Après une semaine de confinement, intérêt, heurt et malheur de l’enseignement à distance.

Pour faire suite aux deux articles précédents (plus de 10 000 vues en quatre jours !)  et aux multiples témoignages que j’ai reçus, cet article vise à faire le point sur comment se vit l’enseignement à distance dans cette phase de confinement qui n’en est qu’à ces débuts.
EAD - Enseignement à distance à l'université de Bourgogne
Voilà bientôt une semaine que nous sommes en confinement, que les établissements scolaires sont fermés et qu’avec beaucoup d’engagement, de bonne volonté la majorité des équipes éducatives ont expérimenté, innové, essuyé les plâtres, mis à mal les systèmes ENT des établissements (pas adaptés à une telle demande), créés des groupes collaboratifs avec leurs propres outils et les supports en accès libre et gratuit, échangé par mail etc… Certaines pratiques sont tout bonnement géniales, d’autres se sont révélées catastrophiques. Dans ce qui va suivre je m’appuie sur les témoignages qui m’ont été remontés. En conséquence ce qui est annoncé par la suite n’a pas la rigueur scientifique d’une recherche ou d’une enquête faite dans le respect des cadres scientifiques.
Les aspects positifs de cette semaine
Un engagement et investissement massif des enseignants. Je prends pour exemple cette CPE d’un collège de REP qui dés lundi m’annonçait que tous les enseignants avaient investi l’enseignement à distance, jusqu’aux professeurs d’EPS qui envoient des programmes d’entretien physique pour lutter contre l’oisiveté et la sédentarité.
Des parents qui prennent conscience de l’engagement des équipes éducatives et de leur capacité à réagir à cette situation par  la mise en place concrète d’un processus de co-éducation. Des enseignants qui vont jusqu’à expliquer aux parents les démarches à mettre en place pour favoriser les apprentissages. Ci joint l’exemple d’un document envoyé par une enseignante de maternelle aux parents en cette fin de semaine :
La classe maternelle à la maison
Chers parents,
Vous ne pourrez pas remplacer les 6 heures de classe, on est bien d’accord, tout simplement parce que vous n’avez pas le matériel, pas les autres enfants, pas les programmes en tête… C’est donc normal. No stress !
Si vous suivez le petit « programme » que vous avez et recevez chaque jour, cela va permettre à votre enfant de garder un lien avec l’école et surtout de maintenir ses acquis. Ce que je vous fais parvenir, est réalisé pour le contexte maison.
Mais pas de panique, on reste connecté !
De votre côté, faites moi un retour, pour savoir comment ça évolue chez vous, vous pouvez aussi m’envoyer des photos…
Quelques point à garder en tête :
• 10 mn par domaine (fiche/jeu) réparties comme vous le pouvez en fonction de votre organisation familiale
• Dédié un «espace école» dans la maison et dans la mesure du possible. Ça peut être la table basse du salon, une petite table dans sa chambre… juste un espace dans lequel vous pourrez vous installer avec lui pour faire le « travail d’école ».
Soyez patient, accompagnez votre enfant sans pression, même si ce qu’il fait n’est pas parfait, tolérer les imperfections.
• Les erreurs sont des tremplins ! Donc éviter les « non, non, tu t’es trompé » et remplacez par « alors attend, on va faire ensemble » ou bien « je vais te montrer » ou encore « je ne suis pas sûre que ce soit ça, on va vérifier ensemble».
• Autonomisez au maximum vos enfants et vous développerez des compétences essentielles : faites les participer aux tâches (mettre la table, s’habiller tout seul…), arrêtez vous quand vous voulez faire à leur place, laissez les faire seuls. Exemple : votre enfant vous demande d’ouvrir son stylo. Ne vous précipitez pas pour l’ouvrir à sa place. Laissez le forcer pendant quelques petites minutes. Si vraiment il ne réussit pas, montrer lui et refaite lui faire… pour qu’il réussisse la prochaine fois. Quelle fierté pour lui de réussir tout seul !
Encouragez votre enfant, valorisez ses actions, ses intentions, ses productions.
Sachez aussi que le cœur de notre métier est de s’adapter au niveau des enfants donc à l’issue de cette crise sanitaire, on s’adaptera.
Portez vous tous bien, prenez soin de vous… de gros bisous à vos loulous… A très bientôt Mme…
Des parents qui se rendent compte qu’enseigner est un vrai métier qui ne s’improvise pas. Il n’aura fallu qu’une seule journée à la plupart pour s’en rendre compte. Nous avons une multitude de témoignages tant sur les réseaux sociaux que dans nos environnements proches et, notamment : « Mais comment vous faites avec 25 à 30 élèves dans la classe ! »
Des enfants, des adolescents, des jeunes qui disent clairement que l’école leur manque. Que l’enseignement à distance c’est bien, mais que la présence physique de l’enseignant est aussi déterminante pour leur permettre d’apprendre !
Des enfants, des adolescents, des jeunes qui sont moins fatigués, qui dorment plus et mieux. Un bémol toutefois pour celles et ceux qui restent rivés sur les réseaux sociaux et les jeux en ligne durant la nuit !
Un rythme de vie qui cadre les journées et impose des horaires nécessaires à la santé globale. Voici un exemple d’emploi du temps envoyé par un entraîneur sportif à des athlètes lycéens et étudiants :
« Voici ce que pourrait être le cadre global de vos journées. Ce n’est qu’un exemple. Vous adaptez au mieux « 

Lever entre 7h30 et 8h30 / Pas plus tard !

5mn de cohérence cardiaque ou méditation (se centrer sur sa respiration au lever)

Marche ou course lente (20mn) autour de chez soi (500M en ville – 2kms en campagne).

Petit déjeuner 8h30-9h00

Travail scolaire 9h30-11h30

Entraînement 1 – 11h30-12h30 (PPG/gainage/etirement)

Douche

Déjeuner de 13h00 à 14h00.

Micro-sieste 15mn ou relaxation ou méditation.

Travail scolaire 14h30 à 16h30

Détente-culture 16h30 à 17h30.

Entraînement 2 – 17h30 à 18h30 (cardio)

Douche/relaxation 18h30-19h30

Repas du soir 19h30-20h30

Détente-culture ou Travail scolaire 20h30-22h30/23h00

Coucher 22h30-23h00

– Un travail collaboratif qui se met en place avec de fait, un tutorat pédagogique (aide entre pairs).  Le confinement impose l’isolement physique en réaction : le besoin d’échange s’accroît. Les tâches scolaires deviennent un bon média pour maintenir le lien.
Des enseignants qui se révèlent compétents dans le suivi et l’accompagnement.  Il est remarquable de noter que lorsque nous laissons de l’autonomie aux acteurs, ces derniers trouvent des réponses pertinentes. C’est ce que la plupart des enseignants réalisent. Plusieurs chefs d’établissement (public comme privé) m’ont remonté la capacité d’adaptation et d’innovation de leur équipe. Sur la toile nous trouvons des vidéos, des outils qui sont partagés et qui montrent la qualité professionnelle qui se dégage.
Les heurts et malheurs de cet enseignement à distance.
Une illusion du ministère qui n’a pas mesuré les limites techniques de cette généralisation de l’enseignement à distance. Les ENT ne pouvaient accueillir en même temps autant de connexion. Les systèmes ont planté. De ce fait nombre d’enseignants sont passés par le systèmes, groupe facebook, WhatsApp et autres…
Des enseignants, des chefs d’établissement jusqu’à un rectorat qui ont eu des demandes démesurées quant à la mise en place et le suivi.
Voici quatre exemples :
Exemple 1 / Un rectorat qui a été jusqu’à demander aux enseignants de rencontrer les parents directement (sur des zones commerciales) pour communiquer le travail !
Exemple 2/ Témoignage d’une Maman quant à la surcharge de travail imposé par l’enseignement à distance :
 » Mes enfants sont assaillis de boulot de la part des professeurs qui sont en télétravail !!!
Avec menace de sanction si le travail n’est pas rendu en temps et en heure ou encore des trucs donnés à 18h à rendre pour le lendemain !!!
Je gère mon entreprise de la maison avec tous les doutes sur l’avenir… Je suis mère célibataire…
Je ne suis clairement pas à la hauteur de ce qui m’est demandé par le corps enseignant pour aider mes enfants… je sais qu’ils veulent bien faire . Mais please pas de sanction !!! Et l’éducation nationale doit nous laisser intégrer !!! Digérer !
La situation est anxiogène … Les enfants ont besoin d’intégrer émotionnellement ce qu’il se passe. Et cela passe par un moment de pause et de silence
Alors PLEASE… Lâchez nous la grappe..Mettons notre cerveau en pause !!!!!! je crois que c’est le moment où jamais !!!!
Non ?!!!!Au moins une semaine ???? Est ce trop demandé ? »
Exemple 3/ Un transfert de la temporalité de l’école à celle de la maison sans adaptation au contexte. C’est ainsi que nous avons observé cette semaine : Des élèves obligés de se connecter toute la journée sur les mêmes horaires que ceux des emplois du temps habituels !
Des travaux démesurés en charge temporelle. Ce sont ces élèves d’une classe de collège qui au minimum doivent passer 4h00/jour sur les mathématiques.
Exemple 4/ Une incapacité dans les familles de pouvoir travailler dans de bonnes conditions par manque d’espace et de support informatique (nombre d’ordinateurs ou tablettes). Comment faire dans une famille quand les enfants doivent se connecter en même temps ?
Augmentation de la fracture numérique ! L’enseignement à distance est tout simplement impossible pour certains élèves, parce qu’ils ne disposent pas tous d’outils numériques à la maison. Nous observons de ce fait une in-équité de l’enseignement. Faut-il rappeler que toutes les familles ne disposent pas d’internet à la maison en France. Si plus de 90% des français ont un smartphone avec accession à internet, cela n’est pas suffisant pour du télé enseignement.
Rappel de quelques fondamentaux.
L’enseignement à distance seul est une ineptie pédagogique. Nous savons que les méthodes les plus pertinentes sont celles qui croisent le présentiel au distanciel. Toutes les méta-analyses depuis bientôt dix ans le montrent !
Il n’est pas possible d’être plus de 3h00/jour en état d’apprentissage sur de nouvelles notions. C’est tout simplement IMPOSSIBLE. Ceux qui l’imposent, n’ont qu’à essayer..et ils verront qu’au bout d’une heure, ça explose !
Pas d’évaluation sur des notions nouvelles sans un temps de présentiel minimum. Et pas d’évaluation-notation ou certification durant cette période de confinement.
Il est inacceptable, incohérent, non pertinent de demander aux parents de se transformer en enseignant. Ils ne sont pas là pour ça. Leur mission est autre. Et surtout, ils ne sont pas formés à cela. Je ne vous dis pas les dégâts sur certains apprentissages fondamentaux. Mettre en place des situations d’apprentissage ne s’inventent pas ! Personnellement en tant qu’ancien prof d’EPS, il nous a bien fallu quatre années de formation initiale pour maîtriser un peu ce qu’était une situation d’apprentissage !
Il est inégalitaire et anti-constitutionnel d’imposer l’enseignement de nouvelles notions dans les programmes hors de l’école ! C’est de la responsabilité de l’école dans notre République.
Nous avons à accepter cette période d’incertitude…C’est la vie…Ce n’est pas parce que nos enfants, nos ados, nos jeunes n’auront pas classe durant quelques semaines, voire quelques mois, que c’est un DRAME. C’est justement l’occasion de revenir et de réapprendre des fondamentaux :
– S’ennuyer,
– Rêver,
– Lire,
– Faire de l’activité physique quotidienne,
– Apprendre à vivre dans le silence,
– Apprendre la solitude,
– Apprendre l’intériorité,
– Dormir normalement….
Quand aux examens, brevet, bac, si besoin, ils seront décalés. Les sujets seront adaptés au contexte particulier que nous vivons !
L’Angleterre vient d’annuler tous les examens de fin d’année scolaire. L’obtention des certifications se faisant sur le contrôle continu.
Raymond Barbry le 22 mars 2020.

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