ?  Dans nombre de pays occidentaux, cette question ne se pose même plus. C’est une évidence que de proposer dans le cadre du temps scolaire et dans l’espace de la classe des pratiques soit de méditation de pleine conscience, soit de relaxation, soit de yoga, soit de sophrologie. Voir sur ce blog, les articles qui traitent de cette question.

Et dans notre pays qu’en est-il ? Les témoignages d’expériences pédagogiques sont exponentiels. C’est du terrain que partent les initiatives. Instaurer et systématiser des pratiques de méditation de pleine conscience ou de yoga ou de relaxation ou se sophrologie n’est que bénéfice pour les élèves, l’ambiance de la classe (le vivre ensemble), la relation entre l’enseignant et la classe, le mieux être de l’enseignant dans sa pratique pédagogique.

Au plan plus institutionnel la question est posée. Des établissements scolaires font des demandes de formation dans ce sens. Des budgets commencent à être alloués pour initier et former des enseignants. Les résultats d’expérimentations novatrices (en France) sont communiquées, ce blog y participe au même titre que d’autres (happyattention, Jeanne Siaud-Facchin…), les publications des recherches faites à l’étranger sur les effets des pratiques de pleine conscience auprès des enfants et des adolescents dans le cadre de l’école commencent à circuler.

La publication récente en France (mars 2014) des travaux de Daniel Goleman sur l’attention-concentration, vient en convergence avec cette question des pratiques de pleine conscience. Goleman nous montre combien former à l’attention-concentration est devenue une priorité de formation de l’école au monde du travail. Nos modes de vie de cette dernière décennie nous ont amenés à l’éparpillement et à la perte de l’attention-concentration. Il devient nécessaire et prioritaire de réapprendre à entraîner notre cerveau à demeurer attentif. En cela il rejoint les apports de A. De Lagaranderie et de R.Vittoz qu’il serait bon de reprendre avec l’éclairage de notre époque !

Pour de détails sur ce point voir l’article suivant,  https://agepsraymondbarbry.wordpress.com/2014/02/20/rencontre-debat-a-lille-sur-la-pleine-conscience-a-lecole/

La rencontre entre l’AGEPS et l’ARES sur cette question est un bon témoignage de la prise en compte d’une proposition plus systématisée de ces pratiques dans le contexte de l’éducatif et du social en France. 

Article réalisé par Raymond Barbry, mai 2014.

 

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