Confinement, télé enseignement, enseignement à distance…Innovation pédagogique et dérive

Deux semaines de confinement..deux semaines  sans présence dans les établissements scolaires, mais en télé-enseignement et enseignement à distance…et le meilleur qui côtoie le pire, mais pourrait-il en être autrement ?

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Dans notre société monte une angoisse collective sur-alimentée par les médias qui impacte les enfants, les ados, les jeunes et les adultes. Mais quand et comment allons nous sortir de cette crise sanitaire ? Mais comment rester engagé sur les tâches scolaires, alors que la plupart des personnes ont l’esprit ailleurs ? Comment imaginer que les  mois de mai et juin se dérouleront comme si de rien n’était ? Mais qu’en sera-t-il tout simplement de nos conditions de vie dans deux mois, trois mois, six mois ?

Cependant, des enseignants qui acceptent cette réalité, qui innovent, inventent, rassurent, accompagnent, assurent une présence pour les enfants du personnel de santé, mettent en place la co-éducation avec les parents… Et d’autres qui angoissent à en rester obnubilés sur le contexte scolaire. Mais comment finir le programme ? Comment évaluer ? Comment vont se passer les examens (brevet, bac…) ? Quand allons nous reprendre ?

Et des élèves qui s’investissent, qui organisent leur journée, qui ne subissent pas la sédentarité et maintiennent un rythme de vie équilibrée malgré le confinement…d’autres qui sont perdus, qui ne peuvent travailler dans des conditions simplement acceptables, qui décrochent, se laissent aller, angoissent sur le monde…

Et des parents qui font au mieux partageant leur temps entre leur travail en présentiel ou à distance, le suivi scolaire de leurs enfants (plus particulièrement en école et collège), l’équilibre relationnel dans l’habitation (vivre en confinement ce n’est pas rien, nous découvrons en allant, nous n’avons pas été préparés), l’angoisse pour certains des proches hospitalisés….D’autres qui décrochent malgré toute leur volonté et l’envie de bien faire, qui ne peuvent suivre les consignes et directives des enseignants, qui ne peuvent donner les moyens techniques à leur enfant (ordinateur, tablette, imprimante, qualité des connexions…), qui s’angoissent de la situation sanitaire et n’arrivent plus à faire face.

Deux priorités sont à tenir dans cette période où les élèves, leurs parents et les enseignants découvrent en allant cette école à distance dans un contexte de crise. Elles ont été affirmées par le ministre et reprise par la plupart des acteurs du système éducatif, mais pas tous !

  • Maintenir le lien entre les élèves et l’école. C’est à dire les accompagner, leur donner les outils pour maintenir un équilibre de vie dans un contexte social déséquilibré avec la crise sanitaire qui transforme tous nos rythmes et habitudes de vie.
  • Entretenir les acquis.  C’est à dire profiter de cette période longue pour revenir sur les fondamentaux, sur les aspects méthodologiques, le tout au regard des besoins des élèves.

Voici quelques témoignages parmi tant d’autres glanés durant cette deuxième semaine. Ils émanent tant du système public que du privé sous contrat et plus particulièrement des Hauts de France.  De partout en France de telles initiatives sont prises.

C’est le collège de Quiévrechain (collège REP) dans les hauts de France où l’idée d’une fash-mob collective le jour de la reprise fait son chemin. C’est l’équipe des professeurs d’EPS qui se saisit de ce projet et communique aux élèves, la chorégraphie. Dans ce même collège ce sont les enseignants et tout le personnel qui se sont répartis le suivi des élèves (professeurs principaux, personnel éducatif, infirmière, assistante sociale etc…). C’est l’équipe de direction qui accompagne l’équipe pédagogique qui invente au quotidien et adapte les outils de suivi pour maintenir le lien avec les élèves, et qui dés à présent anticipe sur le retour, à savoir, comment nous accueillir, accueillir les jeunes lors de la reprise ?

C’est au collège de Méricourt (collège de REP), cette CPE (conseillère principale d’éducation) par ailleurs  sophrologue caycédienne qui met en ligne des séances vidéo de sophrologie pour les élèves.  C’est la continuité d’un atelier animés tout au long de l’année.

Ce sont ces professeurs d’EPS qui donnent régulièrement, voire quotidiennement des capsules de maintien en condition physique, par exemple, le  collège de Loos en Gohelle et plusieurs des établissements de l’Audomarois (St Omer). Nous savons qu’un des problèmes majeurs de cette longue période de confinement (minimum un mois) va être le développement de l’inactivité physique avec le danger de la sédentarité galopante et ces conséquence sur la santé globale.

C’est ce collège de Bapaume qui a mis en place la classe virtuelle en adaptant les temps de travail et de connexion aux possibilités et au contexte des élèves.

C’est l’internat de Walbourg (Alsace), déjà rompu à l’accompagnement des jeunes qui insiste dans le suivi sur le rythme de vie journalier en cadrant temps de travail intellectuel, temps d’activité physique, horaires de lever et de coucher.

Ce sont de partout ces équipes de direction qui organisent, accompagnent, maintiennent le lien avec les enseignants et le personnel ;  et  ouvrent aussi l’établissement pour les enfants du personnel de santé. Une CE d’une école primaire (Seclin) est présente 7 jours sur 7 pour accueillir au mieux les enfants dont les parents travaillent dans les services de santé de la métropole lilloise.

Ce sont ces équipes, direction, enseignants, personnel éducatif qui agissent en anticipant la réouverture et le retour sur le principe de la résilience. Il y a un avant la crise pandémique et un après. Il ne sera plus possible de reprendre le rythme de la vie scolaire comme si rien ne s’était passé.

Ce sont des IPR d’une académie (Lille) qui de suite ont donné les consignes de prioriser sur le suivi et l’accompagnement des élèves plutôt que l’avancée sur les contenus et les programmes et même pour les classes dites à examen.

Ce sont ces enseignants, plus particulièrement dans le 1er degré, qui priorisent le suivi et l’entretien-renforcement des acquis et qui s’opposent à l’injonction de quelques chefs d’établissement (directeur) donnant consigne de continuer d’avancer sur les programmes.

C’est le personnel d’un lycée professionnel d’Armentières qui fabrique du gel hydro-alcoolique pour donner aux personnels de santé du secteur en manque de ce produit..

Quant à la continuité des programmes, qu’en est-il ? 

Ah, les programmes ! Je reprends ici en partie un message que j’ai posté sur les réseaux sociaux (facebook) suite à des demandes de plusieurs enseignants, CE, CPE, parents qui se sentaient perdus au milieu d’injonctions contradictoires.

 » SVP..Dites à tous les enseignants, chefs d’établissements, responsables pédagogiques, IEN, directeur diocésain, chargé de mission etc…… »

Pas d’avancée sur les programmes !!! SURTOUT.

Toutes les expériences et recherches sur l’enseignement à distance de ces dix dernières années mettent en exergue les points suivants :

1/ L’enseignement à distance n’est efficient qu’associé à du présentiel (même chez les adultes !)

2/ L’enseignement à distance est plus particulièrement efficient dans les cas suivants:
– préparer une séance de présentiel.
– s’entraîner sur une notion abordée en présentiel préalablement.
– faire des entraînements.

3/ L’enseignement à distance s’apprend et s’appuie sur du tutorat. Cela nécessite la présence et la maitrise d’outils numériques dans de bonnes conditions de fonctionnement ; et le lien avec une personne (tuteur/ enseignant) en responsabilité du programme de formation.

4/ L’enseignement à distance, seul, augmente les inégalités sociales et culturelles, alors rien que pour ça :  STOP ! C’est antidémocratique, antirépublicain, anti-éducatif, anti-pédagogique !

Je ne suis pas dans  un rejet du distanciel (enseignement à distance). Mais la question est  bien comment on articule le présentiel et le distanciel. Rappeler, informer et faire reconnaître que la formation à distance seule n’est pas si efficiente que ça ! Je m’appuie sur celles et ceux qui travaillent sur cet aspect depuis longtemps en matière de recherche, même s’ils dérangent les partisans du numérique et du distanciel. (voir, notamment, à ce sujet les travaux de M.Spitzer -Ulm Allemagne – et M.Desmurget – Inserm Lyon). Certes nous sommes dans une situation exceptionnelle à nulle autre pareille. Je réagis ainsi, par rapport aux excès observés depuis bientôt deux semaines et, surtout à l’inégalité criante que cela instaure entre les élèves qui vivent dans des contextes sociologiques et culturels différents. Du reste le ministre a pris la parole en cette fin de semaine pour bien rappeler que l’enseignement à distance ne devait pas servir à avancer sur les programmes, mais à renforcer les acquisitions et à maintenir du lien avec les élèves (accompagnement). Faut il rappeler que ces mêmes consignes ont été données aussi, en Belgique, au Québec, en Suisse, en Angleterre.

Et au sujet de l’évaluation, voire de la notation des travaux, qu’en est-il ? Là aussi vaste débat qui  chaque fois peut mettre de la tension au sein des équipes. Il est de fait réapparu !

Je reprends ici les consignes données chez nos voisins belges. Les travaux réalisés à distance sont évalués et non notés ! Les enseignants appliquent l’évaluation dite formative (en cours d’apprentissage) et non la sommative (fin d’apprentissage).

Et pour conclure, je reprends une partie d’un  très beau texte de Benoît Coppée :

« J’entends qu’on réfléchit à donner des cours pendant les vacances de Pâques, qu’on réfléchit à donner des cours pendant le mois de juillet. J’entends que « toutes les options seront étudiées ». J’ai l’impression de rêver. J’ai le sentiment qu’on n’a pas encore compris. J’ai le sentiment que le message que nous envoie le COVID-19 n’est pas suffisamment clair…

L’Humanité aura besoin d’un temps de résilience.

Les anciens devront prendre dans leurs bras : pour rassurer, pour aimer, pour contenir. Nous sommes partis pour des mois, des années.

Lorsque l’Humain a balancé une bombe sur Hiroshima, il a pris conscience de sa capacité de réduire la planète à un sac de farine. Il a fait marche arrière, l’Humain. Aujourd’hui, c’est pareil. On doit comprendre cela : notre Humanité est à bout de souffle. On doit faire marche arrière (…)»

Raymond Barbry, le 29 mars 2020

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